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BERBERICUS

Vues et vécus en Algérie et ailleurs. Forum où au cours des jours et du temps j'essaierai de donner quelque chose de moi en quelques mots qui, j'espère, seront modestes, justes et élégants dans la mesure du possible. Bienvenue donc à qui accède à cet espace et bienvenue à ses commentaires. Abdelmalek SMARI

Les N.A.C. au pays rose bonbon (Nouvelle) : Un boulot

 

« Salam, t’es nouveau ici, toi ? » lance un colporteur, vendeur ambulant, courbé sous la cascade de tapis qu’il a sur les épaules et sur le bras droit.
« Oui, je suis ici depuis deux mois, dit Ahmed. » Puis intrigué : « pourquoi tu me demandes ça ? »
« Comme ça… je te vois tous les jours ici à te balader, t’as pas de boulot ? » « Oui, et alors ? »
Le garçon sort de sa poche une carte de visite un peu froissée, avec un numéro de téléphone presqu’illisible.
« Et pourquoi est-ce que tu ne vas pas le faire toi, le métier de boulanger ? » dit Ahmed indigné.

« Je veux pas travailler un jour ou deux à la semaine, parfois on ne t’appelle même pas durant un mois. Mais pour toi c’est mieux que rien. Et puis qui veut d’un marocchino  comme moi pour faire un métier aussi noble et propre de boulanger ?! J’ai tenté ma chance, le patron m’a dit que je suis moche. Tu sais qu’il est lui-même marocain ? Selon toi est-ce que je suis laid ? Eh bien... tant pis... de quoi je me mêle ? un boulot, moi, je l’ai. Non »

En quittant le Marocain, Ahmed se précipite à la boulangerie. Il se présente. Ça marche ! Il est assumé. Lui, qui caresse le rêve d’être un peintre et d’avoir un studio qu’il pourrait utiliser également comme un salon littéraire, le voici à faire le boulanger...
Son travail consiste à remplacer un garçon le samedi soir et le dimanche. Certains de ses amis ne pensent plus à faire du pain et à acheter de la pizza : désormais c’est son affaire à lui que de les ravitailler avec les restes abondants des invendus. C’est une véritable sagra de pain et de pizza chaque fin de semaine.

Un jour, après avoir été lavé, peigné et parfumé, Ahmed sortant de l’arrière-boutique pour aller prendre le sac de pain e de focaccia invendus, il se trouve nez à nez avec Frida au comptoir. Elle est venue acheter deux croissants à manger dans sa boutique au cours de la matinée.
« Essayez un peu ça, dit le boulanger à Frida, lui offrant sur une palette de plastique une morceau de gâteau recouvert de stries de chocolat noir et blanc. Mon gâteau est français! Il est différent des autres gâteaux. » se vante-t-il, le Marocain.

« Même les Italiens en raffolent, vous savez ? seulement voilà : notre zone et mal cotée et plusieurs amis italiens me disent : « Vous êtes toujours dans cet endroit-là ? désolé pour vous ; personnellement je n’ai pas le courage d’y envoyer ma fille ou ma femme à acheter votre gâteau.... »
« Mmm ... c’est vraiment délicieux ! »
« Qui sait, poursuit-il encouragé, si j’ouvre une boutique là-bas au centre, ils viendront peut-être sans rechigner... ? Mais, comme vous savez, c’est pas si facile... le financement, le local, les licences et les travailleurs. Où est-ce que je trouve des gens honnêtes et qui me comprennent ? Ici tout le monde vient d’un trou différent.
« Tu cherches des gens honnêtes ? me voici, blagues Ahmed battant sur sa poitrine avec la main droite. Tu m’as mis à l’épreuve et tu es satisfait de moi, non ? avoue-le ! »

« C’est pas ça que je veux dire. Le commerce dans ce pays est difficile et très sophistiqué, scientifique dirais-je, pas comme dans nos pays. Toute la peine pour gagner quoi ? Ici, à part les macaronis et le pain, qui vient te demander une pizza? Des gâteaux, il vaut mieux ne pas en parler. »

« C’est mieux ainsi, dit Frida avec un clin d’œil adressé à Ahmed, ainsi au moins les gens ne vont pas gaspiller leurs salaires dans des cures diététiques harassantes et inutiles. »

A propos, dit Ahmed à Frida ne serait-ce que pour dire quelque chose, est-ce que tu sais quels vents ont emporté Diego ? »

« Je sais seulement qu’il n’est plus ici et tant mieux pour tous. » Elle sourit. Et puis elle regarde l’heure : « Je dois me sauver, dit-elle. On se verra au concert de ton ami. Ciao !»
« Tu viens toi aussi, patron ? demande Ahmed sonné de sommeil. »
« Au concert ? dit le Marocain, tu blagues ? Moi j’ai même pas une minute de repos alors que j’ai un tas d’impôts à payer chaque mois ! ça c’est sûr, c’est comme la mort. Inévitable ! »

 

A suivre

 

Abdelmalek Smari

 

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