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BERBERICUS

Vues et vécus en Algérie et ailleurs. Forum où au cours des jours et du temps j'essaierai de donner quelque chose de moi en quelques mots qui, j'espère, seront modestes, justes et élégants dans la mesure du possible. Bienvenue donc à qui accède à cet espace et bienvenue à ses commentaires. Abdelmalek SMARI

Le temps de la barbarie, le perdant et les gagnants

« … au Pakistan. Les arrestations se chiffrent par milliers,

alors que la contestation reste forte. Même Benazir Bhutto,

poussée par les Américains à négocier un arrangement

avec Musharraf, est en train de se rebiffer. Sous quel

prétexte s’est fait ce coup de force ? Celui de la « menace »

islamiste, la réponse est toute trouvée. Qui va profiter

réellement de l'étouffement des libertés au Pakistan ? »

K. Selim Le Quotidien d’Oran du 7 novembre 2007

 

Justice et poseurs de bombes

Même les soi-disant intégristes croient avoir trouvé une excuse dans le terrorisme : appliquer la justice. Quelle justice humaine pourrait-elle égaler celle d’un dieu clément et miséricordieux, un dieu qui veut tout le bien de ce monde et de l’au-delà à l’homme, un dieu qui connaît bien ses créatures comme l’on connaît ses propres poches ? Ce dieu s’appelle Allah. Appliquer donc la justice d’Allah pour avoir un peu de dignité, c’est la raison et le prétexte pour semer une pagaille qui se déguise en ordre. Jusqu’à quand un citoyen algérien continue à faire la queue chaque jour pour un litre d’huile, pour une pair de chaussure ou pour se faire faire, sans histoires, un vulgaire bout de papier administratif ? Où est-il écrit que l’Algérien doive vivre avec une famille nombreuse dans un gourbi-cage de chaume ou de béton, peu importe ? Pour quelle raison doit-il souffrir sans gémir ? Un autre groupe - qui pourrait être intéressé par la violence en Algérie et en tirer quelque bénéfice secondaire - est le groupe des mafieux : les fonctionnaires corrompus qui se sont enrichis en volant et en monopolisant les biens et deniers publics et en confisquant les ressources du pays. Ces dignitaires minables n’hésitent pas à mettre des bombes pour faire sauter usines et chantiers et autres infrastructures économiques afin de préserver leurs privilèges et faire peur à leurs concurrents et surtout aux nouveaux investisseurs. Ils craignent, comme l’obscurité craint la lumière, l’ouverture du pays au marché international. Ils  essaient donc par tous les moyens possibles de dissuader les éventuels investisseurs étrangers. Il faut noter en passant que le monopole chez nous se travestit aussi en jalousie patriotique, en une espèce d’honneur pervers, pour sauvegarder les ressources et services nationalisés. Biens qui d’ailleurs dépendent des structures moribondes et incompétentes, de ces épaves qu’on appelle Sociétés nationales. Je cite l’exemple de l’Affaire Al Khalifa. Celle-ci n’est pas seulement une affaire de corruption et de détournements de fonds publics. Elle peut être aussi une affaire de concurrence entre deux compagnies de transport aérien en Algérie : Air Algérie et la Compagnie Al Khalifa. La première rétrograde, déficiente et immorale dans ses modes de se rapporter avec ses propres clients. La seconde avait tous les atouts pour répondre décemment à la demande du marché algérien. Elle s’est d’ailleurs révélée, dans le bref temps de son existence, capable et compétente et surtout respectueuse des horaires et des clients. Bien qu’on en dise, Air Algérie reste archaïque dans sa manière de gérer ses affaires et méprisante envers ses clients. C’est avec ça qu’elle compte tenir tête à une compagnie comme Air France ?! « La situation de monopole, conséquence des choix économiques depuis l’indépendance, a éloigné la compagnie des critères de rentabilité et de bonne gestion. » comme l’a bien dit Kamel Benelkadi dans El Watan du 07/11/07.

 

Soubresauts d’un corps présumé inerte et lourd

Et puis qui a dit que l’Algérie n’est qu’un corps lourd et inerte, un bloc monolithique et sans nuances ni couleurs, une ferme ou basse-cour où l’on est tous frères et bêtes, amants et amis sans désir aucun d’être particuliers, sans conflits, sans idéologies contradictoires, sans opinions et sensibilités politiques diverses, sans différences ni goût pour l’ennui, la bêtise ou la démesure, sans lâcheté, sans orgueil ... en somme sans psychologie, sans individualité, sans égoïsme !? D’abord il ne faut pas oublier la pluralité linguistique en Algérie qui porte nécessairement à une pluralité culturelle et idéologique. Je pense au tamazight avec ses formes régionales, à l’arabe avec ses deux formes fondamentales (dialectale et littéraire), au français. Ensuite il y a les contacts et les contaminations historiques, et aussi l’irruption dévastatrice des cultures actuelles à travers la mondialisation. Ces réalités ne cessent de créer des conflits, des ressentiments et des jalousies de toutes sortes. Ces réalités créent donc des violences à tous les niveaux de la société : violences religieuses, linguistiques, culturelles, sociales et économiques entre autres. Chacun des groupes représentant ces réalités se sent opprimé, proie et victime des autres groupes. Chacun cependant a ses propres sphères d’influence et agit en lobby dans l’Administration, dans l’Ecole, dans l’Armée, dans l’économie, au niveau de l’Etat même et des partis politiques ; et chacun l’exhibe e et l’affirme aux yeux des autres via mass media, à travers les structures culturelles à sa disposition ou surtout (domaine où excelle homo berbericus) par les bavardages ininterrompus et jamais conclus dans la rue ou dans les cafés. Chacun cherche de jouer bien le rôle que son choix ou son appartenance lui assigne. Et chacun a ses provocateurs et ses fanatiques. Nous ajoutons à ce zibaldone, sain et légitime malgré tout, la religion avec ses courants de sagesses et de folies qui traversent la société de part en part et qui ajoutent confusion à la confusion. C’est comme à la guerre, mais ce n’est pas la guerre. Non !

                     

A l’extérieur : en France par exemple

Ceci à l’intérieur du pays, à l’extérieur par contre nous pouvons déceler nombre de prétextes ou motifs pour les pays voisins ou lointains pour préserver l’image d’une Algérie cruelle, barbare et sanguinaire. La violence intégriste dans notre pays n’est pas un vrai phénomène (si par phénomène l’on entend des tendances ou des faits structurels ou sui generis, caractéristiques de la société algérienne) mais c’est une toile complexe et ramifiée de mystifications et d’instrumentalisations, tissée par des forces quasi invincibles dont les intérêts sont subtils mais réels, nombreux, enchevêtrés et dans une certaine mesure vitaux. Une certaine France, dans les seuls deux mois de mai-juin1945, avait massacré des Algériens par milliers (45000 personnes dit-on). Parmi ces victimes, plusieurs étaient à peine retournées des fronts européens où ils avaient combattu à côté des autres peuples le Nazisme et le fascisme. Tout en sachant que la France était leur bourreau, ces victimes ont accepté de combattre dans ses rangs pour l’aider à se libérer du joug allemand. Quand le mal nazo-fasciste fut vaincu, les combattants algériens décidèrent de fêter la victoire de la Raison sur la folie, du civisme sur la barbarie. Ils pensaient que la douloureuse expérience que la France venait juste de vivre aurait amené cette grande nation à comprendre les peuples qui pliaient encore sous son joug. Nos combattants ont fait de mieux et de plus pour rappeler à la France ses promesses de reconnaître la souveraineté des Algériens sur l’Algérie ils ont cherché surtout à lui faire comprendre que la situation d’occupation est toujours injuste et opprimante et qu’elle est toujours laide et barbare, que ce soit le cas de la France occupée par les allemands ou celui de l’Algérie occupée par la France. Les manifestations du 08 mai 1945 avaient pour but de rappeler aux français le temps où leur Grand pays tremblant de peur et d’épouvante pour sa propre survie allait quémander dans les colonies des combattants pour le défendre. Les Algériens, conscients du péril fascio-naziste, tout en s’engageant avaient posé toutefois une condition : « Nous acceptons - semblent-ils avoir répondu – nous acceptons de mourir pour sauver la France, mais nous attendons de vous que vous nous reconnaissiez souverains sur notre pays l’Algérie. » Malheureusement la France ne tint pas parole. Au contraire elle a procédé au massacre des Algériens qui innocemment et civilement étaient allés revendiquer leur droit à l’existence en tant que peuple et leur droit à la dignité en tant qu’êtres humains.

 

La Révolution algérienne, une suite de guerres intestines ?

La guerre d’indépendance (1954-1962) a donné une autre occasion à cette même France (colonialiste) d’être à la hauteur de ses propres idéaux. Idéaux de liberté, égalité, fraternité, qu’elle n’a jamais omis de chanter, même au moment où elle écrasait encore, sous les bottes de ses légions inhumaines, les peuples de la moitié du Globe. Au lieu de se montrer civile et reconnaître la nouvelle réalité de l’Algérie (désormais les indigènes avaient pris conscience de leur condition de damnés de la terre et se sont jurés de faire plier leur destin devant leur dignité et leur choix), le régime colonial de la France institua la terreur, la destruction et la mort. Le résultat fut un million et demi de morts, des montagnes de misère et des fleuves de larmes. Que doit-elle faire, la France, pour concilier ses fameux idéaux avec cette barbarie et ces crimes commis en toute liberté, avec détermination, avec préméditation et en plus au nom de tous les citoyens français? Dans un proche hier, Jospin - ce socialiste ami de la gauche, elle-même amie de la justice et du respect pour les hommes et leurs droits - niait la torture en Algérie que pourtant la machine belliqueuse française avait érigée en système. Aujourd’hui c’est le tour de M. Sarkosy qui recharge et fait feu sur la raison et l’honnêteté en niant le caractère barbare et destructif du système colonial français. Dans cet état de choses, Gauche ou Droite c’est du mal quand ce n’est pas du pire. D’ailleurs pourquoi doivent-ils reconnaître les méfaits de leur pays si de leur part les Algériens à travers leur représentant historique le F.L.N. niaient leurs propres violences et dépassements ?! En fait c’est la condition que certains représentants de la classe politique française posent pour reconnaître leurs propres crimes durant la guerre d’indépendance de l’Algérie. Certes, toute insurrection a ses cortèges de violences, de bêtises et d’atrocités, mais ces dépassements ne sont que le langage clair, précis et convainquant que l’adversaire puisse comprendre. Et puis ce n’est pas en se comportant avec barbarie - comme l’avait fait la France en Algérie – qu’on compte éduquer les peuples sauvages à la civilisation. La France est-elle si petite qu’elle se laisse influencer par le moins que rien et sauvage homo berbericus ? Bref, toute cette mystification - soutenue aussi bien par la gauche que par la droite - vise à taxer le peuple algérien d’une barbarie innée. Cette France de la mystification tend à faire croire que le soi-disant terrorisme des années 90 en Algérie procède directement de la nature sanguinaire et terroristique des révolutionnaires du F.L.N. et du peuple algérien en général. Même le présumé chiffre des présumés morts dans les deux premières années de confusion algérienne de 94-95 (on parlait déjà de cent mil morts !) signifie qu’en huit années nous aurions pu avoir un chiffre proche du nombre des victimes de la guerre de 54-62 qui frôlait les 500.000 morts et que la France officielle tend à reconnaître, ou du moins donne pour plausible. Chiffre que cette France reconnaît donc mais attribue aux Algériens !! En fait cette France présentait la guerre d’indépendance comme de simples évènements dus aux guerres intestines féroces qui éclataient souvent entre les tribus diverses et incompatibles entre elles. Quant à son rôle, il consistait à pacifier ces sauvages ! voilà donc le type de bénéfice – et quel bénéfice ! - qu’une certaine France compte tirer de la situation du terrorisme en Algérie. Avec un tel escamotage, la France compte peut-être réduire le hiatus qui sépare sa pratique historique de ses discours sur les droits de l’homme.

À suivre

Smari Abdelmalek

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