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Vues et vécus en Algérie et ailleurs. Forum où au cours des jours et du temps j'essaierai de donner quelque chose de moi en quelques mots qui, j'espère, seront modestes, justes et élégants dans la mesure du possible. Bienvenue donc à qui accède à cet espace et bienvenue à ses commentaires. Abdelmalek SMARI

Démystifier ou s’agenouiller pour prier ? Démystifier ! (1) (*)

 

« Face à une glossolalie, deux possibilités se présentent : la première, rire et proclamer la nudité du roi qui baragouine un sabir solipsiste ; la seconde : le psittacisme, autrement dit, la manie du perroquet qui répète cet idiome avec sérieux et gravité, convaincu que cette langue ne voulant rien dire fait sens, puisqu’une poignée de disciples y souscrit de manière appliquée. Soit : démystifier ou s’agenouiller pour prier. »

Michel Onfray « Le crépuscule d’une idole »

 

 

Ces écrits sont le fruit de réflexions faites sur le vif, au jour le jour, des évènements tragiques qui ont secoué cette partie du monde martyrisée qu’on appelle monde arabe et pas seulement lui.

Des réflexions donc sur les impressions que me laissait le cours infernal de ces évènements cruellement chaotiseurs subis mais jamais vraiment voulus ou recherchés par les malheureux vaincus que sont les encore-damnés-de-la-terre.

Evènements cruels, criminels, assassins qu’on donne – qu’on veut nous faire passer - pour des actes réfléchis, librement choisis, exécutés avec détermination et assumés avec joie et fleurs, avec solennité et sérénité, avec foi et responsabilité d’un pieux et crédule homme de dieu, en somme avec l’enchantement digne mais combien ridicule d’une alouette, une fort gentille alouette.

Ces écrits ont été publiés d’abord sur mon blog.

Parfois je n’avais pas eu la présence d’esprit de garder les références bibliographiques des textes paraphrasés, cités ou appelés à témoins : tellement le temps et les évènements pressaient. Et puis, d’alouette enchantée – comme mes compères victimes et bernés par la propagande et la mystification, espérant et croyant dans la bonté des dits civilisés civilisateurs (bourreaux responsables de la chaotisation de nos pays) -, je ne pensais point que cela allait durer jusqu’à ce que déstabilisation de nos états et chaos total de nos sociétés suivissent !

D’où mon enchantement et l’enchantement de tous mes compères, alouettes, fort gentilles alouettes ! Certains parmi nous se sont allés jusqu’à baiser la main de leurs infâmes bourreaux et les remercier pour les bienfaits qu’ils leur prodiguèrent : leur anéantissement, leur mort, leur écrasement ! Souvenons-nous de ces images brandies, devant les caméras de télévision du monde entier, par ces hordes des dits révolutionnaires libyens qui remerciaient par écrit la France qui vint juste d’assassiner le guide libyen, d’abattre leur état et de mettre à fer et à feu leur peuple.

Le chaos ne peut être l’origine de l’ordre, même si on lui attribue un habit élégant comme celui de Créateur. Quand Condoleeza Reis et les Néoconservateurs de la politique américaine parlent de chaos créateur, ils ne font que nous jeter de la poudre aux yeux non seulement pour offusquer ou détourner nos regards de leurs desseins et actions destructives, mais pour nous le faire accepter, rechercher, voire désirer.

Une telle mystification repose sur un postulat scientifique (astrophysique) qui stipule qu’avant le Big-bang, il y avait un chaos et que l’ordre n’est venu à cet univers qu’après la grande déflagration. Si les plus avancées parmi les théories cosmologiques ne savent rien sur la nature de l’univers avant le Big-bang, tout est hypothèse et toute supposition est possible, mais rien n’est vérifiable. Et qui nous dit que le Big-bang n’était pas lui-même l’aboutissement d’un processus cosmologique régi par des lois bien précises, rigoureuses et inexorables ?

En fait le chaos ne donne que le chaos et l’ordre ne génère que l’ordre. Et que l’on n’essaie pas de cacher notre ignorance ou notre mystification derrière le chaos. Il n’y a que l’ignorance, l’idiotie ou le mensonge qui sont le chaos ou qui lui ressemblent.

Le chaos à ce point n’est que l’indice de notre ignorance. Les révolutions ne sont pas le chaos, les vraies révolutions, celles qui gagnent et vainquent les ordres mourant devenus désordre et chaos justement ; même si ces révolutions utilisent souvent le chaos pour miner ou donner le coup de grâce au système pourri et mourant qu’elles veulent substituer ou remettre en ordre.

Le plus grand problème des nations du tiers-monde, souvent fragiles et cibles du chaos des nations puissantes, consiste en le divorce entre les peuples et les états qui les gouvernent. Et ça c’est du chaos. Et quand il se trouve des nations qui veulent y mettre de l’ordre ou qui réussissent à le faire, en soudant cette cassure mortelle entre gouvernés et gouvernants, il ne manquera pas des nations prédatrices qui œuvrent d’arrache-pied pour les en dissuader ou qui interviennent par des menaces ou par des agressions militaires pour rétablir le chaos. Et c’est ce qu’on voit avec ce qu’on appelle les printemps arabes.

Le cas de l’Algérie est un exemple éloquent : une absence de la politique pendant cinq siècles qui nous a fait oublier ce que signifie vivre en une société qui sent la nécessité et la dignité de se gouverner et de savoir le faire. Cette absence de la culture politique nous a portés plutôt à répugner jusqu’à l’idée même de faire de la politique ; celle-ci ayant été toujours l’apanage des prédateurs qui nous avaient envahis, occupés, asservis et jetés hors de l’histoire.

Et quand la volonté de l’homme algérien et l’étoile favorable de l’histoire nous ont rétabli ce sens perdu de la politique, nous ont remis de nouveau en plein dans l’histoire, nos prédateurs nous veulent détruire ce bien précieux, en créant des doutes parmi nous sur l’honnêteté de nos concitoyens gouvernants, chair de notre chair. Leurs médias acharnés n’ont de cesse de nous bombarder avec de l’intox pour dessouder la cassure rétablie et qui est sur la voie de guérir. Leurs médias et leurs représentants politiques ainsi que leurs experts et leurs alliés et clients accusent nos gouvernants d’être des despotes et nababs corrompus et le reste de la population d’être soumise et imbécile, et l’incitent à la rébellion en leur inspirant jusqu’aux slogans à vociférer, du type : A bas l’état, tout l’état, personnel et institutions !

Nos concitoyens pensent encore que la politique est une affaire de samaritains on elle n’est pas de la politique. Cela, quand ils arrivent à ne pas en faire une nature sui generis des nations dominatrices !

Selon l’historien, Giovanni Brizzi, dans son ouvrage - Scipion et Annibale -, Scipion fut un grand général romain parce qu’il était un grand observateur, admirateur, adversaire et ennemi d’Hannibal. Il avait appris l’art de la guerre du grand général carthaginois. Ce dernier, habillé et imprégné de la culture grecque «éduqué grecquement à la raison», recouvrait son corps avec la peau des lions, «mais là où celle-ci n’arrivait pas, il la complétait par la peau du renard. »

Qu’est-ce que la guerre si ce n’est l’extension de la politique par d’autres moyens (cruels), si ce n’est pas de la politique ? Et qu’est-ce que la politique si ce n’est la force et la ruse ? Et qu’est-ce qu’un grand politicien s’il n’est pas un homme avec la force du lion et la ruse du renard, comme le Spartiate enseigne d’intuition et comme le théorisera plus tard Machiavel ?

Telle est l’essence de la politique et voilà pourquoi elle ne peut pas avoir d’éthique ou, du moins, son éthique à elle ne saurait être jugée en la comparant à celle de l’individu, avec les paramètres de l’éthique individuelle.

"Governo ladro", ont l’habitude de crier, les Italiens, quand il pleut et que la pluie n’est pas la bienvenue ou quand quelque chose dans leur vie ne marche pas bien… une sorte de « C’est la faute à l’état ».

C’est de cette « insolence » ou « immoralité » de la politique que vient le hiatus qui sépare l’individu de la politique en Algérie. Une réalité bien concrète et diffuse chez tous les peuples politisés – et il n’a jamais existé un peuple sans politique. Une réalité à laquelle les nations dominantes tirent crédibilité pour leur mystification lorsqu’elles prêchent aux populations aliénées et dominées la mauvaise foi des dirigeants locaux, leur mauvaise gouvernance, leur corruption et leur despotisme.

 

Abdelmalek Smari

 

(*) Introduction à un ouvrage en préparation sur les soi-disant printemps arabes.

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