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BERBERICUS

Vues et vécus en Algérie et ailleurs. Forum où au cours des jours et du temps j'essaierai de donner quelque chose de moi en quelques mots qui, j'espère, seront modestes, justes et élégants dans la mesure du possible. Bienvenue donc à qui accède à cet espace et bienvenue à ses commentaires. Abdelmalek SMARI

Vispa Teresa, Vivant et volant / Quel mal t’ai-je fait ?!

عوى الذّئب فاستأنستُ بالذّئب إذ عوى     

وصوّت إنسان فكدتُ أطير

 

Echange de gentillesses

« Je préfère vous envoyer cette réponse à votre adresse personnelle. Si vous jugez qu’il soit mieux la publier sur le blog à côté de votre commentaire, dites-le-moi… enfin, si vous voulez.

En attendant je voudrais de ma part attirer votre attention sur des erreurs qui se notent dans votre bref passage critique. Je vous les signalerai en vert. Bien sûr ce sont des erreurs de frappe mais elles devraient être corrigées évidemment. »

« Chère Ilhem, vous voyez quel grand service votre modeste mais combien grand commentaire m’a rendu. Si vous avez besoin d’autres éclaircissements ou mises au point, n’hésitez pas à m’écrire, sur le blog ou si vous voulez, je vous laisse mon adresse e.mail… Je serais heureux de discuter avec vous. Qui sait ? peut-être vous pouvez m’aider à être plus juste, plus clair et moins arrogant. Merci pour tout. Malik p/ Abdelmalek. »

Ce sont là deux extraits de la réponse que j’ai envoyée à Ilhem, après avoir lu son commentaire que voici :

« Votre blog – a-t-elle écrit - est d’une nullité. Au lieu de vous attaquer aux journalistes et d'une piètre manière allez plutôt vous occuper de vos pompes. On voit bien que vous êtes un suppôt du pouvoir et que la presse indépendante vous dérange. Les seules bonnes idées développées dans vos contributions sont celles que vous avez pris le soin de mettre entre guillemets ». Ilhem.

 

Papillonnage ou critiquer comme respirer

Il est arrivé le moment de regarder un peu les rares commentaires que quelques uns de mes articles ont suscités. Je n’y ai pas réagi spécialement et avec un article comme je compte le faire avec le dernier en date, celui qui m’a été adressé par une certaine lectrice du nom d’Ilhem. Ce n’est pas que j’ai ignoré les autres commentaires, mais c’est leur nature même qui m’oblige à ne pas en parler : j’ai vu en eux de précieux conseils et signes d’encouragement, rien de plus. J’en remercie les auteurs avec la même gratitude et la même reconnaissance que j’avais adressées à Ilhem, quand j’ai consacré à sa critique une longue lettre écrite personnellement pour elle.

Dans le présent épisode je reprends la même lettre en la remaniant un peu et en y insérant d’autres éléments de réponse. Donc je réagis au dernier pour dire autrement les efforts et les sacrifices que ça me coûte d’entretenir ce blog que malheureusement Ilhem trouve « d’une nullité ». Pourtant je ne me comporte que comme le papillon captivé par Vispa Teresa, que raconte une comptine composée par le poète Milanais Luigi Sailer :

Vivant et volant / Quel mal t’ai-je fait ?! – dit le frêle papillon en se débattant et ajoute –

Toi, si, que tu me fais mal

En m’écrasant l’aile

Deh, laisse-moi ! Moi aussi

Je suis une créature de dieu.

La joie de vivre, donc, et tant pis si quelqu’un m’envie pour mes vols, laids ou élégants qu’ils soient, mais toujours pénibles et difficiles.

Je suis comme je suis : quand je comprends une chose ou quand une idée me convainc, alors il ne me reste qu’à l’appliquer avec soin, parfois avec une rigueur telle qu’elle semble une sorte de zèle militant, mais ce n’est absolument pas du zèle militant. Par ces efforts et ces sacrifices que mon peu de temps et d’énergie me consent, je compte participer à la promotion et à la croissance des idées et de la culture en Algérie.

Qu’est-ce que l’Algérie ? C’est les Algériens. En d’autres termes, l’Algérie est à l’image des Algériens eux-mêmes. S’ils sont bêtes, l’Algérie mourra de médiocrité. Elle gagne par contre en dignité, à mesure que ses fils gagnent en grandeur et en élégance. Participer à cette œuvre culturelle n’est pas pour moi une affaire personnelle mais c’est autant un devoir qu’un plaisir de servir ce pays, mon délicieux pays et à travers lui l’esprit humain et notre vie sur terre. C’est aussi savoir gré à ce pays, lui être reconnaissant, lui qui m’a libéré du joug de la servitude historique et qui m’a instruit et enseigné ce que les mots « digne » et « grand » signifient. Jamais je ne me considèrerai plus grand que le plus humble parmi les martyres de notre résistance séculaire.

Pour donner une idée approximative de ma modeste mais combien pesante contribution, je vous assure, cher lecteur et chère lectrice, que rien pour un écrit je passe des journées entières à y penser, chercher, rédiger, raturer, corriger, effacer, re-écrire des choses qui, souvent, se trouvent prêtes depuis déjà des mois ou des années sur mon bureau. En plus je ne cesse de revoir mes textes, même longtemps après les avoir publiés car je sais que je suis limité et que mes écrits sont critiquables. D’autre part, je suis convaincu que la critique est une source intarissable de la connaissance. Pour la dire avec Avraham Burg : « La polémique n’est pas une nouveauté pour moi. Je crois profondément que la controverse fait partie de l’œuvre de la création. L’indifférence et l’obéissance, les idées reçues ou usées sont stériles et ne peuvent engendrer de nouveaux mondes. Seules les polémiques et les débats sont capables de donner le jour à l’humanisme et à l’humanité. » de son récent ouvrage « Vaincre Hitler » Ed. Fayard 2008 page 19.

Je suis conscient aussi du fait que le critique doit chercher toujours une espèce d’équilibre : il ne doit pas donner pour infaillible soi-même ou son parti. Tout en critiquant les autres, il ne doit jamais cesser de se remettre ou remettre en question son parti.

 

Le chemin et les compagnons

Sincèrement je suis très heureux d’avoir suscité une réaction enfin… après un long silence ! Je dois dire aussi que la critique d’Ilhem me gratifie tant. Elle est pertinente dans le sens où elle est l’expression d’une réaction juste et à la mesure de ce que mes mots donnent à croire. J’assume donc les conséquences de ce que j’ai semé.

Son grain de sel me sert aussi pour améliorer mon mode d’écrire. Je reconnais que mon style peine encore à se perfectionner. Mais rien ne m’empêche de continuer à le travailler et à le peaufiner. Où et quand me serait-il possible de le faire sinon à travers ce blog, justement ?! Je ne suis pas le seul dans ce genre de difficultés stylistique, je donne encore une fois la parole à Avraham Burg « Je reconnais que je n’ai pas toujours été délicat. Je manque parfois de cette compassion qui permet d’envelopper des messages trop durs. »

Comme je l’ai dit, je ne cesse de relire ce que j’écris pour le corriger et voir c’est ça fonctionne, si mes idées sont claires, si mes mots sont adéquats, si ma sensibilité est sincère et enfin si mes hypothèses et mes opinions ne sont pas des dénigrements ou de perfides diffamations. Je ne cesse, en somme, de chercher le mode et les moyens de corriger le tir, et de veiller par là à l’élégance de mon engagement.

Que le lecteur sache que je vis loin de mon pays et que dans ma vie souvent j’ai eu à faire à des gens de mon entourage : simples et humbles comme moi. Les expériences négatives de la vie me les ont causées ces mêmes gens ; et sûrement il m’est arrivé, à moi aussi, de leur causer quelques torts. Je n’ai pas (d’ailleurs, le pourrais-je ?) à incriminer donc un ministre ou un général. Je ne le fais pas, non pas parce que je les retiens innocents et bons comme des anges, mais tout simplement parce que je trouve injuste et prétentieux le fait de juger des gens que je ne connais pas, que je ne connaîtrai peut-être jamais.

Imaginons qu’un juge prenne au sérieux les griefs de tel ou tel dénigreur (comme par exemple l’auteur d’un écrit de ce type « et 22 éléments de plus dans la bande d’Ali Baba » qui commentait de la sorte la dernière promotion des 22 colonels de l’ANP au rang de généraux) et qu’il aille enquêter sur ces éléments supposés escrocs ; admettons que la peine prévue pour une telle escroquerie soit d’une dizaine d’années de réclusion dans une prison de haute sécurité avec spoliation et séquestration des biens dudit coupable. Imaginons maintenant que le juge soit un peu malin et veuille jouer un tour à ce dénigreur pour lui enseigner l’art d’être respectueux ; il le met par exemple devant ce dilemme :

« Si les généraux que vous accusez d’escroquerie, Monsieur l’unique patriote honnête et intègre, se révèlent coupables, ils seront punis comme il se doit et suivant la loi ; mais si votre accusation se révèle infondée, vous seriez puni de la même peine. »

Je suis sûr que Monsieur le dénigreur non seulement demandera du temps pour réfléchir encore cent fois avant de signer, mais il se mettra à pleurer comme une bête aux portes de l’abattoir. La bête au moins pleurera pour l’injustice et la cruauté des hommes, mais notre dénigreur pleurera en lâche. 

Et puis, moi qui crois tant dans les analyses fines de l’un parmi les fins connaisseurs des hommes et de la politique comme Machiavel, je ne peux jamais croire que l’homme soit tout ange et toute bonté ou qu’il soit une machine toute cruauté et toute méchanceté.

 

Corps et discours

Pour moi c’est l’existence qui crée et détermine l’essence, au moins pour les gens éveillés. Quant aux moutons, ils trouveront toujours quelque refuge au sein de quelque troupeau.

Non, je n’accuse pas les autres, d’abord parce que je ne suis pas un juge ; ensuite je suis trop lucide pour confondre le corps d’une personne (corps à accepter tel quel) et son discours toujours à scruter et à critiquer ; enfin je ne le fais pas parce que je trouve humiliant le fait de suivre comme un mouton le bêlement général des gens qui le font ou le disent – tous journalistes confondus, indépendants ou subjugués qu’ils soient. Souvent c’est notre regard tordu qui nous fait voir dans un mortel ministre ou général, un redoutable dieu puissant et délinquant. D’autre part, sachons qu’il est de mode, de nos jours, d’accuser de tous les maux tous les politiques et tous les gouvernants sans exception, surtout ceux du tiers-monde.

Dieu merci, j’ai consacré ma vie quant à moi à élaborer un destin et un credo qui ne sont que miens ou, au moins, qui tendent à être miens et rien que miens.

S’il m’arrive de parler des journalistes, c’est donc un certain discours journalistique que je vise. Discours que mes capacités intellectuelles et cognitives me présentent comme incohérent.  C’est ce discours que je cherche d’analyser, de comprendre et d’apprécier en le critiquant, bien sûr.

Vous pouvez me dire, messieurs les dénigreurs : « Nous aussi, nous faisons la même chose avec les gouvernants que nous critiquons. » Et moi je vous réponds : "Dire de quelqu’un, qu’on n’a jamais connu, qu’il est ceci ou cela est déjà en soi une espèce d’idiotie ; aller jusqu’à l'accuser d’escroquerie, c’est de l’idiotie aggravée de mal-éducation et de grossièreté. "

Oui la critique est une forme d’appréciation de l’œuvre et de l’auteur. Apprécier une idée ou une sensibilité - n’est pas forcément la nécessité de la partager ou d’y souscrire mais - c’est y montrer de l’intérêt. Que cet intérêt vienne ensuite buter sur un défaut de l’œuvre ou sur une erreur de l’auteur, il ne nous reste (et c’est un impératif moral) que dire ou dénoncer tel impair.

Le dire à l’auteur et au public aussi. Car ce dernier constitue la destination et la raison essentielle pour laquelle l’œuvre a été créée. De ce fait l’élaboration de l’œuvre dépend indirectement et parfois aussi directement de l’attitude et des réactions du public.

Dire les choses nous aide à comprendre si nous avons bien compris les intentions et les enseignements de l’œuvre et de son auteur. L’important est de ne pas céder à la séduction et la médiocrité de se considérer le plus pertinent, l’unique indispensable et le vrai dépositaire du savoir et de toutes les vérités.

Donc si je reproche quelque chose à quelqu’un (mais jamais à tous ni tout le temps) c’est justement le fait de ne pas savoir être juste avec les hommes, tous les hommes, et leurs efforts.

Penser que tous les journalistes indépendants soient malhonnêtes, ou tout ce qu’ils écrivent doive être nécessairement et toujours médiocre ou impertinent relève de la stupidité. Ce que j’ai cherché de critiquer, dans les écrits de ces soi-disant journalistes indépendants, c’est leur nonchalance à reprendre des lieux communs et des stupidités de tous les jours et de tous les lieux pour nous les servir comme de la connaissance pure et immaculée sans s’en embarrasser le moins du monde.

Il est évident que je ne demande pas – je ne le ferai jamais – de leur clouer le bec. Tout ce que je fais c’est indiquer les incohérences et les contradictions de leurs discours. Je reconnais que la critique est un champ de mines. Mais nous devons dénoncer la médiocrité d’où qu’elle nous vienne. Quant à moi, je la condamne in primis quand elle émane de moi, et in secundis quand elle vient de l’autre.

 

Tentative de gratitude d’un présumé suppôt du pouvoir

De toute façon je saurai grand gré à Ilhem pour sa brève et dure intervention, car sans une critique du genre, j’aurais continué sur le chemin de l’inconscience en donnant pour acquis que tout ce que mes écrits expriment soit non seulement soutenable et pertinent mais surtout compréhensible. Je ne réponds pas pour me justifier, mais pour me faire comprendre.

« Si gentiment vous acceptiez de m’illuminer de plus, en soulignant les passages qui portent à croire à une généralisation, vous verrez que je les corrigerai. » Ainsi avais-je écrit à Ilhem, mais je n’ai reçu aucune autre réaction ! que dois-je conclure ? qu’elle a été déçue et qu’elle ne veut plus visiter mon blog ? non, car je lui ai écrit à l’adresse de son courriel personnel. Que faut-il comprendre alors ? je n’ai qu’une ébauche d’hypothèse : habituée et même rodée à la communication sensunicale, elle préfère le silence qui lui épargnera la gêne de la confrontation.

A propos de ma connivence avec le Pouvoir, ou de l’idée que j’en sois un suppôt, dont Ilhem m’accusait,  je renvoie gentiment le lecteur à l’appel que j’avais publié sur ce même blog en date du 31-01-08. Que le lecteur sache aussi que je fais partie des rares signataires d’une pétition contre le 3° Mandat présidentiel en Algérie (nous étions 300 signataires, si je ne me trompe, sur une quinzaine de millions d’électeurs algériens !!!), promu par le quotidien indépendant El Watan dont je suis un fervent lecteur et sur les colonnes duquel j’avais publié un grand article (grand à mes yeux).

Ceci étant dit, je reconnais un grand mérite à Ilhem qui a défendu avec âpreté l’indépendance de l’information en Algérie, seule vraie garantie de démocratie, de justice et de bonne gouvernance. Que suis-je en train de faire personnellement sinon participer, à partir de mon petit coin et avec une modeste contribution, à l’instauration de la culture de la critique et de l’indépendance de l’esprit en Algérie et pas seulement en Algérie ?

En d’autres termes, ce que je voudrais exprimer c’est tout simplement ceci : du point de vue méthodologique je pars de l’axiome irréfutable que les êtres humains sont limités. Ils ont des capacités, certes, ils ont des qualités, certes, mais on ne doit jamais oublier qu’ils sont capables d’être perfides, méchants et cruels. Personne ne doit être exclu de cette loi naturelle.

Nos astuces épistémologiques et nos capacités techniques et technologiques ne font qu’exprimer - en les intensifiant ou en les atténuant - notre soi-disant bonté rousseauite ou notre méchanceté machiavelique, mais jamais, au grand jamais, notre suprématie épistémologique et technologique serait apte à nous dénaturer : à nous couper des racines du bien ou de celles du mal. Car en quelque sorte ce sont deux aspects d’une même réalité : la vie elle-même (Voir les Confessions de notre illustre aïeul Saint Augustin philosophe). Sans ces racines (le soi-disant Mal ou le soi-disant Bien) la vie n’aurait pas eu lieu et n'aurait même pas su continuer son chemin.

Enfin si le fondement de ma méthode, la conception de la vie et les idées que je cherche à élaborer et à comprendre peuvent être clairs pour moi et à la limite admis par les autres, ma manière d’en présenter les conséquences ou mon style d’en rendre compte – je dois le reconnaître hélas – ne sont que trop imparfaits. Mais montrez-moi un discours humain qui ne soit ambigu et flou. Et c’est naturel, car moi aussi je fais partie de cette heureuse race humaine qui paradoxalement ne saurait obtenir sa complétude que quand elle prend conscience de ses limites et les assume.

Quant aux mots durs à mon égard, je dois m’estimer heureux : Ilhem m’as reconnu, au moins, deux mérites: celui de savoir choisir des textes pertinents que je mets entre guillemets et celui d’être intellectuellement honnête en rapportant en toute rigueur les mots des autres sans les trahir et sans les mutiler pour m’en approprier. Croyez-moi, cher lecteur, ce n’est pas chose facile que de résister à ces deux tentations du monde des idées et des arts. L’histoire du savoir et des arts regorge de ces jeux scabreux de plagiats et d’impostures.

 

Du droit de citer

A propos, les citations étaient autrefois des instruments pour convaincre les têtes de mule qui doutaient de l'érudition du citeuret et de la crédibilité de ses idées. Aujourd’hui par contre les citations garnissent le texte pour l’aider à s’exprimer, pour le guider et surtout pour inciter les paresseux à en remonter jusqu’aux sources afin de contrôler et aider l’auteur fourbe ou titubant à ne pas perdre son temps ou abuser de l’indulgence du public.

J’ai beau faire semblant d’avoir compris le très modeste et concis texte qu’Ilhem m’avait écrit, mais une chose pourtant claire comme le soleil d’été à midi, m’échappe encore. Ça m’échappe car c’est un mode de dire. Souvent les modes de dire, sont une autre langue dans la langue. Il faut donc les apprendre. Seulement ils ne se trouvent pas partout. Il faut une espèce d’initiation. Je me demande si la commentatrice ait le courage ou la gentillesse de me faire de Cicéronne. Puisque elle est aussi l’auteure des pompes dont elle a parlé. Je dois dire que l’idée que j’en ai personnellement n’est pas joyeuse, même si elle peut me faire rire, moi, avant toute autre personne.

Comme je disais, je vis en exil, loin de mon Algérie et de notre proche France, depuis une vingtaine d’années désormais. Je me rends compte que même ma langue maternelle, celle du Constantinois, est en train de me dépasser et je suis resté trop en arrière et isolé donc. Quant au français, je croyais jusqu’à hier que, cette langue, je la pourrais avoir dans la poche pour la simple raison que je suis un grand dévoreur de ses livres. Mais voilà que le hasard des circonstances m’a jeté en face et ma suffisance et mon ignorance : en me mettant à traduire un roman de l’italien vers cette langue j’ai réalisé qu’elle est tout sauf mienne. Vous me pouvez demander : « Alors quelle race de langue utilise ton blog ? Pourquoi alors tu l’utilises ? »

Ma réponse est : d’abord c’est mon affaire et ne croyez surtout pas que je considère la connaissance que j’ai de cette langue comme mon butin de guerre (car je n’ai fait la guerre à personne) mais elle est le fruit des efforts que je ne cesse de déployer depuis ma tendre enfance pour l’apprendre ; ensuite rien ne m’empêche de l’apprendre en essayant de l’utiliser (Rousseau apprenait la musique en l’enseignant) ; enfin je l’utilise pour des nécessités de commodité et des contraintes historiques aussi. Ce que je demande donc à Ilhem, si jamais elle lit ce texte, c’est d’essayer à son tour de nommer les choses par leurs noms.

J’aimerais conclure avec une énième citation : « La dictature n'est pas un homme fort ou un général mais une mentalité. La plupart des Algériens ne savent pas faire autre chose que d’écraser ou se faire écraser au point où ils ne peuvent agir autrement pour s’affirmer. Le recteur de l'université de M’sila n’a pas obéi à une injonction, un ordre, un dictateur ou une instruction officielle mais à lui-même. C’est-à-dire au fantasme le plus absolu de tout Algérien: le colon intime et le désir de le remplacer. Non pas par les «oeuvres positives» mais par l’habitude de la falaka. Un jour, quelqu’un raconta au chroniqueur cette anecdote follement véridique: dans son village natal, il avait connu un homme qui fantasmait tellement sur le Pouvoir qu’il expliqua, un jour, rêver d’être promu colonel sans salaire et sans être payé. «Juste pour le plaisir d’être salué, au garde-à-vous, à chaque coin de la rue».

Ce n’est pas un anti-journalisteindépendant ou un suppôt du pouvoir comme moi qui a dit ça mais c’est Kamel Daoud, un certain journaliste indépendant, d’un certain journal indépendant, un certain 02-07-08

Smari Abdelmalek

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