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BERBERICUS

Vues et vécus en Algérie et ailleurs. Forum où au cours des jours et du temps j'essaierai de donner quelque chose de moi en quelques mots qui, j'espère, seront modestes, justes et élégants dans la mesure du possible. Bienvenue donc à qui accède à cet espace et bienvenue à ses commentaires. Abdelmalek SMARI

Mise en crise de ladite guerre civile, des heureuses mystifications, et d’autres misères épistémologiques

« Le couple antinomique touristes-terroristes fait aujourd’hui encore une fois
l’actualité, mais en Mauritanie, cet autre pays du Maghreb qui, comme l’Algérie,
 possède un désert, des frontières « utiles », est fragilisé et mis sous tutelle
 avec le bon épouvantail sous la forme du très commode GSPC. Pour les scénaristes
 de l’interventionnisme international, le terrain du Sahel est mûr : on y retrouve
 du pétrole à protéger, des Etats à «clientéliser », des zones sans droits où il est
loisible d’y cantonner des troupes, quelques victimes occidentales et des présumés
terroristes dont la présumée étiquette d’El-Qaïda suffit déjà et réduit au détail le
procès ou l’enquête qui vont suivre. »
 
Daouadi Miloud, Quotidien d’Oran 05-01-08
 
 
 
 
Les orfraies entonnent ‘‘L’enfer, c’est les autres’’
Avec cette dernière partie sur la soi-disant Guerre civile en Algérie durant les années 90 du XX° siècle, je compte remplir mon devoir de citoyen : défendre la noblesse de l’esprit humain, faire respecter cette ‘‘conscience’’ du monde tant malmenée par les égoïsmes, les vanités et la bêtise des « Grands » et des petits aussi de notre globe. Tout ce que j’ai dit et tout ce que je dirai consiste non pas à distiller des vérités indiscutables mais à mettre en crise tant de clichés, d’inepties, de mystifications et d’autres misères épistémologiques. Il s’agit de combattre la médiocrité de l’esprit que les maîtres de notre monde donnent pour de la Vérité. Vérité qui émanerait, candide et éblouissante, directement des grandes gueules de l’Empire et de ses serfs. J’enchaîne donc avec le discours de l’article précédent sur Scorsese. Le cinéaste parle de l’échec de Michael Cimino qui, dans l’une de ses œuvres, avait osé dénoncer les mythomanies anglo-saxonnes fondatrices de l’Empire. La sienne fut une œuvre qui échoua – expliqua Scorsese - justement parce qu’il eut l’irresponsabilité de fouler des pelouses bien gardées, réservées aux seuls hommes de l’Empire et de sa garde. Un autre exemple de rétorsion/récompense que l’Empire use, pour faire respecter ses volontés et ses mensonges, est : faire en sorte que les gens (artistes et hommes de culture qui comptent), point Natives, puissent et doivent anglosaxonniser leurs noms ou prénoms, s’ils tiennent au vrai succès et à la grande gloire. Nicholas Pilegge – qui avait écrit un scénario avec Scorsese, celle du film Goodfellas – tient, lui aussi, à dénoncer les traitements racistes exercés par les blancs Anglo-Saxons sur le reste des couleurs et des origines des gens qui peuplent les States. Pilegge, lui aussi italo-américain, avait subi des pressions racistes, pour avoir maintenu son nom originel. En fait, malgré ses bons résultats scolaires, il s’est vu orienter vers des écoles qui donnent directement sur le monde du travail. L’Empire est fondamentalement violent et sadique (et ce ne sont pas seulement ces anecdotes éparses qui nous le disent). En fait c’est avec tranquillité, si ce n’est avec plaisir, qu’il contemple les souffrances qu’il inflige aux autres, à ceux des périphéries, des provinces, des banlieues. D’ailleurs, qui a dit que le maintien d’un ordre quelconque ne soit pas en soi une sorte d’éternelle fondation dudit « ordre » ? et c’est ici la leçon que l’on peut tirer du film « Gangs of New York » Comment peut-on, autrement, expliquer que la petite histoire (les harcèlements de l’Empire et ses agressions continues contre les Etats de la périphérie) puisse  phagocyter la grande histoire vraie et réelle (celle qui se déroule dans les viscères mêmes de l’Empire) ? Comment peut-on camoufler les gros et sérieux problèmes qui viennent de l’intérieur de l’Empire même, qui lui minent la vie, le menacent de guerres intestines et de désintégration donc, qui lui rongent les viscères ? N’a-t-il pas, l’Empire, intérêt à crier à ses sujets (proies faciles mais, surtout, source unique de redoutables insurrections et de menaces noires et réelles) et à leur rappeler continuellement : « L’enfer, c’est les autres » ?
 
Pourquoi l’ennemi existe-t-il ?
L’ennemi est-il nécessaire ? Quels bénéfices peut-on en tirer ? Qui en est le bénéficiaire ? L’ennemi est au groupe ce que la douleur est au corps : l’ennemi fictif ou concret est et existe réellement dès que l’on est persuadé de son existence. Tout comme la douleur qui nous incite et oblige à lui chercher remède, l’ennemi crée une tension psychologique réelle dans le groupe (qu’elle soit fantasmagorique due à la mystification et à la propagande ou concrète due aux velléités d’un autre groupe mu par la volonté d’expansion et de domination) et le porte à lui chercher résolution. Cette tension peut se relâcher, mais si elle peut servir encore, les éléments du groupe à qui elle profite font en sorte qu’elle perdure, jusqu’à ce qu’elle ne soit plus utile. Et la source de cette tension ne peut ni doit disparaître si elle ne porte les fruits escomptés : la cohésion. La cohésion qui facilite la gouvernance en créant outre à l’obéissance des sujets une espèce de zèle de produire pour consommer, une espèce de stakhanovisme typique des grands propagandistes fascistes, nazis, américano-fordistes, bolcheviques et autres dictaturelles tiermondaines et arabes. L’ennemi sert donc comme une espèce de tisonnier pour piquer le zèle militant des citoyens afin d’en créer des travailleurs producteurs de richesses et des soldats protecteurs de ces mêmes richesses. Il garantit en somme l’indispensabilité des gouvernants et leur utilité existentielle sine qua non. L’ennemi doit être fort mais pas assez pour ruiner le corps en guerre : une apparence de vulnérabilité le rend plus crédible dans ses délires de persécution. L’ennemi, ainsi, assure-t-il aux puissants capitaines de l’industrie et des finances, aux condottieri divers et autres parrains d’une mafia qui ne dit pas son nom, une vie facile grâce au racket et aux déprédations qu’ils exercent sur les damnés de la terre. Mais dans le cas d’une contrée de troisième ordre comme par exemple celle de Homo berbericus, quelle fonction aura-t-il, l’ennemi ? D’abord il lui crée l’illusion d’exister ; ensuite l’ennemi permet à berbericus, par exemple, de se situer et d’avoir une voix au chapitre, de tranquilliser la conscience des incompétents gouvernants, de pallier aux mécontentements de l’ingrate plèbe, d’en limiter la redoutable liberté politique, de préserver et pérenniser le pouvoir actuel et celui à venir et enfin de passer comme des héros à l’histoire et de survivre à sa propre mort en somme. Qui peut résister à une telle tentation ? Il y a même ceux qui le disent textuellement, comme M. Rahabi, ex-ministre de la Communication, qui déclare, au sujet de l’attaque terroriste récente au siège des Nations unies : « C’est une logique de violence et ce drame doit réunir les Algériens autour de leur gouvernement. » El Watan du 12-12-07. L’ennemi, sous couvert de terrorisme, c’est aussi une espèce de bruit assourdissant qui abrutit les sens des gens et réussit à anesthésier l’opinion publique la plus vigilante. Ce tapage continu rend indifférents les gens aux cruautés quotidiennes et à ce qui se passe réellement, systématiquement d’une manière scientifique, voulue et continue dans le temps. Et c’est justement là où vient se poser l’attention qui lie et entraîne la conscience. Et c’est justement là où la conscience se pose, là est la présence. Le reste ce n’est que silence, ténèbres, absence, inexistence. Qu’est-ce qu’est en train de se passer en ce moment en Palestine ? en Irak surtout et en Afghanistan ? Ce grand processus d’occupation et de destruction systématique, chef-d’œuvre de l’Empire, continue son chemin. Ce processus infernal passe tout lisse car la huileuse mystification le lubrifie brillamment et avec grands succès, malheureusement. Ce processus d’enfer est donc loin de toute conscience. L’Empire a réussi ainsi à faire entendre que les pays occupés (Palestine, Iraq et Afghanistan) sont des pays tout à fait anormalement normaux, comme l’Algérie, le Soudan, l’Iran ou le Pakistan ! Le temps est donc – semble-t-il nous dire l’Empire - de penser à l’Algérie et chercher à lui panser les plaies, comme tous les autres pays secoués par la pègre terroriste ! Voilà un autre type d’heureuses mystifications auxquelles l’Empire ne renonce pour rien au monde.
 
De la soumission et de l’ordre
Oh, on sait que la race humaine a besoin d’un maître. Ne dit-on pas « Dans le royaume des aveugles, les borgnes sont rois » ? Quand ce maître n’existe pas, les hommes le cherchent ou se l’inventent. Ils ne peuvent se permettre un tel vide, qui conduirait nécessairement l’histoire et leur destin vers l’absurde, vers l’a-sens. L’anarchie originelle des choses et de l’existence, humainement entendues, ne serait que l’expression d’une quête irrémédiable, inexorable et sans trêve de quelque sens, de quelque équilibre, de quelque contrat ou compromis, aussi infimes soient-ils. Qu’est-ce que l’humain si ce n’est cette jungle féroce et noire peuplée de désirs violents et de volontés acharnées, contradictoires et foncièrement inconciliables ? C’est donc à cause de ça que l’histoire ne perd pas de temps à créer de l’ordre pour permettre à ses sujet de digérer l’indigeste existence faite de soif d’assurance, de soif de protection, de soif de s’imposer et d’exister donc. Et c’est donc à cause de ça que l’histoire fait en sorte que l’homme - cet être (pris individuellement) précaire, vulnérable, né déjà avec les chaînes aux poings et aux pieds – cherche à se débarrasser de ces chaînes, non pas en les brisant mais en les appliquant aux autres ! S’il échoue, il se contente de porter les siennes. Dans les cas de force majeure il se résigne à en porter celles que les autres lui appliquent. A propos, il y en a même ceux qui s’en réjouissent et ceux qui applaudissent ou lancent des youyous. Il ne peut y avoir un lieu avec deux personnes où il ne se vérifie la présence d’un curieux et insolent tandem : dominer/se soumettre. C’est un destin que la vie des hommes nous enseigne et nous impose.
 
Guerre des pauvres
Si un touriste de l’Europe occidentale demande à un Marocain ou à un Tunisien ou même à un Egyptien : « Je voudrais aller en Algérie pour faire des vacances. Qu’en pensez-vous ? » Le Marocain dira : « Qu’est-ce que vous allez faire dans un pays qui massacre les Occidentaux ? Il vaut mieux plutôt aller au Maroc. Ces barbares d’Algériens ont essayé de frapper jusqu’au Maroc. Ils n’épargnent personne ! » Le Tunisien dira plus ou moins la même chose, mais il ajoute peut-être : « Les intégristes ont essayé de frapper chez nous aussi, mais nos sages Autorités leur ont enlevé tout espoir d’y réussir. Je vous conseille d’aller plutôt en Tunisie. Tunisie la verte ! » L’Egyptien, quant à lui, répondra sans sourciller : « L’Egypte est la mère du monde. Elle est le berceau de la civilisation. Jugez-en par vous-même. En Algérie vous ne trouverez rien d’autre que la haine pour vous, Occidentaux ! » Ces dialogues et scènes imaginés ne sont pas pour autant invraisemblables : dans l’une de ses tournées en Europe, il y a 4 o 5 années, le président égyptien Moubarek (dans une opération de marketing pour relancer le tourisme dans son pays et séduire les investisseurs étrangers) disait approximativement : « Dieu merci, l’Egypte est un pays démocratique où règne le respect et la sécurité. Elle n’est pas comme l’Algérie. » Et à une question qui exprimait, plus que le doute, l’indignation face à ce type de mystification et de cynisme, il répondait : « Nous ne sommes pas en Algérie tout de même ! » voilà à quoi sert l’intégrisme islamique en Algérie. Nous pouvons dire qu’il rend tant de services juteux, succulents, à tous les peuples voisins ou lointains, grands et petits. Il serait à inventer s’il n’existait pas. Il ne manquait à l’appel, pour ce concert d’opportunistes mystificateurs, que Al Jazeera et la voilà qui arrive. Elle arrive avec ce sondage tendancieux, grossier et bédouin en plus. « Pour ou contre les attentats d’Alger ? » a-t-elle demandé - récemment juste après les attentats du 11-12-07 à Alger - aux centaines de millions des habitants de la terre pour peu que ces sondés aient accès à Internet et qu’ils sachent déchiffrer et écrire quelques phrases en arabe. La réponse, on le sait déjà, a ratifié et consolidé la sentence/cliché du caractère violent de Homo berbericus, qui devrait être foncièrement terroriste ! Ainsi l’eurent décidé les puissances coloniales jadis, ainsi le veut aujourd’hui l’Empire, via Al Jazeera. « Pourquoi Al Jazeera a-t-elle lancé ce sondage? – se demandait Sofiane M. du quotidien algérien El Watan - Pourquoi a-t-on choisi cette question? Comment peut-on justifier le massacre d’innocents ? Autant de questions qui font peser le doute sur les intentions non déclarées de cette chaîne qui a choisi depuis longtemps d’être une tribune pour des groupes terroristes qui appellent sur ses ondes au massacre de personnes innocentes. » Qui finance Al Jazeera ? – me vient d’ajouter - A qui appartient-elle vraiment ? La réponse est qu’elle est tout simplement au service de l’Empire. Ces gens, encore grossiers, bédouins et bêtes, tout comme leur question d’ailleurs, ont pour mission de veiller à ce que le cliché terroriste ne se détache point, quoi qu’il arrive, de la peau du musulman. Ils n’ont pas d’intérêts, aliénés comme ils sont, sinon ceux de servir. Ou s’ils en ont, ils doivent les taire au profit de ceux de l’Empire, leur dieu et souverain. Leur mission consiste à donner pour acquis l’existence d’un fantoche qui s’appelle Al Qaida. En quadrant le cercle ils cherchent à démontrer que ce fantoche existe bel et bien en Algérie et que l’Algérie est déjà morte et elle n’attend désormais que la sépulture. Ce dit sondage donne pour acquis que la majorité des Algériens (57% environ, selon les résultats !) sont des Terroristes ; même s’il existe parmi les sondés des Américains, des Chinois, des Sibériens, des Arabes égyptiens, des aborigènes et des journalistes d’Al Jazeera elle-même ! Ainsi les résistants irakiens face à l’occupant américain deviendraient des criminels terroristes, banals, comme ça existe en Algérie ! il est inutile de rappeler qu’une telle mystification tend à rendre inaperçu le génocide américain en Irak et en Afghanistan. Personnellement je soupçonne que tous les spectacles de l’horreur qui ont fait l’image de marque d’Al Jazeera (et dont elle ne se soucie point, comme tous les serfs idiots d’ailleurs), elle les monte dans ses Studios et les fabrique de toutes pièces. Elle doit le faire d’ailleurs pour le compte de son dieu et souverain, l’Empire. Quant à sa complicité, elle n’est même pas digne d’en mériter le statut. Etre complice c’est être égal au partenaire, c’est être autonome, inventif, courageux et décideur. Valeurs qu’on ne trouve jamais chez ces lâches, ces bédouins serfs et stupides.
 
Lions pour agneaux
En outre, une question se pose : qu’a-t-il fait le gouvernement algérien pour pallier ces inepties diplomatiques et ces manques flagrants de politesse de la part des langues sœurs-siamoises ou amies ? Rien, malheureusement. Ça se voit que l’épouvantail Terrorisme islamique peut servir aussi chez nous. Il peut servir aux Messieurs mêmes qui nous gouvernent et qui sont censés protéger nos droits de citoyens et nos intérêts. Et pour cause ! A ce propos Kharroubi du Quotidien d’Oran écrit le 11-09-07 : « Faire barrage à la réalisation du projet rétrograde qu’une poignée d’extrémistes intégristes veulent en lieu et place de l’Etat républicain, a poussé nombre de citoyens, pendant des lustres, à taire ce que le système en place a de responsabilités dans les causes qui ont conduit la nation à la situation où elle est empêtrée depuis deux décennies. La priorité qu’ils ont donnée à cette urgence, dont ils savaient l’issue existentielle pour le pays et la liberté du peuple, leur a imposé de remiser à un rang secondaire les luttes politiques et sociales ayant pour socle leur aspiration au changement, au mieux-être et à l’avènement de la démocratie. » Ainsi, donc, outre à l’Empire (le grand bénéficiaire de cette mise en scène tragique à laquelle semble croire la planète entière), on voit la victime même (l’Algérie) et surtout nos frères siamois, voisins et lointains, on les voit exulter d’une joie macabre. Déjà Gramsci reproche à certains journaux italiens de son époque l’anomalie de présenter des informations tantôt sans tête tantôt sans queue : le citoyen reçoit quelques développements d’une nouvelle qu’on ne lui avait jamais présentée auparavant, ou bien il en reçoit les premières informations sans jamais pouvoir en connaître la suite et la conclusion. Dans les deux cas, le citoyen demeure dans les ténèbres du doute et de l’imprécision. Ça aussi c’est une forme de mystifier le réel. « Le citoyen peut toujours protester ! » - peut-on m’objecter. Oui il le fait sans aucun doute. Il écrit au même journal, qui l’ignore tout simplement. Mais ne me dites pas : « Le journal n’est pas obligé de répondre à tous ceux qui le saisissent ». Le journal a une infinité de motifs pour prétexter son indifférence. L’un de ces motifs - parmi les plus fréquents, les plus convaincants et les plus désarmants - est l’impossibilité réelle et objective de publier les myriades des lettres qui arrivent à la Rédaction, chaque jour. Et le journal pourrait conclure : « C’est pourquoi nous nous excusons auprès de nos chers lecteurs qui nous ont écrit et à qui nous n’avons pas pu répondre. » L’objecteur me peut ré-objecter : « D’accord, le citoyen-lecteur peut toujours s’adresser à un autre journal pour dénoncer le premier journal ! » Mais sommes-nous sûrs que ce second serait meilleur que le premier ? Ici aussi Gramsci parle d’une certaine perversion organique typique au journalisme qui affecte tout le système des Mass media. Pour voir, on acting, ce phénomène de mystification et de manipulation de l’information, je renvoie le lecteur au récent film de Robert Redford « Lions pour agneaux».
 
C’est de l’onirisme !
« Certes – dit encore Daoudi miloud cité en frontispice -, les attentats terroristes et les réseaux d’El-Qaïda et du GSPC y sont réels et ne peuvent être réduits à des fantasmes, mais l’usage que l’on fait de leur menace et de son amplification obéit à d’autres soucis. » Ce sont justement ces soucis masqués que je me suis proposé de dévoiler et dénoncer. En effet, on peut ne pas se l’inventer de toutes pièces, le terrorisme. La mystification c’est la capacité de l’informateur d’imiter les procédés oniriques pour mettre en scène – faire un seconde élaboration dirait un Freud – un ensemble d’éléments qui, pris séparément, sont réels en soi et plausibles mais dont la somme ne constituerait pas nécessairement une réalité authentique et vraie. Prenons le discours suivant qui simule une vraie information : « Un incendie s’est déclenché aujourd’hui, tôt dans la matinée, suite à l’explosion d’une conduite de gaz dans un vieil édifice situé au centre historique de la ville de X. Il y a eu des blessés graves parmi les habitants de la bâtisse soufflée. Il y a eu aussi d’autres victimes parmi les citoyens qui se rendaient à leur lieu de travail et les membres des familles résidant dans les alentours du lieu. » Un fourbe journal, qui affiche son désaccord avec la politique de la réconciliation voulue par les gouvernants algériens et affirmée par referendum, pourrait tranquillement nous présenter ce discours comme suit : « Un attentat kamikaze a été perpétré ce matin dans la paisible localité de N. Les morts sont tous des policiers ainsi que d’autres éléments de ce corps de sécurité blessés. Le reste est composé de citoyens qui se rendaient à leur lieu de travail ou des membres des familles résidant dans les alentours du lieu de l’attentat. » C’est de l’onirisme ! Cette information non prouvée me rappelle le discours d’un commissaire de police de Cherchell qui accusait quelque journal d’avoir diffusé une information sur un présumé attentat terroriste commis dans la circonscription se trouvant sous sa responsabilité directe. Attentat où une dizaine de personnes auraient perdu la vie et des édifices soufflés etc… Cet officier qui nous paraissait honnête et sincère nous affirmait que rien du genre, proprement rien, ne s’était passé. Il nous assurait aussi qu’il n’était au moment dudit attentat ni en congé ni en mission. Il se peut qu’il soit lui aussi un mystificateur. Mais déjà cette discordance, en soi, jette le doute sur le tout… il y aura la non communication sui generis des corps de la sécurité habitués au secret. Mais cacher un drame d’une telle ampleur, par un haut fonctionnaire de la Police algérienne … non.
 
Bonheur, ou Paradis si vous voulez
Tout compte fait, l’épouvantail terrorisme sert. Il est même indispensable pour la survie des pouvoirs et des privilèges donc en place. De ce point de vue, il arrive comme tambour à noces. D’ailleurs il n’existait pas : on l’avait inventé de toutes pièces. Il est indispensable donc. Il sert aussi et surtout comme une sorte de paradigme pour dire les maux indicibles. Il sert comme un mot adéquat et fidèle à ces peurs diffuses mais réelles et atroces, et d’autant plus mortelles qu’elles sont tenues à l’ombre de la conscience, comme des tabous, comme un haram muharram. Ces peurs que sont les difficultés que la vie moderne ou, mieux, la vie tout court nous pose et nous fait payer comme tribut du fait même de vivre : lutte pour la dignité, pour une demeure, pour un travail, pour la santé, pour la gloire, pour le respect, pour la beauté, pour la jeunesse, pour la connaissance, pour la prospérité, en somme pour une chimère qu’on appelle par une effrontée pudeur : Bonheur, ou Paradis si vous voulez. Oui ces peurs sont tabous. Il ne faut pas se les avouer, et s’il n’y a rien à y faire, il ne faut absolument pas les déballer en plein public, surtout dans le territoire de l’Empire et de ses provinces. La mal, la cause de tous les maux dans ces territoires prospères et heureux, ne devrait (ainsi a voulu l’Empire) dériver que de ce monstre des monstres qu’est le Terrorisme ! Ne croit-on pas en psychothérapie que le mal psychique advient justement là où nos peurs se tannent comme des bêtes immondes à l’ombre, loin de la lumière des mots qui les démasquent et le rendent absurdes, ridicules et guérissables donc ? Que reste-t-il à faire pour homo berbericus ? D’abord il ne faut pas qu’il ait honte par procuration. Ensuite il ne faut pas qu’il réponde moralement, par un faux et stupide sentiment de culpabilité, pour les actes commis par un autre, même en son nom. Enfin qu’il refuse de battre sa coulpe. Qu’il fasse comme Mr Sarkozy qui refuse d’endosser la responsabilité des crimes commis en Algérie par la France coloniale. Sarkozy avait juste 6 ans quand l’Algérie eut son indépendance. Quand son père hongrois débarqua en France, la nuit algérienne avait déjà dépassé un siècle et presque deux décades. En quoi ça le concernent les crimes commis par des vieilles générations des français, lui qui est jeune et d’origine hongroise ? Voyez-vous la cohérence de l’homme Sarkozy ? Pour une fois, il est digne d’être salué et suivi. Quant aux mascarades dudit guide des Arabes et des Africains, il faut en rire tout simplement. Daniel Vernet (Le Monde du 19-12-07) commente la visite en France dudit Guide libyen : « Comme au pire moment du trafic des indulgences, il (Guedafi) a même payé en espèces sonnantes et trébuchantes - plus exactement par des promesses de contrats - son retour dans la communauté internationale. » Mais sommes-nous sûrs que le Guide se soit acquitté totalement de ses dettes et forfaits envers ses Seigneurs ? Que dire de ses agitations aux pays du Sahel et à qui profitent-elles ?Autres mots pour dire les dividendes qu’encaissent l’Empire et ses alliés et serfs, d’un tel état de chose, de cette heureuse mystification ! Cependant les grandes bouchées, elles, reviennent exclusivement à l’Empire, c'est-à-dire aux gens du trône et maîtres de la couronne. Ecoute, Homo berbericus, il faut parfois se distinguer des autres et avoir la propre autonomie. Il n’y a point d’autre guide que soi-même. Imposteur est celui qui se pose comme guide des autres. Aussi, il ne faut pas se sentir moins civil par rapport aux autres, pour la simple raison d’avoir un concitoyen criminel ou terroriste. On n’est plus dans l’age tribal : chacun est responsable de ses actes et de son propre destin. Il semble que la barbarie soit un comportement adaptatif, un instinct primitif, qui serve à quelque fonction de survie du groupe, paradoxalement. Ou l’on se la fait subir (comme chez nous) ou on la fait subir aux autres (comme il est d’usage chez les nations dites civiles) : il suffit de voir chez nous les sévices qu’on s’applique et s’administre inconsciemment, mais quasi volontiers, et les assassinats de masse et les désastres que les puissances civilisées infligent avec efficacité et méthode aux peuples faibles, leurs voisins et presque frères, ajoutant l’enfer à la misère existentielle.
Fin
Smari Abdelmalek

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