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Mercredi 1 septembre 2010 3 01 /09 /Sep /2010 21:16

 

Septembre noir

Cher lecteur, le drame du 11 septembre ne doit pas nous faire oublier un autre drame advenu dans le même mois. Il y a désormais plus de quarante ans eut lieu le massacre des réfugiés palestiniens perpétré par leurs frères de sang et de terre, les Jordaniens!

Ce modeste écrit rend hommage aux victimes de ces deux ''Septembre'' et aux victimes de toutes les injustices de la terre.

 

Qui est Kanafani?

J'ai sous les yeux la photo de Kanafani. Elle me le fait voir un homme jeune, digne et fier, avec un front large et sincère... une rose à peine épanouie sur la splendeur d'une aube à peine née. Il a un regard intelligent, sensible et déterminé comme s'il voulait, tout seul, relever tous les défis qui pèsent comme des montagnes sur l'existence humaine.

Cet homme, avec sa seule solitude, défie un de ces mondes humains (il y en a plusieurs) qui, malgré leur immensité et leur diversité, ne demeurent pas moins étroits pour un esprit assoiffé de liberté, las d'injustice et d'oppression.

Ces monde-cages qui écrasent nos âmes - aussi libres soient-elles - et les empêchent de vivre leur vie.

Ces mondes grands par leur médiocrité qui font pleurer plutôt que rire et que nous plaignons plutôt que nous craignons.

Ces mondes de mensonges et de mystifications donnés à boire à des peuples violés et déshonorés par leurs tyrans de monarques et de gouvernants; maltraités par des maîtres qu'ils continuent pourtant à avoir à la tête, à craindre, à vénérer.

Ces mondes stupides, morts de monotonie et de médiocrité, qui croient que le feu qui les brûle est la lumière même de Dieu (en personne!); elle les illumine plutôt et les inspire!

Ceux sont ces mondes égarés et endormis, où le mal règne et où sévit la misère, que Kanafani observait et dénonçait en vue d’une compréhension et d’un traitement.

La photo me donne à penser que Kanafani ne craigne pas ces mondes opprimants. Au contraire, il les affronte et les chasse avec force et courage: "!Vade retro ! - semble-t-il leur crier - Loin de nous! Vous n'êtes pas des nôtres!"

 

Parcours de l'homme...

Ghassan Kanafani, grand écrivain palestinien, naquit à Akka en 1936. Il passa son enfance avec ses parents à Jaffa jusqu'à 1948 quand il furent contraints de quitter la ville et d'aller errer dans la misère, la solitude, la ghorba et d'humiliation.

Ainsi à l'age de douze ans cet enfant, coupable d’être né palestinien, avait dû boire de ce putride cocktail de la bêtise humaine. Bientôt il s'était trouvé entre les mors du pain interdit et de la liberté confisquée.

Kanafani commença sa vie en enseignant dans les écoles d'une agence onusienne pour le Secours des Réfugiés Palestiniens à Damas. Plus tard s'établira au Koweit où il travailla comme enseignant et journaliste.

C'est dans cette même période (1956) qu'il commença sa production littéraire dont nous citons: « La mort dans le lit n°12 », "Des hommes sous le soleil", « La porte », « Un monde qui ne nous appartient pas » et le célèbre « Retour à Haïfa ».

Ces œuvres suffisent à elles seules de donner une idée succincte mais claire des soucis qui taraudaient Kanafani et, en général, l'écrivain arabe contemporain. Pauvres âmes en peine que sont ces représentants de la noble matière grise arabe!

Ils sont toujours aux prises avec un monde, arabe lui aussi( !), plein de contradictions et de misères. Un monde massacrant et massacré par la bêtise des hommes et les aléas de l'histoire; un monde tant de fois vexé et vexant, victime et bourreau, plusieurs fois avili, mort et ressuscité, comme ''remis à jour'', pour aller mourir de nouveau dans la misère et l'humiliation... un monde "arabe" par excellence, quoi!

Ce monde arabe qui ne sortait d'une colonisation odieuse que pour tomber sous le joug d'une autre mieux équipée encore, plus sophistiquée et plus efficace donc. Car elle ne cesse de s'inventer de nouveaux procédés et de nouveaux outils de destruction et d'oppression qui ne manquent jamais d’ailleurs de surprendre les Arabes, affligés comme ils sont par leurs sui generis « retard et paralysie » comme le disait Kanafani même...

Voilà ce qui caractérisent les Arabes et voilà ce qui tourmentent leurs intellectuels. Mais il y a des Arabes qui ont désappris l’art de pleurnicher et Kanafani en fut un : son engagement incite à l'indignation et à la colère.

Lève-toi et marche sur le sentier de la vie § car la vie n'attend pas celui qui dort.

Chantait déjà son compatriote Élia Abou Madi.

Le lecteur voit dans la vie et l'œuvre de Kanafani une espèce d'appel à cette indignation et à cette colère pour se remettre de la tragédie de l’oppression. Existe-il une condition plus tragique que celle qui s'abat sur l'homme le spoliant de sa terre et de ses biens, lui interdisant le pain, lui confisquant la mémoire et la liberté et toute autre humanité et ce sous le regard complice ou indifférent des habitants de la terre?!

Kanafani mourut dans la force de l'âge (1972) et s’il n'avait pas trouvé assez de temps pour régler ses comptes à un monde qui n'était pas son monde (et jamais il n'aurait pu être son monde) c'est que ce monde appartient à un système inventé par les oppresseurs et imposé, comme destin inexorable, aux vaincus et surtout aux lâches qui se complaisent à dormir ou à faire le mort.

Kanafani, le poète lucide et sensible, mourut sans avoir eu l'occasion de voir la fin du cauchemar:

le cauchemar des apatrides malgré eux,

le cauchemar des affamés malgré leur fierté et leur richesse,

le cauchemar des dépourvus d'une identité,

le cauchemar de ce peuple même qui a généreusement contribué à l'écriture de l'Histoire et qui, malgré ceci, le-voici vaincu, humilié, oublié... damné!

 

Parcours de l'œuvre

Kanafani mourut en martyr pour la liberté et la dignité, sans avoir gagné la quarantaine. Sa vie cependant fut une vie remplie de luttes nobles et de sublime poésie. C'était une vie radieuse que ni le destin ni les ennemis parvinrent à troubler ou à obscurcir.

Le lecteur de son œuvre s'aperçoit déjà, dès la première page, de la beauté du style, du courage de dire, du bon choix des mots, de la générosité des sentiments et surtout de l'honnêteté de l'écrivain... il était franc, authentique.

Justement, Kanafani n'épargnait aucun effort pour venir au secours non seulement des opprimés en Palestine mais aussi à ceux qui, en chaque coin de la terre, ont besoin d'aide.

Et dieu, et les hommes aussi, savent combien de droits légitimes de l'homme sont piétinés, où que soit cet homme et qui qu'il soit.

Son style est propre et clair; il ne contraint pas le lecteur à peiner et suer pour traverser les tunnels sombres et les labyrinthes sans issue de la condition humaine (celle qu'il observait); il lui donne au contraire une sensation de plaisir et il l'incite à réfléchir et à méditer (mais l'art, n'est-ce pas cette invitation tendre et agréable à la méditation?) sur ce monde immense comme l'homme et mystérieux comme lui, avec ses peurs et ses espoirs, ses larmes et ses chants, son bonheur et ses misères, son hostilité et sa fraternité.

L’œuvre de Kanafani nous montre un homme qui n'avait pas peur de scruter l'enfer des contradictions qui ont toujours secouer les hommes et les ont fait osciller entre la bassesse et la grandeur, et ce, depuis que l'homme est homme et l'histoire est Histoire.

Kanafani utilisait des mots simples mais précis. Et même quand il lui arrivait de recourir à quelque archaïsme linguistique, il le faisait délibérément dans le but de nous présenter une langue équilibrée entre l'étrangeté du passé et la familiarité du présent pour rendre l'idée de l'étrangeté de l'homme dans le cosmos et sa familiarité avec ce cosmos.

L'auteur recourrait au flash-back; dans la plupart de ses récits, nous le voyons introduire une petite histoire racontée au présent pour ensuite plonger dans le passé et, donc, dans le vif du sujet. Ce procédé rend plus vifs les souvenirs en les liant à l'instant du présent, créant ainsi non seulement l'unicité de l'histoire et des personnages mais leur donnant une certaine épaisseur historique et donc une existence tangible et une identité propre.

L'on peut penser que Kanafani fît partie de telle ou telle orientation idéologique (sclérosée sclérosant) de son temps. En réalité, il n'appartenait qu'à ses propres idées. Celles-ci étaient in progress, élastiques, en perpétuelle évolution et mouvement comme la vie, d'ailleurs.

Aussi l’auteur fit-il sienne l'éthique du respect et de l'indulgence qu'il offrait, avec générosité, comme cadeau à cette partie misérable de l'humanité malade de médiocrité et avide de chimères.

Cette humanité (l'image est de l'auteur) ressemble à un chaton aveugle et affamé qui, se trouvant sur le sein doux et chaud d'un chat et se croyant en présence de la mère, se met à chercher obstinément un lait mais il ne recueille que des gouttes de sang !

La Palestine fut la « cause » de Kanafani (comme elle fut et demeure la cause de ses compatriotes) mais elle pourrait être utilisée comme prétexte pour critiquer la société des hommes - n'importe quelle société - qui recèle dans ses viscères, hélas, plus de mépris et pour l'individu et pour sa liberté que de respect ou de compréhension.

Dans la « Boîte de verre » l'auteur excelle dans la description des ouvriers prolétaires qui se comportent comme une bande de prostitués et dénonce leur hypocrisie et leur ignorance qui les contraignent à se couvrir le visage de sueur et de fausse pudeur en croyant ainsi couvrir leur complicité et se débarrasser de leur soumission et de leur lâcheté.

Il se peut qu'ils restent pendant toute la vie enfermés dans cette boîte, à monter ou à descendre les étages dont elle est faite, comme des fourmis, sans jamais oser en sortir et sans jamais essuyer leurs corps de la sueur et guérir leurs âmes de la honte.

 

D’autres soucis

Kanafani n’était pas fanatique dans son combat : ce n’est pas l’homme mais l’oppression et l’injustice qu’il haïssait dans l’homme. Et puis il n’était pas obsédé par le seul problème de la Palestine.

En effet, dans « Les moutons crucifiés » et « Le cobra » on le voit s’attaquer au spectre de la technologie devenue un despote impitoyable.

Ce tyran qui a asservi l'homme, au lieu de le servir, continue à avancer toujours, inexorablement, comme un cobra noir et sombre, comme la mort... tantôt il crucifie des gens, innocents comme des moutons, tantôt il boit le sang de l'homme sans jamais en avoir assez, sans lui savoir gré, sans avoir pitié de son innocente nécessité.

Kanafani aimait aussi les enfants et il les aimait tellement. Est-ce qu'il s'était lassé du monde des adultes corrompus, ennuyants et ennuyés à force d'avoir trop vécu dans la médiocrité et dans l'hypocrisie, incapables de sortir de l'univers étroit qu'ils s'étaient confectionnés?

En fait Kanafani, avec ses récits, semble psalmodier cette prière pour la liberté:

Jeunesse tu es notre espoir § grâce à toi l'aube est à notre portée.

Les enfants sont les héros de demain qui ne tarderont pas à renverser l'adulte inutile, avec ses lâchetés, ses trahisons, ses habitudes à aimer la vie de la soumission et de l'infamie.

La lettre de Messaoud, dans ce sens, ne peut être que l’amer constat de ne pouvoir plus retourner à sa ville natale. C'est aussi le symbole de l'étrangeté de l'enfance face au monde des adultes qui eux sont des proies faciles de la médiocrité.

Adultes qui ne trouvent rien de plus voluptueux qu'exercer leur arrogance et leur cruauté sur les plus faibles pour les soumettre, les exploiter, les humilier et tuer en eux l’espoir et la dignité d'appartenir à la race des hommes.

La dignité, voilà ce qui devrait remplir la tête et le cœur des hommes.

Quand l’homme semble avoir tout perdu, quand il ne lui reste que la misère et les larmes pour exprimer cette misère, il lui reste quand-même de réelles chances de salut. Donc il ne doit pas se laisser abattre par le désespoir. Au contraire, il doit s'estimer capable de briser les chaînes de la servitude et de faire sauter les jougs de la misère.

Peu importe la source de cette misère : qu’elle vienne d'un vendeur de grain, du rédacteur d'un journal ou d'un ami, dans tous les cas elle ne sait générer que douleurs et souffrances.

 

Rester ? partir ?

Qui revient dans un monde, comme le "Retournant" à Haïfa, trouvera des hommes qui attendent. Ces hommes ressemblent à des clous enfoncés dans des murs dépouillés des tableaux qui autrefois les décoraient. Cependant il n'est pas dit que ces clous ne puissent plus porter les mêmes tableaux, bien entendu, s’ils continuent d'exister encore.

C'est une belle image, celle qui décrit les fils fidèles à la Palestine qui ont choisi de rester et résister en défiant ceux qui les forçaient à l'exil et à l'humiliation.

Ces héros n'ont pas cédé au chantage des fusils et du feu comme ont fait plusieurs de leurs compatriotes et contemporains.

Le même Kanafani, enfant, fut contraint de laisser la Palestine. C'était peut-être pour cette raison qu’il s'était scandalisé par ceux qui s'étaient trouvés « bien et à l’aise » dans l'exil; ils auraient dû rester pour renforcer la résistance et accompagner les martyrs.

Voilà pourquoi les martyrs ne leur appartenaient pas. Les martyrs étaient les frères de ceux qui n'avaient pas trahi la cause, ceux qui étaient restés dans la patrie pour lutter à leurs côtés, pour les aider et leur insuffler espoir et courage.

Khaldoune était l'un de ces héros résistants quand il répondit à ses parents qui étaient revenus après vingt ans d'absence pour le convaincre de laisser l'armée israélienne et partir avec eux en exil: «Incapables! Incapables! Vous êtes liés avec des chaînes lourdes de retard et de paralysie! »

C'était aussi cet homme Kanafani, selon quelques uns de ses écrit.

 

Smari Abdelmalek

Par Malik - Publié dans : rencontres algériennes - Communauté : Points d'appui
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Lundi 2 août 2010 1 02 /08 /Août /2010 09:31

Vœux de bonnes vacances

 

Mes amis et les eaux de l’onde

Sont tantôt doux et tranquilles

Tantôt farouches et mécontents

Mon cœur reste toujours

Un beau rivage, un havre de paix

Pour vous ; bienvenue, mes amis !

 

 

Soudain

 

Soudain je tends la langue

Louvoyant pour saisir un mot

Moduler une voix et je m’aperçois

Que je suis muet. Tant pis alors

Pour mes impressions

Je regarde les objets de ce monde

Ils n’ont plus de musique

Quant aux couleurs

C’est la nuit totale peut-être

Et pourtant…

Une étendue, un corps dure

Une substance que je sens

Craquer, une substance

Jamais évanescente,

Une espèce de terre qu’on appelle

Algérie qui coule avec les jours

Et dans mes veines avec mon sang

Et fait battre mon cœur

Le cœur de son cœur.

 

 

Purezza sporcata

 

Ho visto un cane bianco

Con un ragazzo nero giocare

Tutti i due felici, piccoli fratellini;

Il cane non vede in colore.

Ho visto lacrime limpide,

Pura acqua di fonte zampillare

Da cuori feriti e scorrere

Sulle guance di anime torbide

E dalla favilla uscire

Ho visto un bambino

E una canna unico giocattolo

Al petto stringere

 

   

الحرّيّه

 

 

أنا الشّمس في الأيّام العاتيّه

أنا قمر في الظّلمة الدّاجيّه

دليل التّائه في البحار النّائيّه

أنا السّماء الصّافيّه

لا سحب في فضاء أرجائيّه

دائمة الإشراق لا تأفل نجوميّه

 

سلوان أنا للآمال الباكيّه

و مناجاة عذبة للأرواح الآسيّه

حملت رايات التّمرّد والألويّه

أنا قائدة الأرواح الثّائره

يعشقني الجريء كلّ ذي نائله

 

أنا أنهار الخمرة الجاريّه

أنا حمرة العذراء المستحييّه

دائمة بسمتي على شفافي النّاريّه

لست أسكن القصور العاليّه

لا و لا الأكواخ الدّنيئة المتهاويّه

في مدينة الأحلام عنوانيّه

لمن أراد أن يقتفي آثاريّه

 

أنا الرّبيع بأصدائه الشّاديّه

أزهاري لا تجفّ و لا تذوى وروديّه

دائمة الخضرة وارفة ظلاليّه

لا تنضب لنبعي مجاريّه

أنا لحن خالدة أنغاميّه

أنا الحرّيّة ، أنا الحسناء ، اللّعوب المغريّه

 

 

 

لنا .. فما لنا !؟

 

 

لنا سود السّواعد

و الصّحائف بيض

لنا العين حور

و الثّورة روح

لنا الرّقّة صدر

و الدّم الشّهيد ورد

والأحلام أفيون و خمر

والسّماء روض

لنا الغجر ثغر و خدّ

لنا التّبر برّ

و دمع الصّبح شرب

و الهواء زهر و طيب

و حتّى الكوكا لدينا

فما لنا نيّام بؤس

لا يؤوينا قبر و لا قصر

 

Smari Abdelmalek

Par Malik - Publié dans : rencontres algériennes - Communauté : Points d'appui
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Jeudi 1 juillet 2010 4 01 /07 /Juil /2010 23:22

 

« Depuis les années 1950, la social-démocratie

norvégienne a défendu l’idée que l'État doit

faciliter la représentation démocratique la plus

diverse, en apportant un soutien économique

massif à la presse, à la culture, à la société civile

et aux partis politiques. »

Remi Nilsen, Le Monde diplomatique, Juin 2010

 

 

Pour une thérapie efficace et qui dure dans le temps; peut-on vraiment y faire quelque chose?

 

« Nous ne changerons pas de vie – soutient d'autre part José Saramago - si nous ne changeons pas de vie... Mais pour que cela puisse se faire, il est aussi nécessaire et urgent de dénoncer radicalement tous les facteurs qui empêchent cette transformation, facteurs économiques, politiques, religieux, culturels... »

Peut-on vraiment combattre la corruption, el-fassade? Certainement, mais à condition que l'on y mette de la conscience et de la discipline; quand les Algériens apprendront à se détacher de leur égoïsme, à s'en éloigner; quand ils apprendront le courage de sacrifier leurs bas intérêts pour ceux plus grands, plus justes, plus durables, pour ceux qui profitent à tous les membres de la cité.

C'est loin comme objectif, mais il suffit qu'on en ait conscience pour qu'on se trouve déjà lancé sur le chemin de la moralité et du civisme. La persévérance fera le reste.

Il faut arriver à se fixer cet objectif stratégique, car notre société est gravement affectée du mal de la corruption (il suffit de regarder alentours ou de feuilleter l’actualité de chaque jour). C'est un véritable fléau qui la traverse de part en part. Il n'en épargne aucune strate de notre société, aucune catégorie sociale, aucune région de notre pays! En témoignent les organismes internationaux, les O.N.G., l'État même, la société civile, les journaux, les services de l'ordre et tous les citoyens qui résistent encore à cette pourriture.

Quant à moi je poursuis cet écrit avec d'autres exemples négatifs, conséquence directe de cette culture, notre culture, malade et corrompue et pourrie et condamnée.

« La déclaration de la plupart des responsables et fonctionnaires de l'État ont avoué, dans le cadre des déclarations des biens personnels comme le stipule la loi anti-corruption de 2006, de posséder des logements O.P.G.I. bien que la loi ne leur ouvre pas droit puisque leurs revenus dépassent de loin les 12000,00 D.A. » Slimane H. El Khabar 20-02-10.

Quidams et « honorables » citoyens ne reculent devant rien pour assurer leurs bas intérêts égoïstes. D'autres apprenti-busnesmen essayent de corrompre certains douaniers dans le but de passer ou de faire passer leur marchandise plus vite que les autres et pour éviter de s’acquitter des droits de douane; ils préfèrent « acheter la route », une route illégale, à des prix exorbitants - comme l’explique le directeur des douanes M. Bouderbala (El watan 04-11-09).

C’est la conséquence de l’irrationalité, du non professionnalisme qui régit l’esprit de notre commerçant.

Seulement et là j’ajoute : notre commerçant ne compte pas gagner uniquement mais plutôt ne pas prendre de responsabilité, méfiance originelle oblige ? divorce entre l'État et le citoyen s’entend.

En Italie pour ouvrir un bar, on oblige l’aspirant kah'ouadji à faire une formation théorique avec un stage pratique où il apprendra à gérer son travail avec discipline, à assurer l’ordre et la propreté, à veiller à rendre avec la monnaie sourire et ticket fiscal, à faire ses comptes avec les banques, à connaître ses obligations et ses droits fiscaux, à investir, à traiter avec condescendance et respect les clients quels qu’ils soient. Et ça indépendamment de l’existence ou non de la concurrence.

Hélas, chez nous, quiconque s’improvise tout sauf ce qu’il est vraiment : le médecin est marchand de bétail, l’ingénieur taleb qui écrit des talismans, le gardien de moutons expert en finances, l’apprenti électricien spécialiste en relations internationales, le journaliste ou le philosophe expert en imamologie…

Ce genre d’aberrations arrivent quand on est incompétent dans ce qui doit être son propre domaine ou son vrai métier. C'est comme si dans les gènes mêmes des Algériens était inscrite la tendance à être des ratés et par conséquent la tendance à combler ce manque (magiquement, en cherchant des raccourcis) en usurpant les métiers, les uns des autres, et à se sentir toujours incapables de réaliser une vie honnête.


 

Où est l'État ?

 

Dans un article du quotidien arabe El-Khabar daté du 29-10-09, Hamid Zaatchi, se basant sur les déclarations de l’économiste Malek Saray, parle de l’existence de plus de cinq millions d’émigrés algériens entre ceux officiels (enregistrés par nos consulats) et clandestins (non reconnus par les pays hôtes et non enregistrés par nos consulats). 98% de l’argent en devise (plus de 3 milliards de dollars, mais la capacité réelle est estimée à sept milliards de dollars) - que ces fils de l’Algérie rapportent avec eux chaque année pendant leurs vacances au bled – est changé en monnaie nationale au dehors des structures monétaires officielles. Cette hémorragie financière est certes une œuvre satanique, va-t-il sans dire, des réseaux de trafiquants de drogues et d'armes et des lobbies de l’import. Ainsi ces commerçants de l’infâme détiennent-ils jusqu'à 40% des 140 milliards de dollars des revenus de l'État en devises !

L’autre cause qui n’en est pas moins scandaleuse est que les banques algériennes n’ont aucune volonté politique de contribuer à l’éradication de ce fléau : elles n’ont pas daigné ouvrir des succursales dans les pays mêmes où existent nos ressortissants algériens comme est le cas en Egypte, en Tunisie ou au Maroc et jusqu’au fort « arriéré et tribal» Soudan !

Le comble est l’absence sur le territoire national même des guichets de change. Et dans l’aéroport - soi-disant international - d’Alger, l’on ne compte que deux guichets de change avec la fort gênante présence des essaims de guichets ambulants qui leur font concurrence et qui leur dérobent les clients (ils ne font pas de différences, les honteux infâmes, entre nos ressortissants qui vivent à l’étranger et les Étrangers) de sous leur nez et sous le regard impuissant ou complice des agents de sécurité dudit aéroport et de la police.

Quant à l’aéroport de Constantine, lui aussi dit international, tout simplement je n’y ai pu relever personnellement l’existence d’aucun guichet de change ! Pour comparaison, l’aéroport de la petite capitale du tout petit pays voisin qu’est la Tunisie compte 15 guichets officiels et zéro guichet ambulant. Et si vous trouvez dans la ville de Tunis quelques vendeurs de devises, il n’y pas de doute que ces dits vendeurs soient algériens ! À propos de l’expression « vendeurs de devises », quand j’étais arrivé tout frais en Italie, j’avais raconté à des amis des choses sur nos mœurs. J’étais étonné de leur ignorance quant à cette expression ; ils me disaient : « Mais qu’est-ce que ça signifie Vendre les devises ou les acheter ? Es-tu sûr d’entendre ce que nous en entendons ? »

Comme vous pouvez remarquer, chers lecteurs, leur étonnement n’avait rien à envier au mien. Quant à moi, j’avais tâché d’oublier, de bannir de mon glossaire une telle expression de honte et de ridicule.

Nos guichets ambulants, continue l’article de El-Khabar, proposent malheureusement à leurs clients des taux plus alléchants que ceux que leur proposent les guichets officiels ! La gente ci casca, comme disent les Italiens, les gens cherchent leurs intérêts ! L’auteur de l'article impute cette prodigalité au fait que ce qui intéresse ces spéculateurs ce n’est pas tant le gain qu’ils en tirent (par rapport au cours officiel) que l’évasion de ces sommes de devises.

Ça peut être ainsi, mais selon moi, ils sont prodigieux pour la simple raison qu’ils ne paient pas d'impôts, et s’ils font des remises, ils demeurent toujours gagnants, car ils les retranchent des sommes qui reviennent à l'État. Ils sont en ça comparables aux industriels des pays du tiers monde qui spéculent sur le non payement d'impôts, le bricolage, le sous payement des leurs ouvriers pour présenter au marché des produits compétitifs et qui font parfois trembler jusqu’aux pays de grande efficience capitaliste et productive comme l’Allemagne.

Dans tous les cas, ces criminels encore en circulation et en action libres, travaillent pour appauvrir l'État avant tout pour l’affaiblir et s’assurer ensuite et enfin l’exploitation et la prédatisation (en faire une proie sans défense) sans lois ni contraintes de toute la société.

El Khabar parle déjà de la capacité acquise chez ces mafias et leurs hommes de mains et complices d’un pouvoir financier immense et tel qu’il peut menacer l'État, le faire chanter, le mettre à genoux, le dompter, le tuer à la fin du parcours.

Ce pouvoir financier atteint en ces jours plus de 60 milliards de dollars ! Un véritable budget d’un véritable État ! La situation est tragique surtout quand on sait que ce que les forces de l’ordre (les douanes) peuvent récupérer de ces fortunes perdues ne dépassent pas les quelques dizaines de millions de dollars ! Juste la somme qui sert à payer les douaniers déployés et mobilisés dans ces opérations ! Où est l'État ?

Il m’est arrivé personnellement de tribuler entre trois, quatre de nos banques à Constantine pour pouvoir exercer mon droit au change, avant d’opter finalement pour la banque centrale ! et encore ; là aussi, je suis tombé sur quelqu’un, un employé de ladite banque, qui m’invitait à changer dehors!

Ce seigneur, aux mimiques d’escroc, se reconnaît par son habit gris, par sa manière fainéante d'arpenter les bureaux, par sa disponibilité à donner des informations et surtout des avis et conseils aux clients… il se peut même que le Monsieur soit un responsable, à moins qu’il soit là comme détaché de la place de la Brèche à la recherche des clients… Ce seigneur, me voyant au guichet, m’apostropha :

- Monsieur, vous désirez ?

- Je voudrais changer l’euro, lui répondis-je, tout en me disant « en voilà un qui finalement ressemble bien aux employés de bureau des pays civilisés ! Il fait davantage ; il n’attend même pas qu’on lui adresse la parole, qu'on le supplie ou qu’on s’introduise de la tête à travers la vitre du guichet pour qu’on le serve ! »

- Combien ?

- Trois cents cinquante. Lui répondis-je, avec naïveté, sans soupçonner pour rien au monde son indiscrétion.

- Pas mal. Écoute, pourquoi est-ce que tu ne vas pas là, à la Place, on te donnera plus ?!

Je n’ai pas eu la présence d’esprit pour le remercier de son précieux conseil, le pauvre, car je pensais à sa stupidité… il ne sait pas, le misérable, qu’il était en train de faire faillir la boîte qui lui assure son salaire. Mais au pire, il n’y a pas de limites!


Misères et grandeurs des pays félix

Il va sans dire qu’il est à diagnostiquer de par ces comportements pervers de nous autres Algériens, les sempiternels mystifiés qu'un rien nous aliène et nous obnubile, la présence structurelle et chronique de ce mal qui ronge notre société: le divorce entre le citoyen (vecteur et garant de l’intérêt égoïste) et l'État chantre et représentant de l’intérêt général de justice et de solidarité pour la communauté entière.

Signe d’arriération morale est cette incapacité chez Berbericus de marier l’un et l’autre de ces deux types ou natures d'intérêts qui semblent foncièrement répulsifs et incompatibles l’un avec l’autre. Signe de cet arriération est l’absence même de l’idée que ces deux natures d'intérêts pourraient être affrontées dans la perspective de les concilier l’une avec l’autre ! Pourtant les sociétés moralement avancées nous font voir que non seulement il est possible de fondre les deux catégories d'intérêts dans une synthèse heureuse mais aussi que ça vaut immensément la peine de tenter l’entreprise et, plus encore, qu’il est urgent de la faire et nécessaire de préserver ce mariage félix. Car qu’est-ce que le développement sinon cette capacité de faire de l’intérêt public de la communauté un intérêt personnel de chacun ou vice versa ?

En attendant, les fils de l’Algérie se laissent bercer par leurs pauvres et préjudiciables intérêts ignorant qu’ils ne font qu’appauvrir l'État, donc leur pays, donc eux-mêmes.

Que faire ? il faut que l'État prenne avec courage et intransigeance ses propres responsabilités en préconisant des mécanismes de gestion de la chose publique efficaces, comme par exemple dans ce cas de figure « commerce de devises » la garantie et la titularisation des intérêts personnels des citoyens et leurs avoirs. Ainsi ils ne penseront plus à sauver leurs propriétés privées menacées, réellement ou fantasmatiquement, au dépens de l’intérêt général de l’Algérie et des Algériens.

« S’il est vrai, dit Carlo Alberto Dalla Chiesa, qu’il existe un pouvoir, ce pouvoir doit appartenir seulement à l'État, à ses institutions et à ses lois ; nous ne saurons outre déléguer ce pouvoir ni aux prévaricateurs ni aux usurpateurs arrogants ni aux malhonnêtes. »

L’unique commentaire qui s’impose est que l'État doit exercer le pouvoir d’abord d’une manière juste et démocratique et ensuite il doit le récupérer des mains criminelles.

Le 20 septembre 1949, le Chancelier Adenauer avait fixé trois objectifs stratégiques pour la nation allemande : la souveraineté nationale et l’égalité des droits avec les autres nations, la construction européenne, la réunification. Ces objectifs ont été atteints le 3 octobre 1990 (voir l’article de Henri Ménudier au Monde diplomatique – mai 2010).

Les Algériens n’ont pas encore acquis le sens de la moralité d’un Carlo A. Dalla Chiesa ou d’un Adenauer et de leurs concitoyens, mais il n’est ni tard ni interdit d’espérer et de se mettre au travail.

Commençons par apprendre à raisonner par principes sains (Dalla Chiesa) et par projets lucides et pertinents (Adenauer). L’objectivation de nos idées nous portera non pas tant à convaincre les récalcitrants ou les indifférents qu’à indiquer à nous-mêmes ce qu’on a à faire, ce qu’on veut faire, quand et avec quelles échéances, comment et avec quels moyens, avec quelles énergies… la mobilisation de toute la société et l’adhésion de tous les citoyens suivront nécessairement.

En mois d’octobre de chaque année, lit-on dans le même article de R. Nilsen (cité en frontispice), les déclarations des particuliers sont rendues publiques. « Avant Internet, pour prendre connaissance des revenus du maire, du voisin ou du commerçant local, il fallait se rendre au centre des impôts de sa ville, afin de consulter les listes, accessibles durant trois semaines… Les journaux, cependant, révélaient les revenus, le patrimoine et la fortune des personnalités publiques – responsables politiques, chefs d’entreprise, sportifs ou célébrités des arts et du spectacle. »

Bien sûr, il ne faut pas s’attendre que le Norvégien se comporte comme s’il était un ange ; car malgré cette mesure de transparence et d’égalité de tous devant les lois du pays, il peut se trouver quelque malin qui cherche à se jouer de ces règles de bonne gouvernance. Et M. Nilsen cite le cas d’une ancienne première ministre et ancienne directrice générale de l’OMS, Mme Gro Harlem Brundtland qui ne payait pas d’impôts alors qu’elle bénéficiait toujours d’une confortable retraite d’ex-députée et qui n’hésitait pas à se faire soigner dans des hôpitaux publics en Norvège… tout en vivant en France depuis plusieurs années !

Il est de certains fléaux sociaux (la corruption) comme l’envasement des digues : ça revient toujours et il faut en inscrire la lutte dans chaque programme, dans chaque agenda des actions du gouvernement et des citoyens conscients.


 

Quelques indications pour instaurer la culture de l'incorruption

 

Il y a deux mois, une maison d'édition milanaise, Melampo, organisa une série de débats autour du thème "Les fils qui écrivent de leurs pères". Ces rencontres visaient en réalité l’objectif d’étaler devant les yeux des citoyens le problème épineux de la corruption en Italie. Un drame national qui n’arrête pas de saigner le pays, avec des vies humaines et des milliards d'euro perdus par an.

Mais les Italiens savent se défendre, évidemment. Ils ne laissent pas d’interstices au provisoire et au bricolage. Leur lutte est systématique et engage toute la société, d'autant plus que certains de ces chevaliers de la légalité vivent sous escorte. Ils ne baissent pas les bras. Beaucoup d'entre eux ont payé et beaucoup sont condamnés par la pègre et les puissants et terribles syndicats du crime.

Il est encore trop tôt pour se permettre de comparer la conscience de l'honneur et le sens de responsabilité des Algériens à ceux des Italiens. Ce que nous pouvons faire c'est juste indiquer à Berbericus la lutte de cette nation et sa vigilance soutenue contre ce fléau de corruption. Hommes politiques, juges, journalistes, écrivains, étudiants, parents et amis des victimes, citoyens, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes,… tous sont prêts à payer de leurs biens et de leurs vies même pour contenir ce cancer des sociétés qui est la corruption.

Certes ces fils ont perdu leurs pères et cherchent d'en élaborer le deuil, mais ce qui les meut et les inspire le plus c'est surtout la détermination de maintenir éveillée cette garde contre la pègre. Le plus sublime dans tout ça c'est que les participants (et tous les citoyens) leur font sentir qu'ils ne sont pas seuls dans leur douleur et dans leur combat. Qu'ils ne sont pas seuls à se sentir fiers de leurs êtres chers perdus; que derrière eux, à leurs côtés et au milieu d'eux il y a aussi tous les citoyens venant de toute l'Italie pour combattre le même mal et pour les soutenir...

D.Lgs. 8 juin 2001, n. 231 est un curieux (pour moi) décret législatif italien qui a pour objet de discipliner la responsabilité administrative des personnes juridiques, des sociétés et des associations même privées de personnalité juridique. C’est dire quelle importance et quel intérêt les nations vives et éveillées accordent-elles à la lutte contre tous les fléaux qui pourraient menacer de près ou de loin la vie de la cité ou en altérer la bonne marche. Je ne sais pas si un instrument de cette nature existe chez nous, mais je voudrais seulement attirer l’attention de Berbericus que là dans les pays felix, on est justement felix parce qu’on est rigoureusement responsabilisé ; quiconque (personne réelle ou juridique) est individuellement tenue pour responsable de ses propres actes et en même temps il est co-responsable des actes de ceux qu’il a sous sa responsabilité.

J’aimerais bien que nos gouvernants aient un peu de la modestie des Italiens qui n’hésitent pas à se poser en élèves pour apprendre des autres comme ce magistrat, ancien de « Mani pulite », Piercamillo Davigo. Ce dernier parle avec admiration d'une espèce de test d'intégrité en vigueur aux Etats Unis. Test qui consiste à lutter contre la corruption en soumettant les responsables gérant les affaires de la cité à une épreuve où une police spéciale, par simulation, tente de corrompre un fonctionnaire, s'il tombe dans le piège, il est pris comme en flagrant délit (c’est prévu par la loi). S'il refuse, c’est signe qu'il est honnête et intègre.

Ça c’est l’Amérique (et l’Italie aussi), où les quatre pouvoirs (l’information est le 4° pouvoir) sont différenciés et vraiment indépendants et autonomes mais ils restent collaboratifs et complémentaires.

Chez nous, hélas, « Nos députés – comme le dit M. Aziza du Quotidien d’Oran, 20-05 – 09 - sont ligotés par une législation qui donne le plein droit de contrôle à l'administration au détriment du parlementaire. »

On peut dire de même pour ce qui concerne le pouvoir judiciaire et celui de l’information, qui sont encore à l’ombre du sceptre et des moustaches d’un autre age du pouvoir exécutif.

Le sens de la démocratie est la circulation fluide et libre de l'information dans la société; le citoyen a le devoir et le droit d'être informé sur les manœuvres des gouvernants concernant les deniers publics et l'intérêt général du pays. Nos intellectuels doivent peiner pour avoir "la licence pour dénoncer les travers de la société algérienne"; car enfin l’information donne aux opprimés « la science de leur malheur »... Et la bonne justice, celle indépendante, corrige ce malheur.

Mais convaincre Berbericus, est trop lui demander ! Nihil humanum a me alienum puto.

Toutefois ne nous laissons pas battre par les habitudes paresseuses et l’exécrable indifférence ; hasardons plutôt quelques conseils que, bien qu’ils ne soient pas exhaustifs, nous retenons pertinents, vu l’ampleur du mal et l’urgence d’agir.


 

  • Échange d’informations entre organismes et corps institutionnels chargés de lutter contre le fléau de la corruption.

  • Déclaration du patrimoine personnel des responsables et de toutes personnes morales ou physiques avant l’entreprise d’une charge, affaire, mission ou mandat publics et après le terme des dites responsabilités. Il faudrait aussi les contrôler durant l’exercice de ces fonctions surtout s’il s’agit des responsabilités de longues périodes.

  • Protection et prise au sérieux des dépositions des dénonciateurs, des plaintes des victimes, des assertions des témoins, des enquêtes des journalistes et des témoignages de toute personne, organisation ou institution indépendantes ou gouvernementales et même des repentis. Cela, sans tomber dans le torquemadisme ou la chasse aux sorcières. S'assurer de la vérité de leurs assertions ou de leurs supputations. Une personne est toujours digne de respect et est innocente avant de pouvoir prouver son implication dans un délit ou forfait.

  • Associer la société civile et les mass média à la lutte contre ledit mal.

  • Indépendance de l’organisme ou de la commission censés lutter contre la corruption. Ces organismes devraient publier périodiquement via presse, radio, Tv ou autre site Internet des informations sur « qui sommes-nous ? notre fonction, notre rôle, le bilan de notre entreprise ou responsabilité, les nouvelles perspectives et les problèmes encore non résolus… » et cela avec analyse objective des raisons des échecs de leur action et de leurs succès aussi. Il s’agit aussi d’évaluer les instruments juridiques et les mesures administratives afin d’optimiser leur efficacité pour mieux prévoir et combattre la corruption.

  • L’information par sensibilisation directe ou via spot publicitaire, réclames et affichage des limites et des droits du citoyen face à l’administration : douane, état civil, police, fisc, attribution des marchés publics et des autres licences qui ouvrent droit à quelque privilège social ou économique comme registres de commerce, permis de construction, visas de voyage ou de pèlerinage…

  • Éducation du citoyen, dès la tendre école, par les programmes éducatifs et par l'application de la loi.

  • L'application rigoureuse de la loi. Souvent ce n'est pas par manque de législation mais par manque de rigueur dans l'application des textes qu'on pèche.

  • La culture de l'interception sans tomber dans la nécrophilie médiatique et sans fouler des pieds la liberté individuelle du citoyen. C’est grâce à la justice que nous pouvons nous vanter de faire partie du monde moderne. Et quand il n’y a plus de justice, l’histoire la restaure et la rachète…

Que tout soit transparent, juste, humain et légitime donc ; car sans légitimité toute forme de pouvoir est vaine, ce qui favorise la corruption et la mort du corps social.

 

Ergo, ecce malum, ecce remedium

 

Je crois que le mal de l’Algérie est bien identifié et il consiste en cette cassure entre l’État et le citoyen. Le remède ne peut être que le travail pour souder cette cassure : il faut que l’État veille à instaurer la justice avant l’indulgence, la transparence des règles avant toute forme de prêches, l’État de droit avant celui de la répression, la solidarité (non l’assistentialisme) avant les petits intérêts d’une classe ou d’un poignée d’individus dits privilégiés.

« Ce territoire qui se nomma successivement Numidie, Maurétanie, Maghreb central et Régence d’Alger ne fut, avant 1962, jamais uni que par la domination étrangère. Le cycle infernal des invasions et des rébellions y a duré plus de deux mille ans. La gestation de la nation telle que nous la connaissons aujourd’hui a été interminable et souvent douloureuse. Les larmes et le sang ont coulé plus que de raison, façonnant une identité pétrie d’orgueil et de fierté. »

Marwane Ben Yahmed Jeune Afrique du 21-27 février 2010


 

Smari Abdelmalek

  

Nota bene :

Enfin, chers lecteurs, l'amélioration de nos idées restent tributaire de vos lectures vigilantes mais compréhensives, de votre soutien donc à nos efforts et de votre critique surtout. Merci !

 

 

 

 

Par Malik - Publié dans : rencontres algériennes - Communauté : Points d'appui
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Mercredi 26 mai 2010 3 26 /05 /Mai /2010 08:46

“Le vrai désespoir ne naît pas devant une adversité obstinée,

 ni dans l’épuisement d’une lutte inégale. Il vient de ce qu’on

 ne connaît plus ses raisons de lutter et si, justement, il faut lutter.”

Albert Camus

 

 

 

La sagesse des instincts

Selon l’association algérienne de lutte contre la corruption, « les secteurs les plus corrompus sont les suivants : les partis politiques, les services publics, tous les services de sécurité sans exception, la justice, les douanes, les entreprises et les banques publiques, le secteur privé, le Parlement, les services fonciers, les services d’enregistrement et de délivrance de permis, les services éducatifs, les services de santé, le fisc, etc. » (Entretien avec Djilali Hadjadj, El Watan du 06-11-09) En d’autres termes, c’est toute la société algérienne qui est corrompue.

Toutefois quels que soient les ravages de ces macro-malversations de ce type de potentats détenteurs de pouvoir ou d’argent, il ne faut pas perdre de vue les micro-corruptions et c’est ce qui nous intéresse en cet écrit. Car si la macro corruption est spectaculaire par ses dimensions, elle est plus limitée dans le temps et dans l’espace et surtout elle est plus visible et plus gérable donc ; pourvu qu’on lui oppose une volonté politique. En plus elle n’a pas de toute façon de grandes chances de perdurer, vu la concurrence inhérente aux gens du pouvoir qui s’épient, se contrôlent et ne renoncent pour rien au monde à se dénigrer ou à se dénoncer les uns les autres.

Quant à la micro-corruption, elle, est plus préjudiciable à l’économie du pays et à l’intérêt public ; car elle est plus diffuse et plus répandue et jouit de la force du nombre ; en ce sens qu’elle concerne des millions de gens et  elle donne lieu donc à des millions d’affaires de corruption, quotidiennement.

Mais au fond que cherche-t-on à gagner avec la corruption? Un brin de pouvoir, faute du grand pouvoir, le pouvoir entier et durable.

Ce que nous appelons « pouvoir » est souvent une certaine ascendance ou autorité qu’un individu ou un groupe d’individus donnés acquièrent ou possèdent et qui les rend aptes à permettre ou interdire l’accès d’une personne ou d’un groupe de personnes à user et jouir d’un intérêt donné.

Un tel comportement est parfois légitime, parfois sans préjudices sérieux pour les intérêts des autres, mais souvent il entrave la bonne marche de la vie en groupe.

Paradoxalement ce sont toujours les gens à faibles revenus qui tendent à payer et à renflouer les caisses des plus nantis! Dans une corruption généralisée, comme dans notre pays, les nantis, après avoir racketté les faibles, payent à leur tour la tchippa aux plus nantis qu’eux et ceux-ci à d’autres encore plus gradés et plus élevés qu’eux dans le ciel du pouvoir et ainsi de suite.

Si on suit la logique de cette chaîne, on pense qu’à la fin les nantis absolus seront les seuls gagnants. En revanche, non : ils seront, entre eux, proie les uns des autres; car un système de coups bas et d’alliances ne manquent pas de se déclarer (comme un incendie) dans la forêt de leurs affaires, où l’on verrait les moins nantis (recrutés comme des hommes de main) assumer des rôles importants et arrivent même, au bout de la chaîne, à dicter paradoxalement leurs lois aux plus nantis qu’eux! Dans le monde de la corruption, où aucune richesse concrète ne s’ajoute à ce que l’on a au départ, il n’y a pas de vrais gagnants, mais seulement des perdants à court, moyen ou long terme.

Objectivement ce qu’on voit d’une telle société c’est le chaos ; société où l’on ne produit rien de concret et où aucune richesse vraie (plus value) vient s’ajouter à ce qui existe et où l’on se limite à rouler cette balle de bas intérêts qui va d’un pied à l’autre et qui s’use tandis que les énergies qui se la disputent, se multiplient, s’épuisent et épuisent la cité et lui boit le sang.

Ainsi voit-on augmenter et déferler sur les citoyens des flots de frustrations, de haine et de dé-solidarité, augmentant par-là le malaise social et empirant enfin l’absurde paupérisation morale et matérielle de toute la société.

Les chamailles en plein vol des mouettes autour des morceaux de pains donnent, de cet égoïsme, une image on ne peut plus éloquente. Mais les animaux, qui ne se sont pas encore trop éloignés de la sagesse des instincts, savent se contenter du peu qu’ils trouvent... et puis il y aura toujours quelques touristes ou des enfants qui ne manquent pas de leur fournir des rations de pain suffisantes… le problème c’est avec les hommes.

 

Le bébé et l’eau du bain du bébé

La corruption vient du chantage surtout : dans la plupart des cas, aveuglés par la perspective de gagner plus et avec le moindre effort, les « Faibles-revenus », les avides (tamma’ine ou mel’houfine), les indigents effectifs ou imaginaires, les commerçants de l’illicite... ne reculent devant aucun moyen ou pratique pour réaliser leurs envies. Aussi  n’hésitent-ils pas à user comme instrument les personnes chez qui ils espèrent trouver une aide et un soutien pour leur seul profit!

Puisque dans les sociétés modernes, individualistes donc (et a fortiori comme la nôtre qui est bourrée d’égoïsmes et de négativités), on ne donne rien pour rien mais toujours rass b’rassine: donnant 1 recevant 2, où la valeur du principal est égale à la valeur de l’intérêt... puisqu’il en est ainsi de notre société, on a toujours à faire à des maîtres chanteurs qui extorquent aux corrupteurs, stupides mais qui se croient malins et fins, le maximum de ce qu’ils peuvent extorquer.

Une fois pris dans les mailles d’un tel processus de pourriture, corrompus et corrupteurs ne peuvent plus se passer les uns des autres. Et si par hasard ces pratiques scabreuses (ou les puanteurs qui s’en dégagent) viennent à manquer, ces gens passés maîtres en chantage savent comment les recréer. Car ces gens funestes excellent en leur art et commerce c’est qu’ils savent pertinemment que dans ce jeu de l’infâme il n’y a ni victime ni bourreau, mais que tous les termes de la perverse relation sont tour à tour victimes et  bourreaux.

Et puis tous savent par intuition(?) que les proies seront toujours poussées inéluctablement vers les filets des prédateurs. Ils savent que leurs victimes ne peuvent exhiber une facture, acheter une pièce détachée pour la voiture qui manque de tout (les prix sont prohibitifs et la pièce est rare, contre-façonnée, mal adaptée et mal bricolée…), trouver un travail, se faire délivrer un document, obtenir un visa pour la ‘omra ou Schengen, publier une opinion sur un journal ou quelque manuscrit dans une maison d’édition… Ces requins (avec tout le respect que nous devons aux requins) savent que de toutes les façons leurs victimes seront obligées à la complicité, au consentement, à la collaboration...

Ce mariage pervers entre intérêts malhonnêtes ajoute de l’opacité aux règles qui gouvernent le monde de la pourriture. Opacité voulue et activement recherchée en vertu de la complicité de la victime et du bourreau.

Et puis la paresse de berbericus est hélas légendaire : il tend à cacher ses problèmes au lieu de les affronter. Au lieu de leur trouver des solutions efficaces et libératrices, il compte sur sa mentalité magique pour les voir disparaître. Il ignore, le pauvre, qu’un problème n’est pas nécessairement une sorte de tumeur que l’on doit extirper, mais il s’agit souvent de quelque réalité qui a tout simplement des dysfonctions qu’il faut régler, réparer, guérir ou réviser.

L’eau du bain du bébé ou, selon l’inusable métaphore (Freud), la sauce à la sorcière sont après tout la vie de l’enfant même avec son eau du bain ou la vie même de ladite sorcière avec sa "sauce". Mais berbericus n’a pas encore appris à bien interroger sa vie, soi-même, ses rapports avec son entourage, sa langue, ses traditions, ses choix, ses contraintes et enfin ses représentations du monde et son être-dans-le-monde…

Il a appris par contre à cacher ses problèmes comme il cache ses crachats dans la poussière, ses cours d’urine dans les coins des murs obscurs et sa puanteur dans la foule !

 

Pour une architecture de la Glasnost

Il nous faut une autre manière de considérer cette problématique de pourriture morale que nous sommes en train de pâtir en Algérie; l’Etat doit gérer la corruption avec une politique concrète et rationnelle et faire montre d’une volonté réelle et intransigeante de la combattre.

M. Kamel Daoud, du Quotidien d’Oran, avec lucidité et ironie, doute du sérieux de l’Etat d’aller jusqu’au bout de sa lutte contre cette hydre mortelle tant qu’elle n’abordera pas des questions telles par exemple: « Qui a mal payé qui ? Qui a roulé l’autre ? Qui va-t-on écraser pour signifier à une autre bande nationale le message? »

Il nous faut aussi réédifier nos institutions et les règles qui les administrent, selon les lois d’une architecture de la glasnost. Imaginez, dans un tel environnement de transparence, quelqu’un qui sent l’urgence de faire pipi (quand manquent les vespasiennes, comme c’est souvent le cas chez nous): où qu’il aille, ce quidam sera à découvert et par conséquent gêné.

Son malaise ressemblera au cauchemar que provoquent ces songes étranges et inquiétants, où le rêveur sent le regard menaçant de mille yeux inquisiteurs et pendants sur lui comme l’épée de Damoclès. Songes où il se voit sur le point de chier, niquer ou se faire enculer sans pouvoir le faire car de partout surgissent ces yeux moqueurs, censeurs et inhibiteurs. Des yeux méchants qui l’empêchent de baiser, de faire ses besoins naturels ou d’afficher quelques désirs interdits...

Mais grand dieu, même les rêves (que nous considérons obscènes et pervers) nous invitent à la décence! Sommes-nous alors plus vifs quand nous sommes morts que quand nous sommes vivants?!

Voilà ce qu’on peut appeler informer : rendre clairs, sans coins ni plis, toute chose, toute rue, tout lieu, toute conduite, toute règle et toute loi. Seulement ainsi arriverons-nous à faire sortir les gens de l’anonymat qui risque de cacher ou diluer leur responsabilité individuelle dans celle de la collectivité. Si nous ne savons pas « Qui a commis quoi ? » comment nous sera-t-il possible d’intervenir pour éduquer, admonester, punir ou corriger ces comportements tordus, sado-masochistes et destructeurs ?

Nos chemins et nos rues étant faits de poussière et de boue, ils incitent l’Algérien à cracher ou faire pipi là où bon lui semble. Il en est ainsi de notre architecture qui n’est faite malheureusement que de zones d’ombre et d’obscurité ; vraisemblables cavernes pour des Ali Baba et fiefs de toute sorte de manigances où incubent les germes de la béate stupidité et de la pourriture morale et économique.

Et notre administration n’est pas en laisse: elle est l’image de cette architecture primitive de l’opacité putride, du flou, de la moisissure et de comportements de poubelle où se cultivent les escroqueries, les tromperies, les sophismes, la mendicité, l’imposture, les saccages, enfin les 17 défauts de berbericus...

D’accord, pourra-t-on m’objecter, mais transparence ou pas il y a aussi tendance chez berbericus à faire du dépit aux autres (un sport bien algérien) ; que l’on pense par exemple à ces lâches voleurs qui opèrent à la lumière du jour et sous le regard non moins lâche des présents ; que l’on pense à ces voleurs de vieillards, de campagnards, de nigauds, d’étrangers, de vieilles femmes et en général de gens mal avertis... ; que l’on pense à ces gens qui pissent sans honte partout même sur les murs de leurs propres maisons ; à ces gens qui pensent de faire du dépit aux avocats et aux médecins préférant corrompre un gendarme pour se défendre de la loi(!) ou payer chère une ou deux séances d’inutile et absurde rouqya à un charlatan pour se soigner, soigner sa progéniture et son harem...

Certes il y a ça aussi et d’autres bêtises encore, les unes plus graves que les autres, que berbericus cultive avec zèle et application. Mais la question fondamentale ne disparaît pas pour autant et reste entière : « Comment et pourquoi ces bêtises continuent-elles à sévir ? »

En attendant... on constate l’absence des vespasiennes publiques - oui la saleté morale procède des mêmes causes de la saleté physique. Les deux types sont kesra ou morga. Les deux types sont complices comme le renard de la légende et sa queue. Il n’y a, chez la plupart des Algériens ni sens d’hygiène corporelle et de l’environnement, ni sens de respect pour l’Autre et pour les valeurs que l’humanité a acquises et cultive encore avec combien d’efforts et de sacrifices.

Car c’est notre être total qui est derrière notre moralité et notre sens de l’hygiène physique. Les zones d’ombre, tout comme la poussière de nos rues, absorbent les actes et les empreintes et protègent par-là même les responsables.

C’est donc une trahison morale scandaleuse à laquelle se livre sans conscience et sans vergogne l’actuel berbericus, version algérienne.

Que gagne le corrompu à-billets ? évidemment, la sensation d’être omnipotent. Frustré comme il est par des siècles de domination étrangère, ce berbericus, avec cette bulle d’indépendance et de dignité recouvrée après 1962, ne veut pas laisser passer l’occasion pour exercer et prouver à soi-même qu’il est bel et bien libre et puissant à tout se permettre, qu’il n’y a plus colon qui lui fasse de maître… c’est plutôt lui qui fait le maître, qui est le maître. Vision tordue et piètre consolation pour ce genre de frustrés, peut-être, à jamais irrécupérables !

Chantons, mes frères, en attendant:

Tioue liou la Tioue liou là

C’est pas moi c’est celui-là

guel-ha labbandi; meskine!

En fait seuls les escrocs sont sans états d’âme, car sans conscience historique, devant ce gouffre de la mort morale et – dieu nous en protège! - bientôt matérielle.

 

La pudeur des paysans

Heureusement que nous sommes encore des paysans et que nous sommes donc encore proches de la pudeur des paysans; autrement il n’y aurait entre nous que le langage des sioufa à défaut des armes à feu... Mais ne nous faisons pas d’illusions là-dessus: car les mœurs changent et il n’est pas dit qu’elles changent dans le sens de la douceur...

Il faut que l’État adopte une attitude d’une rigueur bienveillante. Il faut qu’il soit et reste à l’écoute des citoyens, de ceux qui les représentent et surtout de leurs consciences personnelles et celles publiques que constituent la classe politique en opposition, les journalistes surtout, la société civile, les associations citoyennes, la magistrature et autres organes et institutions de sondage, d’observation et de contrôle.

Il faut mobiliser toutes les énergies agissantes du pays et surtout, surtout, il ne faut jamais permettre (et se permettre) à aucun de nos citoyens de déléguer ses prérogatives ou céder ses responsabilités à d’autres. Il est impératif que chacun veille à son champ d’action, que chacun se fasse lui-même œil du maître.

Il faut que l’État examine bien les critiques apologétiques avant de les accepter et celles dénigrantes avant de les rejeter ou de faire l’offensé. Enfin il ne faut pas exclure les autres observateurs étrangers; bien au contraire, il faut faire trésor des remarques, critiques ou reproches nous parvenant des citoyens des autres pays, amis ou hostiles qu’ils soient.

Toutes ces attitudes et ces critiques (pro ou contre) formulées à l’égard de nos gouvernants sont des informations et des indices précieux qui les illuminent davantage sur la valeur des attitudes à adopter et des mesures et actions à entreprendre. Car on ne peut pas tout prévoir et donc bien gouverner (si gouverner signifie encore prévoir) sans cette ouverture bienveillante, stratégique et vitale pour le citoyen et l’État même.

Il ne faut pas perdre son temps à se gonfler la poitrine et répondre par des flatteries à des flatteries et aux critiques par des indignations stériles mais il faut apprendre le sens de la mesure ; s’il est vrai ce que disent de nous nos adulateurs, il faut persévérer sur le même chemin. S’il est vrai ce que disent nos soi-disant dénigreurs, nous n’aurions qu’à nous mettre au travail pour nous corriger et fermer cette porte d’où nous vient le fort et gênant vent coulis.

Et si tous les deux se trompent, tant mieux pour notre hygiène morale : au moins nous montrerions au monde qu’on n’est pas des idiots vaniteux. Et ce serait là un surcroît d’honneur et de mérite à inscrire à notre palmarès de vertus et de réalisations morales.

Il faut donc cesser de jouer les majestés lésées; du reste, l’histoire des nations et des individus a toujours été une perpétuelle recherche réciproque de la paille dans les yeux du voisin oubliant (ou justement pour oublier et faire oublier) la poutre qu’on peut avoir dans ses propres yeux. Et c’est évident qu’il s’agit ici d’une perte de temps.

 

A suivre (Rendez-vous début juillet)

 

Smari Abdelmalek

Par Malik - Publié dans : rencontres algériennes - Communauté : Points d'appui
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Samedi 1 mai 2010 6 01 /05 /Mai /2010 00:49

 

En politique, il est préférable d'omettre la récompense

pour celui qui agit pour le bien plutôt que de laisser impuni

un coupable: dans le premier au maximum diminuera le zèle,

dans le second augmentera l'effronterie. Du reste,

s'il n'y avait pas de maux il n'y aurait pas besoin de remèdes.

Salluste « La guerre de Jugurtha ».

 

 

Responsabilité de chacun et de l’Etat en particulier

Selon Djilali Hadjadj (entretien El Watan du 06-11-09) il résulte que « l'État (algérien) ne soit pas si sérieux que ça à lutter contre la corruption : il fait et défait des organismes qui restent à l’ombre douillette dès leur naissance et peuvent rester des années sans utilité sinon celle de faire subir des ponctions injustifiée aux ressources publiques. »

En effet, sans exclure la probabilité qu’il existe au niveau de l'État même des responsables qui dorment (paresse) ou qui (par mauvaise foi ou opportunisme) rament dans le sens contraire des efforts de leurs collègues et de l’intérêt général, on peut dire de nos gouvernants - issus d'ailleurs de la même matrice qui génère et nourrit les gouvernés – qu’ils ne sont pas bien préparés à l’art de gouverner, qu’ils en sont incapables, en de-ça ou sans moyens matériel et humain pour se défendre et défendre leurs administrés ; alors qu’ils peuvent optimiser les revenus fiscaux, en éduquant les citoyens dès l’école primaire à la culture fiscale, en faisant de même pour les adultes tout en combattant l’évasion fiscale sans état d’âme pour financier non seulement les œuvres sociales de la nation mais aussi pour lubrifier les rouages de la machine administrative et la rendre efficace.

Est-ce si difficile que ça ? ne serait-il pas mieux si l’on s’appuyait sur des organismes indépendants et des instituts compétents et spécialisés pour déterminer le vrai visage de cette endémie fatale que nous appelons corruption et qui pourrait aussi être, bien tranquillement autre chose : une culture mafieuse qui mène au sabotage et à la destruction de l'État et de la cité.

Oui Berbericus, comme tous les hommes qui se respectent, est enclin à suivre la loi du plus fort. Il se crée donc des chaînes et des maîtres et se promet de suivre ses maîtres : si ceux-ci lui disent « Tu es corrompu », lui, il se prend pour tel, même s’il est une personne toute autre.

Que ses semblants de protestations ne nous trompent ; car s’il ne s’agit pas de lui, c’est de son parent, ami ou compatriote ! Paresse mentale oblige – notre homme ne va pas jusqu’à vérifier les allégations que les rumeurs portent à ses oreilles. Le médecin lui dit qu’il est mort, et il est mort ! Il est mort même s’il continue à aller au marché à vendre les épinards pour acheter des œufs ou une carpe du barrage ; même s’il continue à payer la tchippa pour – croit-il – échapper aux exactions du fisc (c’est le monde à l’envers) pour avoir une fiche individuelle vierge et une autre tchippa pour avoir sa fiche remplie et une troisième pour l’avoir légalisée et une quatrième pour la faire accepter dans le dossier…

Ou bien notre mal et notre malheur viennent-ils de ceux qui nous gouvernent qui ressemblent à une hydre aux têtes multiples où chacune de ces têtes, réfléchit et projette des plans et des actions pour son propre compte sans coordination, dans l’anarchie totale et peut-être d’une manière antagoniste où chacune agit contre toutes ? Ce que pense ou décide la tête Ammar Bouzz’ouarr, le rejette le contredit et le repousse la tête Benzarbaddar.

Jugurtha trahi par les mots de Jugurtha

« Urbem venalem et mature perituram si emptorem invenerit! » s’écria un jour un grand homme de la lignée de berbericus.

Évidemment cette sentence est à prendre avec les pinces de la critique ; il se peut que Salluste, qui ne cachait pas sa haine envers les Numides et leurs chefs, l’eût rapportée ou montée de toutes pièces pour salir l’image du jeune Général reconverti à la cause de son peuple et pour le discréditer.

Tout comme Jugurtha qui fut un Numide qui aimait la Numidie, Salluste fut un Romain qui aimait Rome et il ne pouvait se permettre de dorer le blason à un ennemi redoutable qui visait à amputer Rome des ses possessions nord-africaines…

Jugurtha préparait et conduisait alors l’insurrection contre Rome pour libérer de son joug la Berbérie numide et rétablir le règne de Massinissa; règne et peuple qui ont été morcelés, affaiblis, exploités, humiliés donc et asservis.

« Cité vénale – railla Jugurtha - destinée à périr très bientôt, pourvu que tu trouves un acquéreur ! »

La corruption est corrélative à l’existence même de l’homme en société. Ça existe depuis Noé, ou plutôt depuis déjà Caïn et Abel, depuis Adam même ; n’est-ce pas elle qui sous les traits d'Ibliss a induit notre premier père (avec sa compagne) à manger le fruit interdit pour payer la tchippa qui leur aurait ouvert le droit inaliénable à la vie éternelle ?

Tamaa (cupidité) qui bien entendu se révéla chimérique bien que légitime ; car autrement (au moins pour les cultures des peuples bibliques, monothéistes), comment dieu aurait-il pu faire valoir sa grâce et pardonner à Adam et à sa compagne (pour les musulmans) ? Comment aurait-il pu justifier l’envoi de son dit fils, Jésus, sur terre pour racheter les Chrétiens dudit péché originel ?

Toutefois la fameuse sentence de Jugurtha n’a pas laissé indifférente Rome qui, plus, était encore en plein dans sa vigueur civilisationnelle. Pour elle, les mots de l’illustre Algérien étaient une précieuse aubaine que même un laboratoire de think tank des plus avancés n’aurait pas pu relever ni donner pour un si bas prix : gratuit !

Les mots de l’Algérien constituaient un véritable diagnostique de la société romaine, lucide et juste, à tel point qu'il fit paraître nu le ver (la corruption) qui avait commencé déjà à ronger l’empire, fraîchement sorti de ses guerres sur la redoutable rivale qui fut Carthage.

Eh oui, il en a toujours été ainsi de berbericus : il tend à donner de très bons conseils même à l’ennemi et même en temps de guerre, oubliant d’en profiter, bien entendu. D’ailleurs peut-il, bebericus, aller au delà du simple et commode fait de donner des conseils, laissant à l’autre l’honneur et la responsabilité de disposer et de décider ?

Comme tous les gens impériaux et impérialistes, sérieux donc et inflexibles quand il s’agit de la survie même de leur puissance et de leur domination, les gouvernants romains firent trésor de cette boutade grave mais à laquelle l’illustre Général numide, aveuglé par le projet fou d’affranchir son peuple de l’emprise de Rome, ne prêta attention qu’à son sens revanchard : l'insulte.

Cette culture d’utiliser l’insulte comme une arme pour faire la guerre, pour polémiquer, pour débattre, pour éduquer, pour gouverner (souvenons-nous des mots du chef de l'État qui voulait faire fondre la graisse aux Algériens), pour aimer, pour prêcher, pour causer, pour prier… cette culture de l’insulte, qui semble être la nature et le destin de homo berbericus, nous poursuit et nous caractérise jusqu’à nos jours !

Les Romains par contre en avaient tiré deux leçons précieuses :

1 – l’ampleur du phénomène de la corruption qui minait ou risquait de miner leur régime au niveau de tous les secteurs jusqu’à ceux vitaux de l’administration et de l’armée.

2 – la boutade révéla à l’ennemi même la stratégie de Jugurtha et les fins de sa stratégie !

Mais attendez, il y a peut-être une autre explication : Jugurtha leur a enseigné que la corruption peut être une arme fatale à utiliser nécessairement en politique et a fortiori dans le très important accessoire de la politique qu’est la guerre.

Quoi qu’il fût de cette histoire antique, il est hors de doute que notre génial ancêtre faillît à son art et se trahît dans tous les cas. En effet c’est ce que firent ipso facto les Romains, bien avertis par un ennemi mal averti : ils corrompirent les frères de Jugurtha même et avec eux Bocchus le roi de Mauritanie (l’actuelle Algérie occidentale et le Maroc).

Peut-on dire qu’une telle sentence a été tragique pour l’Algérie et qu'elle l’avait marquée et condamnée pour toujours à être l’occupée et l’envahie de toujours ? c’est fort probable, car une telle sentence a révélé le caractère scandaleusement corruptible de Berbericus et par extension des éternels vaincus. Ce qui reste certain c’est que le sort de Jugurtha fut joué non pas le jour où il avait pris les armes contre Rome, mais après une telle auto-dénonciation. Il est mort cruellement, le grand glorieux, après avoir été affamé et exposé au froid pour six jours ou plus, étranglé dit une version, déchiqueté et dévoré vif par des lions dit une autre, mort de faim et de froid dit une troisième!

 

La corruption sur le chemin de l’évolution

Sur le chemin de l’évolution, la corruption fait partie de ce retour éternel de l’homme – adulte malgré lui – vers ses enfantillages perdus, vers sa mentalité magique. C’est aussi un mode pour l’individu de s’affirmer devant le groupe qui, lui, n’est là que pour l’écraser ou au moins tenter de l’écraser ; au nom de l’intérêt public, au nom de la solidarité et au nom de la raison de l'État, ce même État qui représente justement la société. Si le vrai problème est de ce type, alors la solution ne tarde pas, avec le concours de l’imagination intelligente, à sauter à nos yeux : tenter d'alléger le poids du groupe en créant une espèce de fraternité parallèle. Une fraternité où l’individu ne se pose plus comme un rival hostile au groupe et où sa liberté n'est plus un sacrilège (affront, menace ou atteinte à l’existence même de la collectivité) mais une espèce d'allégeance au groupe puisque l'un est la chair de la chair de l'autre.

Mais quel espoir peut-il nous rester quand, dans une infime entreprise publique, c’est l’Omnipotent Wali qui commande ? quand c’est ce manitou qui fait la pluie et le beau temps ? quand c’est lui qui descend de son altissime piédestal pour sanctionner un simple ouvrier ? que fait alors le directeur et tout le personnel administratif, inutile et improductif, de ladite entreprise ? et puis qui se charge du travail du Wali? n’est-ce pas ridicule ? heureusement que chez nous le ridicule ne tue plus…

Écoute, cher berbericus, cette histoire qui parle honnêtement de toi et de moi. Écoute-la et essaie de ne pas en rire… pour mieux pleurer de ce merdier d’absurde et de médiocrité inconscients dans lequel nous pataugeons béatement depuis des années, depuis des siècles…

« Questionné sur ce sujet, le directeur de l'unité par intérim tient à faire savoir que pour ce qui concerne la revendication de la tenue de l'assemblée générale des travailleurs, ‘‘sa date sera fixée incessamment’’. Pour ce qui a trait aux sanctions de mises à pied et de mutation de postes, ‘‘l'affaire ne concerne en vérité qu'un travailleur et qu'elle a été exagérée. Il s'agit en fait d'agent de sécurité et de prévention, donc porteur d'arme, et c'est le wali qui lui a enlevé l'habilitation à être reversé dans son ancien poste et c'est pourquoi il en a été muté’’, conclut l'intérimaire. » Quotidien d’Oran du 24 mars 2010.

Un esprit qui jouit de la moindre intelligence peut comprendre des propos de ce dit directeur qu’il y a là une fuite flagrante de la responsabilité, une mystification et une forme de corruption des institutions de l'État et des Collectivités locales. Le comble est que le même Wali, accusé de cette prévarication, de cette intrusion, de cet abaissement, de cette usurpation de responsabilité, n’a pas daigné réagir à cette calomnie, n’a même pas démenti…

Et que dire du quotidien d’Oran ? a-t-il daigné suivre l’affaire, la creuser, contribuer à sa solution si non au moins à sa clarification ? non !

Et que dire de son journaliste qui reste comme anesthésié devant le mensonge manifeste dudit directeur qui fait du Wali de Constantine (le gouverneur d’un département comme celui de Constantine, un haut fonctionnaire de l'État) une espèce de garde champêtre, un vulgaire gorille de discothèque, un vulgaire metteur à la porte au service d’un même-pas directeur, d'un intérimaire ? Que dire de ce journaliste (intimidé ? censuré ? incompétent ? absent pour ne pas dire idiot ?) auquel il ne lui est pas venu à l’esprit de demander à l’imposteur directeur « Entendez-vous dire que la ’’mise à la porte’’ constitue l’une parmi les illimitées et exclusives prérogatives du Wali ? »

Et puis cette régression stupide et lâche à la période de la persuasion par l'intimidation et par le recours aux hautes autorités ou à la Sécurité militaire; ledit directeur par intérim (je parie que c’est un intérim qui durera) utilise le wali comme un épouvantail.

Il sait qu’on n’ose pas aller demander au wali ce qu’il en pense et s’il est vrai que c’est lui qui a viré le rebelle malchanceux, d’ailleurs on ne sait même pas dans quel ciel, son excellence M. le Wali loge ou trône. Il sait, M. ledit directeur (ce n’est pas un bégaiement) que de par soi-même, il ne compte pas pour un iota. Il n’a aucune autorité ni politique, comme celle de M. le Wali, ni de compétence digne d'un vrai responsable.

Et puis, où sont les syndicats, l’inspection du travail, les mécanismes de gestion de conflits et de contentieux prévus par la loi ? où est la justice, la solidarité sociale ?

Ou bien M. ledit directeur est une poule mouillée, un mauvais menteur, un simple légume sur couscous ; ou bien l’Algérie est profondément et vraiment foutue quand elle donne à croire encore qu'il est normal que l’éléphant use ses défenses pour lutter contre un insecte...  avec tous les respects que je dois à l'éléphant et à l'insecte

Partout dans le Délicieux pays, des plus grandes affaires vitales et stratégiques pour la société et le pays jusqu’aux infimes charges des plus infimes des responsables, on voit sévir malheureusement l’incompétence, l’inconscience, la mystification, le défaitisme, le fatalisme, enfin la mort civile sans scandale, sans sensibilité, sans honte !

Les Italiens ont évalué à 60 milliards d’euro le prix payé à la corruption. C'est énorme comme catastrophe, mais au moins eux il savent évaluer avec précision le mal. Cela signifie qu'ils ont identifié les lieux et les mécanismes de la corruprion, qu'ils ont identifié les responsables et qu'ils sont enfin en train d'étudier les voies et les mesures adéquates pour combattre le mal et punir ou éduquer les responsables et surtout récupérer le bien public dilapidé.

Il n’y a pas pays qui échappe à ce fléau, seulement il y a des pays qui le font avec art en puisant dans le superflu (c’est un mal également) pour ne pas trop aggraver la misère des misérables et il y a ceux qui le font avec muflerie comme chez nous où l’on ne sait même pas combien ça nous coûte notre corruption.

Heureusement (est-ce vraiment un heur?) qu’on sait où elle se situe: elle nous traverse de part en part, de nos cheches et chéchias jusqu’au plus petit de nos orteils. Et vraiment il n'y a pas de quoi nous réjouir...


 

à suivre


 

Smari Abdelmalek


 


 

 

Par Malik - Publié dans : rencontres algériennes - Communauté : Points d'appui
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