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BERBERICUS

Vues et vécus en Algérie et ailleurs. Forum où au cours des jours et du temps j'essaierai de donner quelque chose de moi en quelques mots qui, j'espère, seront modestes, justes et élégants dans la mesure du possible. Bienvenue donc à qui accède à cet espace et bienvenue à ses commentaires. Abdelmalek SMARI

Du fatalisme en Amérique : impuissance d’une hyper-Puissance ou bénéfice secondaire mais stratégique ?

« Il y a une gradation dans les libertés qui est, elle-même,

fonction de la gradation qui existe dans les consciences :

Il y a des libertés qui n’enfantent que scandales et désastres

Et il y’en a d’autres qui montent à rendre visite aux astres. »

Adonis

 

 

 

Violence et impérialisme ou la comptine du peuple libre et felix

Il n’est point de doute que la violence constitue pour les Etats et a fortiori les Empires une dimension fondamentale, une espèce de poumons par lesquels ces institutions violentes, légitimement violentes, inspirent l’air indispensable à leur vie et expirent les scories toxiques et létales : « Mors vestra, vita mea » diraient-ils presque les forts (Empires et Etats) aux faibles et dominés (individus ou peuples vaincus).

Pour manifester sa solidarité avec l’hyperpuissant lobby favorable à l’armement des civils, le vice président du N.R.A. (National Rifle Association) fait preuve, dans un point de presse, d’un raisonnement plein d’illogisme et de fatalisme, fort intéressés bien entendu.

Il se demande « Pourquoi les armes qui protègent le président Obama ou les policiers sont-ils considérées moralement bons alors que ceux (armes et agents de sécurité) qui devraient protéger les élèves et le personnel scolaire sont considérés méchants ? »

Ce sophiste intéressé fait allusion ici à la loi qui interdit le port d’armes dans les écoles instituée par le président Clinton.

Et le vice champion des fabricants et trafiquants d’armes de continuer tout en feignant l’étonné : « Le mot arme, ne doit pas être un gros mot. Quand vous formulez le numéro xxx et qu’un agent - qui sait manier les armes et qui est justement là à veiller sur votre sécurité – arrive pour défendre vos scolaires, ces armes-là ne sont pas méchantes ; ainsi en est-il de la N.R.A. »

Morale ? les armes ont pour unique vocation la protection de la vie et des biens des citoyens. Les armes font du bien puisqu’elles éliminent les méchants !

Pour qu’un tel message passe sans grincer, il faut absolument omettre de dire que les massacreurs aussi sont des êtres humains dotés de vie.

Ce qui veut dire qu’eux aussi, s’ils ont à leur disposition des armes, des munitions et du « gibier », ils peuvent utiliser ces mêmes armes.

L’assertion mystificatrice de M. le numéro 2 de la NRA met le voile sur une part de la vérité totale, entière : s’il est vrai que les armes éliminent les massacreurs, il n’est pas moins vrai qu’avec ces mêmes armes, les massacreurs peuvent éliminer des citoyens innocents. Et c’est malheureusement ce qui arrive souvent aux States.

C’est une mystification par omission d’une partie du discours.

Voilà donc comment on présente la tragédie récente (celle de l’école de Newtown) et les autres passées et comment on les argumente et on les justifie, ou comment plus précisément on  justifie cette apathie des Américains, face aux massacres dont les citoyens américains « DOC » et pas seulement eux (voir le massacre des Sikhs, pris pour des musulmans) sont objet.

Pour celui qui ne croit pas au crime comme liberté d’expression ou comme légitime défense de tels arguments peuvent séduire mais seulement certains intéressés ou bernés mais ils ne peuvent pas convaincre toute une nation. Et quelle nation !  la capitale du monde où pour paraphraser Gramsci circulent d’énormes courants de culture et d’intérêts venus de tous les coins de la terre et touchent jusqu’aux vendeurs des cigarettes… Quand-même !

Toutefois si de tels arguments peuvent être bons à quelque chose, ce quelque chose sera par excellence les labos des ministères de la guerre et les studios de cinéma et des télévisions pour chanter la comptine du peuple libre et felix et l’enchanter.

 

Tant qu’il y aura du gibier ? Tant qu’il y aura des braqueurs ?

Le problème c’est qu’on est toujours en état de guerre chez l’oncle Sam et les autres puissances prédatrices.

Donc si l’on veut garantir l’abondance du gibier et sa pérennité, il faut pourvoir la nation de vrais chasseurs capables de répondre « Présent ! » à tout moment.

Il faut que les instincts carnassiers de ces derniers ne dorment surtout pas et jamais.

Il faut qu’il y ait en continu des scènes et des discours de violence et d’agressivité, dits aussi crimes par induction (tv et jeux vidéo violents), qui aiguisent leur sens de prédation, qui les incitent à l’apprentissage et à l’exercice de ce sens.

Il faut que ce sens devienne le sens de la vie même des citoyens.

Il faut qu’il devienne constitutionnel, donc sacré et intouchable.

Et c’est pourquoi, il est hors de doute du côté de l’oncle Sam qu’on incrimine la situation vraiment pathogène et fondamentalement responsable de ces drames : à savoir l’armement des civils.

Non ! l’oncle Sam et ses supposés amis et alliés préfèrent plutôt diviser par quatre un cheveu, grimper sur les palais de vitre, chercher midi à 14 heures pour justifier l’injustifiable !

Donc si l’on veut vraiment garantir le gibier à touts moments de sa vie, il faut que l’empire fasse de chaque citoyen un carnassier probable qui doit servir et doit être prêt à agir, à chasser.

Et ces violences qui semblent singulières, sporadiques ou dues à quelques fous, ou fanatiques de quelque divinité seraient en quelque sorte voulues sinon systématiques voire programmées stratégiquement pour servir la survie de l’Etat et a fortiori de l’empire.

Cette violence stratégique, même si elle est tabou, après les années de plomb ou rouges de l’Italie des années ’70, elle est devenue un secret de polichinelle.

Cette violence a un nom et est : la culture (stratégie) de la terreur.

Les sophistes vendeurs d’armes et de terreur trouvent leurs comptes dans cette violence. Et en se constituant en lobbies puissants ils défendent bien cette culture de la terreur et l’Etat qui est capable de faire taire n’importe quel lobby, ne les fait pas taire (non pas parce qu’il n’en a pas les moyens nécessaires, ou parce que il a peur d’être considéré comme despotique) ! non.

Il ne le fait pas pour la simple raison stratégique qu’il faut qu’il y ait violence et que les citoyens soient prêts à répondre au son des guerres qui peuvent retentir à tout moment dans l’ici ou l’ailleurs, aujourd’hui ou demain, contre x ou y, pour un oui ou pour un non dans tous les coins de la planète dans l’espace, dans les profondeurs océaniques, dans les jungles et les brousses, sur les sommets des montagnes, dans les villes et dans n’importe gourbi de n’importe quelle campagne !

L’important est sévir pour se servir. Et à ce point l’on ne sait vraiment pas qui prime qui : « Tant qu’il y aura du gibier, il faut qu’il y ait des chasseurs » ou bien « Tant qu’il y aura des braqueurs, il y’aura du gibier » ?

 

L’histoire des deux Marò italiens : un exemple de cette violence stratégique

Le Gouvernement italien a fait l’impossible pour faire venir deux de ses marins tenus prisonniers en Inde pour avoir tué deux personnes (pêcheurs indiens pour le gouvernement indien, pirates somaliens dit la version officielle du gouvernement italien qui défend ses marò... pour l’amour de dieu !)

La raison d’une telle extradition est que ces marò – présumés assassins par les Indiens, justiciers pour les Italiens – devraient passer les fêtes de Noel et du nouvel an en famille.

Le comble c’est qu’ils ont eu raison des réticences indiennes dictées par leur souveraineté et par leur honneur ! Souveraineté et honneur qui se sont complètement effacés devant la souveraineté et l’honneur de l’Italie !

Car quoi qu’on dise de l’Inde, qui serait devenue une véritable puissance démographique, économique, démocratique, nucléaire, électronique et spatiale (donc une puissance tout court), l’affaire des deux marò l’a révélée d’un poids de plume face au poids d’acier ou de plomb que pèse la pourtant frêle, petite et démographiquement vieille Italie.

Mais à part cette considération sur ce grand bluff qui veut nous présenter des peuples du tiers monde encore aux prises avec le sous-développement, l’anarchie, l’impuissance…, nous les présenter comme de véritables puissances concurrentes et redoutables qui menacent désormais sérieusement les puissances classiques dans le camps même de leur spécialité de prédateurs absolus et sans conteste…

Donc à part cette considération intéressée mais fausse, bien entendu, qui veut nous présenter, l’Inde, le Brésil ou la Chine comme étant de vraisemblables puissances prédatrices elles aussi, il y a un autre enseignement à tirer de cette histoire des marò : ces deux marins qui avaient le doigt prompt à appuyer sur la gâchette pour tuer quand il s’agit d’une personne qui n’appartient pas à leurs ethnies occidentales, auraient usé leur sensibilité et leur intelligence pour neutraliser n’importe quel criminel s’il s’était agi d’un sujet appartenant à leurs tribus d’occidentaux.

On sait que la valeur de la vie diffère d’une sphère à l’autre : elle devrait être sacrée si elle est occidentale. Elle ne compte presque rien si elle parvient d’un pays du tiers-monde.

La légèreté avec laquelle les deux marò ont tué les deux citoyens indiens et le mode que leur pays les défend démontre comment les puissances (celles vraies et concrètes) ont forgé un solide et infernal appareil idéologico-conceptuel pour justifier leurs crimes de guerre et d’assassinats :

Hier c’était le Juif conspirateur à exterminer dans l’optique déformatrice des nazis, des fascistes et des autres collaborationnistes ;

Hier encore c’était le communiste mangeur de bébés dont un complot infernal monté par les deux temples (Vatican et pays du Golf) avec l’aide et pour le compte du Capital (ces mêmes fascistes et nazis recyclés en démocrates de façade et en philanthropes à la crocodile…) avait décimé d’une manière désastreuse et irrémédiable ;

Aujourd’hui c’est au tour du musulman qu’on dépeint d’abord d’irredemptable terroriste ou pirate pour ensuite trouver la paix de conscience et l’impératif moral de lui faire sa fête - l’arranger pour les fêtes, diraient les Italiens.

Oubliant que avec la globalisation on est démocrates vraiment quand on l’est aussi bien au niveau interne avec sa propre tribu qu’au niveau externe avec les autres peuples du monde.

Puisqu’on réclame leur innocence non pas de ne pas avoir tué, ou d’avoir tué par erreur, mais d’avoir tué deux personnes tuables (deux cafards ou deux poux !) et, comble de tout, qu’un pays du tiers monde leur demande d’en rendre compte !

Rendre compte à des pays du Tiers-monde, elles, les vraies puissances, détentrices de titre de prédatrices historiques !

Mais quelle idée et quelle prétention ! mais sommes-nous au cinéma ?!

Non condamnables donc, les deux marò devraient être libres pour d’autres raisons, stratégiques celles-ci : que les guerriers (et tous les civils le sont s’ils sont complices actifs, passifs, par ignorance ou par indifférence) ne doivent surtout pas désapprendre la culture de tuer a piacimento  les indésirés, les cafards ou poux, les enculés de la terre, enfin les Bougnoules de toute la terre où qu’ils se trouvent puisqu’ils entravent le cours normal de l’élan vital des nations vives seules à mériter la vie et menacent leur gibier.

Ces guerriers en puissance et dans les faits ne doivent pour rien au monde perdre la disponibilité ou l’usage de tuer ; ce dont ils sont faits et cultivés pour.

 

Philanthropisme de crocodile

Ils faut donc tenir vive cette culture de la violence parmi les citoyens et faire de chaque individu un guerrier en puissance et, si c’est possible, un gladiateur où :

les stratèges planifient, indiquent et définissent les objectifs et sponsorisent les opérations ;

les hommes de mains (mercenaires, collaborationnistes et soldats réguliers) exécutent ;

la société civile approuve ;

l’opinion publique applaudit ;

les ONG font d’infermières – Ah, ces Caritas urget ! qui se font trouver immanquablement comme des hyènes sur les lieux des carnages (pour préparer les massacres et verser ensuite des larmes de C.) et ce par la baraka et l’aval des services secrets et des gouvernements des pays prédateurs…

Ces ONG sont là pour - disent-ils à ceux qui les croient - faire les infermières et bien évidemment et surtout pour amasser justement les débris des corps humains déchiquetés et les enfants miraculeusement sauvés (grâce à ces très bonnes ONG, même si on leur a détruit le toit et la famille) et les injecter par la suite dans les marchés florissants du trafic des organes et de la traite des enfants dans les capitales des Lumières et de la prospérité (lire de l’Association Zoé et les enfants du Tchad, entre autres exemple de ce philanthropisme de crocodile) ;

Où le désordre s’installe

et où enfin la pêche des butins ne serait que miraculeuse.

Et tant pis si parfois, comme il est arrivé à Hemingway ou au poisson de Lorenz, quelqu’un de ces guerriers ou gladiateurs en puissance tourne le fusil vers sa propre tête ou son propre concitoyen comme nous le démontre l’Amérique, pays amoureux fou des armes et du sang, pour ne pas parler de la France et du Royaume-Uni et de leurs crimes d’ingérence…

Voilà aussi pourquoi les armes circulent, et les assassins doivent continuer à sévir mais doivent en quelque manière être sinon innocentés du moins « compris »…

 

Abdelmalek Smari

 

 

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