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BERBERICUS

Vues et vécus en Algérie et ailleurs. Forum où au cours des jours et du temps j'essaierai de donner quelque chose de moi en quelques mots qui, j'espère, seront modestes, justes et élégants dans la mesure du possible. Bienvenue donc à qui accède à cet espace et bienvenue à ses commentaires. Abdelmalek SMARI

La ir-raison égoïste chez berbericus l’homme de fassade ou à tout Oultache un Tounsi (4)

“Le vrai désespoir ne naît pas devant une adversité obstinée,

 ni dans l’épuisement d’une lutte inégale. Il vient de ce qu’on

 ne connaît plus ses raisons de lutter et si, justement, il faut lutter.”

Albert Camus

 

 

 

La sagesse des instincts

Selon l’association algérienne de lutte contre la corruption, « les secteurs les plus corrompus sont les suivants : les partis politiques, les services publics, tous les services de sécurité sans exception, la justice, les douanes, les entreprises et les banques publiques, le secteur privé, le Parlement, les services fonciers, les services d’enregistrement et de délivrance de permis, les services éducatifs, les services de santé, le fisc, etc. » (Entretien avec Djilali Hadjadj, El Watan du 06-11-09) En d’autres termes, c’est toute la société algérienne qui est corrompue.

Toutefois quels que soient les ravages de ces macro-malversations de ce type de potentats détenteurs de pouvoir ou d’argent, il ne faut pas perdre de vue les micro-corruptions et c’est ce qui nous intéresse en cet écrit. Car si la macro corruption est spectaculaire par ses dimensions, elle est plus limitée dans le temps et dans l’espace et surtout elle est plus visible et plus gérable donc ; pourvu qu’on lui oppose une volonté politique. En plus elle n’a pas de toute façon de grandes chances de perdurer, vu la concurrence inhérente aux gens du pouvoir qui s’épient, se contrôlent et ne renoncent pour rien au monde à se dénigrer ou à se dénoncer les uns les autres.

Quant à la micro-corruption, elle, est plus préjudiciable à l’économie du pays et à l’intérêt public ; car elle est plus diffuse et plus répandue et jouit de la force du nombre ; en ce sens qu’elle concerne des millions de gens et  elle donne lieu donc à des millions d’affaires de corruption, quotidiennement.

Mais au fond que cherche-t-on à gagner avec la corruption? Un brin de pouvoir, faute du grand pouvoir, le pouvoir entier et durable.

Ce que nous appelons « pouvoir » est souvent une certaine ascendance ou autorité qu’un individu ou un groupe d’individus donnés acquièrent ou possèdent et qui les rend aptes à permettre ou interdire l’accès d’une personne ou d’un groupe de personnes à user et jouir d’un intérêt donné.

Un tel comportement est parfois légitime, parfois sans préjudices sérieux pour les intérêts des autres, mais souvent il entrave la bonne marche de la vie en groupe.

Paradoxalement ce sont toujours les gens à faibles revenus qui tendent à payer et à renflouer les caisses des plus nantis! Dans une corruption généralisée, comme dans notre pays, les nantis, après avoir racketté les faibles, payent à leur tour la tchippa aux plus nantis qu’eux et ceux-ci à d’autres encore plus gradés et plus élevés qu’eux dans le ciel du pouvoir et ainsi de suite.

Si on suit la logique de cette chaîne, on pense qu’à la fin les nantis absolus seront les seuls gagnants. En revanche, non : ils seront, entre eux, proie les uns des autres; car un système de coups bas et d’alliances ne manquent pas de se déclarer (comme un incendie) dans la forêt de leurs affaires, où l’on verrait les moins nantis (recrutés comme des hommes de main) assumer des rôles importants et arrivent même, au bout de la chaîne, à dicter paradoxalement leurs lois aux plus nantis qu’eux! Dans le monde de la corruption, où aucune richesse concrète ne s’ajoute à ce que l’on a au départ, il n’y a pas de vrais gagnants, mais seulement des perdants à court, moyen ou long terme.

Objectivement ce qu’on voit d’une telle société c’est le chaos ; société où l’on ne produit rien de concret et où aucune richesse vraie (plus value) vient s’ajouter à ce qui existe et où l’on se limite à rouler cette balle de bas intérêts qui va d’un pied à l’autre et qui s’use tandis que les énergies qui se la disputent, se multiplient, s’épuisent et épuisent la cité et lui boit le sang.

Ainsi voit-on augmenter et déferler sur les citoyens des flots de frustrations, de haine et de dé-solidarité, augmentant par-là le malaise social et empirant enfin l’absurde paupérisation morale et matérielle de toute la société.

Les chamailles en plein vol des mouettes autour des morceaux de pains donnent, de cet égoïsme, une image on ne peut plus éloquente. Mais les animaux, qui ne se sont pas encore trop éloignés de la sagesse des instincts, savent se contenter du peu qu’ils trouvent... et puis il y aura toujours quelques touristes ou des enfants qui ne manquent pas de leur fournir des rations de pain suffisantes… le problème c’est avec les hommes.

 

Le bébé et l’eau du bain du bébé

La corruption vient du chantage surtout : dans la plupart des cas, aveuglés par la perspective de gagner plus et avec le moindre effort, les « Faibles-revenus », les avides (tamma’ine ou mel’houfine), les indigents effectifs ou imaginaires, les commerçants de l’illicite... ne reculent devant aucun moyen ou pratique pour réaliser leurs envies. Aussi  n’hésitent-ils pas à user comme instrument les personnes chez qui ils espèrent trouver une aide et un soutien pour leur seul profit!

Puisque dans les sociétés modernes, individualistes donc (et a fortiori comme la nôtre qui est bourrée d’égoïsmes et de négativités), on ne donne rien pour rien mais toujours rass b’rassine: donnant 1 recevant 2, où la valeur du principal est égale à la valeur de l’intérêt... puisqu’il en est ainsi de notre société, on a toujours à faire à des maîtres chanteurs qui extorquent aux corrupteurs, stupides mais qui se croient malins et fins, le maximum de ce qu’ils peuvent extorquer.

Une fois pris dans les mailles d’un tel processus de pourriture, corrompus et corrupteurs ne peuvent plus se passer les uns des autres. Et si par hasard ces pratiques scabreuses (ou les puanteurs qui s’en dégagent) viennent à manquer, ces gens passés maîtres en chantage savent comment les recréer. Car ces gens funestes excellent en leur art et commerce c’est qu’ils savent pertinemment que dans ce jeu de l’infâme il n’y a ni victime ni bourreau, mais que tous les termes de la perverse relation sont tour à tour victimes et  bourreaux.

Et puis tous savent par intuition(?) que les proies seront toujours poussées inéluctablement vers les filets des prédateurs. Ils savent que leurs victimes ne peuvent exhiber une facture, acheter une pièce détachée pour la voiture qui manque de tout (les prix sont prohibitifs et la pièce est rare, contre-façonnée, mal adaptée et mal bricolée…), trouver un travail, se faire délivrer un document, obtenir un visa pour la ‘omra ou Schengen, publier une opinion sur un journal ou quelque manuscrit dans une maison d’édition… Ces requins (avec tout le respect que nous devons aux requins) savent que de toutes les façons leurs victimes seront obligées à la complicité, au consentement, à la collaboration...

Ce mariage pervers entre intérêts malhonnêtes ajoute de l’opacité aux règles qui gouvernent le monde de la pourriture. Opacité voulue et activement recherchée en vertu de la complicité de la victime et du bourreau.

Et puis la paresse de berbericus est hélas légendaire : il tend à cacher ses problèmes au lieu de les affronter. Au lieu de leur trouver des solutions efficaces et libératrices, il compte sur sa mentalité magique pour les voir disparaître. Il ignore, le pauvre, qu’un problème n’est pas nécessairement une sorte de tumeur que l’on doit extirper, mais il s’agit souvent de quelque réalité qui a tout simplement des dysfonctions qu’il faut régler, réparer, guérir ou réviser.

L’eau du bain du bébé ou, selon l’inusable métaphore (Freud), la sauce à la sorcière sont après tout la vie de l’enfant même avec son eau du bain ou la vie même de ladite sorcière avec sa "sauce". Mais berbericus n’a pas encore appris à bien interroger sa vie, soi-même, ses rapports avec son entourage, sa langue, ses traditions, ses choix, ses contraintes et enfin ses représentations du monde et son être-dans-le-monde…

Il a appris par contre à cacher ses problèmes comme il cache ses crachats dans la poussière, ses cours d’urine dans les coins des murs obscurs et sa puanteur dans la foule !

 

Pour une architecture de la Glasnost

Il nous faut une autre manière de considérer cette problématique de pourriture morale que nous sommes en train de pâtir en Algérie; l’Etat doit gérer la corruption avec une politique concrète et rationnelle et faire montre d’une volonté réelle et intransigeante de la combattre.

M. Kamel Daoud, du Quotidien d’Oran, avec lucidité et ironie, doute du sérieux de l’Etat d’aller jusqu’au bout de sa lutte contre cette hydre mortelle tant qu’elle n’abordera pas des questions telles par exemple: « Qui a mal payé qui ? Qui a roulé l’autre ? Qui va-t-on écraser pour signifier à une autre bande nationale le message? »

Il nous faut aussi réédifier nos institutions et les règles qui les administrent, selon les lois d’une architecture de la glasnost. Imaginez, dans un tel environnement de transparence, quelqu’un qui sent l’urgence de faire pipi (quand manquent les vespasiennes, comme c’est souvent le cas chez nous): où qu’il aille, ce quidam sera à découvert et par conséquent gêné.

Son malaise ressemblera au cauchemar que provoquent ces songes étranges et inquiétants, où le rêveur sent le regard menaçant de mille yeux inquisiteurs et pendants sur lui comme l’épée de Damoclès. Songes où il se voit sur le point de chier, niquer ou se faire enculer sans pouvoir le faire car de partout surgissent ces yeux moqueurs, censeurs et inhibiteurs. Des yeux méchants qui l’empêchent de baiser, de faire ses besoins naturels ou d’afficher quelques désirs interdits...

Mais grand dieu, même les rêves (que nous considérons obscènes et pervers) nous invitent à la décence! Sommes-nous alors plus vifs quand nous sommes morts que quand nous sommes vivants?!

Voilà ce qu’on peut appeler informer : rendre clairs, sans coins ni plis, toute chose, toute rue, tout lieu, toute conduite, toute règle et toute loi. Seulement ainsi arriverons-nous à faire sortir les gens de l’anonymat qui risque de cacher ou diluer leur responsabilité individuelle dans celle de la collectivité. Si nous ne savons pas « Qui a commis quoi ? » comment nous sera-t-il possible d’intervenir pour éduquer, admonester, punir ou corriger ces comportements tordus, sado-masochistes et destructeurs ?

Nos chemins et nos rues étant faits de poussière et de boue, ils incitent l’Algérien à cracher ou faire pipi là où bon lui semble. Il en est ainsi de notre architecture qui n’est faite malheureusement que de zones d’ombre et d’obscurité ; vraisemblables cavernes pour des Ali Baba et fiefs de toute sorte de manigances où incubent les germes de la béate stupidité et de la pourriture morale et économique.

Et notre administration n’est pas en laisse: elle est l’image de cette architecture primitive de l’opacité putride, du flou, de la moisissure et de comportements de poubelle où se cultivent les escroqueries, les tromperies, les sophismes, la mendicité, l’imposture, les saccages, enfin les 17 défauts de berbericus...

D’accord, pourra-t-on m’objecter, mais transparence ou pas il y a aussi tendance chez berbericus à faire du dépit aux autres (un sport bien algérien) ; que l’on pense par exemple à ces lâches voleurs qui opèrent à la lumière du jour et sous le regard non moins lâche des présents ; que l’on pense à ces voleurs de vieillards, de campagnards, de nigauds, d’étrangers, de vieilles femmes et en général de gens mal avertis... ; que l’on pense à ces gens qui pissent sans honte partout même sur les murs de leurs propres maisons ; à ces gens qui pensent de faire du dépit aux avocats et aux médecins préférant corrompre un gendarme pour se défendre de la loi(!) ou payer chère une ou deux séances d’inutile et absurde rouqya à un charlatan pour se soigner, soigner sa progéniture et son harem...

Certes il y a ça aussi et d’autres bêtises encore, les unes plus graves que les autres, que berbericus cultive avec zèle et application. Mais la question fondamentale ne disparaît pas pour autant et reste entière : « Comment et pourquoi ces bêtises continuent-elles à sévir ? »

En attendant... on constate l’absence des vespasiennes publiques - oui la saleté morale procède des mêmes causes de la saleté physique. Les deux types sont kesra ou morga. Les deux types sont complices comme le renard de la légende et sa queue. Il n’y a, chez la plupart des Algériens ni sens d’hygiène corporelle et de l’environnement, ni sens de respect pour l’Autre et pour les valeurs que l’humanité a acquises et cultive encore avec combien d’efforts et de sacrifices.

Car c’est notre être total qui est derrière notre moralité et notre sens de l’hygiène physique. Les zones d’ombre, tout comme la poussière de nos rues, absorbent les actes et les empreintes et protègent par-là même les responsables.

C’est donc une trahison morale scandaleuse à laquelle se livre sans conscience et sans vergogne l’actuel berbericus, version algérienne.

Que gagne le corrompu à-billets ? évidemment, la sensation d’être omnipotent. Frustré comme il est par des siècles de domination étrangère, ce berbericus, avec cette bulle d’indépendance et de dignité recouvrée après 1962, ne veut pas laisser passer l’occasion pour exercer et prouver à soi-même qu’il est bel et bien libre et puissant à tout se permettre, qu’il n’y a plus colon qui lui fasse de maître… c’est plutôt lui qui fait le maître, qui est le maître. Vision tordue et piètre consolation pour ce genre de frustrés, peut-être, à jamais irrécupérables !

Chantons, mes frères, en attendant:

Tioue liou la Tioue liou là

C’est pas moi c’est celui-là

guel-ha labbandi; meskine!

En fait seuls les escrocs sont sans états d’âme, car sans conscience historique, devant ce gouffre de la mort morale et – dieu nous en protège! - bientôt matérielle.

 

La pudeur des paysans

Heureusement que nous sommes encore des paysans et que nous sommes donc encore proches de la pudeur des paysans; autrement il n’y aurait entre nous que le langage des sioufa à défaut des armes à feu... Mais ne nous faisons pas d’illusions là-dessus: car les mœurs changent et il n’est pas dit qu’elles changent dans le sens de la douceur...

Il faut que l’État adopte une attitude d’une rigueur bienveillante. Il faut qu’il soit et reste à l’écoute des citoyens, de ceux qui les représentent et surtout de leurs consciences personnelles et celles publiques que constituent la classe politique en opposition, les journalistes surtout, la société civile, les associations citoyennes, la magistrature et autres organes et institutions de sondage, d’observation et de contrôle.

Il faut mobiliser toutes les énergies agissantes du pays et surtout, surtout, il ne faut jamais permettre (et se permettre) à aucun de nos citoyens de déléguer ses prérogatives ou céder ses responsabilités à d’autres. Il est impératif que chacun veille à son champ d’action, que chacun se fasse lui-même œil du maître.

Il faut que l’État examine bien les critiques apologétiques avant de les accepter et celles dénigrantes avant de les rejeter ou de faire l’offensé. Enfin il ne faut pas exclure les autres observateurs étrangers; bien au contraire, il faut faire trésor des remarques, critiques ou reproches nous parvenant des citoyens des autres pays, amis ou hostiles qu’ils soient.

Toutes ces attitudes et ces critiques (pro ou contre) formulées à l’égard de nos gouvernants sont des informations et des indices précieux qui les illuminent davantage sur la valeur des attitudes à adopter et des mesures et actions à entreprendre. Car on ne peut pas tout prévoir et donc bien gouverner (si gouverner signifie encore prévoir) sans cette ouverture bienveillante, stratégique et vitale pour le citoyen et l’État même.

Il ne faut pas perdre son temps à se gonfler la poitrine et répondre par des flatteries à des flatteries et aux critiques par des indignations stériles mais il faut apprendre le sens de la mesure ; s’il est vrai ce que disent de nous nos adulateurs, il faut persévérer sur le même chemin. S’il est vrai ce que disent nos soi-disant dénigreurs, nous n’aurions qu’à nous mettre au travail pour nous corriger et fermer cette porte d’où nous vient le fort et gênant vent coulis.

Et si tous les deux se trompent, tant mieux pour notre hygiène morale : au moins nous montrerions au monde qu’on n’est pas des idiots vaniteux. Et ce serait là un surcroît d’honneur et de mérite à inscrire à notre palmarès de vertus et de réalisations morales.

Il faut donc cesser de jouer les majestés lésées; du reste, l’histoire des nations et des individus a toujours été une perpétuelle recherche réciproque de la paille dans les yeux du voisin oubliant (ou justement pour oublier et faire oublier) la poutre qu’on peut avoir dans ses propres yeux. Et c’est évident qu’il s’agit ici d’une perte de temps.

 

A suivre (Rendez-vous début juillet)

 

Smari Abdelmalek

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