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BERBERICUS

Vues et vécus en Algérie et ailleurs. Forum où au cours des jours et du temps j'essaierai de donner quelque chose de moi en quelques mots qui, j'espère, seront modestes, justes et élégants dans la mesure du possible. Bienvenue donc à qui accède à cet espace et bienvenue à ses commentaires. Abdelmalek SMARI

Le cigare de Thomas Edison ou un nouveau homo berbericus est-il possible ? (5) et fin

 

« Le sentiment d'appartenance à une nation est

indissociable de celui d'être un acteur en son sein

et d'être reconnu en tant que tel par ceux qui la

guident. Ce n'est pas ainsi que l'Algérien se voit

dans son pays aujourd'hui. »

Habib Kharroubi Le Quotidien d’Oran 27-08-09

 

 

La médiocrité procède de la passivité et n’a d’emprise que sur les âmes passives…

L’élite est donc comme un trait esthétique qui n’ajoute que douceur et beauté à la cité qui, elle, doit être séduisante pour mieux fonctionner et convaincre les sceptiques et les réfractaires.

La médiocrité, quant à elle, est toute laideur. Et elle vient de l’absence d’un but ou d’un projet qui donnent un sens et une teneur affective à l’existence des hommes, qui impriment de l’harmonie là où la nature des choses encore en friche et les instincts acerbes et aveugles ne laissent apparaître que chaos, conflits et ressentiments dans la société des hommes.

La cohésion des masses avec leurs gouvernants et leurs élites pose les conditions d’avoir un projet commun, pertinent et utile; projet dont les vertus consistent à servir l’intérêt général sans ignorer ou écraser les libertés individuelles. En fait ces conditions travaillent justement pour fondre les aspirations de l’individu avec les contraintes de la vie en groupe sans gaspillage d’énergies et de ressources. Autrement c’est le divorce et la cassure qui entraînent directement et inéluctablement à l’anarchie de la désobéissance et à son corollaire la dictature.

N’oublions pas que l’histoire des peuples est faite à l’image du corps de l’individu : un système nerveux central est nécessaire. L'Égypte antique n’a pu accéder à l’histoire et à traverser les millénaires qu’en ayant découvert les vertus de la centralisation et inauguré l'ère des Etats et des empires.

La centralisation veut dire tout simplement avoir des moyens réels et infaillibles de coordonner les énergies et les actions dispersées, à l'état "sauvage" et alors inutiles, des peuplades et des provinces. La centralisation du pouvoir est, elle-même, un produit de la division sociale du travail avant l’expression.

L’erreur de notre analyse est que – à cause du maudit archétype que nous avons hérité des siècles de dictature turco-française - nous avons toujours identifié ce rôle du système central avec l'asservissement et l'oppression des Deys, des Gouverneurs généraux et, à une certaine mesure, avec l'arbitraire des-dits Comités centraux et autres Bureaux politiques post-indépendance... malheureusement!

C’est évident: soit la France soit cette Porte-là dite sublime ont bien pris le soin de nous niveler, de faire de nous des macaques en moralité comme en politique. Lacheraf et avant lui Hamdane Khoudja nous ont raconté comment les élites algériennes ont été soigneusement décimées et impitoyablement combattues par ces deux forces destructrices qui avaient systématiquement anéanti la personnalité et la dignité algériennes.

C’est évident aussi que les Algériens ont fini par oublier les vertus de l’élite, cette composante fondamentale et vitale qui leur éclaire le chemin du progrès. Notre faillite se mesure à l’aune de cet échec de reconstruire l’élite perdue.

Le gouvernement, d’accord, mais seul il ne peut constituer qu’une petite tête pour un corps incommensurable. Il faut donc l’optimiser, lui greffer de la substance grise en quantité suffisante pour qu’il réussisse mieux dans la gestion de la chose publique et dans la défense de ses administrés. Car l'éducation des citoyens, leur liberté, leur dignité et leur moralité sont des conditions fondamentales pour la paix sociale, l’épanouissement du civisme et de la prospérité.

Il nous faut travailler à la création d’une culture nouvelle où l’élite sera rétablie et reconsidérée avec avec force et dignité.

« Notre angoisse face à l'inconnu et au néant - dit Abdellatif Laroui in (Le futur du Monde arabe a-t-il un avenir?) Editions Publisud 2004 - nous conduit à la recherche d'un ordre supérieur, autrement la vie n'a plus aucun sens puisqu'au bout il y a la mort. »
L’élite ne doit pas se contenter d’avoir de l’argent, du savoir, du pouvoir ou de l’influence mais elle doit accompagner ces dons ou qualités (non reçues certainement par magie ou par la baraka de la superstition mais recherchées et gagnées avec l’engagement lucide, la sueur du travail et de la discipline et le courage de la détermination) par une moralité généreuse et à la fois rigoureuse et par le prestige ou l’image de marque d’être à la page.

Périclès, un stratège dans une vraie démocratie – dit-on, par sa préciosité bien dosée, fut réélu pendant 20 ans environ! Il nous enseigne à faire le précieux sans s’isoler jusqu’à tomber dans l’anonymat, sans être trop accessible jusqu’à tomber dans la banalité.

Il faut savoir faire des manifestations de sa propre vie une sorte de aura créatrice de mystères et des clefs pour dévoiler ces mystères. Rendre magique, divine la banale existence humaine que nous menons. Ma foi n'est-ce pas en soi magique? Qu’on pense à meubler le vide que les habitudes mortes nous créent et à remplir notre temps avec des actions pertinentes, et la médiocrité n’aura plus d’emprise sur nous.

Comment serait-ce possible puisqu’elle ne pourrait plus nous dénicher : nous serions alors toujours occupés à faire quelque chose pour pouvoir lui prêter quelque attention.

La force de la médiocrité est une force passive et procède de la passivité et n’a d’emprise que sur les âmes passives…

 

Une mentalité de qil ou qal par excellence

Les Algériens n’ont pas encore retrouvé ou réussi à réinventer leur élite. C'est pourquoi ils continuent à parler tous un langage commun; mais un langage trivial, pauvre et dénué de toute pertinence conceptuelle et de toute rigueur méthodique.

Ils adoptent encore, malgré l’université et les grandes écoles, une mentalité de paysan, de pâtre, de boulanger, du vulgaire ignorant en somme.

Évidemment ils cherchent par là moins la bonne éducation que la facilité abêtissante qui leur épargnerait l'effort de réagir contre leur paresse intellectuelle, leur asthénie morale et leur absence d’imagination et d’originalité. C’est pourquoi ils s’accommoderaient bien volontiers des catégories de pensée superficielles, paysannes, gargotières - dirais-je - et irrespectueuses envers l’art et les savoirs; une mentalité de qil ou qal par excellence.

S’ils en ont, ils ont peu d’ambitions, qui sont d'ailleurs courtes et basses. Autrement pourquoi s’accommodent-ils donc souvent de la superficialité? Pourquoi côtoient-ils l'hébétude des ignorants et des indifférents? Pourquoi nos intellectuels se laissent-ils séduire par le virus abêtissant et anesthésiant des masses? Sont-ils incapables de l’effort nécessaire et de la complexité que non seulement leur rôle d'élites mais la vie citoyenne même préconise et exige de chacun de nous?

Ils sont tout simplement loin des dures responsabilités de leur statut d’élitaires. Ils ne font en réalité que tolérer la paresse, la médiocrité, le parasitisme et le nihilisme. Entendent-ils par là respecter le bas peuple; et alors ils seraient ouvertement si non nuisibles du moins inutiles ?

Étrange et négative attitude qu’ils prennent hypocritement ou stupidement pour du respect envers la plèbe ou de la modestie qui leur économiseraient temps, labeur, argent et, surtout estime! Personnellement, je ne pense pas que nos élitaires soient progressistes à telle enseigne qu'ils éprouvent de l’horreur envers ce classisme qu'ils nous montrent comme grossier, rétrograde et bourgeois.

Ceci étant dit, il ne faut pas penser qu'on est en train de prêcher ici une espèce de snobisme gratuit (le snobisme pour le snobisme), d'exclusion, d'apartheid social. Non! Tout ce qu'on cherche à faire est: indiquer une nécessité légitime, un devoir moral et un impératif civilisationnel, sine qua non; l'élite doit faire de locomotive.

L’élite doit apprendre à élever vers elle le reste des citoyens, non pas par paternalisme, non pas par charité mais en les éduquant par l'engagement, le labeur et la discipline et en sachant les séduire aussi par la vraie estime et le bon exemple et le prestige.

« Chose curieuse – dit encore Laroui -, pour conduire une voiture on exige un permis, pour élever un enfant aucun effort n'est consenti, le système (gouvernés et gouvernants s'entend) laisse les parents analphabètes éduquer et former les générations futures selon leurs propres schèmes et considérations, contribuant ainsi à produire une non-culture. »

Figurons-nous s'il s'agit d'élever une nation et l'arracher à l'anarchie de l'égoïsme, de l'ignorance et de l'infantilisation où l'individu (pour paraphraser Laroui) ne décide rien par soi-même, abdique devant les forces dominantes et se sent légitimement non coupable de rien puisque responsable de rien.

L'élite ne doit nullement permettre que les simples gens aient raison d’elle et la puissent tirer vers le bas, vers les marécages de l’irresponsabilité, de l’ignorance et de l’an-ambitiosité.

L’élite a pour fonction de faire sortir la plèbe des cavernes couscoussières pour l'introduire dans la lumière de l’histoire. ainsi donne-t-elle des formes tangibles et sensées au chaos diffus des impressions et des actions de ces masses, en orientant leurs efforts browniens et en les coordonnant.

Comme le cerveau enrichit par le sens et le mouvement les organes et s'en enrichit en retour, l'élite devrait ébranler la plèbe en l’innervant de sens et de conscience.

Toutefois ce processus ne devrait pas être sens-unical car la périphérie aussi a un rôle non-indifférent à jouer; elle doit livrer des feed-backs et surtout la matière première sur laquelle et à partir de laquelle l'élite opère.

Le risque de l'élite est d'arriver jusqu'à singer, sans critique et sans conscience, les lieux communs de la plèbe; se laissant ainsi prendre par le plat populisme, par l'abominable homologation, par la mort de la dignité, par le défaitisme au nom d'une fausse chevalerie à la « Maak dalima aou madlouma »!

Pour paraphraser Daniel Arras, je dirai que l’élite donne figure aux opérations déstructurantes mais qui réorganisent toute représentation. Ces opérations de découpage et de regroupements rythment le continuum et le flux du réel (inconscient et inaccessible, indistinct donc) et de ses apparences pour les différencier, leur donner contours et formes, les faire accéder au registre du sens, du symbolique, du connu, du familier et donc de désiré, recherché et structurant d’une nouvelle réalité qui nous remet à jour et nous harmonise avec notre époque.

 

Une recette pour faire partie de l’élite

Où est l'élite ? Elle n'est pas certainement dans les cieux. Elle ne se trouve pas non plus dans des tours d'ivoire. Alors où est-elle ?
C'est toi l'élite, cher concitoyen, c'est moi, c'est notre prochain, c'est nous en somme lorsque nous agissons ensemble et en harmonie pour réaliser des tâches dans notre intérêt commun. L'élite est cette conscience structurante qui assainit nos rapports avec la cité et adoucit notre vie.
Faire partie de l'élite c'est aider nos gouvernants ou nos classes influentes (influentes par leur pouvoir, par leur flouss, par leur culture et enfin par leur moralité et leur sens de responsabilité) à investir leurs richesses dans la cité pour le bien général des citoyens.
Que ces classes nanties érigent leurs quartiers en des forums où ils construisent ou mettent en valeur des joyaux d'architecture modernes ou antiques! Qu'ils les peuplent ensuite de culture et d'hommes de culture et qu'ils les remplissent de vie et d'espoir !
Bien que rares, ces bijoux architecturaux existent bel et bien en Algérie. A défaut ils peuvent être construits ex novo, comme le reste des monuments post-indépendance: mosquées, centres culturels, prisons, casernes, écoles et autres universités et Maqam echahid...
Que nos hommes illustres et même les arrivistes et les nouveaux dignitaires les suivent et les imitent en créant des salons littéraires, des Jeudi ou des Lundi comme à Milan par exemple ou à Paris. Car il n'y a pas de raison pour que ces personnages (pourvus comme ils sont de savoir, de flouss et de moralité) ne doivent ou ne puissent se considérer des pôles de liberté, de lumières et de prospérité; des pôles attirant et pas des queues traînées dans la boue de la médiocrité morale et de la platitude existentielle.
Or que voit-on chez nos « presque-invisibles » élites? des discours creux quand ils ne sont pas confus ou browniens; des problèmes souvent faux ou mal posés!
Qu'attendent-elles, nos élites, pour s'ouvrir sur la vie des autres et profiter des expériences des élites des nations prospères, libres, moralisées et solidaires? Et des élites généreuses près ces nations, croyez-moi, ça existe et elles acceptent très volontiers d'aider les élites jeunes et inexpérimentées des pays en développement et de partager avec elles leurs expériences et leur savoir-faire.
Savoir proposer un projet de société constructif, savoir y associer les masses, savoir promouvoir un individualisme constructif et responsable, l'esprit critique, l'engagement de se comporter en modèle de moralité... tout ça persuade et convainc les autres et crée en eux l’envie de faire de même... voici des suggestions qui peuvent servir nos apprentis-élites.

« Comme on peut le constater – dit encore Abdellatif Laroui - , la transmodernité s'appuie sur deux invariants fondamentaux :
- la liberté avec dans son sillage les droits de l'homme, la démocratie, la tolérance et le respect des différences.
- La raison qui induit l'esprit critique et combat l'irrationnel et les vérités fondées sur le principe d'autorité. »

Les vertus ne manquent pas, comme nous voyons. Il ne reste alors à l'élite qu'à savoir cultiver ces vertus et les observer d'abord pour son propre compte et les enseigner ensuite aux masses qui, elles, si elles ne seront pas capables d’inventer des conduites pertinentes, elles auront au moins la possibilité de s’élever à la moralité que leur propose l’élite. Interrogez l’histoire et elle vous dira que l’élite a été toujours à l’avant-garde.

L’élite est, donc, sans doute l’instrument le plus adéquat pour assurer le progrès. Elle agit comme aimant qui attire toutes les forces positives de la même société ou des sociétés lointaines; pensez à la Silicon-Valley qui a, plus qu'attiré, révélé des milliers de génies indiens entre autres.

Que tous se mettent au service du lieu (joyau architectural), cette qibla indiquée par l'élite, et les fruits ne tardent pas à rejoindre toute la nation et les générations à venir.

L'élite c’est l’organisation en petits groupes des citoyens par ordre d'intérêts communs, d’une conscience de changement, d’un engagement, et d’un travail coordonné qui vise en premier lieu à la promotion du groupe et à sa survie à la médiocrité des masses. Et il vise ensuite indirectement à l’éducation de ces masses.

Il se peut que ce groupe, à la dynamique du pouvoir qui s’il se crée dans une partie, suscite des suspects et des peurs chez l'Autre qui subitement cherche à y échapper. Alors il n’aura devant soi d’abord qu'à s’identifier par imitation au prédateur ou bien il conçoit d’autres formes originales d’un contre pouvoir qu’il oppose au prédateur.

Dans les deux cas l’existence d’un pôle de pouvoir suscite nécessairement un besoin de changement. La compétition entre gens de la même classe ne porte pas aux grands changements.

Machiavel reprochait au christianisme le fait d’avoir adouci les guerres qui, avant, incitaient les gens à être très vivants et très alertes pour survivre. Maintenant ils ne se préparent pas car ils savent que la guerre est régie par des règles morales et cela les incite à la mollesse et à la médiocrité.

Bien sûr, dans ce cas, les atrocités de la guerre sont devenues l’atrocité de l’exploitation. Et la victoire ne se pose plus en mort ou vie mais en respect ou humiliation. Scipion avant Machiavel – rappelons-le - détruisit Carthage mais pleura Rome qui est restée orpheline : elle n’a plus aucune raison à se dépasser et alors elle a sombré dans l’ennui et la démission civilisationnelle.

Que notre élite ne désespère pas des masses, elles sont capables de suivre et de dépasser les propres destins et confins.

Les temps modernes ont démontré que la divergence entre Protagoras et Platon n’est plus de mise : tout homme a la tekhnè politikè - dit le premier. L’euboulia, la bonne délibération, est l'apanage de quelques citoyens élus - dit le dernier.

Les temps modernes semblent rapprocher l'une de l'autre ces vues, de nos deux philosophes, à l'origine inconciliables.

Notre élite malheureusement s’est découvert le rôle de sycophante et s’est contentée de le jouer béatement. Rôle pas honnête en tous les cas puisqu'il nous conduit non pas à dénoncer le mal où qu'il soit (même dans nos propres rangs) mais à chanter tout au plus et les masses et leurs gouvernants, tantôt les uns tantôt les autres!

« Gouverner – dit Pierre Rosanvallon - signifie d’abord rendre le monde intelligible, donner des outils d’analyse et d’interprétation qui permettent aux citoyens de se diriger et d’agir efficacement »

Ajoutons qu'aucune nation ne peut avancer sans mythes et aucune jeunesse ne peut forcir sans idoles qui l'enthousiasment et la mobilisent autour d'une ambition. 

Enfin « Il n'y a pas de contradiction entre la politique de démocratisation de l'enseignement et le concept d'élite. La démocratie veut que le pays offre  à tous ses enfants, filles et garçons, les mêmes chances pour apprendre et réussir. La démocratie veut aussi que l'État et la société expriment reconnaissance et considération aux lauréats, porteurs du flambeau de la réussite et de l'excellence, bâtisseurs de la gloire et de la civilisation. » Abdelaziz Bouteflika

 

Et alors... adieu misère!

« Embraer, la bataille du ciel » C'est le titre d'un reportage sur le décollage brésilien publié sur le quotidien algérien El watan le 04-12-08. Je trouve très intéressant cet article, d’abord parce qu’il m’a donné personnellement l’occasion d’avoir une idée, même très approximative, sur un pays aussi important que le Brésil. Pays qui, il n’y a pas longtemps, sonnait pour moi comme pays des viados, favelas, foot, café et qui parlait le portugais ! Ne dit-on pas « Il n’y a pas plus sourd (ignorant) que celui qui ne veut entendre (apprendre) » ?

En réalité ma curiosité de lire quelque chose sur ce pays me l’a éveillée ce bel article. Bel article car il est bien écrit et il donne des informations concises mais fort pertinentes sur ce pays.

Puis j’ai découvert grâce à ce reportage que le Brésil est un pays vraiment grand et qui marche à pas de géant vers le progrès et la prospérité, vers l’Indépendance donc (avec I majuscule) et la dignité.

Cet article m’a ouvert les yeux et m’a redimensionné. N’est-ce pas ça la vocation d’un vrai reportage journalistique ?

En le lisant je me suis surpris en train de penser à notre situation algérienne. Évidemment ce n’est pas pour revendiquer un brin, de berbère dans leur langue (notons en passant que Azul, proche parent de Azur, qui vient plutôt de l’arabe bleu = Azraq), mais seulement pour réfléchir sur la crise morale qui afflige l’âme des Algériens, en l’occurrence : l’absence d’un modèle crédible.

J’entends par modèle non pas une personne ou un exécrable Zaim à la manière orientalo-arabe, mais bien une élite forte, bien structurée et enracinée dans le terroir et dans ses mémoires, capable d’élever les foules vers elle, en leur enseignant les valeurs du compter sur soi, du savoir, de la liberté, de la justice, du respect et de la solidarité.

Une élite qui d’autre part serait farouchement incapable de s’abaisser vers les mœurs grossières des foules et de se laisser influencer par leur superficialité, leur irrationalité, leur discours et leur bêtises, arguant la modestie ou cette autre ineptie politique et sociale qu’on peut appeler « démocratisme populaire ».

Cette élite peut être nôtre ou autrui. Dans ce dernier cas, la belle présentation du Brésil en tant que pays à-succès pourrait bien constituer un exemple à suivre par nous autres, souche de homo berbericus. Ou du moins c’est ce qu’a suscité en moi l’article de M. Omar Berbiche.

En plus, l’exemple du Brésil est crédible et il pourrait être le bon exemple pour nous qui n’en avons encore point. Nous à qui manque une élite crédible.

Le Brésil est crédible car on le connaît bien : l’on sait qu’il n’a pas fait de mal aux autres peuples. Il était à peine, 30 ou 40 années en arrière, un pays de dictature tout comme le nôtre en ce moment (Pauvre notre pays avec sa Constitution froissée, la volonté de ses citoyens émasculée et le peuple ridiculement eunuqué !!).

Et puis le Brésil n’est pas un pays arrogant ni criminel comme les pays colonialistes qui observent des valeurs humaines chez eux et entre eux et nous crachent dessus le venin de la destruction et de l’humiliation se rendant par là même peu crédibles comme civilisés et pas crédibles du tout comme civilisateurs.

Non, le Brésil est loin de ces infamies et c’est justement ce que pourrait faire de lui un exemple fort crédible, à suivre donc pour civiliser vraiment les pour-le-moment hordes de berbericus. Car la présence d’un modèle crédible rend réalisable les idées et les entreprises de l’homme.

Le modèle, quand il est crédible, crée chez celui qui le contemple des tensions qui se traduisent par l’intérêt à faire de même en aménageant la volonté et la dotant de prédispositions à entreprendre des actions à la hauteur de ce que propose le modèle contemplé.

Ainsi, une fois l’occasion mûrie, l’on peut s’attendre inexorablement (de la part de l’imitateur actif et créatif, ici homo berbericus) au déclic qui fait qu'à un certain moment et sans presque crier (gare!) tout le monde prenne conscience et se sente prêt à la mission qui l’attend; la mission d’assurer l’intérêt public et surtout de s’en sentir fier et orgueilleux… et alors : Adieu médiocrité, adieu paresse, adieu misère !

Bref, il faut encourager ce genre d’écrits qui suscitent chez le lecteur la soif d’un modèle et lui offre surtout le mode de rafraîchir cette soif qui risque de tuer les Algériens.

Quelqu’un dira d’un écrit du genre, le mien, qu’il verse dans le délire de persécution. Ce quelqu’un nierait alors l’histoire et les données actuelles des sempiternels jeux stratégiques non seulement pour la survie des peuples et des cultures mais pour l’hégémonie, l’oppression et l'exploitation du faible par les puissants.

La médiocrité c’est la mère de la misère. Et bonne partie des arabes sont, malheureusement bêtes et lâches, jusqu’à preuve du contraire.

« Les arabes ont un refuge dans la théorie des complots pour masquer d’apparente rationalité leur tranquille soumission à ceux qu’ils pensent défendre. La proie qui protège le prédateur ! n’est-ce pas ridicule ? » - Lit-on quelque part dans le quotidien londonien El-Hayat.

 

« Obbedisco! » Disons-le avec force et conscience

Il faut que l’élite travaille à souder cette fracture entre la cité et les citoyens ; étant donné que la vie en groupe est une nécessité imparable, fondamentale, vitale. Il n’est nul doute qu’on ne peut vivre en groupe sans quelques règles et sans des gens qui veillent au respect de ces règles.

Donc, puisque on ne peut absolument pas vivre sans gouvernants, comme l’on ne peut vivre dans la paix et le sens sans finir par s’agréger, il faut préparer les conditions qui garantissent cette paix et ce sens créateurs de sens et de douceur dans notre existence même.

Cette sensibilisation incombe à l’élite, surtout dans une société presque analphabète au quatre quarts. Mais l'élite doit commencer par prendre d’abord conscience de l’utilité d’une telle mission, de son adhésion convaincue, de son apprentissage (vu qu’elle en a les moyens) et de sa transmission.

Il ne faut pas avoir honte ou la fausse modestie d’être spécial; s’il y a une chose dont on on doit avoir vraiment honte, celle-ci consiste à éviter d’être immoral grossier ou ignorant.

Thomas Edison avait l'exclusive de pouvoir fumer dans l'enceinte de ses bureaux, empêchant dans le même temps au reste de ses employés de le faire. Quelqu'un pourrait crier au scandale, à l'arrogance, à l’injustice etc.

En réalité, c’était comme si Edison disait à ses collaborateurs et subalternes qu’il était spécial et qu’en cette même raison il se permet ce qu’il ne permet pas aux autres.

Une telle attitude ajoute une espèce de magie et de charme à son rang et à son autorité. Cette attitude déclenche de l’admiration, redimensionne les autres et suscite en eux l’envie d’imiter le chef, non seulement en ce comportement banal mais dans d’autres manifestations de comportement plus pertinentes. Il est inutile de dire que Edison était tout sauf un trivial personnage négatif. Son charisme agit comme un aimant qui attire des particules éparses vers le pôle de dépasser soi-même.

Vous n'avez pas idée, chers concitoyens, de ce qui nous manque?! Quel manque pourrait égaler l'absence de la conscience morale et du retard à rattraper?

Et ce n'est que grâce à l'enrichissement culturel qu'on rattrape ce manque : avec le travail responsable, la lecture, le cinéma, les activités ré-créatrices, les arts, les voyages... Et alors qui aime bavarder, méditer, dormir pour rêver, jouer... il n'y trouvera (dans l'enrichissement culturel) que matière toujours nouvelle pour nourrir ses penchants et sa recherche du plaisir.

Ainsi nos rêves se multiplient, nos projets deviennent féconds, nos actions efficaces, nos réalisations efficientes, nos discours clairs et sensés et notre temps se dilate et nos bourses aussi. Enfin notre vie devient douce et agréable.

Non, messieurs, il ne faut pas livrer le Délicieux Pays à des gens qui ont la parole de maçon (le maçon de chez nous): « une parole qui ressemble à du beurre qui fond et coule à peine voit-elle la lumière du jour », comme dit le dicton.

Il ne faut pas prendre, chers concitoyens, la rage de mes mots pour un acte d'accusation. Je n'ai aucune envie d'accuser qui que ce soit. Je voudrais tout simplement exprimer mon désarroi face à la réalité algérienne qui ressemble plus à un marasme scandaleux et à des stupidités dégueulasses et ignorantes d'elles-mêmes.

Au delà de toute rhétorique, il faut reconnaître quand-même que nous, Algériens (avec nos grands et nos petits), vivons un enfer qui semble ne pas avoir un purgatoire. Quant au paradis, il vaut mieux le laisser là où il est.

Toutefois pour sortir de ce marasme, de cette nuit horrible, nous avons encore une chance. Il faut qu'on arrive à prononcer ensemble et avec conscience, engagement et détermination ce mot d'ordre petit mais de grande moralité de Giuseppe Garibaldi: « Obbedisco! » J'obéis.

Disons-le avec force. Donnons notre parole aux lois de notre pays de les connaître et de les respecter. Le reste viendra à genou: respect, justice et prospérité et jusqu'à une nouvelle espèce de homo berbericus.

 

Fin

 

Smari Abdelmalek

 

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