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BERBERICUS

Vues et vécus en Algérie et ailleurs. Forum où au cours des jours et du temps j'essaierai de donner quelque chose de moi en quelques mots qui, j'espère, seront modestes, justes et élégants dans la mesure du possible. Bienvenue donc à qui accède à cet espace et bienvenue à ses commentaires. Abdelmalek SMARI

La haine de « L’Orient après l’amour » ou une autre manière chez Berbericus d’être antisémite (2) et fin

 

« On a coutume de considérer que le monde

arabe est de tradition orale. Rien n’est plus faux.

... ...

L’oralité du monde arabe n’est qu’un effet du

recul de l’enseignement. L’analphabétisme a

favorisé la régression de la pensée arabe. »

 

Rachid Mimouni

« De la barbarie en général et de l’intégrisme en particulier »

 

 

Mise au point

 

Dans la première partie de cet écrit, si j’avais parlé de souche sémitique, c’était seulement pour me faire comprendre. Car qui peut croire aujourd’hui à l’existence vraie et scientifique des races et des souches sinon un malade mental, un mystificateur ou un crétin né ?

L’humanité, les gens intellectuellement honnêtes le savent et le disent, a toujours été (aussi) un mélange scandaleux de bâtards qui s’ignorent ; une saga infinie d’immoralités et de guerres, d’incestes et de dangereux mariages consanguins…

Tous les Algériens conscients de l’importance historique et stratégique d’être et de rester soudés à leurs concitoyens qui les gouvernent (sans pour cela perdre le sens critique et la critique propositive), doivent travailler pour promouvoir et consolider cette valeur politique fondamentale dont dépend la survie de chaque société, de chaque pays, de chaque nation.

Et il n’y a pas de doute que parmi ces citoyens lucides et propositifs il y a déjà des gens qui sont en train de travailler dans ce sens afin de souder la fracture infâme et mortelle que la mal-gouvernance des gouvernants d’une part et les frustrations des citoyens d’autre part ne cessent d’opérer dans l’âme de la nation, dans leur propre âme !

Je cite l’exemple de deux écrivains algériens dont la condition et la vocation pourraient très bien incarner un grand paradoxe bien de chez nous, un paradoxe ennuyeux en plus ; l’un de nos deux écrivains est musulman et arabe, Mohamed Kacimi, qui a tous les droits de et sur l’Algérie, même celui d’envoyer son pays à se faire foutre ou à brûler dans l’enfer de l’humiliation et de l’anéantissement.

L’autre, Pierre Fréha, juif et algérien de souche lui aussi, qui aime et respecte sereinement l’Algérie et les Algériens mais qui reste privé du droit d’être « officiellement » Algérien !

Et franchement cet état de choses ne saurait nous laisser indifférents.

 

Berbericus librophobe et antisémite

Dans cette deuxième partie, chers lecteurs, je vais vous faire part de l’une des lettres que j’ai écrite à un ami pour parler un peu de certaines mœurs négatives de Berbericus librophobe et antisémite et pour chercher à y voir clair.

La lettre :

Cher F., me voici encore avec mon Itnab, ma logorrhée. J’espère seulement qu’il ne te donnera pas plus d’ennui que de plaisir.

Tu as raison, je souffre de cette anomalie: le temps, le talent et l’énergie manquent et moi j’ai tant de choses à dire et je veux leur être fidèle, les bien dire. Crois-moi.

Souvent je m’arrête pour réfléchir sur le sens de mon écriture et souvent, tout en découvrant cet effroyable constat, je ne sais pas ne pas récidiver!

Je suis encore, peut-être, enfant ou au moins je ressemble à l’enfant quand je m’abandonne à ces gazouillements et à ces écholalies. Que veux-tu ? je prends mes mots pour de la musique, mes sentiments pour de la profondeur d’idées et mes délires pour de la poésie!

Hélas ! désormais je suis concrètement vieux et, même si je ne le suis pas totalement, il y a des lustres que j’avais commencé déjà à m’y acheminer.

Quant à mes dizaines de lignes avec lesquelles j’aurais cherché à faire le docte maître et te montrer les bienfaits de la lecture, elles signifient tout simplement que le précieux don de la lecture ne devrait absolument pas être battu par la tv. Car la tv est faite pour parler avec des images, et les images c’est plein autour de nous.

Ne les trouve-t-on pas jusque dans les scènes oniriques, dans le délire des fous, dans les hallucinations des soukaraa ouel mastouline?

 

Le mot et l'image

Qu’est-ce à dire? Les images sont partout et ne peuvent rendre compte que de la superficie des choses et de la réalité; et c’est pour cela qu’elles sont justement superficielles et que la culture qu’elles distillent peut être plate et insipide.

Et c’est toujours vrai quelque soit la justification des promoteurs et chantres de la tv de la consommation par excellence, de l’image.

L’image reste la première des données immédiates où la bête et l’homme, le petit et le grand, le primitif et le civilisé, le dormeur et l’éveillé, l’idiot et el alim el jalil… s’égalent et se ressemblent.

As-tu idée de combien ça nous coûte un tel instrument d’homologation et de tromperies quand on le laisse abuser de notre esprit et de notre temps?!

Vient ensuite, sur l’échelle des facultés mentales, la capacité d’abstraire et de s’abstraire pour rendre perméable la réalité. Car si nous nous armions de la seule passivité: l’attente que les informations viennent à nous de la part de la déesse image, la réalité resterait opaque et réfractaire à toute investigation et à toute intelligence.

Cette capacité d’abstraire et de s’abstraire, j’en conviens avec toi, est très difficile ; souvent, pour nous donner un gramme de satisfaction, elle nous demande un quintal d’efforts et de fatigues.

L’image, tu la subis. Quant à la descente aux enfers, à la volonté de transpercer les viscères du monde, au désir d’en percer les mystères, de les comprendre et de les exploiter... tout ça nous demande du sacrifice, de l’inquiétude, du tâtonnement, de la déception, de l’ennui; parcours difficiles qui peuvent s’avérer ingrats et parfois infructueux et inutiles en fin d’analyse !

Tu vois, ce n’est pas que je voulais t’enseigner à lire ou te montrer l’utilité de la lecture.

Ce n’est pas que je t’accusais d’ignorance (bien que nous sommes tous des ignorants qui s’ignorent).

Ce n’est pas non plus que je t’accuse de nourrir une antipathie ou d’avoir une allergie pour les livres et la lecture, non!

J’ai voulu tout simplement te parler d’un phénomène dévastant qui caractérise notre société: le fléau de ne pas lire.

Tu te rends compte? Cette même société qui se réclame de l’islam mais fait semblant d’ignorer le premier commandement du premier verset de notre Coran « Lis ! »

Et admettons que je t’aie accusé d’être quelqu’un qui ne lit pas, en quoi ça peut t’offenser? Si tu es un lecteur, tu me démentiras. Si tu ne lis pas, tu n’es pas un lecteur et j’aurai raison.

Et puis qu’y a t-il de mal à te parler de ce mal, à le dénoncer? Selon toi, les Algériens sont des lecteurs? Ou veux-tu que je parle plutôt d’autres choses?

En ce qui concerne ce dernier point, tu peux dormir tranquillement sur tes deux oreilles, comme disent les Italiens. Car si j’ai tendance à être parmi les grands motnibine, je n’ai pas encore gagné l’âge d’être un sénile résigné et condamné au silence.

 

Le bien des mots

Cher F., c’est l’hégémonie d’une culture superficielle que la tv distille comme du venin dans nos âmes (paralysant ainsi notre intelligence et notre esprit) que je conteste.

C’est le mot libre et libérateur - qui souffle dans la matière inerte et bête pour lui imprimer vie et conscience - qui m’intéresse personnellement.

C’est le mot, ce souffle de dieu même qu’il avait insufflé à Adam (à l’homme), qui reste le seul capable à faire de nous (nous, matière inerte et bête) des êtres intelligents, justes, et beaux.

L’image, pour intéressante et indispensable qu’elle soit, ne peut et ne doit être que l’auxiliaire du mot et rien d’autre.

Et l’histoire de ton exposé « Silas Marner » confirme ce que j’ai dit ci haut et ce que je dirai de l’impérialisme, de la dictature de l’image.

Heureusement que tu n’as pas été si naïf alors : tu n’étais pas allé jusqu'à te contenter du seul film pour faire ta recherche. Car le film est en soi une autre œuvre et est complètement autonome ; même s’il cherche à se conformer au livre. Il a son langage, son temps, ses rythmes, ses couleurs, ses formes, ses techniques (qui sont justement des images et à base d’image), ...

De toute façon, moi je ne connais pas ton enseignante et je ne sais pas si elle appartenait à la culture visive « superficielle » ou à celle verbale « profonde ». Mais si,  toi, tu te fies de son jugement, moi je me fie du tien... je te crois sur parole.

 

L’homme bibliothèque

« Quand un griot meurt c’est tout une bibliothèque qui disparaît » L’auteur de ce dit serait le poète sénégalais Léopold Senghor.

Je crois que tous les hommes peuvent être considérés, métaphoriquement, des bibliothèques entières et quand ils meurent, dégénèrent ou perdent la raison c’est des milliers d’ouvrages et de catalogues d’images qui brûlent avec eux... et jusqu’ici je suis d’accord avec toi, avec Senghor et avec tous ceux qui rapportent ce dit.

Mais, cher F., tu n’as pas réfléchi un instant sur cette histoire de la présumée oralité des cultures africaines?

Moi j’y vois plutôt une insulte à l’homme africain qu’on continue toujours, avec de nouveaux termes sophistiqués et déguisés, de traiter de primitif, pour la dire terre à terre: d’animal!

Eh bien, ceux qui ont inventé cette infamie d’oralité pour la coller ensuite comme un timbre à homo africanus, ceux qui ont fait dire à Senghor ce qu’il aurait dit, sont ceux-là mêmes qui refusent d’être traités d’oralistes, ou de bibliothèques encore vives ou déjà brûlées et disparues.

Ici aussi, comme pour l’image, cette caractéristique pèche par son immédiateté; elle renvoie l’homme oralisé, à l’état naturel où il n’aurait aucun mérite à glaner, aucun service à rendre à la culture humaine et aucune gloire pour s’en vanter.

Cela veut dire que l’homme oral est, ni plus ni moins, un animal fini; un animal bi atemmi ma3na el-kalimah!

Cher F., je t’avais déjà anticipé dans mon dernier email que ta lettre est fort stimulante: en effet, ça me donne envie de m’y arrêter longtemps sur chaque sujet que tu avais traité...

 

L’œuf/poule, la poule/œuf

Mais tu es certain que tu ne connais pas de réponse au dilemme que tu t’es posé dans ta dernière lettre? Afi dhalika chekkoun?

Pour moi, il n’y a ni poule ni œuf, la dajajah ouala baidah oua la houm yahzanoun: nous sommes arriérés parce qu’on ne lit pas. Ce qui signifie que nous ne lisons pas parce que nous sommes arriérés. Deux sophismes pour dire notre misère, voilà !

Et il n’y a pas de quoi chercher ici midi à quatorze!

Sache, cher F., que l’important c’est de lire, contracter l’habitude de lire (lire n’importe quoi mais lire) et jamais songer à la perdre ou chercher à la substituer ou à en guérir, et surtout pas par le faux médicament, eddaoua-ou eddejjal, qu’est la tv.

Que tu sois un exemple pour tes enfants d’abord et tes proches, pour tes amis et les gens de Hamma Bouziane ensuite et enfin pour tout le reste de tes semblables! Et Limithli hada fel-ya3mali el-3amilouna.

Personnellement j’ai entendu un jour du bout de mes oreilles discourir le Dr Omro Khaled sur un sujet dont je n’avais retenu rien sinon la figure d’un homme qui ressemblait à un stupide arrogant et sa manière de discourir qui faisait penser à de l’autosuffisance.

Je l’avais vu (en tv!!) entouré de quelques fillettes et demoiselles enveloppées dans ce qu’on appelle désormais el-hijab pendant que lui, adulte, savant, extrêmement pieux et prédicateur, restait frisé, civilisé et moderne au lieu de porter lui aussi un hijab.

C’est cette contradiction ou cette incohérence scandaleuse (pour utiliser ton langage) que j’avais retenu de ce docteur.

Et quand, quelques années plus tard je me suis trouvé à fouiller les librairies de Constantine à la recherche de quelques livres à acheter, je suis tombé sur l’un de ses ouvrages, je l’avais écarté sans mollesse et sans le moindre regret.

C’était là et ce jour-là que j’avais appris son nom justement en voyant sa photo d’efféminé sur la couverture du livre (car c’est aussi cette manière efféminée qui me rebute de lui, me fait venir la nausée). « Efféminé - pensais-je - et il ne porte pas le hijab! » Sincèrement je ne vois pas en quoi il peut servir à l’éducation de nos filles et nos fils...

Bien entendu, je ne vais pas pour autant crier à l’interdiction de ses livres. Non ! Je ne le ferai jamais et cela pour deux grandes raisons:

D’abord je crois en quelque sorte à l’utilité fondamentale des ténèbres pour exalter encore davantage la splendeur du jour et des lumières.

Ensuite je suis convaincu que les gens sont non seulement libres de lire ou de regarder la tv, non seulement libres de lire tel ou tel auteur et snober tel ou tel autre, mais aussi qu’ils sont assez mûrs pour savoir être responsables et pouvoir choisir et comprendre ce qu’ils choisissent. Enfin comme on dit « ma testa3dam ma yakhrej fik a3dm ».

Et puis il n’est pas dit qu’un jour viendra où moi aussi je finirai par le lire... et si je te dis ça, c’est que je ne suis jamais sûr des aléas du chemin redoutable, du grand hasard qu’est notre vie.

Je ne sais pas à quel destin l’instant qui meurt va me vouer et livrer avant qu’il meure... et en outre je me connais assez bien pour faire le charlatan mounejjim.

Combien tu es optimiste quand tu dis que « quand on lit le coran on le comprend à moitié! » Comprendre la moitié du Coran, n’est-ce pas en soi un exploit fantastique, grandiose, immense? Comprendre la moitié d’un texte comme le Coran, ça peut signifier qu’on est apte à comprendre la moitié de l’univers... Ce qui est un peu trop pour le cerveau de l’homme en général et celui d’un kehl errass (un shwarzcopf) en particulier qui n’a pas encore appris et compris ce que signifie l’injonction « IQRA’! » ...

 

Peuples sans terre

Cher F., tu n’as sûrement pas vu à quoi ressemble la condition d’un peuple sans terre. Ressemble-t-elle à celle d’un chien? Et alors ici aussi tu n’auras pas vu à quoi ressemble la condition d’un chien citoyen de Milan ou de Paris...

Tu n’as pas idée non plus de ce que peut être la condition d’un Gitan (car c’est de ce peuple que je te parle): une condition d’enfer sur la face de la terre.

Les Gitans sont persécutés sans délits, accusés et condamnés sans fautes, affamés, raillés et humiliés, isolés même s’ils vivent en communautés, mis en quarantaine sans avoir de peste, tournés en dérision même s’ils sont nobles, hais même s’ils veulent du bien au monde, redoutés même s'ils sont des brebis dociles et inoffensives, exploités, pillés, déportés (Sarkosy des derniers mois), tués et ensevelis alors qu’ils ne cherchent qu’à vivre, qu’à végéter!

Tu sais pourquoi ce destin noir, injuste? Ils ignorent l’histoire et ne savent pas ou ils sont convaincus qu’ils n’ont pas de terre.

On les a même chantés et on les chante encore comme des gens libres et gais, amants de poésie et de musique pour bien les leurrer, les piller et les asservir.

On invite même d’autres peuples à être comme eux, à suivre leur exemple, à oublier jusqu’au sens de la géographie, à leur arracher tous les mots qui y mènent!

Et ça ne va pas finir comme ça: quand les gens qui possèdent une terre se montrent envieux entre eux ou se sentent spoliés de leurs richesses et se voient donc en droit de réagir, ce n’est pas chez leurs prédateurs qu’ils vont réclamer leurs droits et leurs dus mais c’est chez les faibles qu’ils vont se venger de leurs prédateurs!

Le peuple juif, que nous autres Arabo-musulmans le voulions ou non, fut un peuple sans terre comme les Gitans en ces jours.

Que nous, Arabo-musulmans le voulions ou non, le peuple juif est retourné à sa terre après des siècles de souffrances et d’errance.

Pendant que le Gitan semble se réjouir de son errance et de son apatridité, à cause de son ignorance de sa géographie et de son histoire, le Juif s’indignait car s’il avait été vaincu à travers des millénaires, il n’a jamais perdu le sens de la géographie et celui de l’histoire. L’histoire de l’Europe fascio-nazie le crie haut et fort.

Et les Palestiniens? Eux aussi avaient failli perdre cette règle capitale: ils avaient failli oublier de posséder le sens de la géographie et de l’histoire. Et les voici qui résistent.

Mais nous ne devons pas oublier qu’il y a même des Palestiniens plus intelligents et surtout plus palestiniens que toi et moi qui reconnaissent cette vérité.

Une vérité vraie car elle répond à une réalité historique bien établie, concrète, documentée, indiscutable.

 

Les crocodiles pleureurs

Bien sûr il y a là de l’abus, bien sûr il y a là de l’injustice, bien sûr il y a des massacres aussi et des expropriations, mais il ne faut pas répondre à l’injustice par l’injustice. « Oua la youjrimennakoum chana-aanou qaoumin 3ala ella ta3dilou, i3dilou houa aqrabou lit-tequa ».

Je ne sais pas si nous serons de ce monde, mais un jour arrivera où l’on verra Palestiniens et Israéliens arriver à un accord de fraternité et de bon voisinage.

Cher F., tu ne peux plus te permettre de rentrer dans l’optique des ténèbres et de la haine dans laquelle l’istidmar (comme disait Mouloud Kacem) nous avait fourrés depuis presque deux siècles déjà, si l’on exclut les trois autres siècles d’injustice et d’oppression ottomanes.

Il faut comprendre que si nous avons un ennemi, celui-ci ne peut être que les Puissances de l’istidmar.

Quant à nous, sans le savoir, nous continuons à préserver cet ennemi dans le fond de notre âme en le nourrissant de notre ignorance de l’histoire, de notre insensibilité politique et de nos passions brutes et aveugles.

Pense à l’Algérie sous la domination ottomane et plus tard française:

comment étions-nous?

Nous n’existions tout simplement pas car notre terre ne nous appartenait pas.

Oua qiss 3ala dalika pour ce qui concerne le peuple juif: il n’est pas méchant au fond, le peuple juif. Il a tout simplement une peur noire de retomber dans les siècles de l’enfer, dans les pays inventeurs et exécuteurs de la Shoa.

Les Arabes, les Palestiniens en tête, devraient comprendre cette vérité et essayer de trouver des moyens pour aider ces frères, nos frères, dont la langue avait prêté à notre Coran près de trois cents mots aux dires du grand penseur Essouyouti.

Que les Arabes, les Palestiniens en tête, sachent ou apprennent que nous sommes ahra oua aoula, que nous devons être les premiers à restituer à ces frères leur bout de terre et leur honneur historique, avec sincérité, avec joie et avec reconnaissance. Non, nous n’aurions pas dû laisser ce privilège et cet honneur à ces bons, trop bons, crocodiles pleureurs.

Nous n’aurions pas dû laisser ce privilège aux autres, aux loups de l’histoire, aux moustadmirine qui seulement hier ont tués les Juifs par des centaines de milliers, par millions, mais aujourd’hui les voici à pleurer une fausse mea cupla et plaider une fausse solidarité et un fausse justice avec de fausses larmes!

Les voici, les mystificateurs, oujouh el-qazdir, les effrontés, les assassins,... les voici qui nous accusent aujourd’hui, nous le Sémites, d’être des antisémites, d’être des peuples violents, d’être des barbares, d’être privés de conscience historique, d’être incapables de justice, de solidarité et de coexistence dans la paix et la fraternité!

Demande à l’histoire, elle te dira que dans les armées des Musulmans, dans les bouyout el-hikma, dans les cités et les habitations... il y avait, côte à côte, en pleine harmonie et entente, des Juifs qui vivaient et souffraient comme vivaient et souffraient leurs frères musulmans.

Hélas, on est arrivé à chasser de l’islam, Dar-el-islam, le peuple le plus musulman (les Chiites), figure-toi si on ne chasserait pas, plus que volontiers, le peuple juif!

 

Meghloubtek a marti

Et tu sais pourquoi l’on retourne notre piqûre de venin contre les Juifs?

Ne me dis pas que c’est à cause de la Palestine, car combien de terres jadis avaient appartenu à Diar-el-islam, aujourd’hui sont devenues terres des koffar!

Non, la raison vraie de notre injustice est qu’on agit en vertu de « meghloubtek a marti! » parce qu’on pense – puisqu’on ne lit pas, et on n’est pas pour ce motif à jour – que les Juifs soient encore ce peuple dominé, écrasé, faible, sans dignité, sans stratégie, sans pays, sans amis et alliés, sans conscience historique et existentielle...

Oh combien nous sommes ignorants et combien notre ignorance est aggravée par la lâcheté, l’aliénation, l’opportunisme et autres bas et stupides égoïsmes!

Cher F., tu vois, le problème est plus complexe que comme nous le présentent la tv et ses images-clichés.

Et il ne nous reste donc que la sève des mots qui, elle seule, peut pénétrer cette grande et importante problématique (le sens de l’histoire et surtout de sa constante, la géographie) et l’explorer pour rendre compte de sa complexité, de son ampleur et de ses méandres.

Essaye plutôt de comprendre une fois pour toutes que nos frères les Juifs ont su vaincre la misère des siècles. Ils sont devenus riches, cultivés, raffinés, ordonnés, propres, libres, lucides, consciencieux, redoutables, influents, forts, puissants et donc respectueux et respectés non pas parce que le Destin les a élus (bien que leurs croyances, et les nôtres aussi, l’affirment) mais tout simplement, grandiosement toutefois, parce qu’ils ont appris de leurs misères et de leurs humiliations historiques l’art de vivre, le savoir et la capacité d’extraire du roc du Destin la dignité, la liberté, la force et la prospérité.

Sache aussi qu’ils sont trop peu numériquement pour pouvoir se permettre le luxe (risque) mortel de se laisser diviser en mille et une factions. Ils sont tous des Juifs, qu’ils soient sionistes ou non. Ils sont avant tout et viscéralement des Israéliens.

Et ceux parmi eux qui se trouvent encore loin d’Israël, ils ont le droit, sinon le devoir, de rejoindre Israël quand et s’ils le veulent. Ils ne sont en tout cas pas comme nous qui sommes trop et encore futiles, qaouyine ou merbiyine.

Et si tu me dis « puisque le mot existe, il doit lui correspondre nécessairement une réalité ; et c’est justement ce que ce nom nomme! », je te dirai qu’une telle stupidité ne prend que dans la terre des stupides.

Nous sommes malheureusement les seuls à croire encore à ces stupidités. Nous croyons encore qu’entre un Algérien et un autre Algérien (le Chaoui, l’Arabe, le Kabyle, le M’zab, le Chiite, le Sunnite...) il n’y aurait aucun rapport de continuité ethnico-culturelle et encore moins de fraternité et de solidarité. Et nous croyons qu’au contraire il n’y aurait que de l’hostilité et de l’aversion des uns pour les autres ! Le comble est que nous pensons qu’il devrait en être ainsi pour tous les peuples de la terre et pour les Juifs en particulier !

Détrompons-nous, cher ami, la vie d’un peuple est trop précieuse et trop forte pour pouvoir la liquider avec de telles stupidités.

Notre mentalité est encore incapable de discerner ces complexités historiques et ces enjeux politico-stratégiques. On est encore au stade magique, au stade de la croyance aux miracles, malheureusement.

Et - oh comble! - on continue encore à bouder les livres et la lecture!!

Et puis c’est quoi concrètement cette Algérie qui devrait être éternelle et être en plus l’ennemie d’Israël?

Où est-ce que tu vis?

 

Des mots pour nos maux

Tu crois vraiment qu’Israël soit un problème pour les Algériens, et le plus grand parmi ses problèmes? Oh!!!

Nos problèmes sont autres, cher F.. Nos problèmes sont :

- la saleté de nos maisons et de nos rues, la fraude fiscale tout en profitant des services de l’État (l’école, la sécurité sociale, la santé et j’en passe…) ;

- la violence aveugle contre les autres et contre nous-mêmes ;

- l’ignorance et l’absence des idéaux d’honnêteté et de dignité ;

- la carence du sens de l’État et de la citoyenneté ;

- le désordre et la paresse ;

- la dictature publique et officielle (des gouvernants à travers l’Etat) et la dictature privée (des - -individus – du simple balayeur de la commune de Hamma Bouziane au grand avocat, médecin ou journaliste d’Alger en passant par le chercheur universitaire et l’imam recteur de l’université Emir Abdelkader à Constantine) ; 

- le désintérêt pour l’histoire et la politique ;

- la terreur de jouir de la vie ;

- le gaspillage de notre temps, de nos ressources et de nos énergies ;

- l’égoïsme et l’opportunisme stupides ;

- les perversions sexuelles et économiques ;

- la bureaucratie, la corruption, le ben3ammisme, la rachoua et le profitage...;

- la négligence de notre santé, et les autres négativismes et négationnismes et et et...

Cher F., pour ne pas sortir hors du sujet, je t’invite à m’expliquer un peu ce que tu entends par le terme Occident; car vu le contexte où tu l’as utilisé s’est avéré à mon avis un terme généralisant, imprécis, impropre, faux et donc inutile et vain.

L’Occident dont tu parles (et dont je crois avoir saisi le sens) veut apparaître justement comme le défenseur - exclusif ! - d’Israël - pour poursuivre avec une manière neuve, plus subtile encore et tranquille, sans sens de culpabilité, la chasse au Juif après avoir failli dans sa tertre entreprise de la « Solution finale ».
Cet Occident-là est arrivé facilement à nous faire croire qu’il est l’allié et l’ami d’Israël et on l’a cru car on n’est pas allé chercher dans les livres... de l’histoire.

Mais sa mystification ne peut pas tromper les Juifs qui, eux – peuple qui lit et qui travaille et qui veut vivre libre dans la prospérité et dans la dignité -, ne sont pas dupes de cette supercherie.

Ils savent bien si un jour ils abdiquent devant les Palestiniens, ils retourneront à cette Europe qui avait failli les exterminer. Et tu peux imaginer leur cauchemar alors…

Ils savent que dans un tel cas, quelques nostalgiques nazi-fascistes tenteraient de terminer la sale besogne d’un Hitler, d’un Mussolini ou d’un Pétain et de leurs soldatesques...
Enfin, cher F., je voudrais te dire par ces six-sept longues pages combien la lecture est importante pour notre formation morale, si nous voulons vraiment devenir des gens qui se respectent et qui respectent les autres.

Je voudrais te dire combien elle est importante, la lecture, dans notre formation d’être des gens dudit juste milieu, des gens de « La darara oua la dirara » et cela est l’esprit même de la Justice, el-3adlou.

Quant à el-Ihcène, la solidarité, pour le moment il est trop loin encore pour nous.

Passe une bonne soirée et embrasse-moi les vrais amis.

 

Abdelmalek Smari 

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