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Vues et vécus en Algérie et ailleurs. Forum où au cours des jours et du temps j'essaierai de donner quelque chose de moi en quelques mots qui, j'espère, seront modestes, justes et élégants dans la mesure du possible. Bienvenue donc à qui accède à cet espace et bienvenue à ses commentaires. Abdelmalek SMARI

La guerre, un feuilleton à épisodes interminables (2)

 

« dans cette immensité, se noie ma pensée :

et le naufrage m’est doux dans cette mer. »

Giacomo Leopardi

 

La présente guerre n’est donc pas extraordinaire ni plus ni moins scandaleuse que celles qui l’ont précédée et celles qui vont la suivre.

Oui, il y en aura d’autres encore inexorablement, puisque la guerre est un fatum, une caractéristique de notre humanité, une dimension nécessaire, sine qua non, qui constitue notre humanité et en fonde le sens et fait de nous une nature spéciale, hideusement spéciale. Puisqu’on a comme impératif primordial, adamique, de nous chercher les uns aux autres de petits et de gros ennuis. Et qui en a, y mette !

On a donc comme impératif implacable de réduire l’humanité. Et pour ce faire, comme le dit Mark Twain : « Inévitablement, nous ne pouvions pas fonder tous nos espoirs sur des famines et des fléaux intermittents, dont les effets ne pouvaient être que temporaires, mais sur la guerre et les médecins, dont l’aide est constante."

Des médecins – faut-il le préciser - parce qu’ils réparent les blessés de guerre et les renvoient une nouvelle fois encore au front pour alimenter la guerre qui peut et doit continuer.

En cela, Marc Twain avait anticipé le film de Roland Emmerich, « Les nouveaux héros ».

Donc, les médecins aussi sont impliqués, car ils sont les seuls capables de ressusciter les morts ; comme ces médecins de génie du film d’Emmerich qui mettent à exécution le plan du gouvernement américain qui consiste à redonner la vie à des soldats morts dans la guerre, pour former une petite armée de "Unisol", de soldats invincibles… pour combattre ledit terrorisme, pour combattre le crime organisé et, bien évidemment, pour faire en sorte que la guerre dure à perpétuité.

On ne cesse de nous tuer entre nous, et malgré cette autodestruction, notre espèce ne fait que se multiplier exponentiellement, astronomiquement, scandaleusement !

Qui sait, la guerre est peut-être un stimulus à notre croissance démographique.

En tout cas elle ne pourrait être un facteur qui puisse contrôler notre démultiplication monstrueuse ; si tel en était le cas, l’humanité se serait arrêtée à un nombre infime d’individus et ce, dès les premières guerres menées à l’aube de notre existence.

En revanche, ce qu’on aperçoit c’est le contraire. Après tout, l’homme n’a-t-il pas démontré sa capacité de subvenir avec avance et abondance à ses moyens de vivre ?

Et puisqu’une loi de la guerre ( !) formulée par Thucydide veut que bellum vacuum abhorret, et puisque l’espace vital pour l’humanité s’est révélé infini, du moins pour le moment (en témoignent les infinies possibilités que le monde virtuel, avec internet, a mises à notre disposition récemment), pourquoi ne pas occuper cet espace infini ?

Si l’individu, à lui seul, n’est pas capable de s’étendre et remplir le vide qui l’épate et l’attire (au maximum il n’est capable de conquérir qu’un espace d’un mètre quatre-vingts de long et un mètre cinquante de profondeur, comme le dit Brecht), il recourt à d’autres individus de son espèce. Il en fait un prolongement, une extension de soi-même. Mais puisqu’en l’état de nature anormale (c’est-à-dire sans guerre), il ne peut recruter assez d’individus pour l’aider dans sa besogne, il crée alors la condition pour les faire multiplier : il fout la guerre.

Il agit en cela comme il a appris à se comporter avec les épidémies : il vaccine l’humanité du virus de l’extinction (créant la guerre), pour l’obliger à se multiplier.

Ainsi son désir d’occuper l’espace infini, qu’il entrevoit et qu’il pense avoir l’impératif et le droit de remplir, sera-t-il satisfait. Bien entendu, il sera satisfait mais seulement d’une manière fantasmagorique.

Donc la présente guerre n’est qu’une mince affaire humaine qui fait partie de la routine quotidienne de l’Homme. Si aujourd’hui elle a éclaté en Ukraine, hier elle était ailleurs en Irak, au Vietnam, en Algérie, en Angleterre, en Amérique, en Napoléonie, Genkis-Khanie et autres Annibalie ou Alexandrie, pour ne citer que des rarissimes exemples de notre longue histoire de martyres et de bêtises.

Et demain elle sera surement ailleurs ou refait surface une autre fois encore en Irak, au Vietnam, en Algérie, en Angleterre, en Amérique, en Napoléonie, Genkis-Khanie et autres Annibalie ou Alexandrie.

On peut avoir la paix comme commandement dans nos lois suprême, nos religions, nos constitutions, cela ne nous empêchera pas de faire la guerre, de produire les armes, de les vendre ou les envoyer comme aide pour rétablir la paix à l’Ukraine-du-moment.

Il parait qu’en Europe et dans ledit Occident en général on ait bien compris la fatalité d’un tel fléau humain, la vitale nécessité des humains de se faire la guerre.

Ces traditionnels trafiquants d’armes et fauteurs de guerres, ces atlantistes, ont compris qu’il en suffit une ou deux, dans n’importe quel point du globe pour que le démon assoiffé de cette folie soit rafraichi et satisfait.

Pour en combattre l’instinct donc, les atlantistes avaient pensé créer des guerres dans le monde non-atlantiste ; pourvu qu’elles soient loin d’eux… et tant pis si parfois l’un des architectes concepteurs du conflit y laisse la peau. L’on meurt aussi sans guerre de toute façon.

Ainsi  Dès l’éclatement de la guerre en Ukraine, certains habitués des talk show italiens semblent tombés des nues :

« Comment est-il possible qu’une guerre arrive au cœur de l’Europe ?! »

« Et la guerre en Yougoslavie ?! » leur rétorque un contradicteur.

« La Yougoslavie ? beh, c’est différent. Elle n’est pas l’Europe. Et puis c’est une guerre civile et les occidentaux [à entendre atlantistes] - qui ne sont et ne devraient plus être sujets à la guerre - y sont intervenus justement pour y mettre de l’ordre et rétablir la paix. »

J’avoue, quant à moi, auteur de ce texte, que je n’avais pas compris grand-chose de cette argumentation absurde, mais là je glisse.

« Et l’Ukraine, ce serait atlantiste, elle aussi ? » insista le contradicteur.

« Ah, là c’est différent de la Yougoslavie. L’Ukraine, à part son extrême Est qui est russophone, est plus proche de nous culturellement. Et ce n’est pas un hasard si elle veut rejoindre l’UE et l’OTAN, et est prête à combattre jusqu’au dernier souffle de son dernier citoyen... Pour que vivent nos valeurs occidentales. »

L’Ukraine, potentiellement atlantiste donc, a été agressée par une puissance pas du tout atlantiste. Même les chats de cette puissance agressante ne sont plus des chats. Même son Dostoïevski n’est plus Dostoïevski.

« Et ce n’est pas un hasard si notre foire n’accepte pas les chats russes et notre Université Dostoïevski. » concluent les philo-atlantistes, les habitués des talk show italiens.

 

 

Abdelmalek Smari

 

 

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