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BERBERICUS

Vues et vécus en Algérie et ailleurs. Forum où au cours des jours et du temps j'essaierai de donner quelque chose de moi en quelques mots qui, j'espère, seront modestes, justes et élégants dans la mesure du possible. Bienvenue donc à qui accède à cet espace et bienvenue à ses commentaires. Abdelmalek SMARI

Les élections présidentielles d’avril 2009 en Algérie et le discours annonçant sans gêne la violence de notre constitution (2)

" ليس ثمّة برزخ بيني وبينكم فحين يأتي الطّوفان فإنّه لا يعرف حدود الجوار ...

ذاك لأنّا بسفينة واحدة ... "    < من وحي الألم >  - مالكي حليمة - 

 

ENAG Editions - Alger 2007

 

 

NON AU TROISIEME MANDAT !

 

Et alors il ne nous reste qu’à pleurer !

En ce qui suit je vais essayer de voir, de plus près et selon mes forces, le controversé discours présidentiel où le chef de l’Etat algérien annonçait l’ « enrichissement » - dit-il ; l’ « appauvrissement » - dirions-nous - de notre constitution dans son discours prononcé le 29-10-2008 à l’occasion de l’ouverture de l’année judiciaire 2008-2009.

Enrichissement selon lui. Notons le mot, même pas « changement, remodelage ou tout simplement correction » ; ce qui aurait été mieux et peu suspect. Non, notre président choisit bien ses mots : « Enrichissement » - dit-il - comme si notre constitution comptait moins de mots ou moins de bonnes intentions ou encore moins de bonnes idées ; et comme si, lui, il n’était là que pour lui combler ce manque qui la tarait scandaleusement ! 

Le langage humain est par définition ambigu et à cause de ça il est une arme redoutable aux mains de son utilisateur. L’astuce de tout bon orateur consiste à jouer sur l’ambiguïté sui generis des choses et du langage qui dit ces choses. L’on peut faire dire au même mot – semble nous enseigner les magiciens des mots - la chose et son contraire. Il est clair que seuls les niais, les serviles et les opportunistes apprennent ce genre de leçons.

« La démocratie pluraliste est une conquête de notre pays que nous devons ensemble veiller à sauvegarder et à promouvoir. J’y suis personnellement pleinement attaché, partant de mes convictions mais aussi des responsabilités découlant du mandat qui m’a été confié par le peuple. » Conseil des ministres 03-11-08

Ces mots, en soi, sont justes et faux à la fois. Cette contradiction est déterminée par le contexte où l’on pose ces mots : ils sont justes s’ils viennent placés dans la situation de quelqu’un qui, les deux mandats terminés, il se retire. Ils sont justes quand c’est un Chirac, un Bush, un Netanyahou ou même un Khatami qui les prononcent.

Ils sont par contre faux quand c’est notre président, Chavez, Moubarek ou quelque zaim nostrano qui les profèrent.

Idem pour cette seconde assertion « La véritable alternance au pouvoir émane donc du libre choix du peuple lui-même lorsqu’il est consulté en toute démocratie et en toute transparence, à travers des élections libres et pluralistes. » Conseil des ministres 03-11-08

Le problème ici est plus éclatant : consulter le peuple ou ses représentants est une belle chose et l’assertion est logique donc. Mais ce qui grince c’est que le peuple a bien voté pour la limitation à deux mandats non renouvelables du président de la république en Algérie.

Et ce libre choix du peuple a été non seulement ignoré mais changé comme dans un jeu de poker où un astucieux joueur change les cartes sur table. Et puis l’alternance est alternance ; et en politique ça signifie alterner les personnes responsables, les changer.

Parler d’alternance politique en maintenant à sa place la même personne et à vie, ça relève de l’absurde. Et dans ce cas il n’y a pas de quoi être tranquille, il n’y a pas de quoi se réjouir. Et alors il ne nous reste qu’à pleurer !

 

L’ombre, la proie et les apprentis démocrates

  « L’Algérie a posé, durant ces dernières années, les fondements d’un développement global, que ne peuvent dénigrer que les âmes envieuses ou pessimistes. » Discours du 01-11-08 

A part le caractère autoréférentiel et, par certains traits, superstitieux de ce discours, son auteur atteint dans le cœur ses détracteurs. En fait les tenants de l’alternance (du type : Deux mandats maximum et via !) vont dire - en pensant critiquer le président – qu’il a ruiné le pays, qu’il n’est pas capable, qu’il est ceci ou cela… alors qu’ils savent au fond d’eux-mêmes que Bouteflika est un vrai homme politique. Il a travaillé pour notre pays comme l’aurait fait à sa place n’importe quel autre citoyen algérien consciencieux et responsable.

Répétons-le ce n’est pas le président, individuellement qui fait tourner la machine Algérie : c’est bien la synergie et le concours de tous les citoyens ; chacun à partir de son coin et selon ses manières, ses moyens, ses compétences, ses motivations et ses capacités.

Ça, il ne faut jamais l’oublier. Comme il ne faut jamais (il n’aurait pas fallu) dire que Bouteflika est un imposteur, un mal gérant des affaires de l’Etat, un dictateur ou autres inepties politiques et diffamatoires.

Il fallait et il faut dire par contre haut et clair que Bouteflika ne devait pas toucher l’article 74. Est-ce peu ? Oui c’est peu mais c’est tout. Et c’est toute notre dignité et toute notre crédibilité qui auraient gagné. Car il s’agit légitimement, pour nous autres citoyens algériens, de consolider un nouvel ordre politique à peine introduit en Algérie : l’alternance.

Et puis si l’on confond critique et dénigrement, le plus banal des partisans de Bouteflika peut nous défier : en nous démontrant pertinemment que Bouteflika est parmi les meilleures têtes que compte notre pays. Il pourra nous dire : « Vous savez ça et vous avez peur de vous l’avouer, même pas à vous-mêmes ! » Et, ma foi, il aura tout à fait raison.

Je n’entends pas, par ces propos, porter mon soutien à cette gaffe politique, grave. Notre président sortant – celui du premier et du deuxième mandat - ne doit pas abuser du pouvoir que le peuple lui avait confié pour la période prévue par la constitution algérienne ; ça va de soi.

Cessons donc d’insulter les gens et de nous prendre, les uns les autres par les boyaux : dire que notre président a 1,51m c’est mystifier le vrai problème. Que peut-on faire - sinon ranger la queue entre les pattes – face à ce même président auquel on reproche la petite taille qui vous glace en vous répondant : « J’ai deux centimètres de hauteur plus que Napoléon ! » ?

L’on ne peut pas battre les gens ordinaires dans ce type de combats imbéciles, figurez-vous si l’on a devant soi une personne de l’intelligence d’un Bouteflika.

Non ! Notre président sortant est devenu critiquable non pas parce qu’il est vieux, malade et de basse stature, mais seulement parce qu’il a changé l’article 74 qui équivaut à une véritable violation de notre constitution. Il a abusé de la confiance de ceux qui l’ont voté et ceux qui l’ont admis par la force des urnes et pour des raisons de con-vivance ou de réalisme politique.

Il a violé notre constitution donc au vu et au su de tous les Algériens et de tout le monde. Et c’est seulement ça qu’il faut lui reprocher.

Pour le reste il doit demeurer ce qu’il est : un grand fils de l’Algérie, plein de qualités et animé de bonne foi. Comme tous les mortels, il reste humain : il se trompe ; et le rôle de ses concitoyen est justement de le corriger par la critique et la dénonciation : redoutables armes politiques qui devraient lui empêcher de briguer un 3e mandat. 

Or ce que nous constatons c’est que la grande partie de nos démocrates – critiques de la politique de Bouteflika - s’est trompée de cible, malheureusement pour la démocratie en Algérie ! Ils ont mis la main sur l’ombre ; ainsi ont-ils perdu la proie !

Il ne faut jamais condamner sans laisser une voie d’issue, mais il faut provoquer les esprits et les évènements afin d’obtenir l’intelligibilité des faits et des situations. Quant aux hommes… on ne sait jamais ce qui trotte dans l’esprit des gens simples ou des singes, figurons-nous quand il s’agit d’un homme politique et a fortiori d’un homme aussi intelligent et fort (de deux mandats et d’un probable 3e ) comme notre président sortant.

 

Nihili admirari ou Le bénéfice secondaire d’être mortel

Pourquoi nos présidents sont-ils ainsi ? Pourquoi tendent-ils à régresser plus qu’ils n’avancent vers le progrès et le respect des citoyens ?

Parfois ils font penser au personnage de Jean Giono des « Collines » : sénile, malade, désespéré et malveillant ! Il ne sait donc que deux choses : qu’il ne sert plus à rien et surtout qu’il va mourir incessamment. Nos gouvernants semblent se comporter de la sorte – comme s’il n’y avait qu’eux qui auraient le privilège de mourir.

Nos responsables aiment-ils tellement les autres, leurs concitoyens, qu’ils leur souhaitent ce qu’ils souhaitent à eux-mêmes, c’est-à-dire : se mettre personnellement à leur service et, coûte que coûte, les servir ? Ils font donc tout pour faire sombrer avec eux toute la baraque Algérie ! N’est-ce pas du délire tout simplement ?

L’unique notre consolation, certes, maigre et ridicule est qu’ils ne sont pas de la trompe des Chirac, Ciampi, Blair ou Bush Jr. - que dis-je ? - d’un Chadli ou d’un Zeroual !

Pourquoi ce comportement bizarre, archaïque ? Est-ce là une manière qu’adoptent nos gouvernants pour nous faire avaler que le pouvoir est sacré et que seuls les élus de la Providence, comme eux, les Mahomet ou les Saint Pierre ont droit à s’y approcher ?

L’Algérie n’est pas Rome ni celui qui la gouverne peut être un César. Non, l’unique grandeur pour le mortel qui la gouverne est celle de la servir conformément à l’évolution des valeurs politiques universelles. Passer dans l’histoire, de cette manière violente et abusive, c’est passer avec petitesse comme un simple chef d’une simple et primitive tribu ou république des bananes.

L’unique honneur est de ne pas confondre le propre narcissisme avec l’indispensabilité. Nous sommes tous narcissiques pour ne pas dire égoïstes, mais personne ne peut être indispensable. Idem pour la responsabilité : il ne faut pas confondre la chefferie de l’Etat (qui devrait durer le temps d’un ou deux mandats, comme c'était prévu par notre défunte constitution) avec la ridicule présomption de faire le Père éternel.

La responsabilité d’un chef de l’Etat ne peut jamais aller au-delà du rôle d’un simple coordinateur des efforts des collaborateurs qui l’entourent (ce qui n’est pas facile ni moins important). Le reste des destins, ce sont les citoyens qui se les inventent et se les façonnent.

Dire qu’il a fait ceci et cela et que le soleil et les gens ne se lèvent le matin que quand il lève son petit doigt… signifie que le diseur de telles inepties est une malheureuse âme écrasée sous des tonnes d’idioties incurables.

Et dire qu’il y a des gens, et non des moindres (les représentants de ladite alliance présidentielle), qui le croient et pensent de nous le faire croire ! Malheureusement ils n’ont pas besoin de fournir de grands efforts pour persuader leurs ouailles. D’ailleurs notre mode de cultuer, d’ériger en objets de culte nos propres semblables, précaires et mortels, nous est archi-connu ; vu notre paresse multiple : morale, intellectuelle, technique, politique, spirituelle, manuelle... 

A quoi sert-il d’éduquer nos enfants et nos citoyens aux normes, à la confiance et à la tranquillité que la constance inspire, à la sécurité, à la sérénité (sources et pré-requis sine qua non de tout labeur et de tout enthousiasme créateurs de richesses et de prospérité) ; si alentours et quotidiennement l’on voit que ceux qui sont censés veiller au respect de ces règles, font de tout pour se soustraire à la loi fondamentale du pays ? 

Que voulez-vous ? Leur modèle suprême de référence c’est celui des despotes archaïques et orientaux, si nous excluons, Israël, l’Iran et l’Inde. Ou bien, chez nous, le pouvoir n’est qu’une comédie interdite aux moins de 70 ans ?

Changer l’article 74 est une entorse, une violence, un viol pas seulement épistémologiques et symboliques mais c’est presque charnels. Ce sont des tailles à même la chair vive de notre corps algérien, c’est un calvaire, un martyre… inutiles, du reste.

S’exposer aux critiques des uns et aux dénigrements des autres, avec parfois un plaisir acharné, ça relève d’un masochisme extrême.

Au train où vont nos affaires politiques, il me vient de penser que nos gouvernants ne peuvent se défendre contre ce genre de masochisme. Je dirais même qu’ils le cherchent avec méthode et application. Et alors, l’on peut parler du bénéfice secondaire de la mort, de la destruction et du nihilisme.

 

Enjeu stratégique

Abolir l’article 74 c’est faucher cette jeune pousse porteuse d’espoir, de dignité et de fierté d’être Algériens démocrates pour une fois dans notre histoire souvent marquée par les oppressions et les humiliations de la servitude.

Abolir l’article 74 - sans nous en demander notre avis et (comble !) en notre nom - ça s’appelle sous d’autres cieux civils et honnêtes : l’envie de nos gouvernants de forger une idéologie spécifique de la subordination, une culture de l’asservissement, un esprit de bétails, une mentalité d’omerta et de silences complices, de prosternation devant celui qui devrait nous servir mais qui tend à se servir de nous.

L’enjeu est de taille, chers concitoyens : les nations sont les unes pour les autres semblables aux ondes déferlantes d’un océan plein de monstres prédateurs, impitoyables. L’Algérie n’a pas le droit de prêter le flanc à ces flèches assassines, à ces menaces extérieures qui ne ferment jamais l’œil, à la mal gouvernance intérieure qui ronge le tissu citoyen.

L’Algérie doit s’adapter aux modes modernes et efficaces de gouvernance si elle veut vraiment survivre ; si elle veut vraiment établir l’harmonie et l’entente entre ses enfants, gouvernants et gouvernés ; si elle veut vraiment instaurer la confiance entre les citoyens de divers bords ; si elle aspire à la cohésion sociale, à la paix et à la sérénité seules garantes du bon fonctionnement de la machine Algérie.

Qu’on médite un peu ce genre de menaces qui ne cessent de nous troubler jusque dans notre sommeil le plus animal et le plus profond : Aujourd’hui Hasseni, le diplomate algérien a été humilié, malgré son immunité diplomatique, par un simple juge français. Pensez un peu si la France avait agi de la sorte avec un diplomate yankee… ça aurait été la fin du monde.

N’allons pas trop loin : pensez un peu si la justice algérienne avait arrêté et mis en prison le diplomate américain coupable de viol des employées algériennes de l’ambassade américaine. Bien sûr, ça ne pourrait jamais arriver car alors l’Algérie aurait été rayée de la face de la terre !

Ce scélérat yankee pourra toujours vivre tranquillement, même en Algérie, après ses délits et aucun juge ou policier o militaire ou président de la république ne pourrait l’arrêter. Par contre nos diplomates et jusqu’à nos présidents et roitelets sont des proies faciles et des cibles éternelles aux agissements humiliants de ces nations fortes et prédatrices. Aujourd’hui Hasseni, Mami ou Nezzar, hier Saddam, Noriega, Allende… et la liste est longue, longue… Et demain ?

Heureusement les juges français ont mis la main sur un bas haut-fonctionnaire (qui le connaissait avant ça ?) Pensez un peu au jour où ces dieux et défenseurs desdits droits de l’homme prendront un vrai haut-fonctionnaire (mettons… le chef de l’Etat algérien en personne).

Et même là l’on pourrait dire encore « Heureusement ! » Car, pensez par contre s’ils viennent le chercher à Alger, dans ses bureaux d’El Mouradiya !

Ils sont capables (j’allais écrire Coupables) de l’accuser arbitrairement (comme ils le font toujours avec les cheikh-roitelets que sont nos gouvernants tiermondains). En cela nos responsables ne valent point plus que nous autres quidams et zaoualia.

Oui, ils sont capables de venir par la suite prendre notre président en n’omettant pas de foutre le feu à la baraque Algérie.

Oui, ils sont capables de trouver des accusations, valables selon leurs multiples et infinis poids et mesures, comme par exemple : la célébration de la Révolution de novembre 54, la fête de l’indépendance, Aid El Ad’ha, la circoncision de nos petits enfants, notre aversion pour le porc, notre amour boiteux pour les chiens ou la dernière révision de notre Constitution et l’affaire du 3° mandat…

Quelqu’un alors applaudira sûrement de part et d’autre du mar nostrum, beaucoup cependant de la rive sud pleureront certainement - et pour longtemps - la violation d’une belle vierge et accepteront de re-mourir fi sabiliha pour lui recouvrer l’honneur et la candeur.

 

La démocratie est fondamentalement alternance

« Mesdames, Messieurs, Vous n’êtes pas sans savoir que dés le début, nous avons constamment  agi pour consolider et moderniser les institutions de la République, pour consacrer les bases de la démocratie et renforcer l’édification de l’Etat de droit, avec la participation des différentes franges de la société à cet effort et à cette  démarche. » discours du président du 29-10-08 à l’occasion de l’ouverture de l’année judiciaire. 

Quand notre président prononce le terme de démocratie et ceux de ses accessoires et autres harnais, il entend autre chose que ce que quelqu’un d’autre entend ; il entend que la démocratie ne doit surtout pas - et en aucun cas - signifier alternance.

Il ne s’agit point dans son discours de penser aux débats, à la liberté d’opinion, à la possibilité de participation à la course électorale mais d’affirmer que tant qu’il sera en vie, personne ne devrait prétendre au pouvoir suprême. Oui, il ne manque pas de dire « Que le meilleur gagne ! » mais il fait en sorte que c’est lui-même qui soit ce « meilleur ».

Il est possible qu’il entende aussi par le mot Alternance, la nécessité de l’alternance mais toujours à un niveau subalterne ; d’ailleurs sa pratique courante dans les affaires de l’Etat est là à nous confirmer qu’il l’a toujours pratiquée depuis avril 1999 : en limogeant gouvernants et chefs de gouvernants ou en les réinstallant au gré de mystérieux calculs et caprices (aussi ?).

De ce point de vue il est cohérent avec cette parcelle de son discours ou – ce qui est pareil - cette parcelle de son discours est cohérente avec sa pratique politique.

Voilà pourquoi il ne s’embarrasse pas quand il se prend pour chantre de démocratie tout en excluant l’alternance. Voilà pourquoi ses lapins et lieutenants le soutiennent sans éprouver du ridicule. Voilà pourquoi les tenants du tout-alternance y voient de l’imposture et sentent de l’arnaque. 

« Nous assistons aujourd’hui à l’ouverture de la nouvelle année judiciaire qui coïncide pratiquement, cette fois, avec l’achèvement de l’une des étapes les plus importantes de la réforme de la justice à travers un  programme touchant plusieurs aspects de l’institution judiciaire, qui devait être renforcée et relancée dans le cadre du processus de redressement de toutes les institutions et structures de l’Etat pour consacrer les bases de l’Etat de droit. »

Voyez aussi comment il sait préparer les gens, pour ne pas trop en froisser la sensibilité, en leur faisant croire que tout change, et puisque tout change pourquoi devrions-nous nous attacher, comme à un fétiche, à un infime article de notre constitution. Il ira trop loin même pour persuader les réfractaires : il modifiera, outre à l’article 74, d’autres articles encore !

Ainsi arrive-t-il à banaliser ce changement précis, ciblé, extrêmement important, vital pour sa survie politique ; comme si faire de la politique n’avait d’autre sens que celui d’être président de la république et à vie !

En banalisant ce changement fort dangereux, il arrive à banaliser le retour de l’exécrable despotisme oriental et la dictature des républiques des bananes.

C’est absurde et c’est gênant, comme ces situations oniriques où les personnes les plus pieuses se voient parcourir toutes nues les rues pleines de voyeuristes, sans pouvoir cacher leur vergogne. A aucun instant de ce discours, le chef de l’Etat algérien ne perd son fil conducteur : celui de « faire régner la loi et imposer son respect pour préserver la vie publique au sein de la société et les droits et les libertés fondamentales. » dit-il - sans se gêner.

Idem, quand il parle de la justice : ce n’est pas qu’il n’ait pas la même conception de la justice que tous ses contemporains, amis ou rivaux, proches ou lointains, mais seulement il pense que la justice dont les gens ont pratiquement besoin ne doive pas être celle fondamentale, globale et qui touche à toutes les sphères de l’existence politique et sociale des citoyens ; celle-ci serait fictive ou chimérique, car elle est inexistante comme l’alternance au niveau de la magistrature suprême.

La justice qu’il a en esprit est de faire la promesse aux citoyens d’avoir un logement comme le voisin, pour ceux qui n’en ont pas, un travail, une protection sociale et sanitaire, une école pour les enfants et, si dieu voudrait bien, un environnement vert et reposant…

Ses gouvernés-sujets pourront avoir droit à tout sauf à celui de poser leur regard sur la magistrature suprême. Le président entend cette forme chimérique de justice car les chimères aussi usent les mêmes abracadabras pour venir au jour.

C’est cette justice qu’il entend par état de droit. Et c’est pour ça qu’il croit fermement à une adhésion-conscience forte et profonde de la part des citoyens. Ici aussi pour les détracteurs du projet du président, fauteurs du tout-alternance, ce discours n’est que de la fumée dans les yeux, de la mystification et, il peut être aussi, de la moquerie.

Que notre justice ait besoin d’amélioration, il n’est un secret pour personne. Mais priver les Algériens d’un acquis aussi prestigieux et vital comme la démocratie dans sa forme la plus sublime, comme l’alternance au niveau de la magistrature suprême, est - le moins qu’on en puisse dire -comme si quelqu’un pensait de re-livrer à la France l’Algérie indépendante.

 

Engagement international et souveraineté nationale ou l’épée de Damoclès

« Nous pouvons également signaler, dans ce contexte, l’amélioration enregistrée dans le domaine de la législation, à travers la révision de l’arsenal législatif national et son enrichissement par plusieurs textes législatifs et réglementaires  qui contribuent tous au renforcement des libertés et des droits fondamentaux, à l’organisation de la vie publique au sein de la société, qui visent à adapter  notre législation à nos engagements internationaux et à l’inscrire dans un contexte  de mondialisation. Et ce conformément aux mutations intervenues au plan international dans les relations entre les Nations et les peuples, et en adéquation avec les développements qu’a connus le pays sur les plans politique, économique et social  et les progrès réalisés dans tous ces domaines. »

Quand il parle de l’adaptation de notre législation aux engagements internationaux, il sait que ces engagements sont toujours faits avec des réserves. L’une de ce type de réserves fondamentale est la souveraineté intérieure et son corollaire la non ingérence étrangère.

Que savons–nous de ces engagements ? des généralités et des déclarations floues qu’on ne peut nier ou repousser facilement : car elles peuvent dire la chose et son contraire à la fois. Qui peut être contre une assertion comme celle qu’on vient de citer dans le paragraphe supra du discours ? Et qu’est-ce ça veut dire international ?

Voyons par exemple ce que signifie l’internationalité de la commission de contrôle des prochaines élections présidentielles en Algérie : l’engagement de 100 Africains, 80 Arabes, 8 membres de l’inefficace O.C.I., 5 de l’inutile Onu ! Tous, il va sans dire, sont issus des pays où la dictature sévit à la lumière du jour, sans complexe ni honte. Seront-ils crédibles, eux, qui ont le despotisme dans leur sang, dans leurs gènes, dans leur Adn ?

Notez bien : Pas un Européen ou un Américain !

« Cette réalité positive d’exception a motivé la volonté de quelques unes de ces organisations et de certains pays amis qui disposent d’un système  pénitentiaire développé, de faire part de leur disponibilité à aider l’Algérie à mener à bonne fin les programmes de réforme des établissements pénitentiaires. »  

Ce n’est pas l’objectif de cet écrit de juger de la pertinence ou non des systèmes judiciaire et pénitentiaire de l’Algérie et de leur réforme, mais de relever les incohérences d’un discours qui semble accepter humblement et volontiers les conseils et les expériences des pays amis disponibles à aider l'Algérie à mener à bonne fin les programmes de réforme, mais quand il s’agit de la pratique démocratique (via l’alternance politique vraie), les conseils de ces mêmes pays amis viennent ignorés si non jetés au nom de ladite souveraineté nationale et de la spécificité culturelle de notre pays.

La soi-disant harmonisation de « notre législation avec nos valeurs et nos principes nationaux et leur adaptation aux règles en vigueur  à l'échelle internationale, » se révèle alors une simple gymnastique épistémologique où excelle le discours de ce genre de gouvernants qui, une fois sur le koursi, ils n’aspirent qu’au maintien du pouvoir quitte à modifier la loi, à abuser de la confiance des citoyens et, s’il le faut, à mettre le pays  au fer et au feu.

La liberté et l’aspiration à la dignité ne sont pas l’expression temporaire de quelques caprices ou luxes liés à un moment précis de l’histoire des Algériens, c’est une poussée vitale et constante de leur vie. Et puis même s’il est vrai et nécessaire que plusieurs dispositions de nos constitutions s’avarient, jamais des valeurs comme le respect, la liberté, la justice, la dignité et la solidarité ne se fanent.

Il est indispensable que le langage qui exprime ces valeurs change, que les mécanismes changent, que les responsables et même les présidents des républiques changent, que les institutions changent mais pas l’amour pour ces valeurs, non !

Notre président avec sa capacité langagière nous donne à croire que l’instrument (naturellement périssable) s’identifie et se confonde avec une valeur (naturellement transcendantale et quasi éternelle) comme la liberté.

Voici donc notre constitution chamboulée ! Que veut-on de plus ? Transformer l’Algérie de république en monarchie ?

Avec notre article 74, nous avons raté un honorable rendez-vous avec l’histoire et perdu un de nos grands hommes, malheureusement !!        à suivre

 

Smari Abdelmalek

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LEMILITANTSANSFRONTIERES 28/04/2009 22:03