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BERBERICUS

Vues et vécus en Algérie et ailleurs. Forum où au cours des jours et du temps j'essaierai de donner quelque chose de moi en quelques mots qui, j'espère, seront modestes, justes et élégants dans la mesure du possible. Bienvenue donc à qui accède à cet espace et bienvenue à ses commentaires. Abdelmalek SMARI

Du fatalisme en Amérique : Le silence et le mal (2)

 

كلاّ ، لا أجد مكاناً لي ، حيث يتجمّع القطيع ويتراكم ، حتى لو عُرِض عليّ بالإجماع  أن أكون أنا نفسي الراعي  

Adonis

 

Comme des Mohamed Merrah.

Mais les enfants et les jeunes en général semblent être faits pour mourir. Et ce destin atroce semble une espèce de rite d’initiation ou de sélection sociale.

Et ce ne sont pas les fronts qui manquent à cet holocauste : les guerres d’abord, les raisons d’état, la défense d’un amendement, leur recrutement dans les services secrets pour faire valoir ce que le monde diplomatique appelle : « l’inusable refrain de la guerre au terrorisme »…

Mais une fois la mission accomplie, ces jeunes gens, pris dans les mailles des vielles hyènes des trafiquants d’armes et de mort, on les exécute comme des chiens, comme des criminels, comme des Mohamed Merrah.

Et les mass media sont là à les accommoder dans des fosses du déshonneur et de la démonisation en leur récitant les oraisons funèbres les plus humiliantes et en en écrivant les biographies les plus mensongères…

Pourtant ces Merrah, sont des citoyens et des soldats : Mohamed Merrah par exemple était français et il a été recruté par les services secrets français qui l’avaient éliminé après l’avoir utilisé dans des affaires louches de terrorisme et de trafic d’armes.

Personne ne peut mettre en doute la collision/alliance entre les services secrets et les criminels et les dits terroristes.

Ces Merrah donc en substance ne feraient rien d’autre que servir leurs pays ou du moins obéir aux ordres de l’armée et des services secrets de leur pays.

L’un des objectifs tacites - qui constitue le vrai enjeu de ce commerce de la mort - est le maintien de l’individu américain dans sa nature fondatrice : faire partie de l’armée, être mobilisable à tout moment, toujours prêt à partir à la guerre.

Le cinéma, les jeux-vidéo et tous les medias sont mobilisés pour obtenir cette fin : maintenir en vie homo bellicus.

Il n’est pas étonnant donc de voir qu’ « Après la tuerie de Newtown, Barack Obama s’est, une fois encore, gardé d’appeler clairement à un durcissement de la législation sur la circulation et la possession des armes à feu.

Sachons que la dernière loi votée par le Congrès dans ce domaine remonte à 1994 : elle a suspendu la vente libre des fusils d’assaut – jusqu’à ce qu’elle soit de nouveau autorisée en 2004.

En 2010, la Cour suprême américaine a limité les possibilités, pour les pouvoirs locaux, de restreindre la possession des armes à feu.

Selon Mother Jones, depuis quatre ans, pas moins de 99 lois ont permis de libéraliser le port d’armes aux Etats-Unis. Ces dernières sont passées de 200 millions en 1995 à 300 millions aujourd’hui. »

On a trouvé comme cause de ces tueries l’absence ou le manque des armes dans les écoles dus à leur interdiction !

Comme si les tueries avaient eu lieu toujours et exclusivement dans des écoles ou comme si les tueurs en voulaient aux écoles ou à l’instruction !

Il faut donc plus d’armes dans les écoles pour qu’on y déplore moins de victimes – disent les tenants de la militarisation de tous les citoyens !

Seulement s’il a tout pour surprendre, cet argument est d’une logique imparable aux yeux de certains défenseurs de la libre circulation des armes à feu.

En dépit du silence du principal lobby des armes américains, la NRA (National Rifle Association), des voix se sont élevées en ce sens après la tuerie de Newtown.

Le jour même, Larry Pratt, qui dirige l’association pro-armes Gun Owners of America, forte de 300 000 membres, déclarait ainsi :

« Les lois fédérales et nationales ont permis qu’aucun adulte n’ait le droit d’avoir une arme dans l’école de Newtown, où des enfants ont été tués. Cette tragédie souligne l’urgence qu’il y a à se débarrasser de ces interdictions dans les zones scolaires. » !

Il n’y a pas de doute que la violence virtuelle nous incite à ‘‘sympathiser’’ avec la culture de la violence et, de là, à ne pas nous gêner de passer à l’acte.

Et alors seule la solidarité intra-spécifique pour la survie de l’espèce nous en dissuaderait. Nous savons que cette solidarité naturelle est à la base de nos règles morales, de notre respect pour nos semblables et pour nos lois. C’est ce qu’a cherché de montrer Ahmed Megharbi dans le quotidien arabe, Al Hayat, du 31 juillet 2012.

Mais il y a en outre d’autres facteurs qui favorisent la violence outre les films et les mass medias ; souvent l’on oublie de la traquer dans la réalité des faits et des lois.

En fait elle est l’œuvre presque naturelle des puissants sur les faibles : l’animal, l’enfant, la femme, l’ouvrier, l’immigré…

 

Le bâtard est enfant du silence ! 

L’auteur, Ahmed Megharbi, indique le lien qu’il y a entre la violence réelle, vécue, et celle que les mass media et une certaine culture de la force brutale véhiculent et induisent chez les citoyens; un lien capable de générer des actes de violence qui peuvent tourner à la tragédie comme le massacre d’Aurora au Colorado.

La superstitionalisation de la société américaine : l’auteur n’écarte pas la nette responsabilité de la classe dirigeante des USA - version républicaine dont le même G. Bush Jr., qui sympathise ou adhère à des sectes religieuses violentes - dans la génération de cette violence contre leurs propres administrés.

Le journaliste d’Al Hayat relate des informations où l’on lit comment un père tue sa fille parce qu’il pense qu’elle est possédée par le diable ;

comment, pour le même motif, un homme tue sa compagne ou celle-ci celui-là ;

comment le parent massacre son parent ou le voisin son voisin qui à son tour fait de même dans une longue chaine interminable…

L’auteur parle d’un vrai retour aux superstitions qu’il juge comme conséquence directe de la postmodernité.

Il cite aussi comme corrélation la proximité géographique : le massacre d’Aurora advint juste à distance de 27 km de Littleton où en 1999 il y a eu le massacre du lycée Colombine.

Il y a d’autres massacres encore qui sont imputables non pas à l’influence d’Internet ou d’autres medias (comme en 2007 dans l’université de la Virginie) mais clairement aux différences des classes et aux injustices sociales (notons en passant que le même massacre d’Oslo était clairement d’ordre religieux fanatique).

Des études psycho-physiologiques – poursuit l’auteur - ont montré l’existence de corrélations entre l’apparition du sang dans les jeux vidéo et l’augmentation de la pression sanguine ;

entre l’activité physiologique et l’augmentation de l’agressivité ;

entre la manie des jeux-vidéo et la prompte utilisation d’un langage violent ;

et enfin entre ces jeux violents et la diminution de l’activité de certaines aires dans le système nerveux responsables de la régulation des actes agressifs.

Ne s’agit-il pas là de créer sciemment, scientifiquement, une culture de la violence à mettre en réserve et à utiliser dans les guerres inexorables de l’empire.

Car les stratèges de l’empire savent que ces jeux et d’autres spectacles de violence et du sang qui coule à flot banalisent l’agressivité,

aiguisent l’instinct carnassier,

et tiennent ainsi prête une armée de réserve qui drainerait inépuisablement de la chair à canon pour leurs guerres.

Si les enfants du tiers monde souffrent de certaines violences, c’est un peu la cause à l’histoire : leurs pays (en admettant que le néocolonialisme des pays prédateurs les laissent faire) n’arrivent pas encore à se relever des coups mortels et des désastres qu’ils ont subis par le colonialisme classique.

Mais la souffrance des enfants américains, wasp et non wasp, devrait être, elle, inadmissible ; car les States ne sont pas un pays du tiers monde qui manque de moyens, de progrès, de conscience ou de souveraineté.

La souffrance des citoyens américains est une souffrance inadmissible car elle est voulue, programmée et administrée par la rapacité des trafiquants d’armes et par leurs complices (les sophistes apologistes parmi les intellectuels et les hommes de culture) qui, aveuglés par de bas intérêts, cherchent à maintenir en vie artificielle un amendement nécrosé arguant la protection et le respect de la constitution !

Les intellectuels, apologistes de la violence, sont complices de toute façon ou contraints à fermer les yeux devant la souffrance réelle de leurs concitoyens vulnérables.

Le comble c’est qu’ils pensent être vraiment libres et indemnes de servitude, alors qu’ils servent le capital et leurs maitres les puissants.

N’est pas né encore ou, mieux, il ne sera pas né parmi eux celui qui oserait lever la voix contre les diktats des seigneurs de la mort.

Après trois ans d’exercice, comme directeur du quotidien italien « Il tempo », Mario Secchi conclut dans une transmission de télévision que « le journaliste libre [il entend par là le directeur des journalistes !] n’existe pas du moment qu’il reçoit des diktats et des pressions continus de ceux qui détiennent le journal ou l’organe de l’information. »

Qu’on ne vienne pas nous dire le contraire, car ce serait une stupide et inutile tentative de trancher sur le sexe des anges.

Ceci veut dire que les informations censées rendre service aux citoyens, si elles ne sont pas des mystifications, elles seraient dans les meilleurs des cas des informations qui ne font pas les intérêts des citoyens.

D’où la nécessité d’être vigilants en opposant à cet état de faits l’arme de la critique. Et, comme le dit Gramsci : « Critiquer ne veut pas dire attendre une licence à dire des stupidités, mais plutôt faire des hypothèses et créer d’autres alternatives et d’autres vues pour délimiter les maux et leur trouver des remèdes. »

Et c’est ça le sens de la critique vraie que Gramsci formule avec une rare limpidité lorsqu’il dit : « L’admiration esthétique peut être accompagnée par une certaine méprise civile, comme dans le cas de Marx pour Goethe. »

En fait, aucun cerveau n’est exempt de banalité…

Bref, une telle souffrance est d’autant plus flagrante et scandaleuse qu’elle ne vienne même pas mentionnée comme telle ou reconnue par ces mêmes journalistes retenus les plus libres de la planète et dans notre ère.

Mais on voit bien là où se déchaine le zèle de ces donneurs de leçons en démocratie et en liberté d’expression : ils sont imbattables  lorsqu’il s’agit de défoncer des portes grand-ouvertes comme attaquer le Soudan, l’Iran et la belle panoplie des pays des enculés de la terre.

Quant à s’attaquer courageusement à la souffrance des enfants d’un pays censé les protéger mieux que quiconque encore ;

Quant à s’attaquer à un pays qui déborde de générosité et qui n’hésite pas à aller se faire casser ses dents et ses drones en Afghanistan, en Irak et au Mali pour « porter à ces barbares le respect des droits de l’homme, de la femme et des enfants »…

Ces dits intellectuels, ces apologistes du crime et de la violence se révèlent aussi inutiles et leurs prêches aussi vaines que la pipi d’un oiseau dans les sables du désert.

Et c’est ce qu’ils évitent excellemment, d’ailleurs…

L’Amérique est la capitale du monde et en tant que telle, elle appartient à tous les citoyens de la planète et ne peut que nous intéresser, tous, comme nous intéresse notre pain quotidien.

Cette Amérique est présente en nous et nous sommes présents en elle… nous les habitants de la terre, ses damnés comme ses béats.

« J’ai toujours été de l’idée que la vérité ait en soi son propre médicament et qu’elle soit, en tous les cas, préférable au silence prolongé qui est aussi entre autres choses offensif et dégradant, car celui qui se tait pour cacher un fait néfaste semble être persuadé que son vis-à-vis n’arrive pas à comprendre que le même silence a une signification et qu’il peut cacher des choses plus graves encore que celles qu’on veut taire. » Antonio Gramsci

Le silence n’est pas forcément d’or ; au contraire parfois il est de feu et de tant de douleurs.

A ce propos, Berbericus dirait : « Le bâtard est enfant du silence ! »

 

Appel

Hommes justes, frères de ces hommes citoyens des States, détournez un peu vos regards de vos frères tiers-mondains et essayez de regarder aussi l’autre barbarie qui ne veut pas dire son nom ou qui se cache derrière une feuille frêle et fanée appelée : IIe amendement de la constitution du States mais qui continue à sévir… scandaleusement !

Aidez-les, car aussi puissants paraissent-ils, ils sont de simples mortels, vulnérables, aliénables et vincibles.

Aidez-les, ils sont vos frères.

Dénoncez leurs bourreaux et leurs complices !

 

Abdelmalek Smari

 

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