Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

BERBERICUS

Vues et vécus en Algérie et ailleurs. Forum où au cours des jours et du temps j'essaierai de donner quelque chose de moi en quelques mots qui, j'espère, seront modestes, justes et élégants dans la mesure du possible. Bienvenue donc à qui accède à cet espace et bienvenue à ses commentaires. Abdelmalek SMARI

Les N.A.C. au pays rose bonbon (Nouvelle) : Un cappuccino avec Frida

 

Désormais Ahmed et Frida se rencontrent assez fréquemment. Diego les surveille de près. Depuis déjà leur première rencontre, il ne les a plus quittés des yeux.

A présent le voilà sur un scooter garé à l’ombre d’un arbre. Il les regarde entrer au bar.
Ils commandent des gâteaux de pâtisserie et deux cappuccinos et se mettent à causer.
« Diego, dit Frida, a eu une petite histoire avec moi et, malheureusement, de grandes illusions. »
Ahmed ne voit pas où elle veut en venir avec une telle confession. « C’est le garçon qui vient souvent dans ta boutique ? »

Frida semble ne pas s’apercevoir que cette question était inutile, stupide. « Oui, répond-elle tout de même, c’est lui. Mais une fois seulement je lui ai accordé une bise, presque contre mon gré ... et lui, le pauvre, disgrassiado comme est, s’envola dans les nuages ! Je ne sais pas comment vous faites, vous, les hommes, à vous laisser cuire si facilement pour un baiser fraternel sur la joue ou sur le front ! » Ils rient ensemble.

« Diego, reprend-elle, vit dans les nuages de sa fantassia ; du reste je ne peux  rien faire pour lui. Il est un peu naïf même s’il a la stature d’un homme mûr. De toute façon, cette histoire-là est terminée le jour même où elle est née. El chico me faisait vraiment peur. Il avait pris un chemin dangereux. Il sortait le couteau à chaque fois qu’il se mettait en colère, il fumait de l’herbe et faisait n’importe quoi pour perdre le boulot du moment. Puis tu n’as pas idée de combien il est jaloux, mamma mia ! Il me rendait encore insupportable ma vie qui sans ça est déjà muy dificil... »
« Et le bébé alors, dans la photo de la boutique ? »

« Nooon, mais tu blagues ou quoi ?! C’est mon neveu. Ses parents sont rentrés au Pérou, définitivement... il me manque tant... è grassiosso, vero ?
Pendant qu’ils chuchotent, évoquant tantôt leurs souvenirs, tantôt leurs rêves et la nostalgie pour leurs pays, indifférents au va-et-vient qui anime le bar, Diego entre et s’approche d’eux, le pas et le regard décis et le cou bien hissé et rigide.
« Hola, dit Frida, je te présente Amedeo. » c’est ainsi qu’elle appelle Ahmed.
Diego le considère avec un regard froid et dardant, puis il dit : « Enchanté, Diego ! du coup il se tourne vers Frida, Qu’est-ce que tu fais ? Tu viens pas avec moi ? »
« A présent  je dois prendre mon petit déjeuner. Je peux ? » Frida tente de cacher sa colère et en dépit d’une voix tremblante, elle sourit.

« Et alors ? » fait Diego comme quelqu’un qui menace.

« Alors, ajoute-t-elle, on se voit plus tard, ça te va ? »

Diego détache le trousseau de clés de sa ceinture dont sont attachés d’autres objets et regarde le tout comme pour s’assurer de la présence de chaque objet. « A bientôt. » lance-t-il en guise de salut avec la même froideur dans sa voix et sort.
« T’as vu ? dit Frida, comme pour s’excuser, il n’a pas encore grandi. Oh Jésus, Jésus! Quel désastre d’être un étranger comme lui ! »
« Ça va? demande le garçon du café. »

Ils sortent.

Quelques pas après, Diego s’écrie : « Hé, toi ! Hé ! »

Ahmed tourne vers la voix « C’est moi que tu veux ? »
« Oui, je veux te parler. »
« Dieego! Dit Frida exaspérée. »

« Toi, tiens-toi loin de nous. C’est une affaire entre hommes. Il est un homme, non ? ou est-ce que je me trompe ? Ce n’est pas avec toi que je veux parler, c’est avec l’islamique... »

« Oh Jés..., Frida n’a pas fini le mot. »

« Qu’est-ce que tu veux de moi, hein ? » c’est avec un grand effort qu’Ahmed a sorti ces mots. Il est déjà devant le gars qui descend de sa motocyclette effrayé.
« Écoute, dit Diego d’un ton conciliant, tu sais qui c’est, elle ? C’est ma petite amie. Il recule un peu en arrière et secoue son trousseau de clefs. Tu n’as pas le droit de l’approcher. Te capì ?
« Et qui es-tu, toi, s’immisce à nouveau Frida - va plutôt jouer aux billes ! Tu es encore un enfant.
Puis elle se tourne vers Ahmed, viens Amedeo, laisse tomber. Oublie-le. »

Sans que Frida s’en rende compte, Ahmed sort la boîte d’allumettes ouverte, la montre à Diego du côté du dessin et la presse comme pour la fermer. L’unique allumette se hisse brusquement. « Islamique, Benladen ! » éclate Diego comme un fou en délire. Et tout en contenant son sourire, Ahmed rejoint la jeune fille avec une petite course.

 A suivre

 

Abdelmalek Smari

 

Article précédent Article suivant
Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article