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BERBERICUS

Vues et vécus en Algérie et ailleurs. Forum où au cours des jours et du temps j'essaierai de donner quelque chose de moi en quelques mots qui, j'espère, seront modestes, justes et élégants dans la mesure du possible. Bienvenue donc à qui accède à cet espace et bienvenue à ses commentaires. Abdelmalek SMARI

Les N.A.C. au pays rose bonbon (Nouvelle) : Milan, Aller simple

Le modeste concert de Porto Recanati a été un succès pour les organisateurs.
Après Porto Recanati, la troupe a été invitée par l’association culturelle « Les Amis de l’Afrique » sise à Ancône.

Ce soir-là Modou fait la connaissance d’un monsieur distingué de Milan, qui passait chaque année une dizaine de jours dans la région de Senigallia.
« Si jamais il t’arrive de faire un saut à Milan, fais-le-moi savoir. » lui avait dit le distingué Monsieur de Milan, en lui tendant sa carte de visite.

Une semaine après, un court article parut dans un journal local. L’article du Milanais s’est avéré être une véritable licence qui a permis à la troupe de Modou de se hisser du coup dans les hautes sphères du spectacle.

Quelques mois plus tard, dans la saison des gels et des brouillards gris, Modou et sa troupe se trouvent à jouer, comme par magie, dans le vaste appartement du Monsieur de Milan.

Modou caresse le rêve magnifique de la création d’un vrai ensemble musical. Les jardins publics de Milan, dans les journées chaudes, quand il ne pleut pas, seront leur podium.

Ivre d’enthousiasme, Modou arrive dans des temps records à organiser un véritable concert, cette fois à l’extérieur, en plain air.
A cette occasion, Ahmed se rend chez un oueld bled dans Via Padova pour couper ses cheveux et se faire un peu beau.

Sur le bus il se trouve soudain nez à nez avec Diego. Il lui sourit. Diego, au lieu de lui rendre le salut, lui montre un trousseau de clés où l’on peut voir une dent, un médaillon, un petit stylo et un couteau de camping ouvert.

Il se met à ébranler le trousseau. A ce moment là l’autobus freine et Ahmed se balance en avant et heurte Diego, qui le rejette violemment : « Connard ! »
Ahmed est étonné et cherche à récupérer ses esprits.

 « Et tt’excuses pas ?! »
« Et de quoi ?! Est-ce de ma faute ?! »
Avec les mains pleines de clés, Diego lui assigne un coups de poing dans le visage.

Un passager, un Nac, tente immédiatement de les séparer, mais leur bagarre requiert plus d’espace. Ils descendent donc à l’arrêt suivant. Après un court moment de "coup contre coup", Diego plante la lame de son cutter dans la poitrine d’Ahmed.

Étonné et bouleversé, Ahmed tombe.
Le passager, qui a tenté en vain de les séparer, a descendu lui aussi. Il saisit le bras de Diego et l’immobilise… un peu tard.
Une petite foule remplit bientôt le trottoir et une voiture de police est déjà sur les lieux. Diego est menotté. Le bras du Nac saigne. Un jus de cerise coule, innocent et chaud, sur une peau consistante et noire.

« C’est pas grave. » cherche à le rassurer une dame.

Entre-temps les élancements de douleur qui lui percent le cœur et le brûlent, empêchent Ahmed de respirer. Sa respiration est de plus en plus difficile. Lui, il cherche à économiser l’air qui est devenu de plus en plus rare et précieux. Il est confus...

A présent il voit des visages familiers, les yeux noirs de Frida et son doux sourire, la peau noir de celui qui l’avait sauvé des champs inhumains de la tomate...

Il est indifférent à la douleur, au poids de la respiration, aux lumières bleues clignotantes, au rugissement des moteurs, au tremblement de son propre corps, aux mains délicates des sauveteurs... Le regard s’éteint enfin. Brouillard noir, sommeil, oubli... rien.

Les infirmières chargent les deux hommes dans deux ambulances.
« Ailleurs, dit la chanson, c’est le happy hour, dans l’heureux pays rose bonbon. »

 

 

Fin

 

Abdelmalek Smari

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