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BERBERICUS

Vues et vécus en Algérie et ailleurs. Forum où au cours des jours et du temps j'essaierai de donner quelque chose de moi en quelques mots qui, j'espère, seront modestes, justes et élégants dans la mesure du possible. Bienvenue donc à qui accède à cet espace et bienvenue à ses commentaires. Abdelmalek SMARI

Du fatalisme en Amérique : quand les fils des dieux meurent minablement, impuissamment, comme les chiens de Bucarest ! (1)

« Par contre, moi, je pense que l’homme

ne peut être qu’une formation, obtenue

avec la coercition (entendue pas seulement

au sens brutale et de violence externe)

et seulement cela je pense : qu’autrement

l’on tomberait dans une espèce de transcendance

ou d’immanence (…).

Renoncer à l’éducation de l’enfant de

l’homme a une seule signification : que sa

personnalité va se développer en accueillant

d’une manière chaotique de l’environnement

général tous les motifs de la vie. »

Antonio Gramsci  - Lettres à sa femme

 

 

Si la violence garantit la sécurité, la violence règnera

Les sophistes vendeurs d’armes et les pro gun en général jouent donc leur rôle en faisant croire à celui qui leur prêterait ouïe  l’idée, certes, fausse que l’homme est seule conscience ou, plus précisément, que le citoyen américain est tellement civilisé et libre (et responsable et moral et tout ce que vous voulez…) qu’il serait absurde et contre-productif même interférer dans sa vie privée ou déranger sa conscience par quelques procédés éducatifs ou par quelques restrictions liberticides comme les présumés impératifs moraux ou les lois de l’Etat dans l’espoir de lui faire changer des idées (pourtant erronées !) ou des comportements (pourtant négatifs et extrêmement dangereux !). Ce serait commettre à son endroit une grande injustice, un délit de lèse-majesté !

Ils oublient ou ils tiennent à omettre, les tenants de cette idéologie criminelle, que « l’homme, comme dit Gramsci, ne peut être qu’une formation, obtenue avec la coercition… » c’est-à-dire par l’éducation au civisme et au respect des autres et des règles de la société.

Et, dans cet ordre d’idée, qu’on pense à cette nouvelle habitude que quiconque ne peut manquer de constater chez les Italiens après l’interdiction de fumer dans les endroits publics : avec l’habitude et l’adhésion civiques des citoyens, cette mesure légale, dont l’inobservance est sanctionnée par la loi, a été élevée à une espèce d’impératif moral à ne plus fumer dans des endroits fermés même chez soi ! En fait on ne manque pas de constater que de temps en temps un fumeur se met à la fenêtre pour fumer sa cigarette, et cela qu’il fasse chaud ou qu’il fasse froid, qu’il pleuve ou qu’il neige.

Les lois quand elles sont justes et bonnes pour le bien de toute la communauté sont bien acceptées sans hypocrisie et sans tendance à la transgression et se transforment au fur et à mesure de leur observance « forcées » en mœurs partagées et en règles morales acceptées par tous.

Donc le Monsieur ou la Dame qui fument à leurs balcons nous disent par leur attitude de convaincus que la loi a eu un effet sur la culture, et celle-ci a eu à son tour un effet sur les consciences individuelles des citoyens.

Ces citoyens respectueux nous disent aussi que la conscience morale est effet de mœurs et de la culture régnantes avant d’être l’effet exclusivement individuel, magique quoi !

De toute façon laisser la mort roder avec le faux alibi de respecter un précepte qui n’a plus droit de cité (puisque la loi en Amérique et l’Amérique elle-même, mieux que tout autre Etat dans le monde, s’est constitué et s’est stabilisé comme modèle enviable de société et de polis) revient à dire, pour paraphraser un politique syrien, que si la violence garantit la sécurité, la violence règnera.

 

Loi et conscience

Puisque le nouveau film de Spielberg « Lincoln » est sorti en ces jours, il faut penser à cet illustre personnage de l’histoire non seulement américaine mais universelle puisqu’il nous force à le suivre dans ses idéaux et surtout sa détermination de se battre jusqu’à la victoire pour leur réalisation et tant pis si ensuite on risque de perdre sa vie. Du reste, on finit par mourir un jour. Mais il y a mort et mort. Mais faut-il un autre Lincoln pour que ces Américains récalcitrants mesurent enfin avec objectivité et honnêteté le péril de leur bêtise ?

Ils oublient donc ces hyènes semeurs de mort et de désastres que l’homme est de dimension psychologique et sociale.

La conscience est importante, certes, puisque tant de maux, on ne les fait pas même en l’absence des lois de la polis et des autres forces de l’ordre.

Mais tant d’autres actes que la morale du pays ou de l’époque considèrent comme répréhensibles, on les fairait volontiers malgré notre impeccable conscience, à peine la loi ou la censure externe ferment les yeux.

Pour maitriser ses irrépressibles tendances innées à la violence agressive, l’homme a besoin de ses propres forces et des forces des autres, celles de la communauté dans laquelle il vit en déléguant comme allant de soi, une part de ses prérogatives à ce qu’on est convenu d’appeler l’Etat avec son appareil de lois et tout l’échafaudage de ses instruments de coercition.

Obéir à sa propre conscience est un bien. Obéir à la loi c’est également un bien. Mais bien entendu, l’une doit compléter l’autre.

Souvent la conscience permet ce que la loi (c’est-à-dire la résultante - codifiée et coercitive - des consciences des membres du groupe) interdit et vice versa. Quand la conscience flanche, la loi court à son secours. Le contraire et vrai aussi et indispensable même.

Et puis qu’est-ce que la loi si ce n’est la conscience de la collectivité ? et qu’est-ce que la conscience morale si ce n’est une loi personnelle que l’individu promulgue et applique à soi ?

Sans cela les discours et la vie des hommes seraient des délires, des bavardages moralistes inutiles, du despotisme, du laisser-aller ou de l’anarchie ; et les hommes, eux-mêmes, seraient une vermine grouillante dans un coin fétide d’une jungle obscure.

Loi et conscience sont complémentaires donc vu que l’existence de l’homme n’est pas seulement individuelle mais elle est également fondamentalement collective.

Laisser les armes libres en misant sur la seule conscience présumée infaillible de celui qui les possède ou penser que l’individu armé soit capable de dompter les feux de l’arme et de son instinct carnassier c’est remplir de venin la seringue d’une intraveineuse !

Et puis à quoi ça sert un fusil qui ne devrait pas tirer - étant donné que la conscience des citoyens est présumée libre et intègre, morale et donc respectueuse des autres ?!

Mais les sophistes et sangsues s’accommodent à merveille de telles contradictions tant que le troupeau, appelé aussi Opinion publique, continuera à dormir sur ses deux oreilles en ne voyant pas dans la libre circulation des armes, une libre circulation de la mort et des carnages.

Alors que souvent il suffit d’une petite grisaille d’orgueil ou de toute-puissance, de peur ou de soupçon, de colère ou de prétendue légitimité d’autodéfense, de vin ou de hachich, d’hypnose par doctrine ou par substances pour que l’instinct carnassier de l’homme (car l’homme est fondamentalement carnassier si l’éducation par la loi, par l’histoire comme le disait Gramsci, ne vienne à son secours) reprenne tous ses droits à exiger sa part de sang et de cruauté ; pour que cet instinct redoutable - vu la mauvaise voire la non éducation - refasse surface et demande qu’on lui rende des comptes, c’est-à-dire qu’on l’exerce !

C’est comme s’il exigeait de nous de le maintenir en vie pour qu’à son tour il nous maintienne en vie ! Etrange logique qu’est celle de l’anarchie !

 

La mouche de Binet, le papillon de Schopenhauer : Un procès aux instincts ?

Non. Les instincts en soi ne sont pas mauvais : bien au contraire, l’on peut dire qu’ils sont ce que l’homme - et pas seulement l’homme - a de plus vital, donc de plus beau, de plus bon et de plus sublime. Ces instincts, les vivants les portent en leur sein et leur doivent la vie et la survie.

Seulement que hors de l’éducation qui devrait lui montrer le chemin de son ‘objet d’amour’ (au sens psychanalytique du terme) et de prédilection, sui generis, l’instinct perd son chemin et agit à l’aveuglette.

De toute façon, civil ou barbare, l’homme sans éducation est toujours un barbare en puissance. Sa bonté serait une sorte de silence de la barbarie. Il lui faut faire donc, ainsi qu’à la cité dans laquelle il vit et évolue, des efforts et des sacrifices continus non pas pour éliminer cette barbarie (en l’extirpant ou en l’extériorisant pour se catharciser ce qui serait impossible dans le premier cas et comme verser de l’huile sur le feu dans le second) mais pour chercher à la canaliser en la sublimant et en la ritualisant.

Il ne faut pas attendre un seul instant : il vaut mieux que l’individu, ainsi que la cité, le fasse hic et nunc et à tous les moments de leur vie et où qu’ils se trouvent.

Cette perversion ou, mieux encore, ce massacre des légitimissimes instincts - combien décriés et mis à l’indexe injustement ! - se constate avec plus de netteté dans la vie de l’homme en particulier dont l’environnement s’est hautement et profondément révolutionné et sophistiqué qu’il s’est éloigné de la nature où les formes de la vie continuent à avoir encore leur repère et leur sens de la vie en général dans cette panoplie d’instincts.

La célèbre mouche dite stupide par Alfred Binet ainsi que le papillon de Schopenhauer sont eux aussi victimes de cette perversion de l’instinct par l’homme ; ce même homme qui n’a pas cessé de vicier et de pervertir son environnement depuis la découverte du feu et de la glace.

En fait ces bêtes (et d’autres encore) qui ont l’heur ou le malheur d’avoir gardé encore intacts leurs instincts, ne voient que de l’espace sans obstacles vers la lumière et la liberté là où il y a en réalité un feu brulant (pour le papillon) et la paroi d’une prison de vitre (pour la mouche).

L’homme est mille et une fois plus aveuglé que la mouche ou le papillon. Car non seulement il se comporte comme eux quand il continue d’ignorer sa condition d’aveugle, mais il croit et veut nous faire croire qu’il est lucide et limpide comme la raison mathématique !

Alors qu’il devrait être un peu raisonnable et reconnaître que seul un travail éducatif orienté et centré sur les champs d’action de ses instincts sauvera la vie et la dignité, à lui-même comme à la mouche et au papillon entre autres créatures.

Une telle exigence peut donc trouver une satisfaction ailleurs et la culture de l’homme est riche de ce genre de ritualisations pour pallier l’effet dévastateur de certains instincts carnassiers comme la tendance à déchiqueter pour remplir sa panse, assouvir son sexe, se protéger et protéger sa prole et son groupe et enfin pour maitriser son environnement et dominer son semblable.

Si les USA, la grande nation par excellence, sont des fatalistes ; cela peut signifier que le reste des nations de la planète devraient l’être a fortiori : à chacun son lot de défaite et de capitulation devant un tel scandale.

Au moment où j’écrivais ces mots, deux nouveaux massacres ont secoué de nouveau l’Amérique et même tous les pays du monde.

Qu’on cesse enfin de taxer les soi-disant orientaux de fatalistes innés, et épargner d’un tel anathème  les wasp et leurs clones de dits occidentaux ces prétendus dieux qui ne connaitraient pas l’échec et ne sauraient ce que le mot vulnérable veut dire, ce que humain, trop humain, veut dire…

 

Abdelmalek Smari

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