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BERBERICUS

Vues et vécus en Algérie et ailleurs. Forum où au cours des jours et du temps j'essaierai de donner quelque chose de moi en quelques mots qui, j'espère, seront modestes, justes et élégants dans la mesure du possible. Bienvenue donc à qui accède à cet espace et bienvenue à ses commentaires. Abdelmalek SMARI

Aurèle Augustin, un intellectuel élégant et engagé pour une cause divine : l’homme* (3)

« Par quatre chaînes d’or le monde est retenu ;

Ces chaînes sont : Raison, Foi, Vérité, Justice ;

Et l’homme, en attendant que la mort l’engloutisse,

Pèse sur l’infini, sur Dieu, sur l’univers,

Et s’agite, et s’efforce, orageux, noir, pervers,

Avec ses passions folles ou criminelles,

Sans pouvoir arracher ces ancres éternelles ! »

Victor Hugo « Les quatre jours d’Elciis »

 

Une aurore glorieuse

« Cet homme de la fin de l’ère ancienne, ce chrétien obsédé par les problèmes essentiels de la grâce, de la structure de l’être de Dieu, du Bien, finalement est un écrivain génial. » Encyclopaedia Universalis.

Fils de Patrizio et de Monica, faite sainte elle aussi, Augustin vécut entre 354-430 de l’ère chrétienne.

Il avait un nom latin comme ses descendants  aujourd’hui se choisissent des noms arabes. Et c’est son père qui l’avait appelé Augustinus ou petit Auguste ; tellement il admirait l’auguste empereur !

Il naquit en Algérie à Taghaste, Souk Ahras aujourd’hui, et mourut comme évêque d’Hippone, l’actuelle Annaba, toujours en Algérie.

Il fut un homme d’Église et de religion et rhéteur, et il est resté philosophe surtout. Selon le quotidien algérien, El Moudjahid, ses œuvres sont plus de deux-cents, sans compter les sermons et les lettres qui ont été traduits en toutes les langues. 

Chaque année de par le monde plus de cinq cents publications sont enregistrées sur lui, vie et œuvre, et quinze magazines sont consacrées entièrement à lui.

In “Invito al pensiero di Sant’Agostino” ed. Mursia, Milan 1989, Marco Vanini dit:  « Augustin à Hippone doit donc jouer le rôle de maître et pasteur, administrer les sacrements et assurer le culte divin, prêcher ;

il doit fournir aussi des consultations juridiques et résoudre des problèmes légaux ;

il doit défendre l’Église et la juste foi contre tant d’hérésies présentes ;

il doit faire œuvre apologétique devant l’accusation du paganisme ;

il doit clarifier les points essentiels de la doctrine en fournissant des contributions fondamentales à la pénétration du dogme ;

il doit maintenir des rapports avec l’autorité politique et romaine…

Il fut en contact épistolaire avec les ecclésiastiques d’Occident et d’Orient;

il conseilla les papes…

Sous le profil intellectuel,… l’activité d’Augustin est retenue par trois grandes controverses : avec les manichéens, avec les donatistes et avec Pélage et les pélagiens. »

Paratore dit de lui : « La littérature latine…, à travers Augustin, célébra, juste au moment de l’effondrement de l’empire de l’occident, son déclin, mais avec une lueur si imposante que ce coucher du soleil même se transforma en aurore glorieuse, l’aurore de la nouvelle humanité… » I classici latini v. 2 - Éditeur Bulgarini, Florence 1990.

« Ainsi, dans une œuvre inégalable, Augustin a réussi à maintenir ensemble dans une synthèse puissante l’héritage d’une culture ancienne, dont il n’a pas arrêté de s’en réclamer et qu’il a profondément aimée, et les développements de toute la pensée chrétienne réalisée au cours des derniers cent ans. » Aencyclopaedia Universalis. 

 

Augustin fondateur de l’homme occidental

« Le mérite de Saint Augustin - m’écrivit le professeur Raffaele Taddeo - a été celui d’avoir actualisé à son temps la philosophie de Platon... [son] autre mérite a été la découverte de la "vérité intérieure"… il est le premier qui a ramené la grande pensée grecque à l’intérieur de la réflexion théologique ». 

Augustin part, certainement, du désir de dévoiler les mystères de l’existence que la philosophie ne réussissait pas à lui expliquer pour aborder finalement à la religion.

D’ailleurs, il n’était pas si "religieux" que ça ; bien au contraire l’on peut dire que c’était lui-même qui avait graver une certaine forme ou un certain aspect personnels à la religion.

Pour le reste, il a demeuré philosophe comme à ses débuts, si le terme philosophie signifie aimer et chercher la connaissance.

Pour une entreprise du genre, pour s’adonner au métier de la philosophie, il faut bien partir de quelque prétexte, de quelque point ferme.

L’on peut partir donc de n’importe quel terrain, pourvu qu’il appartienne au domaine du connaissable, pourvu qu’il se prête à notre étonnement et à nos questionnements.

L’on peut partir du domaine de la médecine, par exemple, de celui des mathématiques, de l’art, de l’éthique, de la philosophie même ou de la religion ; et l’on peut même emprunter ses concepts et ses méthodes à telle discipline ou à telle autre pour interroger les faits et les phénomènes, chercher la vérité, consacrer sa propre vie à l’aimer, à l’honorer… à philosopher enfin.

Dans toute sa vie, Augustin s’était engagé dans la recherche d’une voie qui devrait le porter à la vérité sur la vie de l’homme.

Il est parti du champ de la philosophie pour aborder enfin, après tant de parcours et de difficultés, sur les rivages de la vérité.  « Qui est assez aveugle d’esprit – dit-il - pour ne pas reconnaître que les figures géométriques habitent au sein de la vérité elle-même ?  »

Le dernier parcours fut la découverte de Dieu et l’élaboration définitive et solide de sa position philosophique et de sa foi.

« En cette triple assurance – écrit-il encore -, je ne redoute aucun des arguments des Académiciens me disant : Quoi! et si tu te trompais ? Car si je me trompe, je suis. Qui n’existe pas, certes ne peut pas non plus se tromper ; par suite, si je me trompe, c’est que je suis. Du moment donc que je suis si je me trompe, comment me tromper en croyant que je suis, quand il est certain que je suis si je me trompe. Puisque donc j’existais en me trompant, même si je me trompais, sans aucun doute, je ne me trompe pas en ce que je sais que j’existe. De même en disant: Je sais que je me connais, je ne me trompe pas non plus, car c’est de la même manière que je connais mon existence et que je sais aussi que je me connais.  »

La sienne est une connaissance sorgiva, qui jaillit de l’intérieur de l’être ; une connaissance élaborée surtout à partir des détails significatifs et des fortes particularités que lui avait forgés son expérience existentielle inquiète et agitée.

Dans ce sens, toutes ses rencontres, à commencer par celui de sa mère, la lecture d’Ortensio, Ambroise, Sempliciano, Ponticiano, en passant par les autres moments de violentes diatribes et de polémiques infinies, ont agi comme un catalyseur sur lui en provoquant à chaque fois de nouvelles synthèses dans sa pensée et dans sa sensibilité en général.

C’est le parcours de philosophe que notre illustre penseur poursuivait sous forme de réflexions mystiques et religieuses.

Redevenu ainsi croyant, s’étant convertit à la religion catholique, (il vaut mieux dire s’engageant définitivement au service de son propre credo), Augustin est resté philosophe. Et, ainsi donc, ayant assuré le passage de l’antiquité au christianisme, il apparaît selon la revue – le Magazine Littéraire- comme le fondateur de l’homme occidental.

Devant le flot ravageur de la jeune et vigoureuse religion chrétienne d’estampe romaine, notre philosophe, amoureux jaloux de la culture classique et de ses trésors inestimables, n’a fait que mettre en sécurité cette Culture très chère à son cœur.  

La recherche du sens de la vie, ces trésors de savoir classique, est une affaire trop sérieuse et précieuse pour la laisser entre les griffes des médiocres arrogants et de leurs élucubrations sans méthode ni critique. Augustin avait cet acharnement de recherche méthodologique.

Et la philosophie païenne, désormais fatiguée mais traversée par la vigoureuse et prometteuse pensée religieuse chrétienne, a mis à sa disposition toutes les questions, toutes les méthodologies et tout le trésor des concepts et idées pour les ressourcer, les refonder, les revivifier (pour retourner à un concept cher à Ghazali), pour les redorer, les mettre à jour, à la lumière des nouveaux développements de la pensée humaine, les revitaliser et pousser en avant donc le char de l’esprit revigoré et fortifié.

Il en est ainsi et c’en sera toujours ainsi de la destinée du savoir dont les courants à travers l’histoire font penser à des cercles circonscrits et intersectés. 

C’est l’aventure de la vie humaine que notre auteur raconte ou observe ou tâche de parcourir avec un logos forgé ad hoc à partir de l’éducation subie pendant son enfance, à partir de ses sentiments, de ses expériences de la vie, de la philosophie et la sagesse des Classiques, des tentatives de ses contemporains, des écritures sacrées, des discussions, des méditations et des polémiques du temps et de l’époque…

Fonder l’espoir sur l’homme, limité par définition et par sa nature même, sans l’invocation de la grâce divine c’est fonder un espoir déjà tronqué, vulnérable et éphémère dès le départ.

La mort d’un ami devient, elle-même, une expérience significative qu’Augustin avait méditée comme métaphore de la vanité des créatures si elles sont privées de la providence du créateur. Et en ça, il avait agi en véritable philosophe.

 

Foi et gratitude

J’ajoute cependant que la religion d’Augustin était la gratitude incarnée, effet elle-même de la grâce divine. La même gratitude dont, trois siècles plus tard, l’Islam ferait l’alpha et l’oméga, le sens des sens, la matrice de tous les sens de sa foi.

En fait la signification du mot Kafir (en arabe) ne se rend pas par le mot Infidèle, même si le terme contient en son sein la situation de qui perd ou renonce à sa foi, mais par Ingrat. Et c’est pour ça que le mot kafir a une connotation très négative.

C’est sa destinée de grand homme donc que celle de partir loin de sa patrie, non seulement physique et géographique mais aussi épistémologique et spirituelle, afin de pouvoir se renouveler et s’épanouir et retourner enfin au terroir pour semer les bienfaits de sa foi en les multipliant comme les grains d’un épi béni et rendre la grâce reçue.

Cette idée de gratitude m’a été rappelée - ou enseignée – par Augustin, qui s’était révélé fort reconnaissant envers ses patries (sa Berbérie, Rome et enfin l’homme).

Cette idée me l’avait enseignée – d’une autre manière et en d’autres circonstances avant lui -  Ghazali, grand philosophe musulman du Xème siècle, dont les thèses susciteraient plus tard les âpres critiques d’un Averroès féru de rationalisme, le sien et celui de son époque aussi ; comme s’il était le seul à en posséder les destinées !

Comme si les autres hommes, les autres époques, les autres cultures étaient incapables d’inventer leurs propres rationalismes !

La première fois que le nom d’Augustin avait attiré mon attention - je dois dire, jusque là un peu distraite - fut à l’université de Constantine !

On nous le présentait à la va-vite, comme s’il était une obscénité nécessaire, pour l’occulter ensuite et à jamais, peut-être…

Mais on nous le présentait quand même ; on nous le présentait comme le précurseur de la science sociologique.

Quant à moi, le mot "saint" me laissa perplexe parce qu’il me disait que cet homme n’était qu’un homme de religion, pendant que les philosophes arabes, eux, on nous les présentait sans le titre de "saint", sauf un : Abou Hamed El Ghazali, justement ! On l’appelait Hudjat-ul-Islam, la Preuve irréfutable de l’Islam. 

Plus tard, un titre comme cela m’a semblé un peu ridicule, un peu drôle aussi, comme le titre "si" (diminutif de "sid ou cid", c’est-à-dire monsieur) qui au Maghreb précède souvent le nom d’une personne qui se veut importante, number one ! 

Et ce n’est pas un hasard si maintenant - maintenant que j’ai fait une petite recherche sur Augustin - je reconnais des similitudes considérables entre l’un et l’autre et je peux dire aussi que Ghazali est l’Augustin de l’Islam.

                                                                                                          A suivre

 

Abdelmalek Smari

 

* Conférence faite à l’occasion de la semaine augustinienne, le 1er septembre 2007, à Cassago Brianza (Cassiciacum) Varèse pour l’association Historique-culturelle St Augustin.

 

 

 

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