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BERBERICUS

Vues et vécus en Algérie et ailleurs. Forum où au cours des jours et du temps j'essaierai de donner quelque chose de moi en quelques mots qui, j'espère, seront modestes, justes et élégants dans la mesure du possible. Bienvenue donc à qui accède à cet espace et bienvenue à ses commentaires. Abdelmalek SMARI

L’art d’abattre les morts (1)

A L’Innocente

 

 

Le chœur                  

De maman j’ai appris à souffrir

De maman j’ai appris à pleurer

Je n’aime pas souffrir,

Et encore moins pleurer.                                     

              

- L’écho : Comment expliquer qu’une pauvre tribu, réussit en moins de cinquante ans, à s’emparer de toute la Perse antique ?

- Zadeh : C’est simple, Mahomet et les siens étaient d’habiles assassins.

- L’écho : Comment est-il possible que maintenant tu trouves que la simplicité puisse être explicative et positive ? les disciples de Mahomet, eux aussi, étaient simples. Justement dans ton roman tu utilises le mot comme une insulte. Tu voulais dire qu’ils étaient superficiels, n’est-ce pas ? ne me dis surtout pas que tu ignores la langue dans laquelle tu as écrit ton roman, car moi je l’ai lu avec le dictionnaire à la main.

- Zadeh : Et alors ?

- L’écho : Alors, si toi-même tu n’es pas sûr de ce que ta bouche dit, figure-toi moi ! Et puis l’histoire ou la théorie des assassins n’explique rien. L’histoire (pas le conte), mon ami, est une femme, notre époque est son fils (ou sa fille pour qu’on ne me taxe pas de machiste), l’évolution (la révolution disent les révolutionnaires) est l’accouchement. Et l’art, ah puisqu’il s’agit de l’art, c’est comme disait Kant est moins une imitation de la nature qu’une nouvelle création et une belle représentation de la même nature. L’ouvrage de Rushdie reste quand même sympathique parce qu’il est plein d’ironie et d’humanisme ; alors que le tien, mon ami… ça alors… il a trop versé dans le pathétique et semble nous raconter une histoire archi-vue et entendue.

- Zadeh : Mais moi je m’appelle Zadeh, non Rushdie.

- L’écho : L’homme tente de contourner le réel qui est toujours une sorte de plaie ouverte, mais l’art, avec les yeux de l’entêté Orphée, cherche à scruter les souffrances pour les habiller peut-être et les panser, pas pour exciter les bêtes de la vengeance.

 

Le chœur

Ombrelle brisée

Que la tempête effraie

Avec ses nuages noirs et denses

Qui menacent et dansent

Comme les flammes de l’enfer

Comme les fours…

de l’holocauste

 

- Zadeh : Si la physique même devient incertaine et tremble, rien qu’à entendre le nom de Heisenberg, si dieu est tenté encore par le jeu du hasard malgré Einstein… comment peut-on soutenir encore aujourd’hui que les vérités soient stables ?

- Khomeiny : Des gens comme toi me font avoir l’angoisse existentielle, à moi le mec oriental qui ne devrait pas en avoir du tout, bien que je sois un vrai héro. Ces idiots de mystificateurs oublient ou feignent d’ignorer que c’est proprement l’acuité tragique avec laquelle je vis justement cette angoisse qui me hisse, comme tout homme, au statut de héro. Berf, pour le reste, je déclare me fier du jugement…

- Zadeh : Le jugement dernier ? 

- Khomeiny : Qu’est-ce que tu es en train de délirer là, fiston ? Celui de la critique sérieuse. En d’autres termes je conçois que « Versets sataniques » est un chef-d’œuvre. Mais c’est avec M. Rushdie que les choses se gâtent.

- Zadeh : Rushdie dit que vous croyez que Maggie, la Dame de fer, vous trahissait avec lui. Et c’est pour ça que vous lui en voulez. Mais c’est de la blague, évidemment. Selon moi, la vraie raison en est que vous êtes un assassin-né, un ennemi des lumières et de l’esprit.

- Khomeiny : En voici un autre qui souffre de bouffées délirantes. A part qu’en ce moment je suis déjà mort depuis belle lurette, qu’est-ce que ça peut me foutre d’une froide et pourrie de vieille dame, si Allah même m’a promis de belles fées pour toute l’éternité. Tu me rappelles par ta stupidité le pauvre Shamsha : il est un B. C. alias Bouc cornu ! Après tout, c’est un des nôtres que l’âme en mal d’anglaicisation a exposé aux aléas de la satanisation.

- Zadeh : Ergo, vous l’avez condamné à mort?

- Khomeiny : Et toi, ne l’es-tu pas ?

- Zadeh : Vous osez me condamner moi aussi ?!

- Khomeiny : Tu n’es pas tout de même plus malin que Socrate. En outre Rushdie est un antisémite qui ne s’est pas laissé prendre, c’est un fin antisémite.

- Zadeh : Vous par contre, vous voulez tout le bien du monde aux juifs ?

- Khomeiny : Moi - politique oblige - je suis honnête même en faisant la guerre. Rushdie est un malin renard : pour déjouer l’opinion publique, il a créé toute cette clameur-là avec le soutien de ladite Maggie et endossé le tout à Mahomet. Cohérence pour cohérence, j’avoue que politiquement je suis plus pour un Ali que pour un Mahomet. Bref. Regarde par exemple Allie la Juive. Le Satan de Rushdie a fait en sorte qu’elle soit incapable d’escalader l’Everest. Tu sais pour quelle raison ? Elle avait les pieds plats qui ne lui auraient jamais permis d’arriver au sommet d’une colline, figure-toi l’Himalaya, semble nous dire Rushdie qui est passé pour maître dans l’art de l’insinuation.

- Zadeh : Mais, lui, il nous affirme le contraire !

- Khomeiny : Et l’on en comprend le contraire.

 

Le chœur

L’onde du temps

Passe sur la plage

De la mémoire et repasse

Séchant les larmes

Et taisant les douleurs

Et la petite Anne

La magie dans les yeux

Et une baguette à la main

Trace et regarde

Lignes et formes

Tandis que la brise à l’aube

Lui caresse les cheveux

D’or comme le soleil et le sable

Comme les champs de la saison

Et la mer chante avec la fillette

Qui bercée par les rêves

Se laisse aller avec l’onde

Du temps, loin, très loin.

 

- Le professeur : Combien de Juifs ont été morts pour Hitler?

- L’écho : Tu veux peut-être dire.. tués par… comment s’appelle-t-il, ce monstre ?

- Le professeur : Connais-tu la langue de Dante mieux qu’un professeur, Italien, de littérature italienne ? Et depuis quand un fanatique de bougnoule comme toi s’intéresse-t-il au sort des Juifs de l’Europe ?

- L’écho : Puisqu’ils sont - parait-il - des cousins et puisque de notre part désormais nous avons les mains dégagées et libres des soucis de la survie et du colonialisme, il nous arrive de regarder un peu loin, vers nos frères et voisins. N’avons-nous pas le droit à ça ? Vous savez que nous n’avons inventé ni esclavage ni extermination à échelle industrielle… si Zadeh n’en a pas parlé c’est qu’il a peut-être une connaissance boiteuse de l’histoire sérieuse. Evidemment je ne remets pas en question sa connaissance de votre langue, au contraire je l’admire. Ou plutôt a-t-il préféré parler un langage Khomeinyien ?

- Le professeur : Aussi bien Zadeh que Khomeiny appartiennent à la même race, celle de Cyrus le terrible tyran : tous les deux sont des tyrans et bourgeois en puissance ou déclarés. Personnellement j’ai dépassé tous les langages du genre… à quoi bon d’ailleurs perdre du temps avec toi ?

- L’écho : Tu ne m’as pas répondu !

- Le professeur : Six millions, si ça t’intéresse.

- L’écho: Je voudrais seulement connaître la misère de mes autres frères.

- Le professeur : Quoi ? Et tu penses qu’on va te croire ? D’ailleurs tu n’es qu’un arabe !

- L’écho : Je voudrais seulement savoir…

 

le chœur

Thalès, qu’est-ce que tu fais

Avec le nez dans la fange 

Et le C. en l’air ? Barakate,

J’en ai assez, des étoiles !            

 

- L’écho : A propos, cher professeur, aimes-tu encore les beaux gars maures ?

- Le professeur : Les Marocains, oui. Justement, voilà pourquoi je voudrais mourir musulman et inhumé dans un cimetière musulman.

- L’écho : Un homme de gauche qui aime un peuple réactionnaire et monarchique! N’est-ce pas étrange ? ou s’agit-il d’un simple miracle pédéraste?

- Le professeur : Moi j’aime jusqu’à leur roi. Son portrait me suis partout où je vais. Et si ce n’est par respect, je le mettrais dans toutes les chambres de ma maison, même dans la salle de bain. Parfois je l’envie d’avoir à disposition les plus beaux garçons du monde, si nous en exceptons les Brésiliens.

- … ? : Vous avez raison, Professeur.

- Le professeur : Qui est ? Qui a parlé ?

- Point noir : Moi, Professeur ! Je suis le point noir, qui traverse de part en part l’œuvre de Zadeh. Comme tu vois, je n’ai rien à voir avec le C. L’unique vérité est qu’il n’y a pas une vérité unique.

- Le professeur : Bel exemple de logique et de cohérence ! Il n’en reste pas moins que les choses bien faites sont toujours les choses faites avec le C.

- Point noir : Vous m’avez mal compris, je ne suis pas non plus de la merde. Je n’en veux donc pas à l’auteur. Au contraire, je dois lui savoir grand gré : c’est grâce au rôle qu’il m’a fait jouer que le lieu, d’une laideur totale, où s’est déroulée son histoire, est devenu sublime, très beau. Même le soleil doit m’envier pour ce rôle. Le pauvre soleil est fini dans un trou comme le C. Et même Nima - qui devrait avoir à lui seul toute la dignité qui lui revient de droit, en tant que personnage principal du récit – a subi un sort de loin moins heureux que celui de Shamsha ! Nima est devenu la cacca de Nicol l’héroïne. Et voilà justement la raison pour laquelle elle le refuse comme amant, elle le méprise, elle s’en dégoûte. Quelle est l’imbécile qui se mettrait avec une crotte ?

- Le professeur : Même la merde devrait être satisfaite du rôle que Zadeh lui a fait jouer. Ne l’a-t-il pas mise à côté de dieu lui-même ? Mieux encore, il la trouve utile et dieu non.

- Point noir : Gaie déficience ! Quel C.

- Le professeur : Ma foi, tu dois être très jaloux. Même le soleil, en flammes et lumières, n’a pas protesté. Il a bien su jouer son rôle de bas personnage. Après tout ce n’est qu’un roman, une fiction !

- Point noir : Pauvre soleil, les louanges de Zadeh t’ont dupé pour mieux t’emmerder.

 

  A suivre                     

 

 

Smari Abdelmalek


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