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BERBERICUS

Vues et vécus en Algérie et ailleurs. Forum où au cours des jours et du temps j'essaierai de donner quelque chose de moi en quelques mots qui, j'espère, seront modestes, justes et élégants dans la mesure du possible. Bienvenue donc à qui accède à cet espace et bienvenue à ses commentaires. Abdelmalek SMARI

De la Guerre (aux) civile (s), du sang ce gros fantasme et de la particularité de l’Algérien

« Selon notre évangéliste, le péril était

grand pour l’homogénéité des croyances

et des modes de penser de la civilisation

occidentale : il s’agit, selon lui, d’une greffe

 de l’idolâtrie asiatique dans le tronc du

christianisme européen. »

Antonio Gramsci « Letteres de la prison»

 

 

Du sang et de la particularité de l’Algérien

« Je considère que mon fantasme central, c’est le sang ;… Plusieurs éléments, en fait, constituaient pour moi le fantasme du sang : le sang que j’ai vu dans les rues de Constantine quand j’étais enfant, au début de la guerre d’Algérie et depuis l’adolescence en particulier. Le sang des règles… En outre, j’ai été blessé moi-même pendant la guerre et j’ai beaucoup souffert parce que j’ai été très mal soigné et j’ai failli perdre une jambe. La peur du sang m’a été aussi injectée, inoculée lors du sacrifice de l'Aïd El Kebir… tradition sanglante. Enfin, il y a le sang de la circoncision qui est une mutilation. Voilà donc ma relation au sang. » - Rachid Boudjedra : Conférence prononcée à l’université de Princeton (USA), en février 1992. 
Tout simplement voilà la
simplissime et véritable relation qu’homo berbericus entretient avec le sang. L’on voit bien qu’il ne s’agit point ici du sang d’un frère ou d’une sœur versé cruellement pour le seul plaisir de les égorger pour le contempler pendant qu’il coule. « Les Algériens sont particuliers en tout – disait, un jour, un certain Alain Duhamel – dans la lutte révolutionnaire contre les Français, dans la diplomatie de long souffle et de profond parcours, comme ils sont particuliers aussi dans les massacres. » Et voilà ! Nous sommes servis. Ces-dites particularités dans les massacres spécialement consistent en l’élimination des adversaires par égorgement dont on accuse les terroristes algériens. L’on n’y voit rien d’autre. Egorger l’animal pour le manger est un rite sémitique consacré par la Loi judaïque et légué en héritage à la tradition musulmane. Un rite connu et pratiqué pieusement, même si un peu in-tranquillement, partout dans le monde où vivent et végètent innocemment juifs et musulmans. Ceux qui pratiquent ce rite, le trouvent comme le mode le plus clément d’abattre l’animal. A leurs yeux la bête souffre moins et leur besoin biologique, légitime donc, de manger de la viande se trouve satisfait. C’est la célèbre équation : « Faire en sorte que le loup ne puisse avoir faim afin que le berger n’ait pas à pleurer ses brebis. » Justicier les collaborationnistes, tous les peuples qui connaissent la guerre – et il n’y en a pas un dans l’histoire de l’homme et de la vie, elle-même, qui n’en ait pas connu ou n’y ait recouru – connaissent nécessairement le phénomène du collaborationnisme et conséquemment la nécessité de le combattre et de l’extirper. Justicier les collaborationnistes a toujours été une nécessité pour la partie qui résiste. Le F.L.N. - Front de Libération Nationale protagoniste de la guerre d’indépendance de l’Algérie – n’a pas fait exception à cette règle biologique, viscérale, vitale. La France de De Gaulle même y a recouru, une fois la libération réalisée et l’occupant chassé et vaincu. La différence ne réside pas donc dans le fait de combattre le fléau du collaborationnisme, qui est d’ailleurs une pratique politiquement correcte, courante et généralisée, mais elle réside dans le mode de le faire. Les Français se permettaient d’abattre par balles, les Algériens par arme blanche ; seulement, dans tous les deux cas il s’agit de violence et d’atteinte à la vie humaine. Un massacre réel et, de plus, prémédité. Un massacre absurde, bien entendu, si on le dépouille du contexte et des conditions historiques qui le déterminent et lui donnent une apparence de justification. Ce n’est pas pour le plaisir de tuer ou faire du mal que le F.L.N. a recouru à l’égorgement mais pour la simple nécessité de s’épargner quelques cartouches. Et surtout il le faisait avec discrétion (n’était-il pas hors-la-loi ?) En fait, il y a lieu de signaler qu’alors on était en pleine guerre et qu’il ne fallait pas attirer l’attention de l’adversaire, l'occupant qui était toujours dans les parages, qui était chez lui. Le cliché de l’Algérien égorgeur, les gens l’ont désormais bien enfoui et bien enraciné dans leur imaginaire. Mais si quelqu’un vient à nous dire qu’un Algérien a égorgé un enfant ou une femme, nous l’écoutons par bonne éducation;
et, lui, il croit que nous le croyions. Ou plutôt notre imaginaire ne met pas plus d’une seconde pour faire sauter à nos yeux une autre réalité tranchante comme une arme blanche, éblouissante comme un éclair, irréfutable donc. Alors nous pouvons avoir mine de croire en disant peut-être : « Oui ! » Toutefois, au niveau de notre imaginaire, nous faisons en quelque sorte ce genre de discours : « Certes, les Algériens sont des égorgeurs. Ils égorgent les animaux avant de les manger. » Ce « Oui » suffit aux propagandistes pervers, nécrophiles, à « psychologie de … société protectrice d’animaux » pour paraphraser un Gramsci ironique ; ce « Oui » suffit à cette sorte de gens pour avoir des témoins (les fabriquer de toute pièce, s’il le faut) qui leur confirment la justesse de leurs vues déformées et déformantes, de leurs prétentions, de leurs fixations sadiques, de leurs mensonges. Leur esprit - mis en paresse et inhibé par les bombardements quotidiens de propagande et d’incitation incessante au mépris et à la haine - ne cherche pas à préciser ce dont il s’agit vraiment quand on prononce le mot : égorger.

 

De la mystification utile

L’Europe aussi, semble-t-il, a trouvé son compte en se joignant au concert des mystificateurs qui s’alimentent de la chair d’une bête appelée Intégrisme ou, ce qui est pareil, Terrorisme dits, tous deux, islamiques. En fait ce quasi continent - car il ne s’agit que d’une partie de l’Europe : certains pays en sont exclus et férocement chassés (l’Albanie, la Turquie entre autres exemples) – est en train de s’édifier avec de gros efforts, certes, et de grandes mystifications aussi. Il est à la recherche d’un ciment organique pour créer la cohésion entre les peuples qui l’habitent. Cette Europe fragile a besoin d’un ennemi extérieur qui la fortifierait. Ennemi qui devrait être terriblement terrible pour pouvoir convaincre les réticents (pensons au fameux Non de la majorité des français à la constitution européenne) et vaincre leurs résistances. Comment est-il possible de construire une entité supranationale à partir d’une mosaïque de peuples nationalistes, belliqueux et foncièrement (historiquement) hostiles les uns vis à vis des autres ? Comment en créer une culture unique et harmonieuse ? une sensibilité une et unifiée qui fait force et orgueil commun ? … Il suffit de penser à l’animosité qui sous-tend les partisans de la Padanie en Italie contre les méridionaux ou la récente explosion au grand jour de l’incompatibilité foncière en Belgique entre les Flammands et les Wallons. Ceci sans considérer les restes et les cicatrices de la Seconde guerre mondiale qui sont encore présents dans la sensibilité des gens qui hier seulement étaient en guerre les uns contre les autres. Certains combattants sont encore en vie. Les procès aux collaborationnistes et aux ex agents des S.S. ont encore cours ; et les vainqueurs exercent encore un contrôle sévère sur les vaincus - pays soi-disant souverains - comme l’Allemagne et le Japon entre autres. Les européistes ne cachent pas d’ailleurs le motif, qu’ils considèrent, central – louable, quoi qu’on en dise - dans la construction de l’Europe : dompter les monstres destructifs qui dorment dans les couches profondes des peuples de ce continent millénairement martyrisé et dévasté par les guerres intestines et les destructions de masse quasi systématiques. Dompter ces monstres pour éviter d’autres débâcles et tragédies à l’échelle continentale, n’est-ce pas un objectif noble et légitime ? Indiquer une menace extérieure a pour but didactique, efficace et pertinent, de convaincre les propres ouailles que la méchanceté et la cruauté ne sont pas « notre affaire » ou du moins elles ne font plus partie de la panoplie de « nos instincts basiques. L’ennemi extérieur sert aussi à convaincre ces communautés disparates et à les sensibiliser au fait qu’elles font partie de ce quasi continent où elles doivent vivre en frères et en amis ou, plutôt en races heureuses comme le disait Sangor. Antonio Gramsci écrivait le 08-08-1927 à son camarade Berti : « De la même manière tu trouves des centaines de spunti (idées, points de départ) sur la haine populaire française envers l’Angleterre, liée à la tradition paysanne de la guerre des Cent ans, du supplice de Jeanne d’Arc et aussi aux guerres et à l’exil de Napoléon. » Dans le fameux quotidien qui regarde un peu vers la gauche, (Le Monde 01-12-2000) on pouvait lire un très bel exemple de la propagande pro-européenne : « De l’Ukraine à la Serbie et au Montenegro les femmes se vendent. » L’article dévoile aussi le désir d’être Européen pour qui il ne l’est pas (encore) et l’orgueil d’en faire partie pour qui il l’est déjà. Dans ce genre de propagande, tout donne à croire que ce qui n’est pas Europe (pour inclure l’Amérique du nord il vaut mieux dire Occident) est incivil, brutal, grossier, immoral, nauséabond, inhumain… ! une chanson que nous avons entendu fredonner jusqu’au récent Hier contre la nation italienne. « Peuple sans foi ni loi » disait-on à son égard. Aujourd’hui le Pauvre pays (c’est ainsi que Charles de Gaulle appelait l’Italie) est devenu riche, presque aussi riche que la France. Il fait désormais partie de l’Union européenne et de l’hyper puissante organisation des G 7+1. Jusqu’au récent Hier l’on trouvait agaçante la confusion entre les 7 qui font partie justement de l’Europe et de l’Occident et le minuscule 1 qui vient de l’Orient (ramassis de slaves orthodoxes et d’exécrables Gitans musulmans !) Ironie du sort c’est cette Italie-là même qui cherche aujourd’hui à classifier, à cataloguer l’Autre pour discerner les pays non européens, pauvres donc, des pays européens, occidentaux, riches et tout et tout… Même la mafia se teint d’humanité pourvu qu’elle appartienne à cette Europe heureuse. C’est une assertion de Don Cesare de San Foca au sud de l'Italie. Ce vénérable homme de dieu disait, tout en étant sûr de ne pas délirer : « Je n’ai pas peur de la mafia italienne, car si elle respecte encore une chose, ce sont les prêtres. La mafia albanaise, elle, ne respecte rien. Je n’ai jamais rien vu d'aussi terrible. » Les Européens sont et doivent être heureux donc. Il n’y a aucune raison pour qu’ils se lamentent, pour qu’ils se rebellent, pour qu’ils soient violents, en somme. En voici un autre bénéfice secondaire pour lequel ça vaut la peine de diaboliser l’Autre, de le teindre en barbare, de l’identifier, de le marquer, de le traquer, de le ségréguer, de s’en débarrasser s’il est possible et de s’en laver la conscience et l’identité. Que voulez-vous ? « Lli yesgguem saadou ou yatla’ n’haro, ibene le-nness ch’tara. » - disait El Anka. « Quand on est vainqueur, même aux incapables est concédé de s’en vanter, quand les choses tournent mal l’on blâme jusqu’aux valeureux. » - notait déjà, des siècles auparavant, Salluste.

 

Du leurre et des crétins qui y croient ou Quand le diable n’est pas un fantôme il doit être quelque chose comme un épouvantail.

 Il se peut que la figure de Ben Laden ou, mieux, ce personnage funeste n’ait jamais existé que dans quelque fiction tournée dans quelque Studio de Hollywood pour le compte et les calculs du Pentagone. « L’Amérique, qui a les moyens technologiques de surveiller et d’écouter tout le monde en temps réel, peut-elle faire croire que ses satellites sont réduits à l’impuissance dès qu’il s’agit de Ben Laden et de son organisation terroriste ? Il y a de quoi se perdre en conjectures … » - se demandait Amin Lotfi du quotidien algérien El-Watan. Pour l’occasion il est intéressant de voir le film de Barry Levinson de 1997, avec le titre original : Wag the Dog. Dans ce film, l’on voit Robert de Niro interpréter le rôle d’un chef de la C.I.A. qui manipule effrontément, avec succès surtout, l’opinion publique à travers le contrôle des media (redoutables moyens de mystification et de lavage des cerveaux asservis au Pouvoir de l’Empire du moment). La figure de Ben Laden a été créée de toutes pièces donc et utilisée comme l’épée de Damoclès. Un redoutable et monstre létal qui menace les têtes des arrogants peuples faibles (musulmans de préférence). Les pays colonialistes, nostalgiques de colonies - ou ceux, parmi eux, qui croient encore en les Bienfaits du colonialisme - ne pardonneront jamais à ces paria de peuples faibles le fait d’avoir osé un jour se libérer de leur joug et de continuer à contester la toute-puissance de l’hégémonie néocolonialiste et de l’impérialisme américain en particulier. Les U.S.A. désormais se sont arrogé le droit de frapper n’importe quel pays sans trop se soucier de chercher un prétexte ou une excuse qui soient valables, en admettant ab absurdo que semer la mort et la destruction puisse avoir la chance d’être excusé. “Il (Ben Laden) – écrit Kamel Daoud du Quotidien d’Oran - ne détourne plus des avions mais détourne les regards et les attentions. Faut-il le capturer? Plus la peine puisque Saddam a déjà été pendu et l’Irak occupé. Le 11 septembre a-t-il servi à quelque chose? Oui. A démontrer que si on frappe l’Amérique, elle vous frappe et si on ne la frappe pas, elle vous frappe quand même. » Ainsi donc les States n’ont pas non plus à se soucier d’une opinion publique qui puisse leur contester une telle arrogance : les bombardements quotidiens et ininterrompus de propagande et de mystification pour diaboliser tout Tête-de-musulman suffisent à les absoudre et à les laver de leurs méfaits de perpétrer impunément la mort et la destruction. Méfaits et cruautés érigés en système. A quoi bon d’ailleurs, cette Opinion n’est-elle pas déjà préparée, déjà corrompue, déjà résignée et heureuse ? En fait le soi-disant terrorisme a permis à cette Opinion endormie de se tranquilliser et aux intellectuels paresseux et a-critiques qui la soutiennent de se redorer le blason en se faisant les chantres et les chevaliers de cette guerre contre la barbarie et les barbares des temps modernes. Barbarie et barbares, chimères Quichottiennes, démons conçus et crées de toutes pièces dans les labos des Centrals of Itelligence et montés dans les studios des ciné-cités et des télévisions. Chimères qui permettent à ces lâches intellectuels, à ces chacals paresseux et a-critiques de s’auto-promouvoir en s’exhibant sur la rampe d’une gloriole (celle d’une petite heure de talk-show) et de se sentir utiles, indispensables peut-être, à la race humaine et donc imbécilement heureux. Mais ces pseudo intellectuels, ces serfs stupides, n’arrivent pas à cacher leur infâme engagement à couvrir - quoi qu’il en arrive – ces scélérats de trafiquants d’armes, de brigands de pétrole et de minerais, d’assoiffés de sang et de pouvoir pervers. Les crimes, eux, demeurent vrais et concrets, pendant que les mystificateurs de touts bords continuent entre-temps de guetter et glaner près des bottes de leurs seigneurs et sous leurs banquets quelques os, des miettes de pain et quelques goûtes de soupe et de bouillons. En ces jours on voit, on acting, le coup de génie réussi par les chantres de la mystification impérialiste ; qu’on en juge : l’Empire continue de détruire sans gène des pays entiers en faisant miroiter sa généreuse magnanimité par la promesse de créer un hypothétique état palestinien qui ne verra peut être jamais le jour. L’opinion y croit fermement cependant. La figure de Ben Laden est ici et sert à entretenir cet état de choses infernal et ce tragique état de niaiseries dictés par le magnanime, l’infaillible, le terrible Empire.

À suivre

Smari Abdelmalek

 

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