Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

BERBERICUS

Vues et vécus en Algérie et ailleurs. Forum où au cours des jours et du temps j'essaierai de donner quelque chose de moi en quelques mots qui, j'espère, seront modestes, justes et élégants dans la mesure du possible. Bienvenue donc à qui accède à cet espace et bienvenue à ses commentaires. Abdelmalek SMARI

L'alternance en Algérie, un jeu d'enfant pourtant !

 « La durée du mandat présidentiel est de cinq (5) ans. Le Président de la République est rééligible une seule fois. »             Article 74 de la constitution algérienne du 28 Novembre 1996

 

 Avant de finir avec cette dernière partie je voudrais retourner un peu sur ce jeu d’enfant qui m’a inspiré ce long écrit. C’est un jeu riche de profondes significations et de grands enseignements politiques. Il a été créé certainement non pas par un enfant mais bien par un adulte. Et il est inutile de préciser qu’il a été inventé dans une époque où la gouvernance était despotisme et le despotisme gouvernance : sans pitié, sans aucun recours, absolue où seuls la révolte et le martyre pouvaient en avoir raison.  

Autrement le génie créateur des rares sages (les rescapés de cette folie et de cette médiocrité généralisées qui ont créé le jeu en question) n’aurait pas recouru au subterfuge de la symbolisation. Subterfuge réussi parce qu’il a pu nous transmettre à l’insu des tyrans mêmes  leur état d’âme, leur violence, leur injustice, leur imposture et leur bêtise en général. C’est la nature d’un pouvoir immonde autant qu’aveugle et égoïste que ce simple mais profond jeu d’enfant a mis en lumière d’une manière essentielle et pertinente. Justement un jeu d’enfant comme nous pouvons déduire de la structure même du jeu.  

Quatre personnages sont appelés à jouer et à représenter donc la comédie du pouvoir. Sont-ils de trop ? sont-ils de moins ? je pense que le nombre quatre soit le plus adapté, dans le sens qu’il représente plus ou moins toutes les facettes importantes du pouvoir. Je ne crois pas que l’auteur soit assez bête pour multiplier à l’infini ou réduire à rien les personnages de son invention. Il s’était arrêté au nombre de quatre et cela veut dire que le nombre est suffisant, parfait donc.

Quatre personnages : un sultan unique source d’un pouvoir qui ne signifiait que violence gratuite et exercice de cette violence, secondé par un lieutenant, le vizir, complice et exécuteur aveugle de toutes les décisions et folies de son maître, un délinquant (une victime doit-on entendre) aussi nécessaire à la survie de cette folie - comme est le sol aux genoux et aux coudes de ce reptile de peuple - et enfin le délateur qui fait office de souffre-douleur, quand il n’y a plus de délinquant ou coupable désigné.

Le péché du délateur ou, mieux, son insolence a lieu à chaque fois qu’il n’arrive pas à épancher la soif de violence du monarque en l’accusant en personne d’être le voleur ou quand il accuse son complice le vizir. Quand le délateur prend le sultan ou son bras répresseur pour des voleurs, il ne fait qu’y indiquer l’imposture et l’usurpation du pouvoir. Son crime est donc réel et son insolence consiste à dénoncer cette folie cruelle qui ne dit pas son nom mais qui détruit des valeurs et des vies humaines.

Un sultan donc source de tout pouvoir, absolutisé, qui préfère cependant ne pas se salir les mains c’est pourquoi il en charge un tiers, pourvu qu’il soit un serf fidèle et stupide mais non pas pour ça moins complice ou moins sadique, pour châtier les mauvaises gens surtout à cause de leurs mauvaises langues. Gens qui osent dire à la face du sultan et de son serf de vizir quelque vérité, humaine évidemment. C’est ce que fait le délateur quand il se trompe de personne et prend le sultan ou son complice pour des voleurs. Il arrive aussi dans un geste ostentatoire que le sultan exonère et pardonne soit au voleur soit à l’inquisiteur, il ne le fait jamais par magnanimité mais seulement pour infliger une dose d’humiliation à son vizir quand il permet que l’offense faite à ce dernier - surtout de la part de l’ignoble délateur - ne vienne pas punie.

Le voleur est considéré, de par le nom même que l’étiquette lui confère, comme un hors-la-loi, un méchant qui nuit vachement à la société - que dis-je ? - au pouvoir et plus précisément en sa forme de despotisme. D’ailleurs peut-il en être autrement ? Etre le pouvoir, pour le pouvoir ou contre le pouvoir n’est-ce pas ici le destin des hommes ? Le pouvoir a des bénéfices économiques et narcissiques : il est sentiment de toute puissance, de contrôle de la vie et de la mort des gens jusqu’à leur faire croire à l’illusion de contrôler la propre vie et surtout la propre mort pour en retarder l’avènement. Les gens du pouvoir croient tranquillement comme des insectes à leur propre illusion qui leur donne pour acquises l’éternité ou l’immortalité une fois l’angoisse de mort ensevelie sous la prétention et l’arrogance. Devenir maître absolu c’est se sentir dieu, se sentir tout puissant et éternel. A ce point il n’y a plus de place pour le renoncement à un pouce du territoire des dieux.

La concurrence est une haute trahison comme il est advenu en ces jours à un pays frère, lointain voisin, le Yémen. Le chef de l’état yéménite, à peine s’est-il assuré la présidence à vie, a promis une purge avec le prétexte de combattre la corruption et le terrorisme. Il est à craindre que les corrompus et les terroristes ne soient autres que les citoyens qui l’ont dénoncé et lui ont fait la guerre électorale, la froissante et urticante concurrence qui en a lésé sa grande majesté ! Il est aussi à dire sans peur d’être taxé de snobisme ou de racisme que l’expérience politique, la démocratie à la Yémen ou à la nos-autres-frères arabes nous sert comme le système des Arouch sert à gérer une nation comme la France ou l’Angleterre. Le pouvoir, une maigre consolation qui fait oublier au tyran sa médiocrité, son ignorance, son immoralité, surtout sa précarité et sa vulnérabilité métaphysiques, son orphelinat, l’absurdité d’une vie brève et vaine et enfin – comble de paradoxe - la trouille devant la mort !

Apprendre des leçons de démocratie du Yémen n’est pas digne de nous, algériens, nous qui avons trois - si non plus - chefs d’état ou présidents de la république qui vivent toujours en civils, en simple citoyens ! Quelques uns mènent une vie de vrais citoyens engagés dans la société civile, d’autres ont versé dans la production intellectuelle et artistique. Cherchons chez nos frères ou voisins où puisse exister un état de détente pareille ? nous devons en être orgueilleux. Nous pouvons nous vanter de cet exploit et même exporter cette culture de la simplicité politique, de l’alternance démocratique décontractée. Nous pouvons même en faire une école où nos frères et voisins viennent apprendre en leçons payantes l’art de la non arrogance, l’art où personne n’est indispensable à vie ni éternellement – même si moyennant ses fils et petit-fils. Chers concitoyens, ne gâchons pas cette aubaine qui aiguise notre amour propre et qui nous enseigne d’être dignes, civils, grands, sans complexe et bon vivants pour une fois au moins dans le fleuve de l’histoire. Il ne faut pas donner raison au sultan-colonel-général et penser que la concurrence et, partant, l’alternance serait une haute trahison qui signerait la mort du pays !

Avec cette partie je conclus mon long article sur les mœurs politiques contradictoires et ambiguës de homo berbericus. La forme de ces mœurs fait penser qu’on est en train de vivre le XXI° siècle (avec Internet, portable et autres 4X4 …) et le fond nous ramène à des pratiques que l’antiquité déjà contestait, à l’expérience scandaleuse et intenable de quelque pays proie encore au bricolage politique (pour ne pas dire primitivisme) comme on voit en ces jours autour de nous, chez nos frères arabes pour en rester là. J’espère que mes propos arriveront non seulement à nos sultans mais surtout aux trois catégories restantes de ce que constitue une société. Sans doute à quelqu’un arrivera. Et à qui cet écrit arrivera, je demanderais d’user de son génie, de sa générosité et de sa baraka (qui ne manque pas en terre berbérique)  pour les faire écouter. Je ne demande pas que mes propos doivent être appliqués. J’espère qu’ils aident à nous orienter et surtout à apprendre un langage nouveau en syntonie avec notre époque et notre nouvelle conception de l’homme et de ses droits qui ne sont plus déjà les mêmes de ce qu’ils étaient 50 ans auparavant, figurons-nous les siècles passés. Je ne sais pas néanmoins quelle fin fera une personne qui cherche à mettre à nu un monde fou plein d’injustice, d’oppression et d’arrogance, encore attaché à la carcasse d’une structure ou d’un modèle politique imaginé dans l’ère de la pierre, absolutiste, dictatorial et cruel. Modèle qui malheureusement sévit encore chez nous. Méritons-le vraiment ? est-il nécessaire ? je fais appel au sultan même et à ses lieutenants intellectuels et éclairés de ne travailler que pour instaurer un modèle juste et respectueux de la dignité de l’homme en faisant de l’alternance politique à tous les niveaux un principe sacré, intrahissable … une loi fondamentale de notre pays. Que ces gens éclairés joignent la voix les uns aux autres pour dire « Non à la suppression de l’article 74  de notre Constitution !». Article qui garantissait l’alternance dans notre pays car les droits humains chez nous doivent passer avant tout par le respect de l’alternance. Nul n’est éternellement indispensable.  

Il va sans dire que les droits humains ne doivent pas se confondre avec la vue restreinte et intéressée du droit au parasitisme, au victimisme et à l’opportunisme. Droit qui serait revendiqué près un état-providence et assistentialiste. Je pense au respect mutuel et réciproque entre les citoyens (y compris les gouvernants, les lois et leur application). Le droit à la différence est, lui aussi, un pilier du civisme et de moralité : le jour où les sensibilités politiques et idéologiques, les croyances religieuses et positions métaphysiques seront reconnues pour tous les citoyens et respectées par tous les citoyens, ce jour-là nous pourrons dire que l’Algérie est un pays des droits de l’homme.  

Quant au pouvoir, nous en parlons pour la simple raison que nous le connaissons sous sa forme violente et injuste pour l’avoir exercé ou subi systématiquement durant toute notre vie dans nos différentes basses-cours : le foyer, l’école, l’usine, la caserne. Nous l’avons toujours constaté dans notre conduite vis à vis de nos animaux, nos femmes, nos enfants, nos prolétaires, nos civils et nos militaires aussi (quand ils sont nos subalternes).  

Notre classe politique, qui en partie manque d’expérience, voit dans l’alternance une gène à la bonne gouvernance. Elle se laisse berner à cause de cette carence même et prive donc notre pays d’une relève de gouvernants efficients et sûrs. A quoi sert l’alternance en fin de compte ? Ça sert à garantir la bonne gouvernance qui « est définie au sein de la Banque (mondiale) par un ensemble de six critères : liberté d'expression, stabilité politique, qualité des services publics comme l'éducation, capacité de l'Etat à faire voter et appliquer les lois, respect des contrats et, enfin, niveau de corruption. » - Éric Le Boucher, article paru dans le quotidien Le Monde - édition du 24.09.06. Enfin, quant à moi, je voudrais - maintenant que j’ai exposé ce jeu d’enfant ou l’urgence de pratiquer l’alternance dans le pouvoir - que les politiques fassent un peu d’effort sur leur amour-propre et leur narcissisme pour que la politique devienne innocente et humaine comme un beau jeu d’enfant.          Fin

Smari Abdelmalek

 

 

 

 

 

Article précédent Article suivant
Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article