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BERBERICUS

Vues et vécus en Algérie et ailleurs. Forum où au cours des jours et du temps j'essaierai de donner quelque chose de moi en quelques mots qui, j'espère, seront modestes, justes et élégants dans la mesure du possible. Bienvenue donc à qui accède à cet espace et bienvenue à ses commentaires. Abdelmalek SMARI

Les mots et le chemin Ou le bilan et homo berbericus

Apprends à tout me dire je peux tout entendre

 

 

Ta pensée est sans honte pense à haute voix

 

 

Paul Eluard « Poésie ininterrompue »

 

 

 

 

Déjà le premier article se voulait réflexion sur les choses et les mœurs de l’algérien et en même temps réflexion sur la réflexion et sur le parcours. Voilà pourquoi je ferai de temps en temps une pause pour faire le bilan, souffler, me corriger, me critiquer et reprendre le chemin avec plus de force et de lumière. Oui avoir une culture de bilan c’est vital pour notre existence non seulement en tant qu’individus mais aussi en tant que groupes ou société. Le bilan donc est indispensable, surtout quand on sait que notre pays est jeune et candide et notre mentalité est en chantier et elle est à construire et à soigner. Le bilan est en quelque sorte le créateur de culture, il projette une lumière sur les zones d’ombre que les langages soustraient à la sensibilité et à la conscience, à la mémoire et au désir, à la joie et aux douleurs, aux rencontres, aux expériences vécues et aux chemins parcourus. Il actualise par excellence la manière dont l’homme serait fondamentalement différent de l’animal. Il dit sa capacité de l’homme de dilater l’instant et de l’éclater pour le vivre pleinement, sa capacité de voyager dans le temps ou d’en récupérer le passé et d’imaginer les rêves et le futur. Le bilan c’est cette capacité de se donner et de respecter une discipline, c’est d’être moral. C’est grâce à lui qu’on découvre nos échecs et nos bêtises.

Quant à ce Blog, il est une tribune de critique et d’interrogation des tics et des lieux communs que le langage mal contrôlé, la conscience mal polie, les idées vagues, les concepts imprécis créent et cultivent … tics et lieux communs que notre esprit d’algériens charrie nécessairement en nous menant inexorablement aux mésententes, à l’incompréhension, au ressentiment, à la haine, à la terreur … à la violence et enfin au cycle infernal de rébellion/répression/vengeance/… Comme j’ai eu l’occasion de constater jusqu’ici, ce Blog a été le champs d’une série d’articles qui cherchaient surtout à présenter l’Algérie à travers son habitant de toujours homo berbericus. Il reste donc une tribune où le local fait fonction de pont pour joindre l’universel, le particulier le général, l’épis le champ de blé, l’homme singulier l’humanité … Je crois fermement que la voie royale pour parler de l’universel humain reste celle d’observer le local et de lui donner de l’importance. Je crois aussi que ce soit l’unique possibilité.

Le local, et c’est une autre conviction, est semblable à un morceau d’étoffe qui ne sera jamais le burnous entier, mais il n’en révèle pas moins la substance, la couleur, l’age, la consistance, l’épaisseur et toutes les autres caractéristiques de ladite étoffe. Il va sans dire que la partie ne peut prétendre à donner une idée exacte sur les dimensions, la forme, le nom, le symbole, l’histoire et les différentes fonctions et autres macro- caractéristiques du tout. Cette partie - qui est les mœurs de homo berbericus - consiste en la recherche de connaître la profonde Algérie avec sa littérature, sa poésie, sa science, ses martyres, ses recettes, ses exploits, ses douleurs, ses joies et fêtes, ses rêves, ses mythes …

 

 

L’over-blog qui accueille mes articles a pensé heureusement à un espace où il est possible - à qui veut – de pouvoir m’écrire en critiquant, commentant et enrichissant les sujets et questions abordés. L’échange de points de vue sera assuré par l’espace réservé aux critiques, comme par exemple l’idéation et la promotion d’une réflexion autour d’un thème précis qui doit toujours aller dans le sens d’éclairer les concepts et les idées afin de battre l’obscurantisme, la mystification, les inhibitions, la torpeur du goût et de la sensibilité et enfin l’engourdissement de l’esprit surtout. Tous sont des vices qui caractérisent malheureusement une bonne partie de la nation de homo berbericus. Cependant, les algériens - et non seulement eux - ne doivent pas baisser les bras et la garde s’ils ont l’intention authentique de préparer l’avènement d’un nouveau langage et d’une nouvelle culture où seules les valeurs de liberté, justice et dignité auront droit de cité. Point de place pour la médiocrité.

 

 

Aussi dois-je reconnaître que la publication à échéance précise est à la longue harassante pour moi (ma disponibilité et mes capacités personnelles). Ce que les analyses gagnent en quantité (temps et écrits), elles le perdent en qualité et en efficacité (spontanéité et surtout pertinence) … c’est pourquoi il faut peut-être tourner vers une formule plus souple : s’il y a des choses à dire, je les dirai avec aise. Si l’inspiration me vient à manquer, il vaudra mieux me laisser se reposer les méninges et le lecteur, en alternant par exemple avec quelques vers ou quelques nouvelles. C’est un réalisme, car je suis enclin à apprendre toujours de l’expérience. Et celle-ci exige qu’il en soit ainsi.

 

 

Quant à la forme, l’expérience m’apprendra au fur et à mesure que je publie et revois un texte. Tendanciellement, ils seront des textes de moins en moins longs. Ces textes sont une modeste contribution en la présente conjoncture du monde et de l’Algérie. Ces écrits sur le civisme auront une raison d’exister tant que les gens continueront à croire en ces valeurs, les valeurs de notre époque. Mais quand viendra au monde une autre race d’individus et de sociétés, ils seront eux à penser leur sensibilité avec leur langue propre, qu’ils auront d’ici là mis au point. Alors les propos de mes écrits auront abouti à leur terme. Cette déroutante inconstance n’est-elle pas le propre de tout art ? c’en est justement la constante et c’est ce qui nous rassure devant les épouvantables surprises que nous réservent l’imagination et la créativité. C’est aussi ce que différencie le génie de la folie. L’un est recherché et est apprivoisé, l’autre par contre est seulement subie et donc haie et repoussée. Dire la vérité pour les gens sensés signifie soumettre des idées et des impressions, la connaissance en général, à la discussion pour en tirer les enseignements utiles à la vie sereine et pour assurer un tantinet de paix à notre existence. L’important c’est de ne pas attendre et surtout pas la providence - n’est-ce pas elle qui a toujours attendu tout de l’homme ? - car on risque de trop attendre. Et la longue attente sait tuer l’espoir et sa joie qui, tous deux, vont mourir dans la sérénité de l’hébétude.

Ma méthode est simple. Elle est utilisée par tous les arts et les savoirs de l’être humain. Elle consiste à procéder par questionnements, comparaison, intuition, suggestion, allusions, synthèse, formulation … tout ça dans le but de cerner l’Homme. Elle consiste à combattre la médiocrité, ce clou d’acier trempé, que la raison sensible - bois tendre - voudrait bien digérer, mais elle ne peut pas. L’absurdité d’une situation, d’un langage, d’une existence, d’un pays, … enfante la médiocrité de la vie et la superstition qui tuent … comme au tiers-monde, exactement comme au tiers-monde. Ma méthode se base sur la critique qui ressemble à une pluie violente certes mais qui finit par laver les immondices que les longs jours de torpeur accumulent et déposent sur le goût et dans les esprits.

Pour ce faire on doit disposer d’une liberté de langage. Mais cette liberté existe-t-elle, chez nous ? ou bien a-t-on peur que les mots qui nous sortent de la bouche se fassent matière, se fassent lames qui nous taillent dans la chair. Sont-ils tellement gravides de désirs, tellement insolents, ces mots, et anxiogènes ? Chaque mot est, et seulement, une promesse de satisfaction de nos désirs … ce qui crée dans les cas d’échec de mortelles frustrations ? quant à la liberté des gestes et du corps … faut-il en premier lieu batailler pour la ré-avoir. Ensuite ? aurons-nous les mots pertinents et suffisants pour en poser la problématique ? De toutes les façons sans cette liberté, l’homme serait une bêtise, une aberration de l’existence. « Nous vous restituons ce que vous nous avez donné, et vous récoltez ce que vous avez semé dans nos entrailles ! » - disent les femmes des pays misogynes qui ont le malheur d’enfanter des femmes. Misérable maxime, misérable consolation, qui servent peu aux opprimés orphelins d’un langage libre … pourtant l’on court volontiers à critiquer nos frères et voisins ! critique stérile malheureusement car elle finit toujours et immanquablement dans des insultes et des dénigrements. L’on oublie souvent de profiter de ces critiques-dénigrements, feuille cache-vergogne de ces régimes pourris de nos frères et voisins, pour dénoncer sereinement et avec efficience la poutre qui nous crève les yeux : nos bêtises propres et celles de nos illustres gouvernants. Mais les gouvernants ne se scandalisent-ils pas d’avoir à gérer des macaques ?

 

 

Smari Abdelmalek

 

 

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