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BERBERICUS

Vues et vécus en Algérie et ailleurs. Forum où au cours des jours et du temps j'essaierai de donner quelque chose de moi en quelques mots qui, j'espère, seront modestes, justes et élégants dans la mesure du possible. Bienvenue donc à qui accède à cet espace et bienvenue à ses commentaires. Abdelmalek SMARI

Nous irons vivre à Paris (fin)

- Cherche dans l’armoire. 
- Tu veux les spaghettis ou les macaro­ni ?
- Ça m’est égal ou plutôt prends les spaghettis. Verse tout le paquet. S’il en reste quelque chose, nous le mange­rons demain. Tu ne vas pas t’en aller, demain ?
- Malheureusement, le travail aussi m’attire, comme une passion.
- Alors tu travailles ! Pourquoi est-ce que tu me l’as caché ?
- Ce n’est pas un travail pour gagner de l’argent.
- Mais pour qui tu me prends ?
- Je parle sérieusement : je suis en train d’écrire un livre.
- De quoi s’agit-il dans ton livre ? Tu dois dire du bien de ce pays, et surtout de l’église catholique.
- Loin de moi l’idée de faire l’ethnologue ! Que dieu me préserve d’une telle fange d’inepties et d’arrogances !
- J’aime bien ma religion et surtout mon pays. Ecoute, pourquoi nous n’écrirons pas une hi­stoire ensemble? La nôtre, celle de notre rencontre ? Si nous réussissons, ça sera un best seller ! On gagnera beaucoup d’argent. Toi, tu écris et moi je t’aide en supervisant la langue car ton italien est encore boiteux. Nous serons riches. Alors nous irons vivre à Paris.
- Ça ne tient qu’à toi, moi je suis prêt.
- Allume la radio, j’ai envie d’écouter un peu de musique. Sur quoi porte l’histoire de ton roman ? Ça doit être belle, cette histoire …
- Aussi belle que cette chanson. Dommage … je ne sais pas dan­ser !
- La danse, c’est simple. C’est une question de rythme : un, deux, trois et hop...
- Apprends-moi à danser.
- Mais tu plaisantes !
- Je parle sérieusement. J’ai envie d’apprendre à danser.
- Chéri, moi je vais m’étendre un peu. Quand le poulet sera prêt, éteins le réchaud. Fais attention au feu.
- Oui ma Françoise chérie.
- Viens un peu auprès de moi. Ne t’éloigne pas de moi, oh ! Gaber … j’ai besoin de toi.
- Mais tu sais que ma manie me reprendra.
- Ça ne fait rien, viens quand même. Il y a un autre préser­vatif.
- Pousse-toi un peu.
- Quel dommage, le lit est trop petit !
- Ça ne fait rien.
- Embrasse-moi, écrase-moi, suce-moi… comme ça. Tu es génial. Ahi ! tu m’as fait mal. Quand est-ce que vous appren­drez, vous autres arabes, à être tendres avec les femmes ? Ouf ! … Maintenant c’est mieux … Gaber, va voir le poulet.
- Il n’est pas encore temps.
- Va, de toute façon, moi je dois me lever pour aller faire pipi.
- La pipi qui ne finit jamais !
- En quoi ça te regarde ?
- Simple observation.
- Ma va !
- Je crois que tout est prêt. J’ai éteint le gaz.
- Merci Gaber. Ne me regarde pas comme ça ? Ferme la porte.
- Ça te dérange ?
- Non. Mais ne me regardes pas.
- Ne sommes-nous pas mari et femme ?
- Tu parles sérieusement ?
- Je ne plaisante pas… mais…! Pourquoi est-ce que tu ne te laves pas ?
- Tu es aveugle ou quoi ? Je me suis essuyée avec cette serviette que je lave deux fois la semaine, avec de l’eau chaude et des bicarbonates de soude qui sont un produit détergeant et désinfectant.
- Je viens juste de l’apprendre de toi.
- Tu penses que je suis sale ?
- Chez nous, à chaque fois que l’homme ou la femme entre aux cabinets, ils doivent se laver, comme on lave la tripe.
- Ça se voit que chez vous l’eau existe en abondance.
- Chez nous, on ne badine pas avec la propreté.
- Tu viens du désert m’apprendre les règles de l’hygiène! Qu’est ce que vous êtes, vous ? Des ignorants. Vous pataugez dans la misère. Vous faites votre toilette dans la poussière comme les poules. Vous ne pouvez inventer ni produire rien sans notre as­sistance.
- L’assistance des Italiens ?
- Non seulement, mais des Européens en général, des Américains, des Russes, des Japonais, des Coréens.
- Toutes ces gens, sont-ils des cousins à toi ? ou sont-ils peut-être des citoyens italiens ?
- Les Italiens ont la FIAT, au moins. Vous, qu’est-ce que vous avez à part le chameau ?
- Si le chameau était, comme moi, avare de sa pisse … s’il s’arrêtait un jour de pisser, vous seriez morts de froid, vous et vos cousins.
- Tant de bruit pour une pisse! Et puis toi quand tu as craché dans le lavabo, moi je n’ai rien dit. Pourtant ça m’a fait presque vomir. Tu vois ? Moi je ne t’ai pas fait de remarques. Je ne t’ai pas jugé… d’ailleurs, à quoi bon ? Viens chéri, viens auprès de moi. Ces­sons notre dispute et préparons la table. J’ai une faim de loup.
- Tu ne te laves pas les mains ?
- Encore ! Mais je suis chez moi et puis c’est mon corps, j’en fais ce que je veux.
- J’arrive mal à croire mes yeux.
- Ne fais pas cette tête. Une pisse, ce n’est rien. Viens mon chéri. As-tu écrit aux tiens ?
- A propos de quoi ?
- De notre mariage, voyons !
- Mais bien sûr.
- Alors, nous devons nous tenir tranquilles jusqu’à ce que te parvienne la réponse ? Tu es sûr qu’ils m’accepteront comme ta fem­me ? Je suivrai votre religion si je serai appelée à vivre là bas.
- Ça m’est égal.
- Tu as de la famille ? Papa ? Maman ? Tu as des frères et des sœurs ?
- Oui j’ai un papa et une maman et un frère et une soeur.
- Que fait ton papa ? Chéri, puisque tu ne bois pas le vin, je t’ai ramené une bouteille d’eau tonique ? Va la chercher. Elle est dans le frigidaire. Attention à la chaise! Les voisins n’aiment pas être dérangés. Déjà comme ça, ils me cherchent la petite bête. Ils sont jaloux de moi. Ils m’en­vient. Oui ils m’envient. Ce n’est pas qu’ils sont méchants. Mais c’est l’envie.
- Mais tu es pauvre!
- Chéri prend aussi un peu de yaourt. Certes, je suis pauvre, mais les gens ne me pardonneront jamais d’avoir un appartement aussi propre, aussi spacieux et aussi calme que le mien.
- Tu appelles spacieuses ces deux pièces minuscules et encombrées de vieux meubles sans goût ni valeur, mais est-ce que ça change quelque chose dans les habitudes de l’homme de traiter son prochain ?
- Qu’est-ce que tu rumines ? Tu n’as pas le courage de parler haut et fort ?
- Non, rien. Tu veux le yaourt, toi aussi Francesca, pardon, Françoise ?
- Non, merci. J’en prendrai après. Viens manger avant que ça ne se refroidisse. Je disais donc… mon Dieu, cette amnésie ! j’oublie toujours ! Qu’est ce que j’étais en train de dire ?
- Ton appartement est aussi spacieux, aussi…
- Merci. Tu vois que la compagnie fait revenir aussi la mémoire à ceux qui la perdent ? Ces braves voisins pensent - pas tous, bien sûr - que je suis une pute qui invite les gens de tou­te race et de toute classe à passer la nuit avec moi. Ils me ca­lomnient et ils m’envient parce qu’ils ne sont pas aussi fortunés que moi ? Ils considèrent ma solitude comme de la fortune. Dieu seul sait si je n’ai pas souffert et si je ne suis pas en train de souffrir encore ! D…
- Sèche tes larmes Francesca. La vie entière ne vaut pas la peine qu’on l’arrose ne serait-ce que d’une seule larme. Ne parle plus de souffrances.
- Goûte un peu au poulet.
- Non.
- Essaie-le, n’en aies pas peur. Il ne va pas te manger… tout de même !
- J’ai dit non. Tu veux un morceau de fromage ?
- Non, merci. Il ne fait qu’engraisser. Tu ne vois pas que déjà comme ça je suis un peu grasse ? Mais tu m’aimeras quand même ?
- Bien sûr.
- Moi je vais m’étendre un peu. Quand tu auras fini, met toute la vais­selle dans le lavabo et viens auprès de moi. Ne me laisse pas seule, Gaber, je t’en prie.
- Entendu.
- Apporte-moi un de ces bonbons à la menthe. Prends-en un toi aussi, car ta bouche pue. Tu as sûrement une dent défectueuse.
- C’est vrai.
- Gaber, as-tu éteint le gaz ?
- Oui.
- Tu es un amour. Viens un peu près de moi, que je sente ton o­deur, ton haleine. Il n’est pas question de faire l’amour cette nuit.
- Tranquilla ! Je ne te dérangerais point.
- Remets ton pantalon.
- Tu veux vraiment que je le remette ?
- Non, laisse tomber. On plutôt mets le short. Voilà ! Viens… ca­resse moi… suce-moi… lèche-moi... Comme ça… oui continue… Aie ! Mais quand est-ce que tu apprendras à faire l’amour ?
- N’as-tu pas dit qu’il n’en était pas question pour cette nuit ?
- Oui. Enlève ta main. Obsédé, va !
- C’est plus fort que moi.
- Fais comme moi. Essaie de te retenir.
- Je ne suis pas comme toi. Les hommes ne sont pas comme les femmes.
- Pourquoi ? Qu’est-ce que tu as contre la femme ?
- Rien. Sinon qu’elles sont frigides.
- Toutes les femmes ?
- Oui. Du moins c’est ce que je pense. Sinon, pourquoi peuvent-elles se passer facilement d’une telle jouissance, surtout quand l’occasion se présente ? Regarde par exemple les hommes, jusqu’à présent, ils étaient toujours les meneurs dans l'histoire du genre humain. Quant à la femme, elle est restée à la traîne parce que tout simplement elle ne connaissait pas une telle volupté. Elle sera plus moderne au fur et à mesure qu’elle découvrira le plaisir.
- Tu es bizarre avec tes idées misogynes. D’ailleurs il suffit de jeter un regard sur les misères du pays d’où tu as été craché !
- Je ne suis pas misogyne. Je cherche à comprendre.
- Tu parles trop.
- Attends un peu. Cela ne veut pas dire que la femme n’a pas un quelque « terrain de chasse ».
- Quel est cet avantage, Monsieur le misogyne ?
- Elle cherche à plaire à l’homme pour le dominer. Pour cela elle est capable de commettre des folies. A commencer par l’artificia­lité et le fard. Elle est une excellente comédienne. Elle est in­telligente aussi. Mais elle est faible. Quand elle a compris qu’elle a besoin de son frère, elle s’est mise à l’observer, à étudier sa psychologie, sa nature, ce qu’il désire et ce qu’il fuit...
- Et voilà que Monsieur prétend connaître quelque chose sur les femmes. Tu ne sais même pas faire l’amour. Tu es grossier et ignorant… heureusement pour vous qu’il y a mère-Nature. Ou plutôt… tu es un homosexuel. Qui sait ?
- Chapeau ! Au fond je ne sais plus quoi dire. Les femmes pour moi sont l’énigme des énigmes. Quant à l’amour, je suis ici pour l’apprendre. En plus c’est la preuve par neuf de ma virginité.
- A quelle heure tu te veux te lever le matin ?
- Tu as sommeil ? Je te laisse dormir…
- Tu peux passer la nuit dans mon lit. Fais comme tu veux. Tu es chez toi. Ne sommes-nous pas déjà mari et femme ?
- Pourquoi alors tu as refusé de faire l’amour ?
- Mais je n’ai pas refusé, stupide. J’ai dit qu’il vaut mieux le faire de­main matin, après une nuit de sommeil et de repos. Et puis, demain je dois prendre ma douche écossaise. Tu m’aideras, Ga­ber, n’est ce pas ? Puis nous devons aller à la mairie. Et si les choses vont bien, j’aviserai mon fils.
- Et moi je téléphonerai aux miens.
- Bonne nuit trésor.
- Bonne nuit, chérie. Beaux rêves !
- Gaber, réveille-toi.
- Bonjour. Quelle heure est-il ?
- 6 heures. J’ai préparé le café.
- Je viens tout de suite.
- Non, reste. Je te l’apporte dans ton lit. Tu as bien dormi?
- Così così.
- Qu’est ce qu’il te tracasse, mon chéri ? Tiens, voilà le café.
- Merci. Il est excellent.
- Pousse-toi un peu, je vais m’étendre simplement.
- Tu veux faire l’amour. Avoue-le.
- Pourquoi pas ? Tu n’es pas d’accord ? Je te l’ai promis hier soir, non ?
- Je t’aime pour ça.
- Ah les hommes! Vous êtes tous égoïstes ! Vous ne pensez qu’à vo­tre plaisir; comme le père de mon fils, comme mon fils qui m’a laissé tomber pour une française, comme toi qui ne penses qu’à jouir de moi.
- L’amour est l’unique consolation qui nous soit accordée dans ce monde hostile.
- Et voilà qu’il recommence à philosopher ! Qu’il est étroit ce lit! Viens dans le mien.
- J’arrive.
- Viens… Donne-moi la main, fiston. Là au moins il y a un peu d’espace pour manœuvrer. Débarrasse-toi de ton short.
- Enlève-le toi-même, ça me fait un plaisir de folie.
- Mais pour qui tu te prends ? Tu n’es pas le Bey de ta Constanti­ne, tout de même !
- En ce moment je suis plus que le Bey de ma Constantine et plus que le Jules César de ta Rome antique !
- Moi j’aime les grands hommes. Les hommes forts, ça protège. Ça donne de la sécurité.
- Je t’aime.
- Caresse-moi. Quelle douceur ! Je t’aime. Que de­viendra ma vie sans toi ? Chéri. Ahh…
- Gaber, tu es fatigué ? Tu veux dormir encore un peu ?
- Oui. Je n’ai pas dormi de la nuit. Puis il n’est pas encore 8 heures du matin.
- Mais moi je dois prendre ma douche. Nous de­vons, aussi, aller à la mairie.
- Je veux dormir encore un peu entre tes bras.
- Dors mon chéri, dors. Tu as raison, il n’est pas encore temps.
- J’ai sommeil. Je veux me reposer. Ahh.
- Oui dors mais pas dans mes bras car moi je vais préparer mon bain. Gaber! Qu’est qu’on mange pour le déjeuner?
- Moi je ne mangerai pas ici. Je dois aller travailler.
- Tu travailles donc ?
- Je travaille sur mon livre.
- Tu appelles ça travailler ?
- C’est une occupation, non ?
- Viens, Gaber, aide-moi à placer le tuyau au robinet. Moi je vais chercher la bassine.
- Le robinet est carré et le tuyau est rond. Com­ment, Diable sera-t-il possible de les embouter ?
- Tu ne réussis pas ? J’ai une idée : pendant que moi je me lave, toi tu maintiens les extrémités bout à bout.
- C’est une solution fatigante et pas géniale, mais c’est une so­lution quand même.
- Je ne serais pas longue.
- Vas-y
- Tu es un ange.
- Vraiment ? Mais ! Qu’est-ce que tu fais ?
- Je fais pipi. Ha, ha, ha.
- Dans la bassine ? et tu ris en plus ! dans l’eau avec laquelle tu vas te laver ensuite ?
- Et après ?!
- Tu es folle ?
- Folle ? Tu oses me traiter de folle ?! Mais, toi quand tu as craché au lavabo, je ne t’ai pas jugé. Et puis, je suis ici chez moi. Je fais tout ce que bon me semble, et personne n’a aucun droit de me dicter comment je dois me conduire. Folle ! En voilà des manières de traiter le gens chez eux !
- C’est inconcevable !
- En quoi ça te regarde? Je peux, si je le veux, faire pipi ou popo dans mon lit, sur ma bibliothèque, sur ma table ou sur le parterre. Personne n’a aucun droit de m’en empêcher. Ga­ber, passe-moi la serviette s’il te plait.
- Tu as déjà terminé ?
- Je ne vais pas m’éterniser dans un bain, tout de même !
- Mais, au moins rince-toi les parties que tu as…
- Ça te regarde ? Passe-moi la serviette, et tais-toi si tu veux que nous restions amis. Et puis ma pisse est saine. Je ne suis pas malade.
- Puisque tu es chez toi, tu dois sûrement être saine. Voilà la serviette.
- Merci. Maintenant je me sens bien, se reposer, manger, faire l’amour, faire une douche, n’est-ce la belle vie?
- Non.
- Pourquoi tu es ici alors, si ce n’est pas une belle vie que tu y as trouvé ? Cela prouve au moins que vivre ici vaut mieux que vi­vre chez vous. Si ça ne te fait pas plaisir, décampe d’ici, ingrat !
- C’est facile. Je m’en vais à l’instant.
- Tu quittes l’Italie ?
- Non, l’Italie n’est pas ta propriété privée. Où est mon panta­lon ?
- Tu es sérieux ?
- Je suis toujours sérieux.
- Ne me quitte pas Gaber. Pardonne-moi. Je n’avais pas l’inten­tion de t’offenser. Mais je suis comme ça. Je souffre Gaber. Je suis vieille, malade, seule, pauvre, laide. J’ai besoin au moins d’un soutien moral. Tu m’épouseras, n’est-ce pas ?
- Où est mon pantalon ?
- Je t’en supplie Gaber. Pardonne-moi. Ne t’en vas pas. Je ne parlerai plus des sujets qui te feront mal.
- Ça va. Je reste.
- Tu m’as pardonnée ?
- Bien sûr, car je t’aime et je suis homme, surtout. Sortons.
- Gaber, bon cœur, quand je serai ta femme, je ne parlerai pas a­ux hommes étrangers. Toi aussi tu ne parleras pas avec les femmes, surtout avec la voisine qui est une véritable chasseuse d’homme. J’irai aussi quelques fois à l’église mais rarement. Je suis une bonne chrétienne, moi. Tu ne m’en empêche­ras pas de m’y rendre, n’est-ce pas ?
- Tu pourras même passer la nuit à l’église si ça te chante.
- Tu es vraiment un ange. Mon Dieu, pourquoi est-ce que je ne t’ai pas connu avant ça ? Pourquoi ?
- Pour la simple raison qu’alors, il n’était pas encore temps.
- Tu m’as dit que tu m’avais vue avant ça. Pourquoi est-ce que tu ne m’as pas fait un signe ?
- Je ne te connaissais pas alors.
- C’est curieux ou du moins je ne me souviens pas t’avoir remarqué.
- Les femmes n’aiment pas se montrer en besoin. C’est pourquoi elles semblent faire les précieuses. Ou plutôt elles remarquent mais elles ne s’en souviennent pas.
- Qu’as-tu pensé de moi, la première fois quand tu m’as vue ?
- J’avais dit: « Voilà une femme insolite mais charmante et belle malgré l’age. »
- 50 ans ce n’est pas méchant comme age. Si tu restes avec moi, je n’aurai plus de chagrins. Je recouvrai ma santé par la même occasion. Sans chagrins, je deviendrai plus belle encore. Je me teindrai les cheveux en noir. Dis-moi, Gaber, que tu veux vrai­ment m’épouser.
- Bien sûr, voyons!
- Hummm!
- As-tu vu, Francesca? C’est plus simple de se marier à la mairie qu’à l’église.
- Ne dis pas des sottises.
- Je veux dire que la mairie ne m’a pas posé la condition d’être chrétien ou de changer ma religion. Maintenant je dois te quitter.
- Quand est-ce que nous nous reverrons pour la prochaine fois ?
- Dés que je reçois le nulla osta.
- Tu es sûr que les tiens seront d’accord avec toi et t’enverront le Papier ?
- Je le souhaite plutôt.
- Mais toi tu es un écrivain, un libre penseur. Tu ne vas pas te laisser influencer par les autres. Tu peux te passer de leurs avis s’ils refusent.
- Moi, avant d’être moi, j’appartiens à une culture que j’ai le sacré devoir de respecter et d’honorer, parfois, même au détriment de mon bonheur propre. Ceci dit je ne crois pas que mes pa­rents me refusent le mariage avec une chrétienne pourvu que...
- Pourvu que?
- … pourvu que je ne le fasse pas suivant le rite chrétien.
- Il faut des concessions parfois.
- Ce conseil est valable aussi pour toi.
- Donc, nous devons nous quitter, pour l’instant ?
- Malheureusement, oui. Voilà le tram qui arrive. Prépare-toi. A la semaine prochaine donc.
- Un petit bisou, Gaber.
- Humm-mah ! Au revoir. Porte-toi bien.
- N’oublie pas de venir me voir. Nous resterons amis, même si vos parents me refuseront comme épouse pour leur fils.
- Il restera le problème de ton fils.
- Mais qu’est ce que tu racontes? Si je le mets au courant c’est uniquement pour information.
- Ciao.
- Ciao.
- Allo.
- Allo. Oui!
- Francesca?
- Oui. Qui est à l’appareil ? Ah, Gaber, c’est toi… Comment vas-tu ?
- Bien et toi ?
- Je suis un peu fatiguée. Pourquoi tu n’es pas venu ? J’ai des choses très intéressantes à te dire.
- Moi aussi, figure-toi. Mais j’ai préféré le téléphone. J’en­tends du bruit, tu n’es pas seule ?
- Je suis avec mon fils. Je suis déjà comblée comme ça pour le re­stant de mes jours. Adieu et prend soin de toi, fiston.
- Adieu.
Fin
Smari Abdelmalek
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