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BERBERICUS

Vues et vécus en Algérie et ailleurs. Forum où au cours des jours et du temps j'essaierai de donner quelque chose de moi en quelques mots qui, j'espère, seront modestes, justes et élégants dans la mesure du possible. Bienvenue donc à qui accède à cet espace et bienvenue à ses commentaires. Abdelmalek SMARI

Barbarie, folie, résignation ou simples mœurs des combattants pour la liberté ?

« Le 9 juillet, sur la base d'un rapport d’opération

                                 des italiens, le major néerlandais Jan Joosten

mentionne, durant un briefing de presse …

Pristina, la découverte d'une tombe de masse

où pourraient se trouver 350 corps. Les journalistes,

explique-t-il, ont commencé à faire leurs bagages

pour partir à Lubenic. Avant même la fin

du briefing. Le lendemain, à Londres, l'Indépendant

proclamait: La plus grande fosse commune

contient 350 victimes. (.) En fait, les enquêteurs

ne trouvèrent aucun cadavre dans le champ. »

 

Le Monde Diplomatique -mars 2000 - p 13.

 

 

Asymétrie d’une folie

En Algérie il n’y a pas eu une guerre civile, si nous entendons par guerre civile ce que Adriano Sofri avait définie comme telle. Les deux parties belligérantes ne sont pas de force égale. En fait nous avions affaire d’une part à l’armée : une institution d’abord et surtout légitime puis organisée et super équipée. D’autre part nous avons des groupuscules dont le soi-disant ordre est l’anarchie même, traqués comme ils sont de toutes parts, persécutés par leurs propres frères de sang et de nation (justement parce qu’ils ne jouissent d’aucune légitimité, si non parfois de la seule voix ou gémissement de la bêtise et du désespoir) et enfin armés d’une manière primitive d’os, de bâtons et de quelques délires sous forme de discours. Discours qui sèchent et se cristallisent comme la bave blanche sur des barbes parfois noires et blanches ou grises, parfois denses, ou clairsemées mais toujours hirsutes,… pour mieux convaincre ? Que non ! pour mieux provoquer. Cependant toutes les deux parties aiment, jusqu’à en jouir, parler de guerre civile. Les premiers, les militaires et les diverses forces de l’ordre, en parlent justement car ils doivent d’abord faire leur devoir et justifier par là même leur existence, ensuite ils en parlent pour informer les citoyens et paradoxalement essayer de les rassurer en les alarmant. Défaut de communication au niveau de l’institution de l’Armée, que L’ex ministre de la défense nationale M. Khaled Nezzar, avait reconnu dans l’un de ses ouvrages. Les autres, les insurgés, ceux qui se sont trompés de cible et de manière, les soi-disant soldats de la soi-disant armée islamique, ont en parlé pour se donner quelque importance historique, étant donné qu’ils ont raté leur vie en réussissant mal d’en construire un sens valable et satisfaisant. Oui c’est une crise de sens et des valeurs, c’est une grosse difficulté de l’existence, c’est un ahurissement, c’est une épouvante devant un monde traditionnel qui s’effondrait et qui les a pris de cours : cette dissolution, cet amollissement d’un terrain d’appui existentiel, jusqu’ici solide et ferme, s’en est allé, s’est dérobé inexorablement sous leurs pieds, sans leur avoir laissé assez de temps nécessaire pour en élaborer un nouveau. Ne faisaient-ils pas la une de tous les organes et moyens des media dans tout le monde chaque jour ? et leurs agitations destructrices exagérées, ostentatoires, données en spectacles, n’attiraient-elles pas des applaudissements. Et leurs malheureux de protagonistes n’étaient-ils pas considérés, pas plus tôt qu’hier, comme des héros ? n’a-t-on pas appelé les talibans, ces ancêtres récents de tous les soi-disant terroristes de l’intégrisme islamique, ne les a-t-on pas appelés les combattants pour la liberté ?

 

De la violence et de la résignation

Cependant chacune des deux parties, Gouvernement et Terroristes, ne quitte pas des yeux le reste de la population qui se trouve, elle, contrainte à subir les limitations des uns et les exactions des autres. Ces soi-disant belligérants ont, chacun pour ce qui le concerne, un nom : les premiers se sont fait appeler démocrates, modernes et protecteurs de la nation et du pays. Si la démocratie a été mise en sursis durant ce temps de folie noire, le pays et la République ont été sauvés. Quant aux seconds, ils persistaient absurdement dans leur erreur jusqu’à se vanter du label qu’on leur a donné : terroristes !

Faut-il en déduire que homo berbericus soit violent par sa nature même? Violent ? non! Agressif, certainement, d’ailleurs comme tous ses congénères de l’espèce humaine. Seulement, l’histoire et la mal-gouvernance lui ont rendu un peu particulière cette agressivité. Toutes les deux, l’histoire et la mal-gouvernance, lui ont enseigné à être ainsi, comme il est : qu’il se défoule donc! Qu’il crache dehors ses démons intérieurs. Ainsi apprendra-t-il à les connaître, ses propres démons, à les approcher, à les domestiquer et à les neutraliser donc. Sa violence n’est qu’une soupape de sécurité, mais elle n’obéit pas - peut-être de ce fait même - à une logique assise sur quelques principes stables, à une méthode rigoureuse et à des objectifs clairs et pertinents. En plus, on relève chez l’Algérien une inconstance, une inconsistance, une espèce de non sérieux ou de non conscience. Souvent ce chaos et cette incohérence font penser à l’absence pure simple de la liberté dans les choix et de toutes formes de responsabilité. D’où absence de valeurs sûres, absence de moralité. Voilà pourquoi justement le défoulement n’y peut absolument rien contre cet état de choses. Voilà pourquoi homo berbericus ne peut s’arrêter de se défouler. Mais sait-il s’y prendre? Il suffit d’observer cette incohérence chez les gens et avec quelle manière ils poursuivent leur but, pour s’en rendre compte. Sont-ils en file pour avoir quelque bien de consommation (mesquin ou pertinent, de droit ou de faveur mais qui représente toujours quelque valeur aux yeux de l’Algérien) ? ils passent indifféremment de l’insouciance à l’exaspération, de l’obséquiosité à l’indignation, de l’insistance à la résignation! Il suffit d’observer ces gens - en files interminables dans l’espace, et ininterrompues dans le temps – soumis, quoique l’on en puisse dire, devant quelque autorité qu’ils croient détentrice de leur propre destin, pour voir l’absurdité incarnée. Ne voit-on pas ici l’oeuvre réussie de trois siècles de turquité et un siècle garni d’autres trente-deux ans de francité? Soumission ou résignation de façade? Peu importe, il suffit qu’on obtienne quelque chose de gras, de maigre ou qu’on n’obtienne rien du tout, pour se voir tout doux, indifférent ou tout méchant. L’on passe tranquillement et vite de la satisfaction, à la raison, à la résignation ou à la férocité d’un fauve. C’est en réaction à la bonté ou à la méchanceté de cette autorité-providence improvisée, changeant d’aspects et de contours comme le territoire labile et provisoire d’un chien en voyage, qu’on est bon ou méchant. C’est la démesure, quoi ! la violence qui tourne au sadisme et la passivité au masochisme.

 

Le jeu de victime/bourreau et la mystification

Voilà aussi comment peut être expliquée cette complicité entre le soi-disant bourreau (l’état ou tout ce qui représente l’autorité) et la soi-disant victime (l’individu ou le groupe d’individus sur lesquels s’exerce cette autorité). Voilà aussi pourquoi on peut assister sans gêne aucune à une espèce d’alliance parfois viscérale entre la victime et le bourreau. Alliance qui peut vite tourner et sans logique aucune en divorce total, si non en inimitié déclarée, entre ces mêmes parties. Car d’authentique bourreau ou victime, dans un pays comme l’Algérie, ça n’existe point. Tout ce qu’il y a c’est un jeu d’alternance : le bourreau de maintenant ou d’ici est la victime de tout à l’heure ou d’ailleurs et vice versa. Tout s’explique donc simplement à la lueur de cette torche de l’absurde : aménité, patience, soumission, indifférence, rage, cruauté, rébellion… Toutes ces réalités sont des apparences de sentiments. Elles sont les faces multiples d’une même condition : l’incommodité existentielle de homo berbericus. Cette incommodité apparaît comme une espèce de sautes d’humeur qui portent l’Algérien d’un zèle de charité et d’empathie aux extrêmes de la cruauté la plus avilissante et vice versa. Alors on peut assister à des scènes d’une incohérence angoissante : on peut vous monter dessus avec un char blindé pour aller cueillir une rose ou une figue fanées pour les jeter subitement après, comme on peut vous donner à boire et manger du propre sang et de la propre chair au détriment de sa propre vie ! Tout se passe comme si homo berbericus regrettait vite les actions et émotions qu’il a à peine eues ou assumées. Un joueur ? que non ! car homo berbericus, contrairement à l’acteur authentique, n’a pas la conscience d’être en situation de jeu. Mais qui peut croire à ce type d’analyse ? Les studios de la télévision, du cinéma et des autres networks, les autres moyens d’information et de propagande, les sentences irrévocables des soi-disant experts ou spécialistes… tout ça, toute cette armada de mystificateurs et de moyens mis à leur disposition sont ici pour mettre en scène les faits réels ou artificiels, les présenter selon un schéma unique (le leur), les interpréter selon une grille personnelle (la leur), les seuls (schéma et grille) qui devraient être valides, crédibles et officiels ! Ainsi cette armada a voulu qu’en Algérie il devrait y avoir une guerre civile, et ainsi en fut-il. Bien sûr tous les ingrédients épistémologiques y étaient : guerre sainte, jihad, junte militaire, régime, tribalisme, répression, barbarie, torture, morts par milliers, dictature militaire, censure, intégrisme, dignitaires du régime… Ces experts spécialistes de l’horreur, ces mercenaires de la parole et de la lettre, et leurs commanditaires aussi, ne s’arrêtaient pas à instiguer ceux qui sont aliénés et crédules parmi les Algériens, à la violence et la méfiance. Pire encore, ils vont jusqu’à réclamer l’intervention réelle des puissances étrangères (les mêmes puissances colonialistes d’hier, aujourd’hui nostalgiques des sévices et des injustices qu’on ne sait que trop) dans des pays souverains pour semer non pas l’ordre, mais le désordre et la destruction (Yougoslavie, Somalie, Afghanistan, Iraq, entre autres pays détruits par la volonté de ces puissances). C’est par ce genre de chef-d’œuvres que ces puissances remettent de l’ordre dans des pays proies, selon eux, de désordres et de cruautés. Le comble c’est que aussi bien l’ONU que les Ong sont en passe de devenir des instruments malléables et efficaces entre les mains de ces prophètes et chevaliers de la mort et de la destruction.

 

Du pouvoir et de sa légitimité chez homo berbericus

Il est clair que chez homo berbericus, le pouvoir n’est jamais légitime : pour la simple raison que les citoyens algériens n’ont pas encore intériorisé complètement le fait de pouvoir être les maîtres de la propre souveraineté. C’est comme s’il leur semblait impossible qu’un Algérien puisse gouverner l’Algérie et ses habitants. Devant chaque gouvernant local, l’Algérien cherche la tête du turc ou du français et puisqu’il ne la trouve pas, une perplexité, aussi grave que celle de l’oie de Lorenz, le saisit et le trouble. Alors il se révolte en se soumettant, et se soumet en s’insurgeant contre son concitoyen. Peu importe si ce concitoyen soit gouvernant ou gouverné. Ajoutée à cette situation absurde la malheureuse expérience de la manière (brutale mais toujours ridicule) dont usent les hommes de pouvoir pour accéder… au pouvoir ! Perversion et folie encore en vigueur chez la majorité de nos voisins et amis avec lesquels on partage un destin commun. Ceci ne veut pas dire que le mode d’accéder au pouvoir, dans un pays comme les U.S.A. par exemple, soit le meilleur. Là aussi il faut être riche, puissant et, surtout, complètement soumis, sans aucune volonté autonome, aux diktats des lobbies qui ne se soucient que de leurs intérêts. Cette pratique morbide et perverse d’accéder au pouvoir, chez nous, décèle et crée aussi des conflits entre les différents courants et opinions. Ce qui peut être normal. Mais l’anormal c’est quand on recourt à la violence physique. Benbellah renverse le staff du Gouvernement provisoire, Boumediène le renverse à son tour, mais il ne disparaît qu’une fois mort. Chadli, un militaire, prend son poste. Les janvieristes (groupe de hauts gradés de l’A.N.P) le contraignent à la démission. On a assassiné Boudiaf, son successeur, dans des circonstances encore aujourd’hui non élucidées. Après lui, c’est un autre Général qui prend les rênes. Et les Algériens se sont attendus sûrement à quelques autres coups, lâches ou grossiers, de la part de ce militaire. Bien que ce Général, M. Zeroual, se soit montré un vrai Seigneur de la conscience politique : en démissionnant, il prouva par là même qu’il était un vrai démocrate. Malheureusement, une grande part des Algériens y ont vu quelque manœuvre basse et obscure. Le point de vue de cette frange d’Algériens méfiants a été corroboré par les pseudo analyses des pseudo experts et media à peine cités ci-haut. Ainsi quand Bouteflika arrive, les mêmes méfiants d’aliénés d’Algériens et les mêmes prétendus experts en Res Algeriae ont conclu, avec leurs habituelles sentences irrévocables, qu’il a été imposé par les militaires ! Cette hypothèse explicative ne signifie pas que la question du pouvoir en Algérie soit résolue. Le monde a changé et change chaque jour et les mœurs aussi. Les Algériens ne peuvent plus accepter ou continuer de subir aveuglément des usages et des pratiques archaïques, violeuses : ils exigent la modernité de la politique, la liberté de choisir qui les gouverne, la participation à la vie publique, la justice et le respect pour soi et pour les autres. Ils exigent cette modernité dans la vie morale et sociale comme ils l’exigent dans leur aspiration à l’habitation décente, au travail propre et sûr, à la voiture, à l’ordinateur, au téléphone portable, à la santé, à l’éducation moderne, au savoir, à pouvoir voyager sans contrainte… En considérant ces aspirations légitimes des Algériens - que les moyens logistiques et aussi culturels de ceux qui les gouvernent ne peuvent réaliser que médiocrement et incomplètement – le Pouvoir semble illégitime. Il est donc impératif de le légitimer : un bon politique sauterait sur la confusion, parfois il la créerait volontiers, pour se présenter en sapeur pompier (je pense au film de Martin Scorsese « Gangs of New York »). Les années de terreur en Algérie avaient donné à nos politiques une aubaine pareille. Cette manœuvre de légitimation a été dictée par la nécessité de substituer les vieilles légitimations qui, désormais, sont devenues obsolètes : la lutte de libération ou la construction du socialisme. La démocratisation du pays est devenue donc un légitimant. N’est-ce pas au nom de la démocratie que nous assistons impuissants à la destruction des pays comme l’Irak et l’Afghanistan ? c’est aussi dire combien est fort et convaincant, comme alibi et légitimant, en ce moment crucial, le mot Démocratisation. A propos, celle-ci consiste à indiquer du doigt, au besoin, à fabriquer ou monter de toutes pièces - dans des studios du cinéma ou de télévision – un épouvantail qu’ils appellent Péril islamique. Ils le donnent donc pour un fait et s’arment de la volonté de le combattre comme d’une nécessité vitale. Or tout est cionstruit sur une grande et puissante mystification. Voilà un bénéfice secondaire que les gouvernants algériens ont su tirer de la présence de ce phénomène de violence. Et voilà pourquoi nos gouvernants l’ont amplifié sans trop se soucier de la réputation de leur pays et de leurs concitoyens. Qui entend les chœurs des mystificateurs, lesdits experts en la chose islamique, pense que tous les Algériens - que dis-je ? - tous les arabes (y compris, les berbères, les coptes, les persans, les  turcs jusqu’aux indous et tamils ?!), soient des intégristes authentiques et des terroristes en puissance.  

A suivre

 

Smari Abdelmalek

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