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BERBERICUS

Vues et vécus en Algérie et ailleurs. Forum où au cours des jours et du temps j'essaierai de donner quelque chose de moi en quelques mots qui, j'espère, seront modestes, justes et élégants dans la mesure du possible. Bienvenue donc à qui accède à cet espace et bienvenue à ses commentaires. Abdelmalek SMARI

Mystificateurs et aliénés ou Le temps des révolutions par procuration: le cas des États arabes et de la Libye en particulier (2)

 "Je te dois les récoltes plus fructueuses

de ma terre qui ne donne jamais un épis

et je te dois les mots comme l’abeille

doit son miel à sa fleur. Parce que je t’aime

chéri[e], depuis toujours, avant l’enfer

avant le paradis, avant même

que je fusses jeté[] dans l’argile

de mon corps couard. Amore mio

..."

Alda Merini

 

 

La culture politique et les Algériens en particulier

Quelque jour avant que la révolte tunisienne prît les proportions que nous savons maintenant, l’Algérie s’est rebellée et les gens de toutes les régions étaient sortis, d’une manière spectaculaire, dans les rues et dans les places pour protester contre l’augmentation du prix de quelques produits de consommation de base : l’huile et le sucre entre autres.

Cette insurrection, qui avait duré deux trois jours, avait secoué nos gouvernants qui avaient répondu immédiatement avec des mesures sages - dirais-je - et concrètes comme l’abrogation de la loi de l’état d’urgence (en vigueur depuis 19 ans!), l’augmentation des salaires pour quelques catégories de travailleurs précaires, la réactivation sérieuse et concrète de la lutte contre les bureaucraties assassines, l’ouverture concrète sur les problèmes de logement et de chômage, l’écoute ‘‘opérationnelle’’, active et effective des jeunes…

Ces mesures ont été non seulement concrètes mais aussi, chose inouïe, presque concrétisées! et ipso facto!!

Qui sait combien ces mesures vont-elles peser, à long terme, sur le trésor de l’Etat ?! car ce sont là sûrement des dépenses insupportables pour les capacités réelles du trésor public.

( Un mois après cette intuition, le FMI m'a donné raison; voir à ce propos le lien suivant: http://www.elwatan.com//economie/les-mesures-sociales-feront-baisser-les-revenus-fiscaux-de-l-algerie-09-06-2011-128001_111.php )

Mais les Algériens, comme le reste de leurs pairs les tiers-mondains, malheureusement ne sont encore qu’une agrégation de tubes digestifs et il ne leur importe guère que le trésor public soit vidé après avoir servi à remplir leurs gouffres de ventres ou leurs voraces poches sans fond. « Donne-moi la vie aujourd’hui – leur suggère leur voracité et leur inconscience historique – et ôte-la-moi demain ! »

Cette insurrection a eu un effet direct à l’intérieur de notre pays et un effet indirect, encourageant, à l’étranger comme en Tunisie, au Maroc, en Libye ou en Egypte.

Il y a celui qui a vu dans cette révolte les signes de continuation de la ‘‘guerre civile’’ algérienne qui ne se serait pas encore éteinte, qui n’arriverait pas ou ne devrait jamais s’éteindre!

Il y a celui qui y a vu une protestation contre les gouvernants;  selon la thèse manichéenne et tendancieuse, typique des experts algérologues, qui veut et insiste qu’en Algérie il doive exister d’une part un régime corrompu, oppresseur et brigand et de l’autre côté un troupeau de primates, innocents car déficients, aliénés, opprimés, volés, victimes absolues quoi !

Primates en plus sans conscience historique et sans responsabilité, sans sens d’indignation, sans capacité aucune d’opposer une résistance ou de mener une lutte.

Bien entendu il existe en Algérie une rupture réelle entre les citoyens et ceux qui les gouvernent, comme en Italie d’ailleurs, comme partout dans le monde, comme ça a toujours été durant toute l’histoire de l’humanité.

D’une part il y a l’individu avec son égoïsme, ses intérêts et ses aspirations à la liberté, et de l’autre côté il y a la collectivité qui, au nom de l’intérêt de la majorité, non seulement préconise mais impose certaines limites (réductions à des proportions « raisonnables ») aux libertés de l’individu, à ses intérêts et à son égoïsme.

Mais cette rupture apparait encore plus scandaleuse en Algérie pour la particularité historique de ce pays où - depuis le XVème siècle environ (avec l’occupation turque ottomane avant et celle française à partir de le1830) jusqu’en 1962, date de l’indépendance de l’Algérie -, les autochtones furent rigoureusement, systématiquement et sciemment exclus, bannis de l’histoire, infantilisés, imbécillisés, empêchés de faire politique.

Les Français poussaient cette exclusion abrutie et abrutissante jusqu’à délibérer dans leur Parlement la non appartenance de homo berbericus à la sphère de l’humanité!

Les choses ayant été ainsi, il est évident que les Algériens oublient (et ils ont oublié) complètement ce que le mot ‘‘politique’’ puisse signifier. Pis encore, il fut un temps où ils ne savaient plus si la politique existait !

Devant les pratiques racistes et génocidaires de ces régimes d’occupation et d’exclusion turco-français qui ont duré cinq siècles environ, l’Algérien a développé une attitude, pour ne pas dire une psychologie, fondamentalement hostile à chaque forme de pouvoir.

Pour l’Algérien, les gouvernants des deux ex-puissances occupantes étaient perçus et vécus – à raison - exclusivement comme des prédateurs, des oppresseurs et des humiliateurs.

 

Lève-toi et marche!

Quand plus tard l’Algérie arracha son indépendance au colonisateur français, elle s’est trouvée impréparée, incapable donc de concevoir la notion de politique et de se gouverner.

D’un côté les hommes et les femmes qui avaient une idée de la gouvernance moderne étaient peu et insuffisants alors qu’il lui fallait une vraie classe dirigeante (abondante) formée en et à travers les partis politiques ou dans les grandes écoles des sciences politiques, économiques et sociales. 

De l’autre côté, le peuple a commencé à se réveiller et à prendre conscience de sa condition de damné de la terre grâce aux activités de sensibilisation à la Res politica menée par le Mouvement national pour l’indépendance et le recouvrement de la dignité historique.

Ce réveil n’était justement qu’un réveil, car pour réintroduire un peuple dans l’Histoire après cinq siècles de mort historique et citoyenne, il nous faut un véritable "Lève-toi et marche!". 

Et c’est ce que l’école algérienne, avec une grande volonté, mais certes avec un insuffisant art, tâche de faire. Pour cela il nous faudra encore des lustres et des décades…

Les gouvernants autochtones ont hérité donc une situation invivable et presque impossible à gérer (l’on peut dire de même pour ce qui concerne les autres pays ex colonisés) : leur inexpérience dans l’art de gouverner, la conception ambiguë qu’ils ont de leur fonction même de gouverner (ils imitent le comportement du colonisateur; peut-être dans leur inconscient ils y prennent même un certain plaisir car ils ont l’impression d’avoir enfin l’occasion de se venger des colonisateurs!), le recours depuis les premières années de l’indépendance à un style de développement fondamentalement homologuant et autoritaire comme le socialisme forcé, imposé avec des endoctrinements et des matraques, la pauvreté du peuple, l’analphabétisme atroce, legs (bienfait ?) par excellence du colonialisme, l’inexistence du sens de citoyenneté… tout ça provoque nécessairement et seulement désunion sociale, indifférence citoyenne et chaos politique.

Et c’est ainsi que la manière qu’ont les Algériens de concevoir la politique, d’assumer leur responsabilité historique, de marier l’intérêt de l’individu avec l’intérêt général… tout ça s’est trouvé tragiquement altéré ! 

De son côté le peuple dressé, des siècles durant, à se soumettre, à subir les exactions et les injustices sans tirer le moindre souffle, à servir de bête de somme ou à servir de chair à canon, à voir dans le Pouvoir une espèce de brigandage et de guerre déclarée à son encontre… le peuple, dis-je, a perdu la confiance en ceux qui le gouvernent et ne croit plus à la politique en général.

En outre les pays prédateurs (ex et néo-colonialistes) ne cessent d’alimenter cette rupture entre gouvernants et gouvernés faisant entendre alentour que nos gouvernants seraient des corrompus, des brigands, des sanguinaires qu’ils auraient amassé des sommes colossales en les volant au peuple, en faisant main basse sur toutes les ressources naturelles du pays!

Vu que notre peuple, pour sa grande majorité, ignore les enjeux politiques et les intérêts stratégiques entre les nations et les groupes de pouvoir dans le monde et à travers l'histoire, il n’arrive pas encore à comprendre qu’il s’agit d’intox et de mystification distillées continuellement par les puissances prédatrices pour le diviser et semer en lui (en le peuple) le chaos et paralyser son esprit, sa volonté et ses forces actives…

Notre peuple croit en cette mystification, en cette fable noire, et voit donc dans ses gouvernants une bande de brigands sanguinaires. Et en ce, son élite ne diffère pas trop de sa plèbe ! Malheureusement pour lui… pour nous !

C’est pourquoi il (le peuple) les accuse d’être (les gouvernants) responsables de ses propres faillites, en jouant la victime.

Déjà, il oublie ou fait mine d’oublier, l’ingrat, qu’il ne paie pas les taxes tout en jouissant, et toujours gratuitement, de l’école, des hôpitaux, des services sociaux et d’autres protections et subventions et indulgences encore !

Et à la première occasion qui se présente, il s’enflamme hystériquement et commence à hurler et baver, à menacer avec des bâtons comme l’homme des cavernes, à saccager les biens publics, à voler son voisin, à attaquer son prochain (ses gouvernants, il ne les atteint pas évidemment) puis il demande - sans savoir à qui - la tête de ceux qui le gouvernent, ni pour quel motif, sans y bien réfléchir, sans préparer ou se préparer à la relève, sans penser aux conséquences des propres actes.

Souvent ce type de révoltes se boucle avec un échec et les révoltés reviennent à subir un système identique ou pire de celui "contesté."

 

Les bénéfices immenses de la chaotisation totale des pays du troisième monde voulue par des puissances prédatrices

C’est une espèce d’auto-flagellation enfin:  une folie agressive de tous contre tous; 

un pillage des biens privés et publics;

un règlement de compte non pas à un régime asservisseur (les gens communs n’arrivent jamais à se venger ou à se faire justice près leurs oppresseurs) mais les uns aux autres entre individus de la même condition socio-précaire (une guéguerre entre pauvres) ;

une chaotisation totale de leur pays pour préparer ainsi le terrain aux vrais oppresseurs, aux multinationales impitoyables et voraces, aux missionnaires en mal de caritas urget, aux mercenaires différents et autres "légions étrangères";

en peu de mots : ils ne font que préparer le terrain à l’invasion et à l’occupation de leur pays de la part de ces puissances prédatrices, voraces, néo-colonialistes, impitoyables...

J’ai en esprit le chaos indicible et récent dans lequel vivent des États passés par ce chemin de l’imbécillité et de la misère : des États comme la Somalie,

l’Iraq,

l’Afghanistan,

la Yougoslavie,

le Pakistan,

le Soudan mutilé,

et dans ces derniers jours la Libye en flammes,

les pays de l’Afrique

et du monde arabe en général…

Et il y a encore d’autres pays chaotisés, et il y en aura encore d’autres si les peuples de ces pays continuent - au nom d’une révolte improvisée et pilotée par les puissances prédatrices (pour leurs seuls intérêts !) contre une oppression relativement irréelle - à détruire leurs propres pays et les offrir sur un plat d’or à la voracité des puissances néo-colonialistes comme les Usa, l’Angleterre, la France, l’Italie et, dans une mesure réduite mais point inoffensive, à quelques puissances dites émergentes comme la Chine et l’Inde.

En fait, pour la survivance de l’Etat libyen, Kadhafi a invité avant-hier la Chine, l’Inde et la Russie  à investir dans les champs pétrolifères de la Libye comme rétorsion contre ces puissances prédatrices, hostiles, qui sont en train de lui faire une guerre sans merci pour le détruire totalement et le mettre à genoux le plus longtemps possible.

Rétorsions qui se sont avérées inutiles puisque aujourd’hui même le voici, le grand zaim, qui implore ces mêmes puissances qui sont en train de détruire son pays à venir prendre le pétrole au plus bas prix possible!!

Comme les autres haines destructrices perpétrées contre les pays faibles, stupides et misérables du tiers monde, cette guerre ne constitue pas seulement un précédent dangereux et isolé ou une occupation franche d’un pays souverain (la Libye dans ces jours) mais aussi et surtout la réouverture des brèches que les guerres contre les colonialismes avaient fermées - pour toujours, croyait-on.

Car le néo-colonialisme n’est pas seulement un système de destruction des pays et des Etats, de mystification, d’aliénation et d’exploitation des peuples mais il est surtout une grande stratégie, impeccable, avec une longue vue, infernalement organisée, scientifiquement menée, diaboliquement persévérante…

En chaotisant ainsi le tiers monde, pays par pays, passionnément, patiemment et inexorablement, la stratégie infernale des néocolonialistes ne visent que le retour à sa domination des pays du tiers monde ; domination totale, directe, impitoyable, sans contestation, comme au temps de l’exécrable, l’inhumain, l’infâme colonialisme classique.

Mais vu que la majorité des nations (la force meurtrière de la soi-disant communauté internationale) ont décidé du sort des nations faibles et stupides, les choses finiront d’une manière ou d’une autre par retrouver un certain équilibre et elles finiront sûrement par avoir raison de mes peurs de réactionnaire, de froussard.

Cependant la chose dont je suis absolument convaincu est que les changements qui auront lieu ne seront jamais aptes à brûler les étapes de l’histoire.

La prospérité et la démocratie (pain et dignité) revendiquées par les révoltés de ces derniers jours sont surréels ; dans le sens qu’elles n’arrivent à se réaliser qu’en poursuivant un long et continu processus de prise de conscience, de croissance, de persévérance dans le labeur et dans les luttes et de très lentes transformations.

Le pain et la dignité est une question de siècles et de millénaires et, l’on sait, la vie des nations est une question de siècles et de millénaires.

« La réussite - écrit le N° 224 de Sciences humaines de mars 2011 -, comme la richesse, en étant toujours relative, chaque accès à une marche supérieure ne peut produire que satisfactions provisoires et frustrations relatives;  que ceci concerne la réussite sociale, sportive, scientifique ou artistique. »

Les revendications de ces révoltés sont surréelles et chimériques aussi parce qu’elles ne se basent pas sur de vraies nécessités dictées par de besoins réels et authentiques mais sur l’illusion qui leur fait croire que le martyre ou le changement des emblèmes d’un régime suffiraient pour avoir pain et respect et accéder donc à la démocratie.

Mais vraiment suffirait-il qu’on vous déclarât démocrate pour que vous atteigniez le niveau de prospérité, de démocratie et de conscience des pays riches et dits démocratiques ?

A suivre

 

Abdelmalek Smari

 

 

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SMARI MED LARBI 23/05/2011 11:16



Merci MALIK de m'avoir procurer tout ce plaisir en te lisant premirement tes idées sont d'une clareté incroyables et ton style je n'arrive pas à le décrir tellement il est attirant.


djimy .a bientot MALIK



Abdelmalek Smari 25/05/2011 09:05



Merci à toi cher Djimmy. Je suis convaincu que le lecteur critique, pertinent donc, est celui qui partage avec l'auteur d'une oeuvre tous les mérites et les honneurs: s'il relève des défauts
il les signale et les dénonce. Et s'il y voit des points positivifs, il ne devrait pas manquer de les indiquer à l'auteur d'abord pour l'encourager et aux autres lecteurs pour les stimuler. Merci
encore et à la prochaine!