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BERBERICUS

Vues et vécus en Algérie et ailleurs. Forum où au cours des jours et du temps j'essaierai de donner quelque chose de moi en quelques mots qui, j'espère, seront modestes, justes et élégants dans la mesure du possible. Bienvenue donc à qui accède à cet espace et bienvenue à ses commentaires. Abdelmalek SMARI

Du fatalisme en Amérique : Le silence et le mal (1)

 « Où que tu ailles,  parle de ton frère qui vit en enfer »  

Pablo Neruda

 

Armer plus pour tuer moins

Le fatalisme est donc une bête bipède comme l’homme et les poules avec cette différence près qu’en bonté les poules sont de loin plus sensibles que cette bête extrêmement féroce qui s’appelle homme.

Le mot Homme doit être une honte et Humain doit être un terme insultant. Car à considérer sa cruauté, l’on peut être amené à dire qu’il n’y a rien dans cette bête dont on peut être fier.

Le fatalisme va sur deux pieds donc : pour qu’il tienne et prospère il lui faut des clients crédules et des marchands fourbes.

Et ce sont les enfants surtout qui sont ciblés par ces marchands de l’horreur. Qui mieux que les enfants - encore ouverts à toutes les expériences de la vie, encore doux et malléables, encore en formation – se prête à croire en de tels discours mensongers qui leur promettent l’invincibilité, la gladiatorisation et de toute-puissance et l’ivresse d’être dieux sur terre ?

Avec des images de héros (qu’ils savent eux-mêmes qu’elles relèvent de la chimère et du mensonge), les marchands d’armes parlent à ces malheureux enfants avec le langage du marché sur le libre arbitre et sur le droit de tout étaler de leurs êtres, parfums et puanteurs, au nom de la libre expression.

Ces mystificateurs parlent aussi aux parents de ces enfants qui, eux, sont capables d’acheter et d’assumer leur responsabilité.

Les propagandistes de l’horreur pressent les enfants qui à leurs tours pressent leurs parents qui, eux, sont adultes, gagnent de l’argent et sont donc aptes à consommer tout ce que leur suggère la propagande de la mort : les armes, les munitions, les habits de Légionnaires et des Marines et jusqu’à l’image d’un fils gladiateur… source d’orgueil et de sécurité !

Et cela pour la joie et le bonheur des marchands de la mort. Ainsi donc chacun dans son camp est convaincu, bien servi et satisfait… à l’orgasme ! L’oiseau qui a déjà mangé s’envole, dit un proverbe italien.

Le II amendement joue pleinement son rôle de générateur de liberté, de sécurité, d’orgueil et d’harmonie ; et alors pourquoi tout ce bruit ?!

Absurdes ? certainement, voyons !

Où sont passés les mouvements de fortes contestations justes et cohérentes qui défendaient les valeurs que des générations de civilisations ont contribué à élaborer et à enseigner à l’homme pour adoucir ses mœurs fondamentalement égoïstes et carnassières ?

Où sont passées les manifestations contre les oppressions coloniales ?

Où sont passées les manifestations contre les oppressions du Capital ?

Où sont passées les manifestations contre la guerre des States qui avait décimé le Vietnam ?

Pour le moment les dieux des armes ont décidé que l’on ne doit pas toucher la liberté à consommer jusqu’au fond les marchandises achetées (pourtant instrument de la mort !) même au dépend et contre des enfants âgés de six à sept ans.

Quant au droit à la vie de ces enfants, victimes de ce commerce infâme, il est le dernier de leurs soucis.

Le fameux second amendement de la constitution américaine garantit : « une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d’un État libre, le droit qu’a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé ».

Ce droit fait partie des dix amendements originaires de la Déclaration des droits (Bill of rights), adoptés en 1791.

Par ailleurs, la Cour suprême américaine « protège le droit des individus à posséder une arme à feu, sans connexion avec une milice, et à utiliser cette arme pour des motifs licites, comme la légitime défense dans sa maison ».

Mais y a-t-il quelque part dans cette bible intouchable, des clauses ou quelques amendements qui garantissent le droit qu’a le peuple à détenir une vie et à l’exercer ?

Mon idée, en en scrutant un tant soit-peu l’histoire, est que les States sont malades d’une obsession criminelle d’être persécutables.

Oui les States ont cette infirmité ou ce complexe d’infériorité et ils en souffrent terriblement ; les States qui pourtant étaient nés déjà adultes et presque civils (si l’on exclut défaillances dont les accusait Dickens ou leurs génocides et leurs expropriations des autochtones et les guerres qu’ils mènent contre les émigrés non wasp) !

Bref, à la date de la promulgation du II amendement, l’on était encore en pleine conquête dudit « free » territoire (vidé en réalité au fur et à mesure) et faute d’avoir une armée capable de couvrir la sécurité de toute la population, elle a fait de cette population même une armée avec toutes les prérogatives d’une armée de tuer, de se faire justice, de condamner, de lyncher, de chasser les proies animales et les autochtones et autres indésirables…

Benoit Bréville, in Le monde diplomatique février 2013, note que « Les Américains se prennent encore pour des fermiers qui se battent contre les anglais. » et cite un peu l’historique de ce que j’appelle la gladiatorisation du peuple américain.

Si les auteurs de la constitution U.S. ont permis à tout citoyen de s’armer c’est pour « résister - écrit Benoit Bréville - à l’oppression, à la tyrannie, bref à un Etat qui tenterait d’outrepasser les prérogatives limitées que lui confère la constitution. »

Et ainsi l’esclavage selon un militant actif du IIème amendement « n’aurait jamais constitué un aussi long chapitre de notre histoire si les Afro-Américains avaient eu le droit de porter une arme dès la naissance de ce pays. » !!!

Mais franchement, n’y aurait-il pas eu dans ce cas où les esclaves - une fois armés - déjà coupables du crime d’avoir la peau noire… n’y aurait pas eu aggravation de leur crime ?!

 

Autres chiffres ‘‘astronomiques’’ d’une violence ‘‘ordinaire’’

On assiste ici - comme le dit de sa part dans le quotidien le Monde du 14.12.2012  Pap Ndiaye, historien des Etats-Unis à (EHESS) – à « une ‘culture de l’arme à feu’, c’est-à-dire d’une partie de la population américaine pour qui posséder une arme est non seulement un droit, mais aussi une protection indispensable.

On a affaire à une communauté de quelques millions d’activistes qui collectionnent les armes, s’entraînent régulièrement, sont souvent membres de la National Rifle Association (NRA), professent un patriotisme intransigeant et s’organisent de façon efficace, en particulier au sein du Parti républicain. »

Mais ces massacres se révèlent une partie infime de l’holocauste grandeur-nature que l’Amérique, pourtant civilisissime, paye aux dieux de la violence :

« Chaque année, - écrit encore Ndiay - on compte environ 10 000 homicides par armes à feu aux Etats-Unis, victimes et auteurs étant surtout des hommes jeunes, dont un nombre disproportionné de Noirs et d’Hispaniques.

Aussi dramatiques soient-elles, les fusillades comme celle de Virginia Tech comptent peu dans le total annuel. »

Chiffres que Michael Moore confirme dans une tribune publiée sur le site Alternet et traduite par Courrier international :

« … chez nous, il y a deux Aurora par jour, 365 jours sur 365", soit 24 Américains tués chaque jour.

Un chiffre qui fait des Etats-Unis les "responsables" de plus de 80 % des morts par arme à feu survenues dans les 23 pays les plus riches du monde. » 

« A partir des années 1860 - poursuit Ndiaye - les armes se sont généralisées, elles sont devenues moins chères, plus précises et ont été promues par les industriels de l’armement et les politiques. Elles entrèrent largement dans la culture populaire, grâce à des personnages comme Buffalo Bill, chasseur de bisons, qui présenta la conquête de l’Ouest comme une histoire de carabines et de colts. La NRA fut fondée à la même époque, en 1871, et elle a entretenu des relations étroites avec le pouvoir politique jusqu’à nos jours. »

Benoit Bréville (du Monde diplomatique 02-13) conclut avec cette ironie (Dario Fo n’aime pas distinguer l’ironie de la vérité) :

« Les citoyens américains auraient pourtant d’autres occasions de protéger le legs des Pères fondateurs.

Depuis le 11 septembre 2001, leur gouvernement a autorisé l’espionnage sans mandat de citoyens innocents,

l’emprisonnement sans procès de terroristes présumés,

les exécutions extrajudiciaires ;

il a déclaré la guerre sans demander l’approbation du Congrès.

Ce faisant, il a bafoué les

quatrième,

cinquième,

sixième

et huitième

amendements.

Sans qu’aucune des quelques trois cents millions d’armes à feu en circulation aux Etats-Unis soit brandie pour exiger le respect de la Constitution… »

Seulement, comme le poisson de Lorenz, à ces WASP il ne leur est resté rien à mettre sous les crocs. Le territoire aussi interminable fut-il, s’est avéré fini, les autochtones ne sont plus que de simples animaux inoffensifs en voie d’extinction enfermés dans des enclos ou des zoos appelés Réserves.

Et toutes les guerres en chantier n’arrivent pas à satisfaire cet instinct devenu gigantesque, d’ailleurs à l’image de l’hyper-puissance.

Et donc les Américains sont restés avec leurs armes à la main et la bénédiction de cet amendement criminel qui ne sert que les trafiquants d’armes.

Les unes et l’autre - les armes et la loi de la Constitution - doivent pourtant fonctionner, exercer leur vie, avérer le sens de leur existence.

Et, cela va de soi, une nation grande et civile comme l’Amérique des States ne va pas se laisser ridiculiser par la désuétude d’une telle culture et de telles traditions qui ont démontré leur pertinence et leur efficacité en leur permettant de conquérir en fait jusqu’au dernier cm2 des territoires amérindiens, de décimer jusqu’aux derniers résistants autochtones, et de dissuader les émigrés non wasp à prétendre au rang de native (je me réfère ici à Gangs of New York de Martin Scorsese où les wasp sans sourciller se prennent pour des natives de la terre des States !).

Le texte qui légitime le port d’arme existe,

les gens qui le veulent eux aussi existent,

les arguments pro n’en manquent pas et au besoin on peut en créer à profusion,

les usines des armes existent et doivent tourner,

et le gibier - surtout le gibier ! - existe et il est abondant et il ne rapporte que gain sur gain aux vrais responsables : les producteurs des armes, les vendeurs de ces armes, les idéologues parmi les intellectuels et les hommes de culture opportunistes qui légitiment par leurs discours ‘‘impeccables’’ cette violence au nom du respect d’une constitution qu’ils nous présentent comme une bible alors qu’elle devrait changer comme ont changé les conditions qui lui ont donné naissance et existence.

Un tel amendement ou plutôt le culte pour un tel amendement risque de tuer une nation en la portant inéluctablement vers le suicide.

 

Abdelmalek Smari

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