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BERBERICUS

Vues et vécus en Algérie et ailleurs. Forum où au cours des jours et du temps j'essaierai de donner quelque chose de moi en quelques mots qui, j'espère, seront modestes, justes et élégants dans la mesure du possible. Bienvenue donc à qui accède à cet espace et bienvenue à ses commentaires. Abdelmalek SMARI

Homo berbericus, le chimpanzé et les grains du chapelet

 

 

 

« … jusqu’à ce qu’un jour j’ai vu dans un petit village où j’habitais

 

un enfant fouetter violemment son cheval afin de le faire passer

 

par un sentier étroit. Instantanément j’ai eu l’idée que je cherchai :

 

si ces animaux étaient conscients de leur force il ne nous aurait pas

 

été possible de les dominer. Quant aux gens ils exploitent les animaux

 

avec la même manière que les riches exploitent les pauvres prolétaires. »

 

George Orwell cité par Ibrahim El Ariss in Al-Hayat londonien du 09-10-06

 

 

 

Retournons aux premières années de l’indépendance …. Déjà moins de trois ans du coup d’état contre le Gouvernement provisoire, le bras droit du colonel putschiste, le ministre de la Défense d’alors, renversa le chef établi et prit le Pouvoir. Il le mit en prison en semant la terreur et la mort pour intimider une population qui se nourrissait déjà de terreur et buvait les larmes de la misère en silence tout en servant les maîtres du moment.

 

Pourquoi les soi-disant Révolutions qui se succédèrent l’une à l’autre : agraire, industrielle, culturelle et je ne sais quoi encore échouèrent-elles ? Elles étaient des révolutions étrangères à la sensibilité algérienne comme le sont les grains d’un chapelet dans la main d’un chimpanzé. Ces dites révolutions échouèrent aussi parce qu’elles n’ont pas été choisies et voulues par le peuple mais elles lui ont été imposées par le feu et le fer de la dictature. Gare au malheureux auquel pouvait venir l’idée de contester les décisions des hommes forts du Conseil de la Révolution. Evidemment tout le monde se trompe sauf eux, parce qu’ils étaient les seuls à être illuminés, grandioses, justes, honnêtes … et tout ce que vous voulez de bon et de bien. Ainsi le peuple, tout le peuple, s’est-il trouvé écarté de la liberté et de la dignité, marginalisé, froissé et fourré dans le sac de la misère, embourriqué  systématiquement par une mystification infernale et continue.

 

Les seuls qui ont pu survivre à cette frénésie de destruction et de ruine furent les exilés –  Mahomet et Voltaire ne les ont-ils pas bénis ? – que les redoutables services secrets n’ont pas pu faire taire d’une manière ou d’une autre avec leurs méthodes habituelles : tentatives de corruption, chantage, menace, intimidation, ostracisme, discrédit et, pour boucler la boucle, liquidation physique. C’est pourquoi, quand le moment fut venu d’étaler leurs expériences, les exilés étaient les seuls crédibles. Ils étaient les plus lucides parmi nos apprenti-politiques. Ils ont en quelque sorte su et pu développer et maintenir vive, en l’exerçant, leur culture de politiques chevronnés qu’ils étaient.

 

Cette culture consiste à concevoir l’idée d’une gouvernance, qui nécessite par nature l’autorité mais jamais la violence, qui nécessite l’alternance mais pas les mandats à vie. Ils ont compris – les exilés - que le pouvoir est un orgasme pour homo berbericus et aussi pour ses frères et voisins arabes ; ils ont cherché à démontrer et enseigner que cet orgasme ne peut pas cependant durer toute la vie.

 

Après cette longue nuit de violence et de répression impitoyables peut-on vraiment dire, sans risquer le ridicule, que plus ou moins tout est allé bien ? Retournons un peu en arrière pour voir les élections présidentielles de 1995 en Algérie : à peine le président s’est-il accommodé sur le trône de sa république on avait commencé à entendre des rumeurs sur un changement un peu trop radical pour qu’il pouvait être crédible ou advenir en un si court laps de temps : les tirs auraient diminué d’intensité, le peuple aurait été sauvé et le voilà déjà qui commençait à louer son rédempteur, les élections se seraient déroulées dans une manière transparente, il y aurait eu une participation massive des électeurs (participation supérieure à celle des législatives de décembre 1992). Admettons pour un instant qu’il ait eu une telle participation d’électeurs, il faut savoir l’importance énorme de la logistique qui y a été consacrée et du nombre des agents des forces de sécurité mobilisés pour le « bon déroulement du scrutin ». Moyens énormes et disproportionnés pour contraindre - dirais-je et je ne serais pas loin du bon sens - le peuple à y participer malgré son peu de conviction et ses fortes réticences. Trois cent mille soldats ! environ un soldat pour cinquante électeurs, en admettant qu’il y ait une quinzaine de millions en age de maturité électorale en Algérie. C’est dire les soins qu’on réserve à nos citoyens, si l’on compte avec chaque soldat un fusil. Ce genre de considération ne doit pas échapper à l’histoire, ainsi nous sera-t-il possible d’élaborer notre mémoire et de l’assainir afin de pouvoir la mettre en syntonie avec notre conscience du présent et de nos projets.

 

En disant cela je ne voudrais pas passer pour un pessimiste de corbeau qui pleure avec hystérie sur des problèmes humainement solubles, mais je voudrais seulement associer ma voix à celles des autres pour faire raisonner la raison (de l’état et du peuple surtout), pour rappeler aux algériens qu’en nous laissant traîner par les gouvernants sans participation de notre part, sans nous enquérir des objectifs et des réalisations, sans nous interroger et interroger nos responsables, on va à finir toujours sous le joug du despotisme. Notre participation doit être active et toujours éveillée pour aider ceux qui nous gouvernent à nous gouverner avec respect, honnêteté et efficacité. Participation active veut dire aussi ne plus permettre que les fusils nous accompagnent comme si nous étions des parias ou des brutes irrécupérables à chaque fois qu’on doit se rendre aux urnes pour voter ! Notre voix doit être assez forte et assez libre pour se laisser guider par le nez ou humilier par le canon des fusils.

 

Plus tard Zeroual, le nouveau vainqueur des urnes, avait démontré toutefois en grand seigneur sa lucidité et sa loyauté en démissionnant. Lui qui avait instauré la rahma (réconciliation) s’est retiré à peine le résultat escompté a-t-il commencé à donner ses fruits. Il faut le reconnaître, il était un grand acte de générosité de sa part en un moment où ses confrères auraient aimé à sa place maintenir la présidence à vie. Les circonstances internationales et les nécessités internes d’alors le permettaient bien si elles ne l’exigeaient avec force raisons. Malgré ça Zeroual s’était retiré et ni l’Algérie ni les algériens n’avaient eu à subir les affres de l’orphelinat. Zeroual s’était montré aussi un fils du pays dont l’ambition est de servir ce pays même, brisant ainsi deux mythe-cliché véhiculés par quelques tendancieux - du terroir ou d’outremer - parmi ceux qui s’intéressent à la chose algérienne: le mythe qui voulait qu’un gouvernant arabe (berbère aussi, cela va sans dire) soit assez masochiste pour quitter son trône sans coups de pieds au derrière, assez crétin pour comprendre qu’il ne sera jamais l’unique indispensable et, paradoxalement, assez cruel pour renoncer aux riches sources de larmes et de sang qui désaltèrent sa folie assoiffée de s’identifier au père éternel.

 

Comme un vieux bateau qui a éprouvé les terribles tempêtes de la mer Algérie, Zeroual avait enseigné à ceux qui veulent apprendre, aux jeunes chalutiers de la politique, l’art de l’alternance et la science de se faire respecter sans être obsédé par l’illusion de l’indispensabilité. La preuve en est que l’Algérie est encore ici et montre combien elle est capable de se passer de ses hommes passés qui pensaient d’être aussi indispensables que l’eau ou le soleil.

 

Le nouveau président avait réussi donc grâce à la loi de la rahma à consacrer son énergie et ses forces, acceptant la collaboration de toutes les forces de la nation pour résoudre le vrai et unique problème de fond de l’Algérie de cette période critique de passage au XXI° siècle : instaurer l’alternance ou le simple mais grand jeu d’enfant, celui du « Sultan, Vizir, délateur et voleur ».

 

Jeu paradoxalement dangereux ou, mieux encore, nos gouvernants l’ont toujours trouvé tel et donc ils ont toujours agi en conséquence : éloignant les rivaux. Ils n’ont qu’un souci celui de renvoyer l’échéance de leur règne jusqu’à ce que ridicule s’en suivait moyennant mystification, démonisation  répression et parfois assassinats … oubliant que ce grand jeu d’enfant nous enseignait que le sultan (vrai détenteur de pouvoir) peut aussi ne pas être sultan et ce peut arriver d’un moment à un autre, en un clin d’œil, à n’importe qui. Je pense à la fin de Saddam.

 

Quelqu’un peut m’objecter : « Tu veux réduire la politique à un jeu d’enfant et puis tu la prends au sérieux, au tragique même ! » C’est l’élasticité de l’être que je prêche, pas la pétrification des âmes.

 

Quand l’actuel président algérien dit que « il n’y a pas que le modèle de démocratie » à envisager, il y a de quoi s’inquiéter. Il faut entendre par ces propos qu’il y a dans l’air une tendance générale qui s’appuie sur une déclaration récente à 100% ironique de M. Clinton. L’ex chef de la Maison Blanche et du monde fait semblant d’être pour l’amendement de la constitution des U.S.A. afin de prolonger le mandat présidentiel des States et de l’allonger à vie peut-être ! Entre temps Monsieur le Président du monde, quant à lui, a tout à fait respecté la loi de l’alternance dans son grand pays où la loi est plus forte que le chef du monde lui-même.

Ces vents de pourriture ont eu malheureusement un accueil princier et un large sourire de satisfaction chez nos gouvernants à tendance tyrannique et leurs majeurs d’hommes. Déjà les voix se diffusent chez nos maîtres locaux et provinciaux qui entendent brouiller les cartes en faisant comprendre que démocratie signifie anarchie ou indiscipline. Avec quelle argumentation ? il l’a dit Bill Clinton en personne, cette bible en chair et en os.

En nous permettant de temps en temps, durant la longue histoire, durant notre longue nuit faite d’oppression et d’injustice, de respirer une bouffée de valeurs profondément humanistes, cela ne nous fera pas de mal, je pense. Au contraire nous réussissons ainsi à ré-enchanter nos temps mélancoliques et médiocres avec la proposition d'une belle pensée à vivre sans nous laisser berner par l'ivresse de la puissance et déprimer donc par l'amertume de l'échec. Car celui-ci est inexorablement lié à la perversion des mœurs et des procédés et il y en aura toujours dans les situations d’impostures et d’anomalies. Il est donc important de faire des efforts sur soi-même dans le but de partager équitablement, en les démocratisant, les instruments du pouvoir. Ça donne de la lumière et de l’inspiration à la gouvernance. Il ne faut pas permettre à nos hommes du Pouvoir de continuer tête baissée sur le chemin des primitifs tyrans et despotes en suivant leur sillage sur le terrain instable de l’arbitraire et de la bêtise. Traces qui les conduiront infailliblement à l'exercice d’un pouvoir autant cruel qu’inutile et qui peut les porter jusqu'aux limites de l'autocratie et du ridicule surtout.

A suivre

 

 

 

Smari Abdelmalek

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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