Vues et vécus en Algérie et ailleurs. Forum où au cours des jours et du temps j'essaierai de donner quelque chose de moi en quelques mots qui, j'espère, seront modestes, justes et élégants dans la mesure du possible. Bienvenue donc à qui accède à cet espace et bienvenue à ses commentaires. Abdelmalek SMARI
Une goutte d’eau est tombée du ciel
Et sur mon carreau là, elle ruisselle
Elle glissera dans le caniveau
Pour aller grossir un petit ruisseau
Ce petit ruisseau devenant rivière
Rejoindra un jour les bords de la mer
La goutte chauffée par notre soleil
Deviendra buée là-haut dans le ciel
Dans un gros nuage elle s’entretiendra
Avec d’autres gouttes du vent et du froid
Et puis tout à coup elle retombera
Sur mon carreau gris vous savez pourquoi.
Guy Thomas
Je sais qu’en ce moment tragique, il n’est pas élégant de tourner la tête de l’autre côté pour ne pas regarder la triste réalité en face et de se dépouiller de sa responsabilité d’être solidaire avec ceux qui subissent l’enfer. Je sais que c’est lâche se donner une peine inutile et absurde de philosopher, d’ignorer, d’oublier sa condition d’homme. Je sais qu’une partie de notre humanité est tourmentée par une autre partie et que la majeure partie restante de notre humanité est indifférente, tétanisée ou impuissante.
Mais dites-moi ce que je devrais faire : dois-je mourir moi aussi pour montrer que je suis solidaire avec les peuples qui, en ce moment même, sont en train de se mourir assassinés et massacrés par le Satana du monde, ses sbires et ses mercenaires ?
Dois-je verser des larmes, d’ailleurs impuissantes et inutiles elles aussi ? N’est-ce pas ce que j’ai fait depuis que ma mère m’a conçu dans son ventre durant la nuit coloniale ?
Dois-je baver, écumer, vociférer ; me donner en spectacle pour amuser le bourreau ; et qui recevrait alors mon désespoir et répondre à ma détresse ?
Vous avez, vous, une issue, une solution à ce mal ?
Conseillez-moi alors.
En attendant, contemplons cet ordre du monde qui se meurt et méditons sur lui et sur ses choses. Interrogeons l’intelligence humaine si elle est capable de retourner à son origine, à sa source créatrice, pour nous débarrasser de la pourriture de ce monde et de ses gens pourris eux aussi et désespérés ; pour nous aider à inventer un monde meilleur et une humanité meilleure.
Cessons donc de nous charger d’une culpabilité pour un mal que nous n’avons pas commis. Indiquons plutôt avec clarté les coupables de ce mal, de ce tourment pour l’humanité. Ces bourreaux ont bien un nom : les gouvernants des Régimes prédateurs et dictateurs du monde, les Clinton, Bush, Blair, Sarkozy, Obama, Trump, Nethanyahou et leurs mercenaires de gauche et de droite, de ci et de là, desdits occidentaux et dits bédouins pétrodollariques.
Ce monde est malade et pervers. Extirpons-en le cancer qui le ronge et le mine ; le réformer est impossible et insensé. Car comme dit Michel Bataille « Ce n’est pas en cherchant à perfectionner la chandelle qu’on inventa l’électricité. »
Œuvrons donc pour exécrer un tel monde inutile et dangeureux. Œuvrons pour en créer un nouveau plus clément, moins absurde, plus digne.
L’invention de la roue doit être la plus pure des inventions que l’homme ait pu créer d’une manière si originale et si inédite.
Mais le créateur des mondes nous a donné des exemples aussi géniaux et uniques de cette création pure, sans précédents à plagier.
Considérons le phénomène de la pluie : on pourrait y voir une manière de distribuer l’eau – qui devrait être d’une quantité plus ou moins égale sur notre planète – et la transporter d’un lieu vers un autre. Mais il n’y a pas que la pluie qui se charge de cette opération, il y a les cours d’eau (grâce à la gravitation). Il y a aussi l’évaporation (malgré la gravitation !).
L’esprit humain – fût-il le plus grand génie que l’humanité ait créé ou puisse créer - n’aurait jamais pu imaginer cette variété de procédés ; il se serait arrêté à la pluie, au cours d’eau ou à l’évaporation… Toujours est-il qu’il aurait pu être capable de gérer cette substance tantôt gazeuse, tantôt aqueuse, tantôt solide, et en cette quantité astronomique.
Quant à son stockage dans les entrailles de la terre, dans l’air ou dans les plantes et les animaux… il aurait fallu qu’il créât d’abord les entrailles de la terre, l’air, la flore et la faune.
C’est quoi l’âme ?
Elle peut être une histoire que le corps écrit et met en scène d’une manière ininterrompue durant toute la vie de ce corps. C’est en plus la capacité qu’a l’auteur et le protagoniste de cette histoire de codifier, d’archiver et de visionner des séquences présentes, passées ou imaginées.
Si cela est vrai, un animal n’a pas une âme. Ce qui ne veut pas dire qu’il est une créature sans valeur, sans signification ou sans dignité.
Des histoires, donc.
Nous sommes des histoires écrites avec une encre inédite, des caractères spéciaux et un programme d’une génialité inouïe. Des histoires dont le discours est parfois pathétique, parfois tragique, parfois poétique et radieux, parfois insipide ou lugubre, souvent tout ça à la fois. Discours qui, dès la première lettre tapée, entre, pour ne plus avoir aucun répit, en interactions innombrables et ininterrompues avec une langue (un bain culturel) en pleine évolution et dégradation aussi. Interactions, en vertu desquelles ces histoires ne cessent de s’ajuster à cette langue et de l’ajuster à ses besoins et exigences, de la faire évoluer donc et croitre en créant de nouveaux parcours sur lesquels viennent se déposer mémoire et identité, dont jaillit cette notion aussi familière et mystérieuse qu’est le temps avec toutes ses acceptions et tous ses aspects.
L’homme est capable donc de s’inventer un discours sur sa propre vie, et cette capacité se fond avec ce même discours et le résultat serait ce qu’on appelle âme.
L’homme met en scène des personnages que sont les bribes de son vécu, en les enrichissant et en les combinant.
C’est ce processus qu’on appelle âme, et de fait il n’est pas si extraordinaire d’y croire.
Voyons maintenant ce qu’est le corps.
Le corps est constitué, comme la science de notre temps nous le dit, de la matière. Celle-ci se présente dans le corps vivant comme matière organique – c’est-à-dire des éléments organisés, actifs, agglomérés selon des proportions, des nombres, des géométries spéciales, en interaction perpétuelles, se combinant, décombinant et recombinants.
Ces éléments qui se nourrissent de la matière en général, sont tendanciellement infinis et rentrent dans la formation de tous les êtres vivants. Et si la terre était sans limites et la mort n’existait pas, on pourrait s’imaginer qu’il y aurait autant d’organismes vivants qui veulent exister que le permettent les dimensions et la richesse de la matière, alors infinie, de l’univers également sans limites.
Mais la mort existe et la terre, avec sa matière organique et non, est épuisable, alors les êtres trépassés laissent par nécessité non seulement leur place aux nouveaux arrivants, mais aussi ils leur offrent partie de leur matière organique qui entrera dans la composition de leurs corps. Comme le disait déjà le poète de la Syrie Abu-El-Ala :
"صَاحِ هَذِهْ قُبُورُنَا تَمْلَأُ الرُّحْــبَ فَأَيْنَ الْقُبُورُ مِنْ عَهْدِ عَادِ؟
خَفِّفِ الْوَطْءَ مَا أَظُنُّ أَدِيمَ الْـأَرْضِ إِلَّا مِنْ هَذِهِ الْأَجْسَادِ
وَقَبِيحٌ بِنَا وَإِنْ قَدُمَ الْعَهْــدُ هَوَانُ الْآبَاءِ وَالْأَجْدَادِ
سِرْ إِنِ اسْطَعْتَ فِي الْهَوَاءِ رُوَيْدًا لَا اخْتِيَالًا عَلَى رُفَاتِ الْعِبَادِ
رُبَّ لَحْدٍ قَدْ صَارَ لَحْدًا مِرَارًا ضَاحِكٍ مِنْ تَزَاحُمِ الْأَضْدَادِ."
« Ô ami, voici nos tombes, qui emplissent l’immensité. Où sont les tombes du temps de ’Ad ?
Marche avec précaution, car je crois que la surface de la terre est faite de ces corps.
Et il est honteux pour nous, même si le temps a passé, de déshonorer nos ancêtres, nos aïeux.
Marche, si tu le peux dans les airs, avec douceur, sans arrogance vis à vis des dépouilles des morts.
Bien des tombes sont redevenues des tombes à maintes reprises, riant de la bousculade des adversaires. »
Cette matière organique se composant – en combinant des éléments épars et éparpillés -, crée un nouvel organisme qui ne cessera de se développer et d’acquérir d’autres éléments jusqu’à son extinction et sa dissolution dans le monde… dans la terre pour donner vie à son tour ou à contribuer à l’émergence d’autres formes, d’autres entités et d’autres aspects de la vie ou rester dispersés dans la terre jusqu’à nouvelle opportunité.
Entre-temps les êtres trépassés (ici je parle de l’homme), êtres constitués grâce aux éléments organiques de leurs prédécesseurs (humains, animaux, végétaux et matière brute non-organique en général), auraient en leur temps de vie formé des histoires, des entités vivantes avec des identités, des mémoires, des rêves et des projets, c’est-à-dire formé des âmes.
Etant fini par sa nature même, la matière organique ne saurait en aucune manière répondre à la demande exigente et illimitée de la vie eschatologique, telle que nous la connaissons, de lui fournir autant de corps que d’âmes. Mais tout de même la matière dont sont faits les corps reste importante : c’est à travers elle que les âmes se créent a piacimento. Et la mort des corps, c’est-à-dire leur décomposition et leur retour à des éléments de base pour rentrer dans la composition d’autres êtres ayant eux aussi droit à l’existence (c’est dire que la vie est démocrtique !), la mort - dis-je - aurait résolu le problème de la surpopulation de la terre, permettant à la vie d’utiliser et réutiliser à l’infini les mêmes éléments pour se se regénérer et se perpétuer sans redondance en créant une infinité de formes d’existence !
La matière ou, mieux encore, le corps sert donc, comme fondement et véhicule, à insufler dans l’être une sorte de grammaire géniale à travers et grâce à laquelle les expériences vécuelles spécifiques et personnelles des êtres (les humains en particulier) s’organisent et se structurent en un langage par le moyen duquel, l’être se raconte et par conséquent se forme en donnant lieu à cette gemme splendide et unique qu’est l’âme ou l’essence d’être homme conscient et responsable éthiquement et métaphysiquement.
Et c’est là une de ces inventions tellement originales – ex nihilo – qui n’aurait jamais pu caresser l’esprit ou l’imagination de l’homme. Procédé génial que l’esprit humain a fait sien pour donner lieu à ses inventions propres comme la langue, les romans et tous ses discours, pour arriver enfin (et le futur fera sûrement d’autres prouesses) à la culture du virtuel : je pense à un courriel que nous envoyons à plusieurs personnes qui le reçoivent, chacune, comme s’il s’agissait d’une copie unique de son genre, alors qu’elle n’est qu’une d’un ensemble de copies du même courriel.
De la responsabilité devant le tribunal universel
Mais qui nous dit que les éléments considérés bons sont vraiment bons ; n’oublions pas qu’ils ne datent pas seulement de la vie du corps en examen, mais de toutes les générations qui ont existé avant lui et dont un ou plusieurs éléments en tout ou en partie étaient rentrés dans sa formation durant la succession infinie des générations ?
Dieu est grand et omnipotent : il a sûrement la capacité et la science de régler une telle aporie sans solution pour notre entendement.
Quant à nous, disons que si ces histoires-âmes sont concrétisables et éternelles, ce seront elles à répondre de ce que leur auteur, le corps, avait combiné. Il y avait surement des philosophes qui avaient déjà pensé à une telle hypothèse.
A ce point deux problèmes métaphysiques se posent :
1 - Comment conserver ces âmes pour les vouer à la réincarnation ou au jugement universel ?
L’intelligence artificielle est elle aussi capable de créer des discours et des histoires, comme Hollywood et autres Cinecittà et la littérature, mais ces discours-histoires-âmes seront-ils eux aussi voués à l’éternité et à la responsabilité eschatologique ? ou bien devraient-ils passer par un corps matériel, pour qu’ils puissent être responsables de leurs actes et leurs pensées et sentiments ?
Pour moi, les histoires que nous inventons à travers l’art ou l’Intelligence artificielle ne sauraient se transformer en entités responsabilisables ; elles ne constituent que des ombres de nos âmes … et l’on sait que l’ombre disparaît à peine disparaît la lumière.
2 - La responsabilité de l’être.
Si le créateur punit le corps qu’il aurait entre-temps recréé ad hoc ou le récompense, et si ce corps a été constitué entre autres éléments des éléments d’un malfaiteur ou d’un homme de piété, devrait-il récompenser la part qui a fait du bien et punir celle qui a fait du mal ?
Dans un cas comme dans l’autre, le créateur a sûrement une réponse qui, à nous, échappe pour le moment, puisqu’on n’a pas encore identifié quelque procédé naturel original, sans précédent ni exemple pour pouvoir discerner le bon du méchant.
Pourquoi naissons-nous, si nous allons mourir ? Quel est le sens de la vie ?
Le monde est fait d’énergie et de matière (qui est elle-même une forme d’énergie).
Nous, toutes les créatures, sommes faits de ce monde qui a des myriades de propriétés parmi lesquelles : le mouvement.
Durant les infinis processus de mouvements, la matière se compose et se décompose pour se recomposer et se redécomposer dans une suite infinie, créant des formes et des agrégats de matière sans vie ou organisés.
Quelques combinations donnent des paramécies ou des choux, d’autres des porcs ou des chiens, d’autres encore des hommes qui, eux, ont leurs propriétés propres, parmi lesquelles la capacité et la nécessité de donner un sens à tout ce qui leur tombe sous le nez, la vie en premier lieu ou en dernière instance.
« Trop souvent, la nature s’amuse à réduire à néant toutes nos ingénieuses constructions. Cyclones, tremblements de terre… Mais l’homme ne se décourage pas. Il reconstruit sans cesse, obstinée petite bête. Et pour lui, tout est matériau de construction. Car il porte en lui ce quelque chose d’indéfinissable qui le pousse à bâtir, transformant à sa manière la matière que lui offre cette nature ignorante, et peut-être, du moins quand elle le veut, patiente. … L’homme se prend lui-même comme matériau et se construit, comme une maison. … Croyez-vous vous connaître si vous ne vous construisez pas d’une manière ou d’une autre ? Et que je puisse vous connaître si je ne vous construis pas à ma façon ? Et vous, me connaître si vous ne me construisez pas à votre façon ? Nous ne pouvons connaître que ce à quoi nous parvenons à donner forme. Mais quelle sorte de connaissance peut-il y avoir ? Cette forme n’est-elle pas la chose elle-même ? »
Luigi Pirandello – Uno, nessuno e centomila – Arnoldo Mondadori Editore. 3° ed. 1964 - p. 45
La liberté, une autre propriété de l’homme, te donne le choix de reconnaitre un sens à la vie ou le renier.
La vérité est que personne ni rien n’a le choix d’exister ou de ne pas exister. Si tu es, tu existes avec ou sans sens, cela ne changerait rien à ton existence.
Enfin, sans détour, l’existence est en soi un sens. Et aussi bien le vivant que le non-vivant, tous, sont voués à la désintégration et à la volatilisation dans la poussière de la matière pour rentrer ensuite dans une nouvelle dimension.
Et cet état de l’univers ne peut être un chaos ou une anarchie ; dans le sens qu’aujourd’hui c’est le cœur qui pompe le sang, demain c’est l’intestin et après-demain ce sera Jules César ou la lune. Cet ordre est dirigé par des lois précises et de fer et il nous fait penser à un ordre conçu, dirigé et maintenu par une intelligence extraordinaire qui peut être dieu (pour les croyants) ou la résultante même des éléments de cet ordre (pour les non-croyants).
Quelqu’un dit que nous ne sommes pas faits de ce monde car l’homme a plusieurs enveloppes....
Chacun a son origine
Plutôt nous sommes faits de ce monde, mais cela n’empêche pas l’homme d’avoir plusieurs enveloppes avec chacune des origines diverses.
Toutefois le spirituel peut être une forme de l’intelligence. Cela rentre dans les propriétés infinies de la matière ou, si tu veux, de l’existant. Les lois chimiques physiques et autres peuvent être des formes constituantes de l’intelligence qui prendra conscience de soi chez l’homme.
C’est ce que je crois avoir compris des thèses de Teilhard de Chardin.
Abdelmalek Smari