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BERBERICUS

Vues et vécus en Algérie et ailleurs. Forum où au cours des jours et du temps j'essaierai de donner quelque chose de moi en quelques mots qui, j'espère, seront modestes, justes et élégants dans la mesure du possible. Bienvenue donc à qui accède à cet espace et bienvenue à ses commentaires. Abdelmalek SMARI

Le luxe indispensable : Les M. pleureurs des sorts des autres et les M. Caritas urget ( 5 a )

« Contre une telle fiction unificatrice (Thèses
de J. J. Rousseau) , Machiavel revendique la
fécondité des désaccords et des dissensions,
reflets du caractère hétérogène de la société et
des intérêts particuliers qui la constituent. Par
suite, dans la république telle que Machiavel
la présente, la vertu du chef de l'Etat n'est pas
de faire cesser purement et simplement les
dissensions, tâche d'ailleurs vouée à l'échec, mais
consiste à distinguer celles qui sont favorables au
bien public et celles qui peuvent lui nuire, et à
laisser s'exprimer au mieux les premières, puisque
l'agitation des ‘‘humeurs'' fortifie la cité. »
Thierry Ménissier
Le Nouvel Observateur Hors-série n° 66 - 07-08 2007


Quand nos journalistes tordent le cou aux statistiques
« Transparency International signifie dans son récent rapport la « persistance du haut niveau de corruption au sein des institutions de l'Etat ». El Watan du 06-03-08
« M. Benbitour, l'ex-Premier ministre, fait remarquer que les hydrocarbures constituent la source principale de devises (98,3%), une source de recettes budgétaires importantes par la fiscalité pétrolière (76%) et une source d'énergie pour le fonctionnement de l'économie. » El Watan du 18 septembre 2007 > Economie Lyes Malki.
A partir de ces données, et d'autres encore que je citerai au fur et à mesure, je construirai mon présent discours.
Si le nombre d'enseignants primaires et secondaire (Quotidien d'Oran du 18-09-07) est de 168825 et le salaire de base est de 22.400 dinars... Combien y a-t-il en Algérie de douaniers, de juges, de policiers, de militaires, d'employés qui touchent plus ou moins la même somme, chaque mois ? Combien y a-t-il de ce type de travailleurs qui sont indispensables mais qui ne produisent rien de palpable ? Qui les paie-t-il ? Où est-ce que leur employeur, l'Etat, trouve-t-il de l'argent ?
Nos journalistes souvent ne se posent pas ce genre de questions, malheureusement. Sont-ils aphasiques ou sont-ils schizophrènes ?
Un certain Tolsen - pour un temps, membre d'une certaine commission de la présidence des Usa -prenait 200 millions de dollars par an. Voir le témoignage du film Siko de Michael Moore.
Faisons maintenant un petit calcul : combien gagnent par exemple une légion de 100.000 enseignants algériens par an ? 26,88 milliards de dinars équivalant à 268,8 millions d'euros. Juste un peu plus du salaire de M. Tolsen, dont on nous présente le pays comme la Mecque de la loyauté, de la justice sociale et surtout de l'intégrité morale et du gain honnête.
Combien y'a-t-il aux Etats-Unis de M. Tolsen ? Beaucoup, bien sûr. Pour mémoire : M. Paul Wolfowitz, au temps où il était chef de la Banque Mondiale, accusait les chefs des Etats du tiers monde de corruption et de mal gouvernance et ne cessait de leur donner des leçons de morale sur l'honnêteté ; seulement qu'il se révéla lui-même un corrompu de la pire espèce.
Ce maestro de la corruption faisait gagner l'équivalent de ce 2,4 millions d'euros/an environ (une somme comme le salaire de 10 000 de nos enseignants algériens) à son amante d'espionne, la libyenne Shaha Risa, aux services du Pentagone, durant la préparation des plans d'invasion et d'occupation de l'Irak... Pendant qu'indifférent ou pas au courant, Mohammed Guetarni du Quotidien d'Oran 06-09-07, continuait à reprocher aux « ... hommes politiques qui perçoivent des salaires faramineux qui dépassent tout entendement (plus de 200.000 DA/mois sans compter les indemnités), parce qu'ils ont le pouvoir de décider combien doivent-ils être payés, sont d'autres facteurs porteurs des gènes du désordre social qui débouche en droite ligne sur la violence sous toutes ses formes. »
200.000 DA/mois, c'est égal à 2000 euros en tout. Certes ce salaire représente 8 fois celui de l'enseignant ordinaire. Mais pourquoi doit-il être porteurs des gènes du désordre social ? En quoi une telle différence puisse expliquer le désordre social ou le justifier ? Comme si en France ou en Amérique du nord, un enseignant percevait le même salaire qu'un ministre ou un ambassadeur !
« Que fait un député ou un ministre à l'Algérie - enchaîne encore Mohammed Guetarni - que ne fait pas le Professeur d'université qui a, pourtant, la lourde responsabilité de former l'élite intellectuelle au pays (et peut-être même certains hommes politiques qui ont l'occasion de faire des études supérieures) ? »
D'abord il a échoué, en tant que formateur de ladite élite, de former des cadres de l'Etat intègres et honnêtes et de suturer la déchirure dans le tissu social fragile de l'Algérie entre gouvernants et gouvernés. Et puis il doit inventer et produire une culture de liberté, de justice sociale, d'intégrité morale et de loyauté. Mais hélas c'est ce que lui manque et c'est ce que fait sa faiblesse.
En fait quelle différence y a-t-il entre ces catégories d'Algériens : l'étudiant, l'enseignant, le journaliste (indépendant ou non) et même un ferrailleur, un boulanger ou le gargotier du coin ? Rien, et puis ils sont tous des Algériens ! Ecoutez leur langage et sondez leurs ambitions et vous verrez avec quelle confusion et quelles difficultés vous arriveriez à distinguer l'un de l'autre.

La rengaine mielo-drammatisée et les donneurs de leçons et ... de numéros
Mais notre intellectuel, ignorant (sciemment ?) ces détails, pourtant importants, continue « L'exemple du 05 octobre 1988 est encore présent dans notre mémoire collective où des jeunes ont péri sous des balles réelles pour avoir refusé l'ordre établi qu'ils estimaient répressif parce que injuste. La mort de ces jeunes a provoqué une déchirure dans le tissu social fragile. »
Ce qui l'intéresse ce n'est pas une analyse fine et objective de tous les éléments et causes de la révolte tragique d'octobre 1988 - analyse qui l'aurait porté certainement à plus de pertinence et plus de vérité encore - mais de sonner la rengaine mielodrammatisée déjà mille fois rabâchée, chantée, pleurnichée par d'autres analystes bêtes, superficiels ou tendancieux à savoir : donner la confirmation du caractère hors-la-loi de nos gouvernants !
« Les réserves de change de l'Algérie ont atteint 110 milliards de dollars, à fin décembre 2007, (contre 77,78 milliards de dollars à fin décembre 2006), a indiqué, hier à la presse, le ministre des Finances, M. Karim Djoudi, en marge d'une rencontre sur le financement de l'économie... Les importations algériennes s'étaient établies à 27,43 milliards de dollars durant l'année 2007 contre des exportations de 59,51 milliards de dollars, rappelle-t-on. » Quotidien d'Oran du 05-02-08
Ceux qui utilisent ces chiffres n'ont pas eu, semble-t-il, le temps nécessaire ou la bonne intention de les scruter pour y voir ce qu'il y a vraiment derrière et en quoi ils consistent. L'Etat doit nécessairement payer tous les employés de tous les secteurs improductifs.
Pour en avoir une idée, il faudrait déterminer le nombre de ces employés, trouver un salaire normal (on l'obtient en faisant la moyenne de tous les salaires, comme je l'ai fait ci-haut) et multiplier celui-ci par ceux-là. Puis l'on ajoute au résultat les dépenses de l'Etat pour la logistique de la défense, de l'ordre public, de l'administration centrale et locale, des écoles, des hôpitaux avec les budgets respectifs de fonctionnement et de maintenance des infrastructures, la construction de nouvelles infrastructures, les calamités industrielles et naturelles et enfin Les importations algériennes (qui) s'étaient établies à 27,43 milliards de dollars durant l'année 2007, sans oublier la chute du dollar (monnaie algérienne de transactions internationales) et la récession de l'économie mondiale de ces deux dernières années...
Personnellement et bien que je n'aie pas fait cette opération complexe et compliquée (pourtant simple opération d'addition des chiffres les uns aux autres) par manque de données, je doute que les 110 milliards de dollars, les soi-disant sommes faramineuses, puissent être dépensés et consommés en leur totalité ; ça serait la ruine de l'Algérie, de ses richesses, de son Etat, de ses intellectuels, de ses barbiers et même de ses journalistes.
En réalité, il faut savoir que seul un certain pourcentage, les taxes prélevées justement sur les revenus des hydrocarbures, sera propriété de l'Etat et des Algériens donc. Le reste c'est pour la Vache à lait, la Sonatrach. Cette entreprise, don de la Providence, a à payer des frais : les assurances, la maintenance, le prix de production, le fonctionnement, l'investissement, les droits internationaux, les accidents, le renouvellement des infrastructures existantes et la création d'autres, l'exploration et, ne l'oublions pas, les coûteux dysfonctionnements.
A propos des 40 milliards de dollars de dettes extérieures, qui s'en souvient, maintenant ? ou bien y a-t-il eu quelqu'un qui s'en ait acquitté à la place de l'Etat algérien ? Ayez un peu de décence, Messieurs les donneurs de leçons et de numéros, et souvenez-vous de ces gouffres profonds et ingrats où se sont engloutis tant d'efforts et de milliards de dollars.
Enfin je ne sais pas encore comment font nos journalistes et ceux qui s'autoproclament experts en chiffres des hydrocarbures algériennes, en affaires de l'Etat algérien, en hommes de charité et surtout en bons pleurnichards sur le sort du pauvre peuple algérien... je ne vois pas comment ils font leurs calculs. Ils ne font que donner des numéros, comme on dit en Italie.
Après avoir cité tous les maux des sphères hautes et basses du monde arabe, Mohammed Hachemaoui - El Watan du 17-01-08 - se demande : « Pourquoi ces configurations sociales que d'aucuns qualifient d'explosives, ne débouchent-elles pas, dans cette région-là du monde, sur un changement démocratique ? »

Idha ‘ammett, kheffett
Cher Hechmaoui, ça ne débouche sur rien pour la simple raison que la révolution est le produit des citoyens conscients, déterminés, capables et surtout travaillants pour le bien public. Or si nous observons nos gouvernés (qui sont loin du Pouvoir), on verra qu'ils sont corrompus eux aussi (ou du moins corruptibles), opportunistes, voleurs, fainéants ; on verra qu'ils fuient leur responsabilité civile et morale. Qu'on les observe en situation, qu'on lise nos billettistes (El Guellil du Quotidien d'Oran, par Exemple) et nous verrons qu'en matière de moralité, les gouvernés avec leurs protecteurs de journalistes charitables ne valent pas mieux que les gouvernants.
En plus nos masses de gouvernés avec leurs protecteurs en tête, s'imaginent (ils ne seront jamais capables de porter des preuves tangibles de leurs assertions) que nos gouvernants soient de vraisemblables brigands. Il va sans dire que tout simplement ils ont une idée tordue de la responsabilité. Etre responsable, signifie - dans leur étroite boite crânienne - posséder l'objet de responsabilité en l'usant et en en abusant ad libitum.
Dans leur for intérieur, ils souhaitent faire ce qu'ils prétendent que les autres font. Pire encore : avec leurs assertions, dont le fondement freudien est indéniable, ils sont capables d'en vouloir à ceux qui sont là-haut, au Pouvoir, de ne pas en profiter comme ils souhaiteraient faire s'ils étaient à leur poste. Ils craignent même d'être démentis dans leur apparence d'honnêtes gens.
Observons bien ces gens qui sont à nos côtés, nous verrons qu'en accusant nos généraux et nos ministres, nos masses pleurnichées et nos journalistes pleurnichards ne font que tisser la fable du renard qui fait couper la queue à ses congénères pour vaquer ensuite impuni et incognito devant la victime qui veut se rendre justice. Idha ‘ammett, kheffett, disait Ben Khaldoun qui connaissait bien, lui, homo berbericus.
En accusant nos gouvernants, nos gens simples et malheureusement ceux compliqués aussi (leurs complices comme la plupart de nos élites intellectuelles, journalistes indépendants en tête), semblent justifier le vol imaginé, celui de nos responsables, par le vol réel de tous les jours, le leur. Ainsi, comptent-ils alléger et nettoyer (rendre nettes) leurs consciences souvent taraudées par les velléités de voler, à défaut de pouvoir voler vraiment.
Ceci étant dit, je ne suis pas assez bête pour renverser la mystification et dire que tous les gouvernés algériens soient des voleurs et tous les gouvernants soient des anges ou, à défaut, des samaritains. Non ! Je ne sais que trop ce que savait et enseignait Machiavel : l'humanité de l'homme est redoutable. L'homme est capable du bien et du mal. « S'il est mon égal pourquoi me commanderait-il ? » Tel semble être le mobil principal de nos gens : barbiers et journalistes en tête.
On peut ajouter à ce tableau nosographique, cette autre maladie ténébreuse, presque secrète, caractéristique des nains et des frustrés : le négatif du culte de personnalité. N'est-ce pas le propre du culte de la personnalité mais à l'envers, en négatif, que d'attribuer des pouvoirs illimités et redoutables, magiques dirait Sartre, à une seule personne, le président de la république algérienne en l'occurrence ?
Si un simple douanier te chante et te demande la « tchipa » pour te laisser passer avec ton trabendo, c'est Bouteflika le responsable. Si un journaliste diffame un Wali et si celui-ci se défendant s'en remet à la justice et obtient gain de cause, c'est Bouteflika qui aurait décidé ainsi. Si l'Algérien - qui ne paie pas ses factures d'eau, du loyer, de gaz et d'électricité et qui refuse, comme c'est la règle chez nous, de payer les impôts et de s'acquitter de ses devoirs civils et moraux en toute liberté et en toute responsabilité - se trouve sans services sociaux, c'est à Bouteflika qu'on s'en prend etc...
N'est-ce pas magique, un homme dont dépendent exclusivement tous les sorts de tous les 32 millions d'Algériens ? N'est-ce pas un miracle ? N'est-ce pas une espèce de culte, ce genre d'attitude mentale ? N'est-ce pas une sorte d'apologie de la culture du providentialisme et de l'irrationalisme ? ... et j'en passe. Il me vient de paraphraser Voltaire en disant du chef de l'Etat algérien : Voilà un homme bien heureux ; il a tous ses adulateurs à ses pieds dans son antichambre. Parmi eux il se trouve ses ennemis aussi qui l'envient et le détestent mais qui se laissent écraser volontiers par les soins de sa Majesté.
Voilà aussi pourquoi il y'a exceptionnalisme arabe : c'est cette complicité commode qui le provoque et le maintient en le défendant ongles et griffes non seulement de la part du haut de la pyramide, non seulement de la part du bas mais surtout de la part de la plupart de notre intelligentsia locale.
Quant hordes de pleurnichards du dehors, l'on sait - même si l'on tend à le nier - qu'au mieux elles nous veulent le bien que l'on souhaite à un misérable fellah mort au temps de Massinissa : l'indifférence ; au pire, ces hordes d'intellectuels, en mal de charité, nous veulent le bien que le Régime de Washington veut aux irakiens à savoir la destruction à outrance. Delenda Cartago, tonna un jour, un certain Caton, en indiquant nos rivages.

A suivre

Smari Abdelmalek 

 

 

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