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BERBERICUS

Vues et vécus en Algérie et ailleurs. Forum où au cours des jours et du temps j'essaierai de donner quelque chose de moi en quelques mots qui, j'espère, seront modestes, justes et élégants dans la mesure du possible. Bienvenue donc à qui accède à cet espace et bienvenue à ses commentaires. Abdelmalek SMARI

... et la cité aux citoyens et la dignité à homo berbericus...

Si en 1962, date de l’indépendance, l’Algérie comptait une poignée d’illuminés qui possédaient une vraie culture politique –legs heureux autant qu’atrocement éprouvé de la précieuse et longue lutte du mouvement national -, après 1988, date de la secousse sociale d’octobre, la majeure partie des algériens s’est trouvée catapultée en plein dans l’intérêt général qui concerne la vie publique et politique de leur pays. Ils sont aujourd’hui conscients de la réalité de leur pays et ce grâce aux vents de liberté et de démocratie qui étaient retournés à souffler dans l’air de l’Algérie après tant d’années de dictature.

Vents qui malheureusement ne tardèrent pas à s’éreinter et mourir ad opera de l’intervention militaire - pas politique du tout !- du 11/01/92 pour destituer le président de la république d’alors qui avait commis la grave erreur de travailler pour restituer la politique aux politiciens et la Cité donc aux citoyens. La réaction de ces intervenants fut d’éliminer ipso facto le parcours démocratique sanctionné par les premières votations vraiment libres. Ils mirent hors-la-loi un parti politique reconnu par la loi fondamentale du pays. Loi qu’on venait de piétiner sauvagement. Les militants et les sympathisants dudit parti paria furent persécutés, chassés de leurs postes de travail, emprisonnés dans des camps de concentrations improvisés dans le désert dans des conditions inhumaines. Ceux qui résistaient venaient tout simplement abattus comme des chiens enragés par des inconscients fanatiques du « tout sécuritaire » de l’armée, soutenus dans leur  besogne par une partie de la société civile et de la casse politique. On parlait alors de 10000 jeunes entre 18 et 40 ans qui subissaient ce genre de traitement, pour le seul délit d’avoir prétendu à exercer le pouvoir, hâtivement et sans grande préparation. Cependant, il est très difficile de dire aujourd’hui que - hormis leur « mode de faire » brutal et sauvage, erreur tactique donc - nos gouvernants d’alors s’étaient trompés de stratégie. Les récents évènements et la présente révolution opérée au niveau des relations internationales (le gouvernement planétaire du globe, la mise en question du principe de souveraineté et le résurrection du droit d’ingérence et d’occupations militaires des pays faibles par les puissants, la refondation donc de la politique internationale), tout ça leur donne raison : l’Algérie doit composer avec cette nouvelle situation internationale. Elle a grand intérêt si elle veut survivre en tant que nation. Elle doit donc accepter une souveraineté limitée. D’ailleurs, même les pays puissants subissent pour une raison ou pour une autre une telle contrainte. On traite, on négocie, on combat mais politiquement, diplomatiquement, … civilement quoi ! ce sont les nouvelles règles du jeu. L’Algérie, n’ayant point les moyens ou la folle arrogance de résister à ce Joug (il s’agit bien d’un joug) nécessaire, a fait montre de raison et de sagesse. Mais sur le plan intérieur où elle jouissait de moyens et d’amples pouvoirs elle avait démontré qu’elle pouvait se passer des modes civils et pacifiques de traiter les problèmes des citoyens. Et c’est ici, je le répète, qu’elle avait commis son péché mortel. Au lieu de traiter diplomatiquement ces questions graves et de s’attaquer aux têtes du mouvement ( qui voulait sa tête ! ) … au lieu d‘user l’information pour la propagande, pour la communication … au lieu d’éduquer les citoyens inexpérimentés au civisme et à la paix par l’exemple … au lieu d’épargner la dignité et garantir la sécurité des algériens … au lieu de mobiliser ses souteneurs (journalistes, intellectuels, diplomates, forces de sécurité, amis étrangers …) pour propager ses idéaux humains, pour convaincre et éclairer les citoyens obnubilés, analpha-bétisés par une longue et systématique exclusion ou éloignement de la culture politique … au lieu de gouverner elle a fait la guerre ! à qui ? à ses propres citoyens, à soi-même ! Elle se suicidait sans le savoir ! Une partie de l’inexpérimentée société civile – élevée dans l’autoritarisme et dans l’exclusion fomentés et alimentés par la dictature – s’était même accourue à créer un comité de sauvegarde de l’Algérie ! sauver l’Algérie en déclarant la guerre aux algériens et en la noyant dans un atroce, honteux et long cauchemar ! en lui infligeant une autre souffrance inutile à ajouter à l’infinitude des tourments que ce pays avait vécu dans sa longue existence historique ! on peut ajouter aux raisons internationales pour interrompre le processus démocratique en Algérie, le péché mortel du parti paria qui avait osé poser avidement le regard sur la possibilité de gouverner ! La gouvernance dans un pays comme l’Algérie est une belle et inviolable courtisane protégée par un chef du sérail inflexible ! toutefois nos prétendants de race berbericus pensaient comme l’écrasante majorité des algériens, comme leurs voisins et frères dits arabes, qu’une fois au pouvoir, ils pourraient se reposer, dormir et ne plus peiner : à quoi bon ? tous les biens du pays seraient passés à leur possession, que l’Algérie serait re-taillée à la mesure qu’ils auraient voulue, la leur ! Ils ont péché pour avoir osé et ils ont aggravé leur délit en y insistant. Tout en résistant donc ils ont commis l’imprudence d’avoir dénoncé la suspension du processus électoral ! du reste, eux aussi avaient un projet de société et un programme de gouvernement. Ils revendiquaient le respect du choix de la majorité des votants, le droit à l’alternance politique, au respect et à la reconnaissance de leur victoire légitime par voix démocratique. Certes, apparemment c’était légitime et cohérent, mais c’était déjà quelque chose comme de l’archaïsme politique, de l’opportunisme déclaré (une fois au pouvoir, ils auraient chassé toute sorte de sorcelleries et de sorciers ! ils l’ont déclaré leurs velléités de tyrannie d’une façon ingénue pour ne pas dire avec innocence !). On comprend de ce coté aussi le désarroi qui s’était saisi des gouvernants de l’époque et leur réaction avec les mesures aussi sauvages que hâtives qu’ils avaient prises. Ils ont piétiné donc non seulement la constitution – ce qui est un délit en soi, en mettant hors-la-loi un parti légitime qui a su canaliser une majorité d’algériens plus par vengeance que par conviction évidemment - mais toute la volonté du peuple en lui faisant perdre toute foi en la possibilité d’instaurer en Algérie une démocratie et une vie civile. Deux beaux et grands espoirs que le peuple venait juste de re-découvrir et d’aimer, tout ça au nom du peuple ! comme si ce dernier n’était point capable d’apprendre ou de comprendre ses intérêts ! Alors qu’il suffisait d’un peu d’intelligence, de bonne foi et surtout de savoir faire politique (nos dirigeants issus de la lutte armée et de la suffisante expérience de gouvernement durant la révolution et toutes les années de l’indépendance) pour détourner les citoyens tentés par le mal et ses fauteurs (les inexpérimentés et zélés apprenti-politicards) et leur faire faire des choix justes, raisonnables et constructifs. Un geste comme celui par exemple de s’intéresser sérieusement aux problèmes sérieux des citoyens (comme l’eau, le logement et surtout la justice) aurait suffi à sensibiliser les gens et à les gagner à la cause de l’Algérie démocratique (ni théocratique ni policière, pour paraphraser Mr Houssein Ait-Ahmed) et à les serrer à leurs gouvernants. Au lieu de ça c’était l’enfer qu’on avait prescrit et administré aux citoyens, du reste, innocents parce que dépourvus et mal préparés. Si le présent  discours concerne l’époque des années de rages et de folies, il ne demeure pas moins actuel : ce qu’aurait pu faire une reconnaissance immédiate et courageuse du problème algérien, une politique de réhabilitation a posteriori le peut récupérer. Au lieu d’une telle révision auto-critique, c’est une révision de la loi qu’on entreprend ! Nos gouvernants en vigueur n’ont-ils rien à se reprocher ? Est-il possible que ce sont toujours les autres, les précédents et leurs règles qui ont tort et qui constituent l’origine de tous les maux ?! Ainsi donc on assiste aujourd’hui à une sorte de coup d’état diplomatique, certes, mais il n’en reste pas moins violent et illégitime : réviser la Constitution non pas pour l’améliorer ou l’ajourner, mais pour faire du monopole du pouvoir, de la dictature donc une loi et une pratique légitime ! et c’est grave, tragiquement grave au niveau politique (une gestion inefficace) au niveau du civisme (humiliation du citoyen et exclusion de la modernité) ! …

 

 

A suivre.

 

 

 

 

 

 

 

 

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