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Vues et vécus en Algérie et ailleurs. Forum où au cours des jours et du temps j'essaierai de donner quelque chose de moi en quelques mots qui, j'espère, seront modestes, justes et élégants dans la mesure du possible. Bienvenue donc à qui accède à cet espace et bienvenue à ses commentaires. Abdelmalek SMARI

Impressions d’un voyage en Espagne

 

 

Je rêve que je ne suis que dans un rêve tourné au cauchemar, qui n’a que trop duré - Dieu fais que le moment du réveil ne tarde pas à venir.

L’obsession insistante des délires et des hallucinations me font voir dans les haillons du temps des habits de soie blanche et fleurée.

Je ne veux plus croire que la nature du temps soit identique à celle du carrosse d’or qui à peine le voit-on en orient le voilà en occident.

Je ne veux pas non plus croire que les splendeurs du passé - un passé dont même pas le lourd poids des jours en ont eu raison - aient pu accumuler une telle couche de siècles et changer de camps et de régents.

Je rêve que le temps se soit arrêté là où l’avaient laissé les génies créateurs des alcazars et de leurs jardins de roses et d’ombres, de murmures et de gais poèmes, de claires fontaines et de leurs eaux dansantes de joie.

Je rêve que les mystérieuses arabesques, ces formes limpides d’une grâce pure, ne soient pas encore parvenues à constituer pour des sensibilités niaises ou infantiles de pures abstractions qui suivent docilement et sans aucune connaissance de causes ni d’effets les fantaisies des yeux ou de la main d’un capricieux architecte.

Je rêve que Charles Quint n’ait mis son palais là où il l’avait mis, si laid que la mort,  que pour mettre en évidence la distance qui sépare le soleil de l’art arabe et les enfers des barbares.

Je rêve d’aller crier à tue-tête et de tout cœur, merci aux Espagnols qui ont été pour beaucoup dans la préservation de ces uniques joyaux que le monde n’a eu qu’une seule fois le plaisir et l’heur de voir et d’avoir.

A chaque fois que je vois du nouveau, je m’arrête pour de longs moments à regarder comme un béat les formes et les couleurs qui frappent mes yeux et les éblouissent. Ces grands yeux devenus encore majestueux et qui jouissent déjà, tel le plus chaud et le plus virile des organes génitaux.

J’imagine par exemple, mieux encore, je vois que l’Alhambra est une propriété qui me revient de tous les droits.

Je veux à défaut que la terre parfumée d’Espagne couvre ma dépouille vive et la couvre morte.

Je fais tant de projets pour apprendre une langue que j’ai toujours haie et savoir gré à un peuple que j’ai toujours méprisé à cause des sévices et du plaisir du Cid et de ses compères.

Je me vois déjà en train d’écrire une très belle lettre en une parfaite langue de Cervantès et de Lorca au roi d’Espagne lui vantant mes qualités et lui offrant mes talents à servir la culture et l’histoire de l’Espagne.

Je rêve aussi de découvrir et déchiffrer quelques manuscrits.

Je me vois déjà faisant partie d’un grand peuple honoré et admiré et chéri, lesquels honneur et admiration le déborde pour arriver jusqu’à moi, tels les rayons d’un soleil, transperçant les nuages noirs et sorti vainqueur de l’orage, et m’inonder et me noyer de bonheur.

Je rêve d’une maisonnette non pas au Canada mais bien à Granada. Une maisonnette avec des porches et des arcs ciliaires à travers lesquels s’entrevoient des patios avec des fontaines chantantes parée des couleurs d’iris et vers laquelle tombent à genoux des rayons de soleil qui demandent à l’ombre pardon et pitié. Porches et arcs ciliaires tels qu’on trouve en abondance en Andalousie. Une maisonnette qui me permette de retrouver une seconde fois le giron de ma mère, que j’ai tant aimé que la vie m’avait donné et duquel le temps m’en a privé sans m’en avoir demandé mon avis.

Je rêve que mes poèmes sont des rayons de bonheur et que ce bonheur est une houppelande de soie brodée de dentelles ayant pour motifs les divines arabesques.

Je rêve de ne pas être poète mais une personne quiconque aux désirs sauvages et que l’œil d’un poète me scrute avec l’envie follement attendrie pour l’insouciance et la jouissance d’une crinière aux quatre vents qui galope parmi les feuillages et les roses de l’Alhambra me baignant de la rosée pendant que l’aube chante mon ivresse.

Je rêve de descendre vers le giron de mes lectures et de mes rêves par une journée torride vers Guadalquivir avec quelque vierge sévillanes à éteindre l’ardeur des sens et me rafraichir de l’ombre et de la symphonie de l’eau bénie qui murmure et répète les prières sibyllines inscrites sur le marbre et autres matériaux qui défient sereinement la mort et se moquent du passage des temps.

Je rêve de me promener dans l’eternel printemps des jardins d’un Alcazar en compagnie d’une gitane auréolée d’une guirlande de fleurs et vêtue de pétales de roses là où chantent les claires fontaines et où l’ombre nous cache des yeux indiscrets, nous protège des regards censeurs qui prennent du plaisir à nous calomnier et à terroriser nos aurores pour nous être adonnés à des jeux interdits pourtant innocents et parfumés comme les touffes de romarin qui embaument les pelouses andalouses.

La seule chose dont je n’ai pas rêvé c’est d’être fier de cette gloire. C’est étrange : fier, en fait je l’étais déjà jusqu’au plus insignifiants de mes poils et des battements du cœur.

 

Abdelmalek Smari

 

 

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