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BERBERICUS

Vues et vécus en Algérie et ailleurs. Forum où au cours des jours et du temps j'essaierai de donner quelque chose de moi en quelques mots qui, j'espère, seront modestes, justes et élégants dans la mesure du possible. Bienvenue donc à qui accède à cet espace et bienvenue à ses commentaires. Abdelmalek SMARI

Larbi Ben M’hidi, Antonio Gramsci martyrs de la non-indifférence

« Nos jeunes d’aujourd’hui n’auront pas moins de

mérite que ceux d’hier. Ils demandent à être guidés,

 orientés et soutenus dans leur quête légitime pour

une vie meilleure, dans une Algérie meilleure. »

Abdelaziz Bouteflika

 

 

Piove governo ladro !

Si l’Italie est une nation de la culture raffinée et du civisme, c’est grâce aux efforts de ses fils qui ont toujours travaillé et peiné pour la prospérité matérielle et le progrès moral et scientifico-artistique de leur pays. Et si dans les moments difficiles de son histoire elle semblait s’écrouler et s’anéantir, elle n’a jamais manqué de cette grande culture et de ce civisme, et ce, grâce à la conscience et à l’engagement de ses fils de la trempe d’un Gramsci.

Braves fils qui ont fait de la diffusion de la conscience politique, du sens de l’engagement et de la culture citoyenne leur credo et leur djihad. En fait cette nation, ressuscitée tant de fois de ses propres cendres, n’avait jamais manqué dans sa longue histoire de ce type de fils généreux. Et évidemment elle n’en manquait pas à l’aube du siècle dernier.

L’Italie de l’époque actuelle est le fruit logique et inéluctable des efforts et des sacrifices de ce type d’hommes qui ont enseigné aux générations successives le sens de la responsabilité envers leur propre destin, le sens de la liberté, la valeur de la solidarité et de la lutte contre le fatalisme et la médiocrité de la soumission et de la servilité.

L’étude de l’histoire sert à nous démontrer que l’état actuel des peuples et des nations n’est pas le résultat d’une intervention des dieux ou des hasards mais il découle de l’engagement et de la discipline des hommes dans leurs efforts pour s’organiser, s’entraider et aspirer toujours à une vie meilleure. Et la mémoire – objet de l’histoire - sert à nous rappeler que le présent n’est pas le fils de soi-même, il n’est pas issu par génération spontanée mais il est l’aboutissement provisoire (car en perpétuel changement) des processus évolutifs, déjà en marche depuis la nuit des temps.

Le futur, lui non plus, ne doit pas être conçu comme un enfantement par parthénogenèse : l’époque, pour ne pas dire le pays ou la cité, a besoin d’un fécondeur et celui-ci n’est autre que l’engagement, la discipline et l’effort de l’homme. Alors l’époque enfantera l’avenir qui sera prospère, juste, beau et où il sera fort doux à vivre. L’homme, pour être digne de ce nom, n’a pas donc besoin de la somnolence de l’oubli et de la paresse mentale, mais de la vigilance de la mémoire.

Malheureusement, chez nous l’on entend souvent objecter : « mais ils ne te laissent pas faire » ou « mais nous n’avons pas les moyens et autres blablabla … » Ces prétextes typiques des bras cassés sont assez courants chez homo berbericus.

Les présomptions et mensonges de ce dernier sont considérés comme des vérités inébranlables, indéboulonnables, par certaines langues-plumes de nos soi-disant media ou intellectuels qui sont toujours prêts à défendre et justifier la paresse civilisationnelle et morale de nous autres Algériens. Selon leur logique malade, ce serait la faute au gouvernement algérien si le ciel refusait de pleuvoir ! « Piove – disent ces mêmes Italiens – governo ladro ! » mais ils plaisantent ; les nôtres sont, quant à eux, pathétiquement sérieux.

Et c’est logique pour une mentalité endormie par des siècles d’exclusion des sphères du pouvoir, de la responsabilité citoyenne, de la justice et de la dignité… Et c’est normal pour des gens qui ne lisent pas l’histoire, non pas seulement la leur mais aussi celle de leurs semblables… Et c’est enfin normal pour des bras cassés voués presque par nature à patauger dans la vie végétative sans conscience morale, universelle et historique ; voués à vivre en parfaits profiteurs et parasites…

 

Ben M’hidi et Gramsci

En plus, ces gens-là ne cessent de pleurnicher et ne font rien pour essuyer les affronts de la misère et de l’oppression. Ils ne font rien pour sécher leurs larmes de parasites frustrés. Ils pensent peut-être qu’ils valent mieux qu’un Gramsci ou un Ben-M’hidi, par exemple !! Ils pensent que l’inertie du à leur assoupissement vaut mieux que l’inquiétude créatrice d’un Gramsci ou d’un Ben-M’hidi !!

On connaît la dignité, l’engagement et la responsabilité avec lesquels Ben-M’hidi avait affronté sa vie de militant et sa mort de martyr, comme les centaines de milliers de ses concitoyens chouhada. Ces grands hommes n’avaient pas invoqué le lâche et exécrable prétexte « mais ils ne nous laissent pas faire » ou « mais nous n’avons pas de moyens » ; ils ont tout simplement incarné l’un des passage d’or de l’Appel du I° Novembre 54, ou plutôt c’est ce passage qui s’est fait chair en eux et qui a nourri de sa chair leur chair. « Quant à nous, résolus à poursuivre la lutte, sûrs de tes sentiments anti-impérialistes, nous donnons le meilleur de nous-mêmes à la patrie. »

Quant à Gramsci, qui était Sarde, pauvre, malade, bossu, seul dans le nord froid et superbe des riches, des sains, des puissants, des prestigieux influents ; quant à lui il avait su surmonter tous ces obstacles et accéder au protagonisme de l’histoire universelle par les grandes portes. Dans ses Lettres de la prison, malgré le mal et l’oppression – pour paraphraser Chabbi -, il n’a jamais abdiqué ni renié ses idéaux. Au contraire il n’a pas cessé de travailler pour ces mêmes idéaux.

Et ce sont ces travaux - les fameux « Carnets de la prison » - qui font de lui l’un des plus grands philosophes et penseurs politiques de notre siècle. Il n’a jamais cessé de travailler. Il aurait pu, s’il avait été égoïste ou indifférent, invoquer le prétexte que l’oppression fasciste, la cruauté des maux physiques, la solitude infernale des geôles et d’autres misères ne l’auraient pas laissé agir, réfléchir,  créer et contribuer donc à pousser de l’avant le char du progrès et de l’histoire.

Condamné à 20 ans de réclusion, il est mort en prison après 11 ans de détention, souffrant, usé et consumé à petits feux par l’injustice et par des douleurs atroces. Il n’a pas abdiqué.

Et si l’Italie d’aujourd’hui fait partie des G8 ce n’est pas par la baraka du ciel mais bien par la baraka des efforts, des sacrifices et de la détermination des gens comme ce grand esprit, ce grand chahid de la condition de l’homme, ce vrai philanthrope qui ne puisait sa force, son courage et sa conviction dans aucune religion si non dans celle de la Non-indifférence. Ainsi a-t-il vécu et ainsi est-il mort : pour le bien des hommes, tous les hommes.

 

Dari, dari… ou de l’engagement

Il va sans dire que s’engager dans quelque entreprise citoyenne et œuvrer dans l’intérêt public, ne doit pas être confondu avec le recours à l’inquisition et à la violence. S’engager dans une œuvre sociale ne doit pas signifier non plus faire de la sadaka (aumône), ni faire preuve d’héroïsme, de philanthropie ou d’altruisme qui exclut tout égoïsme. Non : autrement personne n’en serait capable, si l’on exceptait quelque sot ou quelque masochiste de névrosé.

S’engager, au contraire, c’est affirmer son égoïsme tout en le mettant au service de l’intérêt général. Il n’y a que ça, au fond : tout le reste n’est qu’une armature de prétextes et de fragiles alibis pour démissionner de la vie publique. Et puis de toute façon l’intérêt général ne pourrait jamais avoir lieu s’il ne servait pas nécessairement celui de l’individu en particulier.

Devenir médecin par exemple c’est pour le jeune étudiant une ambition personnelle, égoïste donc, quoi qu’on en dise. Mais le jeune, qui deviendra un jour médecin, aura certes quelques avantages culturels et sociaux et dans le même temps son art et sa science rendront de grands services aux malades, aux étudiants de médecine et à la science médicale elle-même.

Tous ces exploits au profit du groupe seront de toute façon une généreuse source de plaisir pour le médecin même. Pourquoi ? Tout simplement parce que la société est faite de sorte qu’elle soit toujours gratifiante pour le moindre service que l’individu lui concède. Et quel est ce prix si alléchant qui fait de nous des altruistes malgré nous ? Le prestige de la distinction. La société nous connaîtra et reconnaîtra notre mérite ; et ce serait fort suffisant pour nous.

Oui la société se chargera de nous hisser sur le plus haut podium, de braquer toutes ses lumières sur notre personne et, ainsi faisant, elle nous sortira de l’anonymat et nous imprimera dans la mémoire des autres et consignera notre mémoire à la postérité.

N’est-ce pas de reconnaissance que nous avons besoin, nous autres fragiles individus ? N’est-ce pas d’immortalité que nous avons besoin, nous autres frêles papillons périssables ? Voici donc le sens et la raison de s’engager, d’être civil et voici en somme ce que veut dire être citoyen.

Il faut donc partir non pas avec l’amour (car se serait une autre présomption) mais avec la confiance dans le cœur. La confiance en nos proches et semblables. Cette confiance consiste entre autres choses à accorder aux autres d’abord un certain « non-lieu » afin de les apprivoiser et de nous faire apprivoiser. Tout en nous montrant sous cette forme concrète d’indulgence, il ne faut pas oublier de prendre la vie et les rapports avec nos co-vivants avec une attitude bienveillante mais toujours critique.

Je sais ; ça demande une conscience, une motivation forte, un savoir faire et du courage et ce serait justement l’occasion d’apprendre et d’exercer ces vertus qui constituent l’esprit même du civisme.

La critique sert aussi à nous orienter dans la vie, avec assurance. Il ne faut pas prendre des modèles de conduites, comme ça, au hasard des affinités et des fantaisies : aimer par exemple la vertu si elle vient d’une star et la dédaigner quand elle vient d’un misérable quidam. L’on ne doit pas oublier qu’il existe des rois serviles (G. Moustaki), comme il existe des canailles aussi superbes qu’un roi.

Ibn Rochd (Averroès) recommandait de ne pas reconnaître la vérité par les hommes, mais reconnaître les hommes par la vérité. Enfin l’intérêt général, qui n’est autre que la cité, est une espèce de demeure dont il est de notre intérêt et devoir de défendre et d’honorer si nous voulons bien être dignes . « Dari, dari, mestourat ‘ari. »

Je sais ; je ne suis pas encore arrivé à inventer d’autres mots plus forts et plus pertinents que ceux que je possède pour dire avec plus de clarté ce que « être civil » veut dire. Toutefois je n’en veux pas trop à moi-même pour mes faiblesses linguistiques ou mes défauts de raisonnement ; d’autres grands esprits avant moi l’ont fait et d’autres encore après moi le feront mille fois mieux que moi. Il suffit de les consulter et d’interroger l’histoire des idées et du progrès humains pour avoir sous les yeux des exemples impeccables de cette lignée de chevaliers du civisme.

Pour ce qui me regarde, je conçois le civisme comme une attitude et une conduite morales qui reposent sur l’engagement et la discipline. Ce n’est pas donc un don du ciel, le civisme, mais il est le fruit d’un rêve qui devient réalité grâce aux idées et au travail des hommes.

Si l’engagement et la discipline sont deux chemins qui mènent directement et sûrement vers la liberté, la justice et la prospérité ; en quoi consistent-ils concrètement ? Choisir en toute liberté et avec lucidité une action qui épouserait l’intérêt personnel à l’intérêt public, en faire un projet et une raison de vie et faire en sorte qu’elle se réalise.

En ce qui suit, voici l’un des textes célèbres écrit par Antonio Gramsci au sujet de l’engagement et du devoir d’être citoyen. L’écrit s’intitule justement Indifférents.

 

Indifférents

« Je n’aime pas les indifférents. Je crois comme Federico Hebbel que « Vivre veut dire être parti prenant ». Il ne peut exister les seulement hommes, les étrangers à la cité. Qui vit vraiment ne peut ne pas être citoyen et parti prenant.

L’indifférence est aboulie, est parasitisme, est lâcheté, elle n’est pas la vie. Je n’aime pas donc les indifférents. L’indifférence est le poids mort de l’histoire. C’est la boule de plomb pour le novateur, c’est la matière inerte dans laquelle souvent se noient les enthousiasmes les plus radieux, c’est le marécage qui ceint la vieille cité et la défend mieux que les murailles les plus fermes, mieux que ses guerriers, car elle enlise ses assaillants dans ses gouffres boueux, limoneux, et elle les décime et les démoralise et quelques fois elle les oblige à renoncer à leur entreprise héroïque.

L’indifférence opère énergiquement dans l’histoire. Elle opère passivement, mais elle opère. C’est la fatalité ; c’est sur quoi l’on ne peut compter ; c’est ce que bouleverse les programmes, renverse les plans les mieux construits ; c’est la matière brute qui se rebelle à l’intelligence et l’étrangle. Ce qui se passe, le mal qui s’abat sur tous, le bien possible qu’un acte héroïque (de valeur universel) peut provoquer, tout ça revient moins à l’initiative de quelques personnes qui activent qu’à l’indifférence, à l’absentéisme de la majorité.

Ce qui arrive, arrive non pas parce que certains veulent qu’il arrive, mais parce que la majorité abdique sa volonté, laisse faire, laisse se grouper les nœuds qu’ensuite seule l’épée pourra couper, laisse promulguer les lois qu’ensuite seule la révolte fera abroger, laisse aller au pouvoir les hommes qu’ensuite seul un mutinement pourra renverser.

La fatalité qui semble dominer l’histoire n’est que l’apparence illusoire de cette indifférence, de cet absentéisme. Des faits mûrissent à l’ombre, juste quelques mains, à l’abri de tout contrôle, tissent la toile de la vie collective, et la masse ignore, car elle ne s’en soucie point. Les destins d’une époque sont manipulés selon des vues étriquées, des buts immédiats, des ambitions et des passions personnelles de petits groupes actifs, et la masse ignore, car elle ne s’en soucie point.

Mais les faits qui ont mûri aboutissent à leur fin; mais la toile tissée à l’ombre s’accomplit : et alors il semble que c’est la fatalité qui emporte tout et tous, il semble que l’histoire n’est pas un énorme phénomène naturel, une irruption, un séisme, dont tous restent victimes, qui a voulu et qui n’a pas voulu, qui savait et qui ne savait pas, qui a été actif et qui indifférent.

Ce dernier s’irrite, il voudrait échapper aux conséquences, il voudrait qu’il soit clair que lui n’y était pour rien, qu’il n’était point responsable. Certains pleurnichent piteusement, d’autres blasphèment avec obscénité, mais personne ou peu de personnes se demandent : si j’avais moi aussi fait mon devoir, si j’avais cherché à faire valoir ma volonté, mon conseil, serait-il advenu ce qui est advenu ? Mais personne ou peu de personnes se sentent responsables de leur indifférence, de leur scepticisme, du fait de ne pas avoir offert leurs bras et leur activité à ces petits groupes de citoyens qui luttaient justement pour éviter tel mal et procurer tel bien.

La plupart de ceux-ci par contre, à événements accomplis, préfèrent parler de faillite des idéaux, de programmes définitivement écroulés et d’autres agréableries pareilles. Ainsi recommencent-ils leur absence de toute responsabilité. Et ce n’est pas vrai qu’ils ne voient pas clair dans les choses, et que parfois ils ne soient pas capables d’avancer de très belles solutions pour des problèmes plus urgents, ou pour ceux qui, bien qu’ils demandent une ample préparation et du temps, sont toutefois pareillement urgents.

Mais ces solutions restent très bellement infécondes, et cette contribution à la vie collective n’est animée d’aucune lumière morale ; elle est le produit de la curiosité intellectuelle, pas d’un piquant sens d’une responsabilité historique qui veut que tous soient actifs dans la vie, qui n’admet pas agnosticismes et indifférences d’aucun genre.

Je n’aime pas les indifférents aussi à cause de l’embêtement que me provoquent leurs pleurnichements d’éternels innocents. Je demande des comptes à chacun d’eux : comment il s’est acquitté des tâches que la vie lui propose quotidiennement ? qu’est-ce qu’il a fait et plus particulièrement qu’est-ce qu’il n’a pas fait ? Je sens de pouvoir être inexorable, de ne pas devoir gaspiller ma pitié, de ne pas devoir partager avec eux mes larmes.

Je suis parti prenant, je vis, je sens déjà pulser dans les consciences viriles de ma part l’activité de la cité future que ma part est déjà en train de construire. Et en elle la chaîne sociale ne pèse pas sur peu de personnes, en elle chaque chose qui arrive n’est pas due au hasard, à la fatalité, mais elle est l’œuvre intelligente des citoyens. Il n’y a en elle personne qui reste à la fenêtre à regarder pendant que le petit nombre se sacrifie, s’évanouit dans le sacrifice ; et celui-là qui est à la fenêtre, aux aguets, veuille profiter du peu de bien que l’activité de peu de personnes procure et dilue sa déception en vitupérant le sacrifié, le saigné, car il n’a pas réussi dans son dessein.

Je vis, je suis parti prenant. Donc je hais qui ne prend pas parti, je hais les indifférents. »

Traduction personnelle à partir de http://www.antoniogramsci.com/cittafutura.htm#notac#notac 

"La Città futura", pp. 1-1 Raccolto in SG, 78-80.

 

De l’oubli et du pardon

« J’avais donc bien raison dans mon interrogation écrite adressée à votre site il y a 48 heures lors de la permutation des photographies. Si objectivement on peut s’interroger sur le bilan (positif et négatif) du colonialisme faire comparaison avec l’invasion de la Libye par l’ancienne puissance fasciste italienne est des plus surprenant. Même si l’on peut comprendre votre raisonnement il y a lieu de l’étendre sur la responsabilité des dirigeants de 1962 quant au refus du vivre ensemble et la violation immédiate des accords d’Evian. Il est quand même curieux que presque 50 ans plus tard on ne peut pas se réconcilier. Ramener vos difficultés actuelles au passé c’est un peu fort de café si vous me permettez cette expression. "Li fat met" et vivre sur des cendres en attisant la haine ne mènera à rien. »

Cette citation est le commentaire d’un lecteur à l’article d’Amine Lotfi « Séquelles » publié dans le quotidien Algérien El Watan 02-09-08

Sincèrement je n’ai pas apprécié ce passage. C’est de l’inconscience et de l’irresponsabilité incarnées : son auteur se cache derrière l’inconsistant paravent de l’oubli et le prend pour une forme de pardon magnanime !

N’en plaise au chantre de la paresse mémorielle, la France des nostalgiques de la nuit coloniale, par son refus de la repentance envers l’Algérie particulièrement, a démontré qu'en matière de civilisation et de bonnes manières politiques elle est encore à la traîne.

Cette France-là a en d’autres termes besoin de quelque autorité historique et civilisationnelle, telle que l'Italie par exemple mère de Rome et de l'humanisme Renaissant, qui lui indique le but et lui éclaire le chemin qui y mène. La civilisation occidentale doit tant à l’existence de l’Italie. L’Italie de l'Etrurie, de Rome et de la Renaissance.

L'on prend souvent Berlusconi pour un vulgaire bouffon mais, en matière d’humanisme et de bonnes manières politiques, il a montré (par son geste magnanime envers la Libye) qu’il était tout simplement un grand homme politique, en tous les cas mieux que certains de ses propres compatriotes qui se font appeler La gauche.

Berlusconi, le bouffe-communiste, a montré qu’en tant qu’Italien, il irradie de la baraka de Jules César, de Machiavel et de Catherine de Médicis.

A propos de cette dernière, c’était elle qui avait introduit l’art d’utiliser les fourchettes et les couteaux à table. Une telle nouveauté, géniale du reste, n’avait pas manqué de frapper de stupeur l’un des génies littéraires de la France: Rabelais.

De ce grand esprit - raconte-t-on – l’on retient une attitude bizarre, quasi fétichiste, à l’égard de la fourchette! On l’a vu arpenter pendant des jours les rues de Paris avec une fourchette accrochée à sa ceinture et exhibée avec ostentation et fierté, comme dans les années 60-70 du siècle écoulé, quand les gens In accrochaient des porte-clés à la ceinture de leurs pantalons.

La France de la Grandeur, elle, par contre comprend bien ce que veulent dire Rome et Florence et elle en suit humblement les pas comme le disciple suit les doux ordres du généreux taleb. La France de la petitesse, quand elle se refuse un courageux et objectif examen de mémoire, elle ne fait que se renverser toute seule tout le ridicule de la bêtise sur son propre visage.

« Li fat met » - a-t-il dit M. l’oubliant. Il ignore que ce talisman verbal, qu’il croit être un solide argument pour son raisonnement, n’est qu’un prétexte pour cacher son aliénation ou sa lâcheté. Ce genre de talisman est un sophisme dont seul un ignorant ou un prétendu mystificateur peuvent s’y accrocher encore pour justifier leur soumission et leur exécrable fatalisme.

Qu’il essaie, Monsieur le donneur de leçons de la paresse et de l’oubli, d’inverser les termes de son tertre et imbécile adage, il verra avec ses propres yeux qu’il est en plein dans la bêtise et le fatalisme. Qu’il essaie de dire par contre « Li met fat » et il verra alors que son ineptie deviendra comme par enchantement une véritable proposition logique avec toute la due dignité.

Ce Monsieur, sans mémoire et sans consistance donc, sait-il que seules les choses qui meurent passent et irréversiblement? Quant à celles qui passent, il n'est pas dit qu'elles meurent ou qu'elles ne peuvent plus retourner. Et tant qu’il y aura des gens que leur dignité d’hommes empêche de traîner dans la boue leur propre mémoire, la repentance arrivera nécessairement un jour.

La France raisonnable suivra par la force de l’histoire le dictat de Rome et la sollicitation de Florence. La repentance adviendra un jour, car c’est une loi de l’histoire et celle-ci n’a pas de comptes à rendre à personne surtout à des trouillards.

Je termine avec cette autre citation de Gramsci « Instruisez-vous car on aura besoin de toute notre intelligence. »

 

Smari Abdelmalek

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