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BERBERICUS

Vues et vécus en Algérie et ailleurs. Forum où au cours des jours et du temps j'essaierai de donner quelque chose de moi en quelques mots qui, j'espère, seront modestes, justes et élégants dans la mesure du possible. Bienvenue donc à qui accède à cet espace et bienvenue à ses commentaires. Abdelmalek SMARI

Libido dominandi et homo berbericus

« Qu’importe au genre humain les passions

 

 

et les malheurs d’un héros de l’antiquité,

 

 

s’ils ne servent pas à nous instruire ? »

 

 

Voltaire, Lettre au Roi de Prusse 20-01-1742

 

 

 

 

 

Qui connaît l’histoire de l’Algérie, de la première guerre mondiale jusqu’à 1962, sait que déjà à partir des années 20 le pays pratiquait une activité politique intense : création des associations, des partis politiques, des journaux, des écoles où se préparait à côté de l’enseignement de la culture du terroir la sensibilisation et la mobilisation des algériens pour le recouvrement de la souveraineté nationale. Ajoutés à ça les grands évènements mondiaux comme les grandes guerres et surtout celle de l’Indochine – les algériens y avaient participé en tant que sujets de l’Empire colonial pour défendre la France – tout ça a contribué au réveil de la conscience politique desdits indigènes. Ils avaient compris la nécessité de se libérer et de se rendre maîtres d’eux-mêmes. Cette conscience et cette nécessité de reconquérir la souveraineté nationale menèrent ensuite à la diffusion d’une véritable culture politique. Cette nécessité de récupérer sa propre indépendance suite à la diffusion d’une culture politique au sein de la population n’avait épargné personne : ni travailleur ni étudiant, ni intellectuel ni fellah analphabète, ni berbérophone ni arabophone, ni syndicaliste ni politique, ni laïc ni religieux. Toutes les femmes et tous les hommes, toutes les couches sociales avaient compris non seulement le propre de leur condition de colonisés mais surtout l’urgence de changer leur destin et briser le joug de la servitude et de l’humiliation historique. Tout le peuple - toutes couches sociales confondues - avait compris qu’il fallait lutter pour re-conquérir non seulement la terre spoliée de l’algérien mais surtout sa dignité confisquée. Les algériens ont pris les fusils donc après l’arme de la conscience, après celle de la nécessité de sacrifier âmes et biens, celle de la patience, celle de la résistance, celle du courage de mourir et de souffrir pour avoir droit à tous les beaux rêves possibles et légitimes. Ils étaient contraints de se défendre et ils avaient fait la guerre malgré eux. Ils ont appris que leur cause était juste et ils ont su transmettre ce message à tous les justes de la terre. Ils ont eu l’aide et la compréhension et de l’admiration même de la part de leurs adversaires. Ainsi ont-ils pu arracher le droit de vivre libres et maîtres de leur volonté et de leur destin sur une terre qui est « aussi ! » la leur. Tout ça s’est traduit ensuite par le déclenchement de la grande révolution de Novembre 1954. C’était l’une parmi les plus douloureuses et aussi les plus orgueilleuses révolutions de l’histoire contemporaine. Et dire qu’il se trouve encore quelqu’un qui vient nous raconter que le peuple algérien n’a aucune culture politique ! on ne meurt jamais bêtement quand on meurt pour la justice et la liberté. La révolution c’est la conscience et la détermination, c’est la justice et la liberté qui prennent le dessus sur l’oppression et la bêtise de la vie. La révolution c’est quand la mort arrive au point de valoir mille fois mieux qu’une existence précaire et médiocre. La révolution c’est la mort d’une époque pourrie. Les algériens avaient compris ça et ils avaient accepté de mourir en chantant  de joie accompagnés des youyous des femmes. Malheureusement il y a encore des gens qui prétendent que les algériens sont des hordes sauvages sans aucune culture politique, sans histoire d’état ou de gouvernance ! des gens qui prétendent que ce peuple est encore immature et a donc besoin de la protection de quelque père éternel. Des gens qui prétendent que les algériens devraient encore rester enveloppés du burnous de l’infâme de quelque tyran assoiffé de sang et de pouvoir. Se protéger en se soumettant à quelque tyran ! … Quant à la démocratie, ce fameux jeu d’enfants « Le sultan, le vizir,… », elle ne lui conviendrait absolument pas pour la simple raison qu’il risque – ce peuple enfant et irresponsable - d’en abuser et de conduire le pays vers la ruine et le chaos. D’ailleurs saurait-il jamais que faire de ladite démocratie ? Enfin, qui connaît donc l’histoire de la lutte politique algérienne, même d’une manière sommaire, se rend immédiatement compte des mensonges et des mystifications graves et flagrants des usurpateurs du pouvoir en Algérie et de leurs laquais et autres complices. Pour quel motif, diriez-vous ? pour l’intraitable libido dominandi ? il se peut bien, après tout, homo berbericus humanum est. C’est la soif de se faire seigneur donc. Mais c’est aussi la preuve que quelques serfs existent bel et bien. Les algériens avec le déclenchement de leur révolution ont fait preuve une fois de plus de grands sacrifices, de grande humilité et de profonde sagesse: ils ont réussi à mettre de côté leur divergences partisanes et idéologiques – malgré l’importance de ces sensibilités - pour un intérêt vital. L’intérêt suprême d’enfanter d’une Algérie nouvelle, d’une Algérie de la liberté, de la justice et de la dignité. Cette lucidité stratégique, cette sagesse politique, cet esprit de cohésion, de solidarité et de sacrifice n’auraient pas été possibles si les algériens n’avaient pas acquis auparavant une conscience historique et une culture civique et politique ; s’ils n’avaient pas appris jusqu’à la moelle le sens des mots liberté, justice, dignité, respect, solidarité et sacrifice ; s’ils n’avaient pas aimé la vie jusqu’à en mourir. Les révolutionnaires algériens n’avaient pas douté qu’une fois la guerre terminée et l’indépendance recouvrée, ils seraient retournés à l’exercice de leurs activités politiques, à leurs divergences idéologiques, à leur Ijtihad propre, à leurs litiges et disputes, à leur combat pour la construction de l’état et de la société algérienne qui étaient – au sortir de la guerre – au point Zéro. Ils comptaient participer pleinement à la gestion de la Res publica. Le système pluraliste, qui était efficace et en vigueur jusqu’à la veille de la guerre de libération, aurait continué l’œuvre de sensibilisation, de formation et d’éducation politique des citoyens. Ce pluralisme aurait maintenue vive la conscience politique des algériens. On sait que la conscience a toujours besoin d’un objet. Celle de l’algérien à l’aube de l’indépendance avait besoin de réorientation vers une vie de paix, de prospérité, de civisme, de solidarité et des valeurs humaines. Les algériens, qui s’attendaient à ce que les chefs de la révolution respectassent la volonté et les espoirs du peuple, se réveillèrent sur le cauchemar de la grande trahison historique : le coup d’état militaire contre le Gouvernement provisoire (le G.P.R.A. - nous sommes en 1962). Une poignée de colonels s’emparèrent atrocement du pouvoir et prirent de cours une classe politique et une opinion nationale confiantes, semant par là même haine et méfiance, suscitant des réactions légitimes d’indignation et instaurant un climat de violence, d’insurrections, de répressions et d’hypocrisie politiques. La précarité de la vie d’après guerre aidant, les gens retombèrent peu à peu dans la médiocrité et la somnolence politique et leur frêle conscience commença à s’éteindre et pour longtemps. Ces colonels avaient massacré absurdement des vies humaines parfois pour intimider le reste de la population et condamner des générations entières à la mort morale, à une vie grégaire sans liberté et donc sans dignité. De conséquence la grande part des algériens qui résistaient et refusaient énergiquement cet état des choses furent écartés du pouvoir, mis à l’index, persécutés, exilés ou tout simplement liquidés physiquement. C’était un système narcissique, régressif et cruellement rétrograde. Il avait érigé en vertu, en impératif moral, la soumission à leur volonté, rien qu’à leur volonté. Il avait réinstauré le culte du chef - cette abominable pratique que la révolution avait éradiquée en bannissant le Zaïmisme d’un Messali El Hadj –. Le système des colonels avait créé des victimes parmi toutes les couches sociales. Il avait uniformisé l’opinion publique et censuré les voix qui n’étaient pas d’accord avec la voix du chef. Il avait su créer à droite et à gauche des ennemis factices en créant des cause factices et des faux alibis donc pour s’adonner librement à l’inquisition et à la diabolisation de ceux qui avaient des opinions différentes de la leur. Ainsi les hommes du Pouvoir trouvaient-il toujours de quoi accuser leurs adversaires de haute trahison, de conspiration avec l’ennemi. Quant à éduquer les gens au civisme, à la liberté, à la solidarité et au respect de soi et de la société aurait-elle coûté si cher que ça au Système? mais le système aurait-il pu faire autrement ? Admettons que le système – qui avait fondé son existence sur la pérennité du pouvoir - disposât lui-même de ces valeurs, aurait-il accepté de les partager avec les citoyens ? Le Maroc entre autres devînt ainsi l’ennemi létal et Israël, le lointain Israël, devînt l’ennemi absolu et éternel de la lointaine Algérie ! Nous devons tirer chapeau à la capacité de nos chefs d’alors et à leur art de manœuvrer les consciences et les opinions  avec la complicité et l’aide de l’internationale des dictateurs (nos frères arabes et nos amies les démocraties populaires). Ils avaient réussi à nous faire déverser notre marasme, notre rage et oublier notre misère et notre oppression, en les projetant sur le Maroc et sur le lointain Israël ! Ils ont réussi à cause de leur égoïsme et, surtout, leur inexpérience (en matière de politique internationale) à jeter le discrédit sur notre révolution qui prônait la justice et la dignité, la paix et le respect de l’autre. Ils avaient réussi à nous isoler internationalement comme des parias, à faire de nous une menace continue pour nos proches et nos lointains amis et voisins. Un ami c’est quelqu’un qui ne te fait pas de mal. Ce n’est point un procès contre nos pères que je dresse ici mais un bilan d’une vue et d’une pratique politiques dont il convient de voir le côté négatif pour l’éviter actuellement et en corriger les séquelles qui constituent encore une part importante de nos rapports avec le monde et avec nous-mêmes. Nos erreurs et nos misères passées servent surtout à nous instruire. Il va sans dire que ledit côté négatif a été déterminé par la croyance aveugle en la dictature comme la seule voie d’instaurer la paix et le respect et de garantir le développement et la prospérité d’un pays. Réviser notre constitution qui prévoit l’alternance politique pour en écrire une autre qui dicterait la tyrannie est une manœuvre absurde et suicidaire. Les algériens doivent dire Non à ce projet assassin.

 

A suivre .

 

Smari Abdelmalek

 

 

 

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