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BERBERICUS

Vues et vécus en Algérie et ailleurs. Forum où au cours des jours et du temps j'essaierai de donner quelque chose de moi en quelques mots qui, j'espère, seront modestes, justes et élégants dans la mesure du possible. Bienvenue donc à qui accède à cet espace et bienvenue à ses commentaires. Abdelmalek SMARI

Barbaries texanes et autres bêtises et l'ironie

Aujourd’hui nous croyons en la possibilité

de l’amour, c’est pourquoi nous nous efforçons

d’en détecter les imperfections, les perversions.

Frantz Fanon « Peau noire, masques blancs »

Editions du Seuil 1952

 

Moi, j’exige trop de homo berbericus ? que non : tout ce que je suis en train de faire c’est de traquer la médiocrité et faire en sorte qu’elle nuise le moins possible aux mœurs de l’homme et à sa quête, tranquille ou agitée, du bonheur. Traquer la médiocrité, la situer et la démasquer où qu’elle se trouve et quelques soient les parures dont elle s’orne ou se farde pour la mater ou l’extirper telle une excroissance maligne. Dans le présent écrit elle est à dénoncer chez les chantres et uniques détenteurs de la civilisation moderne, chez les gardiens de certaines mœurs et non moins assassins de Neguib Mahfouz et de son œuvre, chez les soi-disant conservatrices par excellence de la parure musulmane … je sais que ce qui détermine le sublime chez l’homme invente et nourrit la folie et la bêtise : l’homme devant le néant, l’impression ou l’idée du néant, agit ou réfléchit et c’est le sublime ou la folie qui s’en dégagent. Je sais aussi que s’attaquer au sublime ou à la bêtise c’est livrer combat à la solitude, à la douleur, à l’absurdité de l’existence, à la mort enfin de parcours. Combat inégal et à l’avance perdu. Il suffit de regarder alentour pour voir que le Meilleur des mondes n’a rien de mieux à offrir. Tout ce qu’il (le Meilleur des mondes) peut – le pauvre - c’est exporter l’horreur texane de la peine de mort bien qu’il soit animé de la bonne volonté d’enseigner auxdits barbares l’art et la manière de se libérer du joug des dictateurs qui les oppriment et de conquérir la dignité et la démocratie. J’ai dit précédemment qu’il n’y a rien à attendre de la providence, figurons-nous si la baraka puisse pleuvoir du ciel d’une bande d’arrogants qui prêchent la guerre et sèment la mort et la destruction des peuples et des états. Oui en ce moment je pense à l’exécution lâche, injuste et gratuitement cruelle de M. Saddam Hussein. Je ne suis pas juge pour le juger. Tout ce que je peux dire c’est qu’il s’était révélé cohérent avec ses idées et ses positions politiques et c’est ça l’honnêteté et la sincérité ; vertus dont l’humanité a tant besoin. Je ne suis pas non plus una pecora cieca pour croire aux mensonges des aveugles qui guident une terreur non moins aveugle : les redoutables scélérats parmi les hommes de l’empire du moment, celui de notre siècle … et c’est ça l’hommage que je puis rendre non pas à M. Saddam Hussein mais, à travers sa personne, aux vertus des hommes. Quant à la mort, ne sommes-nous pas tous pareils à des dossiers en instance, comme disent les bureaucrates de la Berbérie ? condamnés à mourir? serrés les uns contre les autres dans les couloirs du trépas sans différence de classe, de sexe, d’age ou de couleur. Seuls ceux qui meurent pour leurs droits à la liberté et à la dignité auront une mort clémente. Quant à ceux qui meurent pour un baril de pétrole, ils mourront tout simplement bêtement. Ça ne les sauvera d’aucune manière. Ma crainte n’est donc pas de voir nos pays envahis par les hordes de supermen qui portent l’eau et le riz aux rares guerriers parmi nous qui font brave jeu avec leur collaborationnisme, les roses à nos femmes, les bonbons à nos enfants et la démocratie à nos dieux alias gouvernants. Il va sans dire que tous ces bienfaits sont des cadeaux imposés par la force donc embarrassant pour ne pas dire humiliant non pas pour ceux qui les reçoivent, mais pour les généreux donneurs eux-mêmes. L’actualité et les faits me convainquent que la dignité sous forme de démocratie ou de respect des droits de l’homme, nous ne l’aurons jamais si nous-mêmes ne nous mettons à peiner et suer. Regardons la paix et la prospérité de l’Irak d’hier et la mort qui rode aujourd’hui dans ses rues et la destruction systématique de l’état et de la société … et pourtant les supermen en personnes y sont ! y pataugent à longueur de journée, sur place ! est-ce dieu même qui leur est hostile ? et pourtant leur dieu est plus grand que celui des musulmans comme disait un certain William Boykin, lieutenant général de l’armée étatsunienne « voir Identità e Violenza d’Amrtya Sen »! et pourtant ! je ne veux pas entendre par là que les libérateurs, les sauveurs de l’Irak et d’ailleurs aient failli dans leur stratégie. Au contraire, tout fonctionne comme ils l’avaient prévu et planifié à partir de leurs centres de recherches géostratégiques. Casser la résistance des peuples à exploiter en détruisant tout ce que peut constituer la force de ces peuples : la confiance entre l’état et les citoyens, l’unité et la cohésion internes, les infrastructures vitales, les alliances d’amitié et de fraternité, le sentiment national, la mémoire, la solidarité, le mode et les différents choix de la vie … en somme le sens de la liberté et de la dignité de la vie et de l’humanité. Comme nous voyons tous les conseils, tous les principes, toutes les thèses et jusqu’à la méthode du mensonge systématique de Leo Strauss sont appliqués à la lettre. Selon Shadia Drury, ce même Strauss dit : « Sont aptes à gouverner ceux qui se rendent compte qu’il n’y a pas une moralité et qu’il existe un seul droit naturel, le droit du supérieur à commander l’inférieur … il faut une population manipulable comme la glaise. » (conf. I mezzi d'informazione che hanno parlato del "dossier Leo Strauss" in http://www.movisol.org/strauss.htm). Jamais les inspirés des dieux faillissent, surtout lorsqu’il s’agit d’un dieu comme celui du profond chrétien William Boykin. Allez voir outre l’Irak pour plus de conviction, la Somalie, la Yougoslavie, l’Afghanistan … exemples très récents de destructions et d’horreurs commises par l’empire du moment et ses vassaux. A quoi sert l’histoire si non à donner aux sursitaires, à ceux encore en instance de mort, des leçons sur la bêtise humaine et sur la vanité de l’existence ? condamnés, comme nous le sommes, à être écrasés entre la semelle des bottes du maître du moment et l’impitoyable dureté du sol, nous n’avons qu’à apprendre. Ça fait rire, hein ? et bien c’est ça le destin du faible : en cherchant de résister celui-ci fait rire. Alors le bourreau crie à la clownerie et donc au peu de sérieux de sa victime. Et c’est déjà la mystification comme ça se passe maintenant en Irak. Le gouvernement d’El Maliki, dit-on, est en train de chercher le coupable qui a filmé en direct l’exécution du défunt Rais. Du moins c’est ce que veut faire croire ce gouvernement. Mais ce que scandalise vraiment les esprits lucides c’est le crime crapuleux légitimé et béni par le guide suprême de l’empire, c’est le lynchage public d’un chef d’état légitime exécuté par des bandes d’usurpateurs du Pouvoir, c’est cette cruauté exhibitionniste commise impunément devant les yeux impuissants des hommes et de leurs dieux. Les lâches sont toujours une poignée, heureusement. Et s’ils semblent forts et nombreux c’est qu’ils reviennent toujours après chaque mort qui les emporte. J’espère, toutefois, et je crois à la multiplicité de la vertu. Je ne nie aucunement l’existence des gens libres et humains qui peuplent la planète et non seulement l’empire de tous les tourments. Gens sensibles et dignes qui se scandalisent et sentent la honte de leurs dirigeants sadiques et thanatophiles. Je ne nie pas l’existence de ces gens honnêtes, généreux et courageux qui combattent les dérives inhumaines des usurpateurs et des occupants. La vertu de Saddam peut faire rire. Elle fait rire certains parmi ses sympathisants mêmes, tout comme la manière de s’habiller des fillettes sincèrement islamiques de la Berberiland, qu’on rencontre à Alger comme à Constantine ou Oran. Fillettes qui mettent le voile pour cacher leur beauté ou leur laideur et le béret ou le chapeau pour cacher la beauté ou la laideur du cache-beauté/laideur, tout comme l’ironie post mortem de Neguib Mahfouz qui, lui, s’est joué magistralement de ceux-là mêmes qui l’avaient vexé pour longtemps. A ceux-là mêmes qui avaient censuré et interdit de publication son chef-d’œuvre d’art et d’ironie, il a imposé – comme à des imbéciles - d’en faire non seulement l’éloge mais aussi une belle introduction. Ainsi les représentants de tous les cons qui se sont arrogés le droit d’être les seuls vrais musulmans ont-ils mis signature et cachet admettant par là même leur incohérence et leur imbécillité. Le vieux et malin romancier avait agi comme un violeur qui contraigne sa victime à se faire pénétrer par sa propre main. Voilà l’ironie incarnée. Ironie qui se joue de la bêtise humaine. Elle la tourne en dérision. N’est-ce pas par bêtise que d’humilier un génie, suffoquer une jeunesse à peine épanouie, jouir des malheurs des autres et au besoin créer ces malheurs pour pouvoir vexer et humilier ceux qui les portent ? En fin de parcours, Saddam s’est bien marré de la force imbécile en montrant qu’il n’avait point cédé devant le chantage de l’empire et ses serfs en résistant jusqu’au dernier soupir à la barbe de Leo Strauss, de ses disciples, de ses enseignements et de son école ; les fillettes de l’Islam se moquent bien du voile en le voilant à son tour comme s’il s’agissait d’une tare à cacher par son rival et concurrent : le chapeau-béret ; enfin Neguib Mahfouz, avec son ironie qui lui a survécu, a mené l’un des chefs des (frères ?) musulmans, pourtant radicaux et intransigeants, non seulement à autoriser la publication du roman qu’ils avaient interdit auparavant, mais à lui écrire de surcroît une introduction et à lui faire de la propagande. Nos critiques littéraires malheureusement n’ont pas saisi l’ampleur et la profondeur de ce coup d’ironie du génial Mahfouz pour avilir davantage les censeurs (les censeurs sont toujours des imbéciles) et leur médiocrité. Nos critiques littéraires scandalisés ont déraillé de stupeur et se sont perdus dans des conjonctures semblables à celles qui se faisaient autrefois à propos du sexe des anges. Pour eux la question est purement littéraire : « Sommes-nous autorisés ou non à écrire une introduction à une œuvre littéraire ? ». En fait les médias arabes - impuissants devant l’horreur qui secouent leur monde à droite et à gauche – préfèrent animer leur maigre existence critico-intellectuelle avec des faux problèmes : l’affaire du voile en France, l’affaire de l’introduction à écrire pour le roman banni de Neguib Mahfouz « Ouled harat’na » et dernièrement l’auteur du vidéo de l’exécution de Saddam.

 

 Smari Abdelmalek

 

 

 

 

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