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BERBERICUS

Vues et vécus en Algérie et ailleurs. Forum où au cours des jours et du temps j'essaierai de donner quelque chose de moi en quelques mots qui, j'espère, seront modestes, justes et élégants dans la mesure du possible. Bienvenue donc à qui accède à cet espace et bienvenue à ses commentaires. Abdelmalek SMARI

Argent des dictateurs déchus ou fonds souverains appartenant à des Etats souverains ?

 

L’abracadabra de l’Euro-Américaine de la Hograh et des hégémonies mondiales

Hier c’était Gramsci par sa vie et son œuvre à dénoncer l’Anglo-Française des systèmes coloniaux. Aujourd’hui c’est Karim Metref qui est l’hôte de ce blog avec son brillant article qui dénonce la nouvelle trouvaille de l’Euro-Américaine de la hograh et des hégémonies mondiales avec l'aide et la barakah de ses satellites et lieutenants. Trouvaille qui consiste pour leurs malins auteurs à changer le nom d’une réalité qui n’est plus « rentable, commerciable » (les biens souverains des peuples et des Etats) par un nom nouveau (les fortunes colossales des dictateurs et de leurs familles) !

Une intox comme une autre qui vise d’une pierre deux coups :

D’une part alimenter et consolider la cassure déjà, par elle-même, flagrante entre les gouvernants et les gouvernés dans les pays du tiers monde qui ne souffrent justement qu’à cause de cette cassure. Ce qui mène l’Euro-Américaine à jouir pleinement et impunément du chaos créateur (de richesses pour les nations mêmes de cette grande Générale de l’hégémonie, bien entendu) que les think tanks des Néo-cons et leurs théoriciens ont envisagé et réservé aux Etats proies.

D’autre part s’emparer de ces mêmes avoirs attribués d’une manière mensongères à des gouvernants que la même Euro-Américaine appelle Dictateurs. Ainsi personne ne s’en indignera ! Au contraire la plupart applaudirait cet acte de justice… de la jungle !

La soi-disant opinion publique internationale soupirera de soulagement, car la mystification continuera jusqu’à l’affirmation, toujours mensongère, que ces avoirs seraient restitués aux peuples spoliés et volés ! « Col fischio, comme disent les Italiens. »

Karim Metrf a bien décrit le mécanisme de cette tromperie criminelle avec une analyse pertinente. Une analyse en outre très actuelle et démystificatrice! En fait il est rare qu’on tombe facilement, dans ces jours troubles, sur des écrits avec une telle lucidité.

Je me demande seulement si ces avoirs, dits des tyrans, n’appartiennent pas plutôt aux États et non aux gouvernants. 

Je me demande même si le fait d’attribuer la propriété de ces fonds à des personnes (lesdits tyrans déchus) n’est pas un instrument dans les mains des pays gelants pour s’approprier des richesses d’autrui.

Ainsi ces pays gelants et rapaces peuvent dire sans remords de conscience après avoir volé les État malheureux:  « Après tout ces sommes colossales appartiennent au dictateur (ce qui veut dire à un brigand) et du reste on n’en sait pas non plus la provenance. Donc ils nous appartiennent en toute légitimité. »

 

La force des Etats dominants…

En ce qui concerne ce type de vols, légalisé par la force des Etats dominants, il semble que ces rapaces et leurs banques soient déterminés à en perpétuer la manne et l’usage (cet écrit de Karim a identifié et décrit d’une manière éclatante la mécanisme de perpétuation de cette manne et du self-service y inhérent) sachant que les révoltés, de ces derniers deux mois, sont et seront encore loin années lumière de la vraie démocratie. 

Mais en dehors de ces mêmes État brigands, qui peut donner une définition « acceptable et entendue » du mot démocratie ?

Quant à nous, tiers mondains, nous ne saurons jamais si nous sommes sur la bonne voie pour l’atteindre ni si nous serons capables de l’atteindre ni quand nous y arriverons.

Entre temps les États voleurs continueront à nous plumer et à accuser de dictateur n’importe quelle personne nous osons élire pour nous gouverner… quand je dis "nous", j’entends les peuples damnés de la terre auxquels j’appartiens moi et nos dits dictateurs.

Je me demande enfin si nos gouvernants, encore « incontestés », aient pensé à trouver une manière plus sûre pour préserver les avoirs de nos États.

Je dis « avoirs » des États parce que je suis convaincu qu’aucune personne sensée ne croirait que les biens souverains de la nation puissent être confisqués par les gouvernants dits « dictateurs ».

Mais malheureusement, et au moins pour le moment, la culture dominante est justement la culture de ces États dominateurs.

Plusieurs citoyens tiers mondains croient hélas comme des moutons qu’il est facile pour leurs souverains de les voler ! Ils les accusent sans preuve et sans honte !

Qu’il y ait des abus, personne ne peut le nier;  qu’il y ait des tentatives de détourner ces avoirs, il est possible;  qu’il y ait des pots de vins, tous les gouvernements du monde en ont bu et continueront à en boire, qui plus, qui moins (à partir de celui des Etats-Unis, à celui de la France, de l’Italie et la liste est longue… ) ;

Mais de là à penser qu’un chef d’État, un responsable ou un Général du tiers monde sont foncièrement négatifs, sans foi ni loi seulement parce qu’ils font partie du tiers monde, c’est ce qui est faux, mensonger et inadmissible.

Penser en outre qu’il est facile, quasi naturel, sui generis, pour un chef d’État, pour un responsable ou un Général du tiers monde de pouvoir puiser et disposer si librement, si exagérément et si impunément du trésor public de son propre pays c’est un mensonge, c’est une mystification scandaleuse, c’est une effronterie, c’est tout simplement une injustice flagrante.

 

Ces mystificateurs sans gêne…

Ces mêmes mystificateurs ne se scandalisent pas un tantinet quand parfois ils parlent de vols de sommes qui peuvent dépasser les recettes d’un État entier comme la France ou le Brésil !

Mais beaucoup de personnes n’ont pas la possibilité médiatique de les démentir ou d’aller vérifier si de telles informations soient vraies ou fausses. Les Italiens diraient que ces mystificateurs « donnent des numéros », c’est-à-dire délirent.

L’origine de ce mensonge se trouve dans le cœur et dans les discours des État voleurs surtout ; et ce pour un autre motif (le premier étant celui de voler avec la force des armes et des escroqueries) : ne pas permettre, jamais, que s’établissent, se renforcent et perdurent, une confiance mutuelle, un lien de solidarité et une cohésion indéfectible entre le peuple et ses gouvernants.

Les Etats prédateurs savent bien que la force d’un peuple procède justement de ce climat de confiance et de solidarité entre gouvernants et gouvernés.

Et c’est pour ce motif stratégique (empêcher qu’un Etat proie devienne fort, acquière une dignité et apprenne à se défendre) que les Etats prédateurs ne vont pas s’arrêter, jamais, de troubler le climat de confiance et casser les liens de solidarité qui devraient exister au sein de chaque peuple de la terre lui assurant cohésion, force et unité.

Je remercie tant Karim Metref qui a su traiter avec pertinence et clarté ce sujet stratégique, vital pour la vie et la dignité des peuples.

Karim Metref est écrivain et bloggeur, originaire de la Kabylie (Algérie) http://karim-metref.over-blog.org/article-dove-finiscono-i-soldi-dei-dittatori-decaduti-68288949.html

Voici en ce qui suit son texte :

 

Où va l’argent des dictateurs déchus ?

 

Les temps sont vraiment mauvais pour les dictateurs. Jadis les tyrans à la retraite finissaient leurs jours en de jolies propriétés en Angleterre, en France, en Italie ou en Suisse.

Ils n’étaient dérangés par personne et ils pouvaient continuer à dépenser tranquillement leurs fortunes colossales éparpillées dans les différentes banques du monde riche ; même Bocassa « l’ogre de la République Centre Africaine » fut bien servi.

Aujourd’hui ce même monde riche semble ne vouloir plus les accepter sur ses terres après les avoir pressés et en sucé le sang . Cependant, même loin du monde « libre et démocratique », ils ont toujours droit à des exils dorés.

Ils sont devenus presque comme des déchets radioactifs, on refuse de les mettre définitivement au ban de l’histoire, mais personne n’en veut chez soi.

Benali est en exil en Arabie Saoudite (probablement l’État marionnette le plus stable et le plus puissant de la région), Moubarak est en exil à Charm-el-Cheikh. Oui en EXIL!. Car celui qui a vu Charm s’est aperçu que là ce n’est pas l’Egypte. Pas du tout.

S’il sera renversé, probablement Kadhafi ne se rendra pas ; ou bien il sera exécuté comme Ceauşescu, vite vite. Ou bien il sera condamné par un faux procès comme Saddam.

De toute façon un procès véritable contre ces gens n’aura jamais lieu : ils savent trop de choses pour qu’on les laisse parler.

Après tout la fin de ces gens n’est pas de grande importance. Même la fin la plus tragique ne rendra jamais justice à tous ceux qui ont été volés, trompés, insultés, réduits en esclavage, humiliés, arbitrairement arrêtés, torturés et/ou tués.

Ce qui importe plus ce sont par contre les fortunes astronomiques volées aux peuples et déposées dans des banques occidentales et des paradis fiscaux.

Quelle fin feront-elles?

Les biens personnels de Saddam et de sa famille et ceux de l’État irakien, par exemple, furent retirés en comptant, du moins ceux qui étaient dans les banques américaines, et portés en Irak pour, officiellement, financer la reconstruction.

Il s’agissait de plusieurs milliards de dollars qui auraient pu vraiment servir à reconstruire les infrastructures du pays et à relancer l’économie.

Par contre ils n’ont servi à rien de tout cela! Ils se sont évaporé alors que l’Irak est encore sinistré comme au lendemain de la guerre. Les rues sont encore comme les a laissées Saddam. Les chemins de fer sont un souvenir lointain. Le réseau électrique laisse à désirer et, quand l’électricité y est, elle y est pour une moyenne de 5-6 heures par jour. « Le courant électrique dans notre quartier est intermittent – dit une blague irakienne: une heure non, l’heure d’après non plus. »

L’eau manque et l’industrie a presque disparu ainsi que l’agriculture, comme à peu près tout le reste. Et alors à quoi ont servi ces milliards de dollars que Bremer et Negroponte ( les deux chefs qui s’étaient succédés l’un à l’autre à la tête de l’Autorité Provisoire de la Coalition) avaient dans leurs caisses au début de l’occupation?

Ils ont servi à obtenir probablement le résultat actuel, c’est à dire:  le chaos le plus total.

Il est vrai que détruire une nation jusque dans ses fondements, diviser sa population en ethnies qui se haïssent à mort, semer la guerre civile, la corruption... tout ça a des coûts plutôt salés.

L’argent a été souvent octroyé à des sociétés américaines qui ont sous-traité avec des sociétés turques qui à leur tour ont sous-traité avec des sociétés égyptiennes qui ont sous-traité avec des sociétés irakiennes qui ont accepté, elles, de faire semblant de travailler et ne faire presque rien. Une autre partie est allée au profit des compagnies de sûreté privée et d’insécurité publique ;

au profit d’associations de malfaiteurs déguisées en partis politiques et de délinquants en costume et cravate déguisés en personnalités politiques; au profit des chefs de tribus, des chefs religieux, des milices armées, des formations militaires et paramilitaires occultes, des sociétés de pseudo intervention humanitaire, des affairistes, des espions, des bandits, des criminels, des trafiquants de tout et de rien, des murs de béton-armé, des fils barbelés, des équipements militaires... au profit de tout et de tous sauf du pays !

Aujourd’hui les pays qui ont annoncé le gel des avoirs des Benali (et de Trabelsi, leurs beaux-parents), des Moubarak et des Kadhafi sont nombreux. Mais la destination de cet argent demeure un grand point d’interrogation.

Une grande partie ira probablement dans les oubliettes de l’histoire, et sera dévorée par les banques comme c’est arrivé souvent avec les comptes des différents chefs d’État et politiciens corrompus et des petits et grands délinquants communs, morts ou emprisonnés.

Une autre partie sera utilisée par chaque pays où a été effectué le dépôt pour faire du chantage aux nouveaux gouvernements qui naîtront des protestations ou de leurs manipulations : « Je vais te rendre tes capitaux – diront les banques des pays détenteurs de ces dites sommes - à condition que tu les utilises pour faire ‘‘ceci et cela’’. Et je te les restituerai seulement si ce ‘‘ceci et cela’’, tu le feras faire à la société ‘‘un tel’’ ou à la compagnie ‘‘un tel autre’’... »

Conditions inacceptables dans une situation normale. Conditions que seul un nouveau gouvernement aussi corrompu que le précédent, sinon davantage, pourrait accepter. Conditions qu’il accepterait, cependant, seulement avec la contre-condition qu’une part de ce butin soit versé dans des comptes secrets au nom des nouveaux chefs.

Enfin, un éternel recommencement!

Et c’est aussi pour cette raison que ces puissances (prédatrices) font leur possible pour que ces révoltes portent seulement un changement de marionnettes et qu’à la fin le spectacle sur le petit théâtre soit toujours le même.

Heureusement la rue semble assez consciente de ces risques et continue à être mobilisée comme récemment à Tunis et au Caire où il y a eu de nouveaux affrontements dans la rue et où on a vu les membres des gouvernement – laissés par les vieux régimes – contraints à présenter leurs démissions.

Nous espérons que la lassitude ne s’empare pas des révoltés avant qu’ils envoient à la maison tous les dinosaures.   

Karim Metref

 

Traduit de l’italien par Abdelmalek Smari

 

 

 

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