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BERBERICUS

Vues et vécus en Algérie et ailleurs. Forum où au cours des jours et du temps j'essaierai de donner quelque chose de moi en quelques mots qui, j'espère, seront modestes, justes et élégants dans la mesure du possible. Bienvenue donc à qui accède à cet espace et bienvenue à ses commentaires. Abdelmalek SMARI

Mystificateurs et aliénés ou Le temps des révolutions par procuration: le cas des État arabes et de la Libye en particulier (3)

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CI-VILETÈ I*  

 

“Nell’angusto spazio di un acquario alcune grosse larve di Dytiscus divoreranno in pochi giorni tutte quante le creature che superino all’incirca il mezzo centimetro di lunghezza. 

E poi?

Poi si divoreranno  tra di loro, se non l’avevano già fatto prima, e la meglio non spetta al più grosso o al più forte, ma a chi per primo riesce ad agguantare l’altro.”  

 

Je traduis: 

 

« Dans l’espace étroit d’un aquarium quelques grosses larves de Dytiscus dévoreront en quelques jours toutes les créatures qui dépassent le demi centimètre de longueur environ.

Et puis?

Puis elles se dévoreront entre elles, si elles ne l’avaient pas déjà fait, et il n'est pas dit que c’est le plus gros ou le plus

fort qui va vaincre cette guerre, mais c’est celui qui le premier réussit à empoigner l'autre. »

Konrad Lorenz “L’anello di Re Salomone”

 

 

Le châtiment de Kounta Kinté ou La lutte à mort entre les dictateurs globaux et les dictateurs locaux

Leur démocratie reste de toute façon interne car en dehors de leurs pays (et malheureusement ils ont toujours une patte dehors c’est-à-dire : présents sempiternellement dans les pays vaincus et aliénés du tiers monde), ces État dits civils se comportent en tyrans, en oppresseurs, en sanguinaires, en sangsues…

Est-il besoin ici d’en fournir un exemple ? si vous voulez il y en a un des plus frais : la destitution par les Français du président Gbagbo pourtant élu démocratiquement par une majorité d’électeurs ivoiriens, quoi qu’en dise la propagande française officielle et non. Comme s’il s’agissait d’une affaire française !!

A peine ont-ils installé Ouattara par la violence, dans le bain de sang qu’on sait (sans avoir eu la honte ou la décence de camoufler leur forfait antidémocratique, démoctraticide ; bien au contraire ils n’ont pas hésité à l’exhiber comme un trophée macabre, comme la tête d’un guillotiné sur un fer de lance…), ces donneurs de leçons en démocratie et en civisme ont reçu de par leur nouveau fantoche leur récompense, la rançon (car c’est de ça qu’il s’agit après tout) tant attendue et tant préparée : la mainmise totale et sans partage sur le marché du cacao entre autres.

La seule différence entre les dictateurs du tiers monde et les dictateurs des nations prédatrices c’est que les premiers risquent d’être punis (Milosevic, Saddam, Gbagbo et à présent Kadhafi entre tant d’autres), les seconds par contre restent impunis (Nixon, Reagan et très récemment Bush, Blair et les actuels Sarkosy ou l’agneau Obama).

Je dirais davantage : il n’est pas exclu qu’un jour on aurait un Saint Nixon, un Béat Reagan, un Saint Blair, un Saint ou Béat Sarkosy ou Obama.

Et pour ne pas être accusé de misogynie ou de sexisme, il y aurait peut-être aussi une Sainte Tatcher ou une béate Clinton…

C’est la justice de deux poids et deux mesures, comme au moyen-âge italien, et pas seulement au moyen-âge et en Italie, où les usuriers juifs subissaient des châtiments cruels tandis que les usuriers chrétiens s’en sortaient en payant une simple contravention ! Voir à ce sujet « L’antigiudaismo nella letteratura antica e medievale » de Gianna Gardenal.

Gardenal cite Saint (un Saint !) Bernardin de Sienne qui fut sollicité à participer à la ri-écriture du statut de la ville de Pérouse où : « Il fut établit qu’aucun Juif ne devrait recevoir de l’argent de la part d’un Chrétien à travers l’usure. N’importe quel Juif contrevienne à cette règle, doit être immédiatement puni dans sa personne avec la peine de l’amputation du pied droit (souvenons-nous du châtiment de Kunta Kinty, dans Roots d’Alex Haly) […] Et toute sa famille doit être chassée de la ville, du territoire et du district pérousin. »

Grace à dieu, et grâce aussi à leur force et à leur propre génie, les Juifs se sont finalement affranchis de ces injustices cruelles, mais pas les encore-damnés-de-la-terre, Arabes en tête, malheureusement pour eux !

Quand est-ce qu’ils s’en affranchiront eux aussi ?

En attendant le jour de leur libération du joug néocolonialiste, il semble que les Arabes aient pris la place (en matière de souffrances et de persécutions) de leurs frères ou cousins les Juifs.

Comme leurs frères ainés durant toute leur longue histoire, les Arabes vont souffrir mais pour combien de temps encore ?

Et à ce sujet il me reste à paraphraser l’auteur du « The Merchant of Venice » cité par Gianna Gardenal à la fin de son ouvrage, en remplaçant le mot sémitique ‘‘Hébreux’’ par son anagramme, sémitique lui aussi, ‘‘Arabe’’ :

« Un Arabe n’a pas d’yeux ? n’a-t-il pas de mains, de sens, de sentiments, de passions ? ne se nourrit-il pas de la même nourriture, n’est-il pas blessé des mêmes armes, sujet aux mêmes maladies, guéri par les mêmes médicaments, chauffé et gelé par le même été et par le même hivers d’un Chrétien ? si vous nous piquez ne perdons-nous pas de sang ? »

 

A jack is a jack. A king is a king

Quand je dis nations prédatrices, je me réfère aux sphères du pouvoir responsables du gâchis politique et économique dans les relations internationales.

Je me réfère à ces centres de pouvoir qui ne représentent sûrement pas leurs peuples mais ils les entrainent derrière eux par leurs discours mystificateurs et de propagande ou ils les font taire en bâillonnant les voix contraires à leur volonté de destruction et à leurs velléités d’hégémonie. Je me réfère enfin aux serfs masqués du Capital et des, cruellement voraces, multinationales.

Quoi qu’il en soit, les auteurs de ces revendications arabes, ces soi-disant révolutionnaires, n’ont pas dans leurs têtes de projet fonctionnels à leur volonté de changer leur condition, mais les images des paysages alpins purs, de ces rues propres et belles des villes riches des pays riches, de ces visages roses souriants et bien portants avec lesquels la propagande martèle perpétuellement leurs pauvres consciences privées de toute lucidité critique et de toute capacité de discernement …

Cette sarabande de mystifications destructrices prend corps et se renforce grâce aussi aux différents instruments et agents de propagande dont regorgent ces puissances prédatrices comme la télévision, internet, les comptes-rendus des touristes et des missionnaires laïcs et religieux, les avis experts, trop experts, des différentes O.N.G. …

Voilà la chose que ces dits révolutionnaires ont en esprit quand ils parlent de changement : une distorsion complète de la réalité!

Et voilà pourquoi leurs entreprises et leurs agitations ne sont pas et ne peuvent pas être une révolution.

O mon dieu ! il faut aussi de l’illusion et de l’utopie pour faire un monde…

Sans doute il y aura des changements dans le monde dit arabe - espérons qu’ils soient dans le sens juste - mais sûrement ils ne seront pas tels à pouvoir propulser ces peuples du jour au lendemain à l’Olympe des pays de la richesse, de la démocratie, de la puissance et des yeux bleus ou verts… Pour ce, il faut courir encore. 

Non! Pas encore:  A jack is a jack. A king is a king.

« Mais - dit le journaliste Kharroubi Habib du Quotidien d’Oran 02 mars 2011 - il y a aussi l’Amérique et l’Occident que l’avènement de la démocratie dans le monde arabe n’enthousiasme pas outre mesure, malgré leurs déclarations de principe faisant croire à leur satisfaction de voir cette région bouleversée par des revendications allant dans ce sens. »

Le conseiller d’Obama pour les problèmes dudit MOEAN, Ross, dans une interview récente reconnaît d’une façon ou d’une autre la responsabilité de l’Amérique dans l’agitation et la favorisation de ces événements: « Nous suivions – dit Ross - avec beaucoup d’attention, depuis pas mal de temps, les défis à notre égard dans la zone. Et au niveau opérationnel, Obama a signé en août 2010 une directive qui nous ordonne de faire des études gouvernementales à propos des réformes politiques au Moyen-Orient et en Afrique du nord. Et alors pendant des mois nous faisions des réunions hebdomadaires régulières pour débattre des problèmes des réformes politiques dans ces pays-là. » Le quotidien El-Hayat 03-03-11.

Dans le même article, on lit : « Il s’agirait de mettre des freins à la machine répressive sur laquelle s’appuyaient les gouvernements de ces pays, théâtre des révoltes arabes récentes. De ce fait donc les dictateurs de ces pays se sont trouvés abandonnés par leurs puissants et presque naturels protecteurs [proxénètes (?) - NDLR] et fournisseurs d’armes (USA et Europe occidentale) et sont par là-même devenus vulnérables et souvent exposés à la colère de leurs peuples opprimés et frustrés. Quant aux généraux de l’armée, ils jouent la partie de ceux qui ont le devoir de ‘‘convaincre’’ lesdits dictateurs de la nécessité de partir. »

Et c’est en effet ainsi - et dans ces décors mêmes - que ces évènements se sont déroulés en Tunisie et en Egypte et ils sont en train de se dérouler dans le Yémen et dans la Libye.

Et l’on peut résumer la situation actuelle dudit monde arabe en particulier en disant qu’il s’agit ici d’une lutte à mort entre les dictateurs globaux (Obama, Cameroun et Sarkosy entre autres)  et les dictateurs régionaux et locaux (Moubarak, Kadhafi, Benali entre autres).

Mais pourquoi les States cherchent-ils la petite bête aux enculés de la terre en créant ces chaos dans leurs pays qui sont déjà, en soi, malheureux et martyrisés par les vicissitudes de l’histoire et les maléfices des puissances prédatrices?

 

Les nations prédatrices sont les premières profiteuses de l’agitation arabe

Il y a de différents motifs à ces agissements destructeurs et criminels qui sont toutefois des exigences ou des nécessités vitales pour la survivance des États-Unis mêmes :

la recherche incessante de la cohésion intérieure entre les centaines d’ethnies qui composent ce mosaïque de peuples que sont les USA (vous voyez que le genre humain n’est pas si loin que ça – s’il ne la dépasse pas – de la barbarie du terrible Dytiscus de Konrad Lorenz),

la crise économique,

la mise au point et l’expérimentation d’un système d’alliance stratégique et infaillible pour mettre un terme à la concurrence puissantielle, mortellement menaçante, de la Chine, en attendant la mise à jour d’une nouvelle guerre d’opium,

l’ouverture des marchés internationaux et la facilitation de l’accès à ces marchés,

la garantie d’une main d’œuvre docile et à bon marché,

la garantie des endroits où ces puissances peuvent se débarrasser avec des coûts moindres de leurs déchets nucléaires et des autres poisons chimiques et industriels qu’elles produisent,

la traite des enfants du tiers monde pour les revendre à bas prix à leurs sociétés vieillies qui renoncent de plus en plus à en faire,

la traite des femmes (pensez à cet officiel de la CIA en Algérie qui a violé des femmes algériennes, pensez à Berlusconi et aux Ruby et enfin à celui que Claude Ribbe appelle « Le maître des rateaux » alias DSK, ex patron des destins du FMI),

le trafic d’organes humains,

le trafic d’armes,

les expérimentations des nouvelles armes,

la vérification du fonctionnement des nouvelles stratégies et nouvelles techniques de combat,

l’hégémonie culturelle… ;

bref, il s’agit pour ces puissances dangereuses (cette "souche" de puissances égoïstes, prédatrices, néo-colonialistes) d’affirmer leur suprématie afin de pouvoir servir impeccablement le Capital et les multinationales.

Ces avantages ne laissent pas indifférents les citoyens de ces pays prédateurs : bien au contraire, ils les voient de bon œil, avec orgueil même, puisqu’eux aussi peuvent d’une façon ou d’une autre en profiter. Voyons comment :

il est fort agréable de se voir citoyens de ces nations fortes et prospères,

il est fort agréable, pour un va-nu-pieds avec un salaire de misère, d’avoir la possibilité de faire des vacances de roi,

il y a aussi le tourisme sexuel où des gens âgés et flasques peuvent se permettre de niquer des jeunes gens de vingt ans et parfois même des mineurs,

la possibilité de faire des safaris de chasse et imiter Indien Jones,

se procurer, pour leurs collections privées, en volant des pans entiers (!) de musées d’art, d’histoire et d’archéologie, …

l’on comprend alors quand quelqu’un dit que les Etats-Unis et l’Europe prédatrice (car il existe une Europe et des Européens justes et innocents) ne veulent pas de stabilité dans le tiers monde,

ne veulent pas de développement,

ne veulent pas de paix,

ne veulent pas de lucidité ni de conscience historiques chez les peuples de ces pays malheureux, chez ces peuples du tiers monde, ces peuples damnés, ces enculés de la terre.

Cela étant dit je n’ai aucune intention de justifier la médiocrité politique ni disculper les hommes politiques médiocres de ces pays malheureux.

Non.

J’abhorre au contraire la dictature et les dictateurs de droite et de gauche, ceux des pays du tiers monde et ceux du premier monde indépendamment de la couleur de leur peau, de leurs cultures, de leurs provenances ou de leurs mœurs. 

Quant à la dictature desdits pays démocratiques, elle ne se voit pas parce qu’elle est appliquée aux nations faibles principalement.

Il est peut-être temps de changer la définition du mot Dictature : si cette infamie est appliquée à ton peuple par tes dirigeants, elle est dictature à tous les effets.

Si par contre elle est appliquée à ton peuple, y compris tes gouvernants, par un autre peuple (même minable), elle n’est que démocratie, liberté, justice et Bien absolu !!!

C’est le retour des âges primitifs ou c’est peut-être la survivance de ces âges de caverne où celui qui est différent est ennemi, et l’ennemi n’est pas homme, ne fait pas partie de ton espèce et il est laissé à ta merci : tu l’exploites, tu le bats et tu t’en débarrasses quand tu veux…

Etre dictateur serait donc la règle fondatrice de la nature humaine : celui qui n’est pas dictateur chez soi, est dictateur à la maison des autres.

Autrement comment pourrions-nous appeler les cruautés de l’ingérence des puissances prédatrices dans les affaires internes des pays faibles et les différentes agressions militaires auxquelles notre époque assiste encore malheureusement indifférente, abrutie ou complice ?

Marqués par le système colonial et par ses nostalgiques,

marqués par la propre faillite de développement,

marqués par l’inaudible humiliation de mars 2003 ad opera du régime de Bush, les Arabes ne tarderont pas à comprendre que leurs gouvernants sont eux aussi des victimes innocentes des machinations du Capital international et de ses différents serviteurs, les puissances prédatrices en tête.

Et là alors, quand les Arabes comprendront, il y aura une vraie prise de conscience,

il y aura une vraie révolution,

il y aura un vrai changement,

il y aura un vrai progrès.

Et là alors l’intox des mystificateurs qui trompent les aliénés s’éteindra de soi.

Et là alors les Arabes respireront le bon air de la liberté et le parfum de la dignité.

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* (Source: le quotidien arabe Al Hayat du 08-06-11)

 

A suivre

 

Abdelmalek Smari

 

 

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