Recherche

Calendrier

Février 2012
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
<< < > >>

Concours

Recommander

Dimanche 16 janvier 2011 7 16 /01 /Jan /2011 10:29

Le seul espoir est que les gens ne soient pas dupes et,

maintenant qu'ils ont commencé à parler, qu'ils continuent

de faire pression pour une période de transition

aussi courte que possible. Afin de ne pas se retrouver

avec 20 ans d'état d'urgence comme en Algérie.

Pour demander immédiatement l'ouverture des espaces

de liberté et la fin de la répression.

http://kametref.fr.over-blog.com/article-tunis-comme-bucarest-65008765.html

 

 

 

Salut Tunisie! Honneur aux Tunisiens qui ont su honorer ceux, parmi leurs proches ou amis, qui sont tombés pour la dignité du citoyen tunisien et qui continueront à le faire à chaque fois que le devoir de dignité les appellera !

Que les Tunisiens soient un exemple pour les autres peuples de l'Afrique du nord où l'on voit encore – Oh Honte de toutes les hontes! - des Séniles dictateurs commander avec fer et feu leurs peuples, les opprimer, les humilier et les exploiter.

Qu'ils soient sûrs que désormais une époque, l'époque de l'omerta et de la terreur, est à jamais révolue. Désormais c'est l'ère de la liberté et de la dignité qui a sonné et qui va régir la vie et les mœurs des citoyens tunisiens.

Que nos frères tunisiens soient sûrs que désormais le Système tremble à l'idée d'avoir dorénavant à faire à des lions et non plus à des brebis bêtes et soumises (comme il avait cru jusqu'à hier). Désormais le Système se voit opposée, à sa hogra et à son arrogance, la volonté du peuple tunisien. Une volonté de roc, si elle n'est pas de fer et de feu.

Et c'est un signe que ce Pouvoir même, ses gens ou ceux qui prennent la relève, ont compris ce que veut dire « Si le peuple un jour choisit la dignité... »

Ce Pouvoir a compris la prophétie, la vraie prophétie, du grand et inoubliable fils de Tunisie Abou El-Qacem Ech-Chabbi.

Mais qu'ils n'oublient surtout pas que le pouvoir reste puisqu'on ne peut pas vivre sans règles et sans loi car le pouvoir est l'exercice d'une violence légitime dicté par la nécessité de l'ijtim'aa (vivre en société), par l'Histoire et par la Loi au service de l'intérêt commun.

 

Que veut dire une telle insurrection?

Que nous enseigne l'insurrection tunisienne ou de quoi renseigne-t-elle? D'abord elle apprend au monde, aux détenteurs du pouvoir et aux dignes insurgés mêmes que la conquête de la dignité et du respect est l'alpha et l'oméga de l'existence humaine, de la vie citoyenne.

Elle nous apprend ensuite que cette dignité et ce respect s'arrachent dans le sang et la douleur en ce sens qu'ils ne viennent jamais donnés comme cadeau.

Il n'y a aucun doute que cette insurrection a dérouté le Système et tout stratège qui d'habitude se vante de tout prévoir: ce soulèvement s'est passé dans la Tunisie et a été guidé et opéré par les Tunisiens. En plus et – chose fort curieuse – aucun parti politique ne l'avait revendiqué sinon pour le soutenir, personne ne l'a attribué aux mouvements islamistes ou dits intégristes; et il a eu pour label: la revendication des droits citoyens: le travail, la sécurité et la dignité.

Mais au-delà de ces évidences - n'est-ce pas étrange? - elle a en premier lieu dérouté le Système et ses relais extérieurs surtout qui, jusqu'ici, s'étaient toujours cachés derrière une feuille de vigne rongée et usée, à savoir « le péril islamiste ».

Le système et ses relais ont été tellement déroutés qu'ils ont oublié d'accuser les islamistes. Ils n'ont pas su ou il n'ont pas eu le temps d'évoquer ce prétexte.

À ce point, il me vient de me demander: « Qui sait si tout ce qu'on a l'habitude de cacher derrière les différentes « El Qaeda » n'est pas tout simplement une revendication de dignité, à la tunisienne, qui est de la même nature des revendications tunisiennes? »

C'est vraiment étrange qu'on n'a pas su évoquer cette vérité ou qu'on n'a pas su l'évoquer à temps.

Et d'ailleurs une telle mystification (qui avait fait son age d'or à l'époque de Bush et de ses vassaux en Europe et dans monde) aurait-elle été possible en Tunisie au moment où justement tous les Tunisiens sont sortis pour revendiquer clairement et avec force le droit au travail, à la dignité et à la sécurité?

Une telle mystification aurait-elle été possible au moment où justement le Système et ses barons avaient pris conscience de la dure réalité qu'est la vraie souffrance, morale avant tout, du peuple tunisien? Et n'oublions pas que l'homme est homme justement parce qu'il est moral.

Donc une telle mystification aurait-elle été possible au moment où le Système et ses barons avaient compris que désormais le tamis « islamiste » n'est plus apte à cacher le soleil de la dignité et en empêcher le passage vers le cœur et la vie des Tunisiens?

L'heure a sonné pour cette tendance stupide (un temps, politicaly correct) qui mettait toutes les révoltes passées et récentes sur le compte du « fanatisme » islamique.

Cette ère des grandes mystification a sonné et devrait sonner pour celui qui est encore sourd au grondement de l'histoire, pour celui qui est resté aveugle et insensible aux scintillements de l'évolution de la conscience de l'homme.

 

Que reste-t-il après cet exploit historique des Tunisiens?

Que reste-t-il après cette grande gifle aux arrogants mystificateurs? Que le Tunisiens se rendent compte qu'ils ont déjà entamé le chemin de la dignité et que le noble geste sacrificiel - du jeune chômeur qui s'était immolé par le feu pour la dignité et la liberté - en fut le moment inaugural. La grandeur de l'idéal réclame toujours la grandeur des sacrifices.

Que les Tunisiens retrouvent leur sérénité, digne de leur combat victorieux! Qu'ils retournent à leurs besognes et au cours normal de leur nouvelle vie, mais sans baisser les bras ou le regard de la dignité et de la vigilance!

L'heure est au pansement des blessures, à l'apprentissage de cette nouvelle vie, à la création d'autres mœurs basées sur la dignité, le respect, la liberté et la sécurité.

Car ils ont brûlé, saccagé, détruit et se sont fait du mal les uns aux autres et c'était nécessaire puisque c'est ce qui s'est passé et puisque un grand résultat a été obtenu avec la déchéance du dictateur.

Je ne dis pas qu'ils n'auraient pas dû casser, brûler, saccager, détruit... mais qu'ils soient prêts à assumer leur responsabilité quand le temps de la reconstruction viendra – et il s'est déjà présenté dès la fuite du dictateur. Qu'ils redoublent de force et d'énergie pour récupérer le temps que le combat leur a fait perdre.

 

Et que reste-t-il encore?

Que le monde cesse de nous ronronner à l'oreille ce refrain d'El Qaeda d'ici, El Qaeda de là... alors qu'il s'agit tout simplement, dans toute violence sociale de n'importe quelle société du globe, de revendications pour le respect et la dignité.

Il est urgent que nos Intellectuels se réveillent, ri-acquierent un peu de décence intellectuelle et ré-apprennent à appeler par leurs noms ce que - après Marx, Gramsci et un certain Fanon - on ne peut malheureusement plus nommer de peur de perdre ses intérêts égoïstes et le privilège de bêler et sautiller béatement avec son propre troupeau.

Que nos intellectuels ré-apprennent à être honnêtes et courageux pour dire: « Un homme ou deux ou vingt sont morts par les mains des gendarmes du Capital local et international » au lieu de dire «  Un homme ou deux ou vingt sont morts par les mains des forces de l'ordre »!!

Qu'ils aient, ces intellectuels, le courage de le dire haut et clair!!

Quand est-ce qu'ils vont se réveiller ces représentants de la conscience humaine, cette même conscience que l'histoire leur a confiée?

Quand est-ce qu'ils cessent de suivre comme un troupeau de brebis soumises, et seulement soumises, le diktat de leurs seigneurs et maîtres, les serfs du Capital?

N'ont-ils point d'autres qualités ou fonctions que celle de suivre et de bêler pour rassurer leurs maîtres?

 

Qu'ont-ils dans la tête, ces tronches de cake?

On ne sait pas encore grand chose sur la révolte tunisienne de ces jours, sur son succès et surtout sur les conséquences certaines qu'elle aura sur l'Algérie en particulier et la Libye et l'Égypte en général. Car une révolte échouée peut ne pas concerner le plus proche des patelins, par contre une révolte victorieuse ne laissera indifférent personne: proche ou lointain.

Certes, nos gouvernants « africains du nord » sont en train de préparer déjà ou d'aiguiser des stratégies en les mettant à jour à la lumière des derniers événements tunisiens pour affronter tout imprévu et être prêts à réagir à temps...

Mais comme les Tunisiens nous ont appris en ces jours: si une révolte pour la dignité (donc contre la hogra qui de toute façon porte à la misère économique) est inexorable, elle reste toujours inédite.

Elle est inédite dans sa forme, dans son ampleur, dans le temps et dans l'endroit où elle éclate, dans ses conséquences, dans les énergies qu'elle déchaîne chez ses partisans et les sympathisants qu'elle peut avoir... nos gouvernants étudient bien ces réalités, et ils les savent par cœur et en perdent le sommeil même. Ils s'agitent, ils se mobilisent, ils solidarisent et s'allient entre eux...

Mais ils savent aussi qu'il existe aussi des révoltes vouées à la faillite, parce qu'elles n'auront pas le temps nécessaire pour mûrir les consciences et déterminer les volontés. Et ils résistent alors, nos gouvernants, ne serait-ce que pour cette possibilité.

Et s'ils arrivent à survivre aux périls de ce type de révoltes avortées c'est parce qu'ils croient en cet espoir... espoir misérable bien sûr et lâche aussi, peut-être.

Ce qui reste incompréhensible, mais vraiment incompréhensible, c'est la lâcheté aggravée de masochisme qu'adoptent certains de nos gouvernants (et ils sont légions malheureusement!) quand ils se rivent au trône à jamais, croient-ils, et n'acceptent plus d'en déguerpir que cravachés, avec des coups de bottes dans le derrière, chassés dans l'humiliation et dans la stupidité totale... comme celui qu'on avait tiré d'un trou comme un rat, comme le seigneur Ben Ali qui s'est enfui comme un vulgaire délinquant... et la liste est longue...

Sont-ils si imbéciles que ça, nos gouvernants suprêmes?! Qu'ont-ils dans la tête, ces tronches de cake?

 

« et les gens appellent les Européens à la mobilisation maximale pour défendre la population tunisienne. » !!!

Pendant que j'écrivais les derniers mots de cet article, j'ai reçu un email avec le titre: « en Tunisie la situation précipite: des voyous fidèles à Ben Ali et d'islamistes se sont déchainés... » où l'auteur rapporte ce « appel d'alarme [qui] est très fort et les gens appellent les Européens à la mobilisation maximale pour défendre la population tunisienne. Le gouvernement provisoire ne contrôle rien ou laisse faire. La vengeance de Ben Ali est à l'œuvre et les islamistes tentent d'en profiter... »

Enfin on voit ici présents tous les ingrédients pour solliciter une ingérence des pays prédateurs dans les affaires tunisiennes!

Voici mon commentaire:

« Personnellement, je ne crois pas à cette présumée précipitation – ai-je écrit en réponse à cet email: le trouble était tellement grand, profond et ample qu'il faut un peu de temps encore pour que les choses se remettent en place et se trouvent un équilibre adéquant. A moins qu'il s'agit là, à travers ce soi-disant appel dramatique d'alarme, d'un signe de conscience de type Caritas urget, ou du prurit de faire les bons samaritains, coûte que coûte, et de s'ingérer dans les affaires des autres... attitude typique des nostalgiques et des hérauts de l'exécrable système colonialiste.

Les Tunisiens n'ont consulté personne quand ils se sont soulevés pour chasser Ben Ali, et ils n'ont certainement pas besoin de ces soi-disant sauveurs ou de leurs semblables pour les protéger...

admettons par absurde que ces dieux d'Européens y puissent vraiment quelque chose contre la misère des Tunisiens, pourquoi les ont-ils laissés suffoquer et pourrir pendant les infinis mandats de Bourghiba et de son évinceur et successeur Ben Ali?

Merci M. Turi (l'auteur de l'email signe Turi pour Salvatore), même si votre nom signifie « Sauveur ».

Merci du fond du cœur, vous ne leur servirez à rien sinon à faire durer cet état de choses et à précipiter leur pays donc vers le chaos de l'Irak, de l'Afghanistan, de la Yougoslavie, de la Somalie et du Soudan pour ne pas citer d'autres pays victimes des sabotages « bienfaisants » des pays prédateurs.

Quant à vous personnellement, si vous pensez vouloir vraiment du bien à ce peuple tunisien qui a d'ailleurs connu l'État et la politique avant même que Rome naquît, si vous êtes pour la démocratie et le respect de la volonté des autres Êtres humains dignes et voulants (dotés de dignité et de volonté propres, sans l'intervention magnanimes des soi-disant philanthropes), si vous avez un peu de lucidité politique et une conscience historique large et souple, si vous croyez vraiment en la justice et la liberté, si vous croyez que les peuples du tiers monde font partie, eux aussi, de l'humanité avec tout le cortège de valeurs et d'aspirations à la dignité et à la grandeur que cette humanité traine ou charrie... essayez plutôt de fêter avec les Tunisiens cette grande victoire.

À moins que ça vous ait fait mal que les Tunisiens ont su et pu se libérer sans l'aide des dits philanthropes, comptant sur leur propre conscience, leur propre capacité et leur propre détermination...

 

Avant même que les coqs chantent

Quant à la casse, au chacallage et autres soi-disant méfaits, ne vous en faites pas: toute cette perte égalerait à l'argent de poche de quelques footballeurs du Milan Ac.

Et puis ce sont ces Tunisiens qui ont créé hier ces richesses que vous les voyez détruire aujourd'hui et qu'ils vont reconstruire demain, très tôt... avant même que les coqs chantent, avant même que les soleils de l'univers surgissent.

De grâce, ne cautionnez donc pas les sabotages « bienfaisants » des pays prédateurs et cessez de faire (pure lei!) le loup qui construit l'agneau pour le plaisir de le dévorer ensuite et le plaindre enfin de parcours.

Faites ce petit effort et vous verrez que cela ne vous empêcherait nullement d'exister ni empêcherait le soleil de surgir demain et d'être au Rendez-vous avec les tout doux habitants de la terre... et les méchants aussi. La prego!!!! »

 

Abdelmalek Smari

 

Par Malik - Publié dans : rencontres algériennes - Communauté : Points d'appui
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 5 janvier 2011 3 05 /01 /Jan /2011 23:31

 

Des coups de hache sur les pieds

Pierre Fréha est un écrivain algérien que les hasards de l'Histoire ont rendu Français comme tant d'autres Algériens sacrifiés à cause d'une incompréhension historique.

Incompréhension qui, si elle continue ainsi, deviendra tout simplement une grosse bêtise idéologique, une stupidité stratégique.

Pierre est algérien de naissance, algérien de cœur, algérien de choix. Il est algérien par origine et par adhérence mais hélas une certaine Algérie ne veut pas entendre le cri de détresse de l’un de ses enfants. Cette Algérie est encore inconsciente ou ignorante des ressources et des richesses qu'elle perd quand elle s'entête à « snober » cruellement ses propres enfants, à les rebuter, à leur refuser le droit naturel de retourner dans son giron.

Agissant ainsi, cette Algérie cruelle se comporte comme cette biche, maman chevreuil, qui renie son enfant si une main d'homme le touche, le souille donc et en corrompt l'odeur naturelle, faisant de lui un étranger méconnaissable à sa propre maman qui va le bannir, le laisser mourir de faim, de soif ou en proie, sans protection!

Cette Algérie, sans le savoir, continue de se donner des coups de hache sur ses propres pieds en permettant à une autre nation, pleine à craquer de génies et de poètes, d’annexer notre brebis à ses 99 qu’elle possède déjà !

Comme si l'Algérie en possédait assez d’hommes de culture et de génie! Comme si la France manquait d’hommes de lettres!

Pierre honore sûrement la France, et ça va de soi, puisque c'est son second pays... mais il n'a pas oublié, justement, son premier pays. Il est en train de se battre pour se faire reconnaître par son Algérie, l'Algérie de ses ancêtres, comme citoyen algérien tout court.

En punissant de la sorte ces fils innocents, cette autre Algérie cruelle pense en punir les parents coupables d'avoir suivi la France... Mais ces « déserteurs », l'étaient-ils vraiment? Et dans l’affirmative, avaient-ils vraiment le choix de ne pas déserter?

Certes, la justice veut que ceux qui avaient pris les armes contre l'Algérie doivent être punis ; puisque la traitrise est un égoïsme mortel pour tout un peuple. Et c’est pour cela qu’on ne peut pas le permettre.

Mais étendre la punition aux descendants c'est de l'indécence, c'est de l'injustice, c'est commettre une erreur biblique: l'aïeul pèche et la postérité paie!

Que l'Algérie de la raison et de la sensibilité, car cette Algérie existe sûrement, se penche sur cette hémorragie des cerveaux, les siens, qui ne lui demandent qu'un passeport et le plaisir de pouvoir dire qu'ils sont algériens, de cœur et de papiers ; des Algériens entiers, donc.

Pierre Fréha est né en Algérie au temps où le pays était une colonie française. Il avait 8 ans quand en 1962 sa famille « alla » vivre à Paris.

A Paris, il a joué, étudié et fréquenté la Sorbonne pour en sortir avec un DEA en littérature américaine. Paris où il a enseigné l'anglais et animé des ateliers d'écriture. Il a aussi été conseiller littéraire pendant un temps bref. Maintenant il est écrivain à plein temps.

Parmi sa production riche et variée l’on note ses deux livres consacrés à l'Algérie, l'un (La conquête de l’oued – Orizons, octobre 2008) sur l'expérience du retour au pays de l'enfance, l'autre (Vieil Alger – Orizons, novembre 2009), qui remonte à l'époque turque, comme pour signifier l'importance de l'Histoire de cette région du monde en dehors de la mainmise coloniale.

French Sahib, un roman dont l'action se déroule en Inde, va être publié en anglais en 2011.

Enfin, un troisième livre consacré à l'Algérie est en préparation : " Je ne veux pas aller voir la tour Eiffel ". Il sera publié fin 2011.

 

Que lit-on dans les chroniques de Pierre ?

Pierre est un grand voyageur. Maintenant il se trouve au Sénégal pour de longues vacances. De là, il envoie un jour sur deux des chroniques qui racontent ce voyage.

Dans ces chroniques sénégalaises on connait des visages et des paysages à travers les écrits et sur les images qui les accompagnent.

On y lit la sérénité de l’eau et des plantes, la joie de la lumière et le sourire de l’insouciance. On peut y admirer aussi des barques qui dorment en berçant l'eau ou qui voguent et qui portent, loin, le regard de l’auteur et du lecteur vers les rêves, vers la poésie ou tout simplement vers le bonheur.

L’auteur joint les photos aux écrits non pas pour adorner son style, car le style de Pierre est en soi élégant et limpide, mais pour compléter ce précieux, bien que modeste, document historique sur la joie de l'homme, sa douleur, son arrogance et sa bêtise aussi.

L’autre côté de la médaille Sénégal – car c'est du Sénégal et des Sénégalais dont il est question dans ces chroniques – se caractérise par le même ciel qu’on trouve juste à côté, au paradis ci-haut décrit (!), même feuillage vert, même lumière, même visage humain peut-être souriant ou insouciant… Mais, côté humain, s’il ne s’agit pas de laideur, il ne s’agit sûrement pas de beauté! Car hélas, dans un tel tableau, le tout est défiguré par la bêtise de l’homme et la misère.

Le Sénégalais, comme l’Algérien d’ailleurs longtemps colonisé et esclavagé, ne sait pas encore inventer de belles parures à Dame nature qui n’aurait jamais assez d’être belle, de douter de sa propre beauté, de vouloir aller encore plus loin sur les chemins infinis et envoûtants de la Beauté et de la légitime vanité.

Oui Dame nature a soif de fard comme en a soif une femme déjà trop belle, comme en a soif la femme aux joyaux de Baudelaire…

Il apparaît naturel au lecteur de se demander, après ce survol simultané du paradis et de l'enfer: « Où est le purgatoire ? »

Bien entendu l’enfer ce n’est pas le Sénégal ou la pauvre/riche coiffeuse ou la vendeuse des poulets bicyclette (deux parmi les protagonistes de ces chroniques) ; car pauvreté/richesse, cela dépend du point de vue de qui les considère.

L’enfer c’est plutôt un certain regard que certaines gens posent sur le Sénégal, comme semble dire l’auteur à travers ses chroniques.

Et puis il n’est pas dit que les Derniers sont toujours derniers : un minuscule lézard (voisin de l'auteur pour quelques jours) a su défier et vaincre des forces terribles devant lesquelles tous les dinosaures mis ensemble ne sont pas arrivés à sortir vivants !

Personnellement je ne crois pas au pouvoir cathartique de l'art (qui veut que pour nous guérir de quelques idées malveillantes ou de quelques mauvais sentiments, il suffit de les vomir, vers le dehors, à travers les mots et les mouvements en général!) mais ces chroniques soulagent de je ne sais quel malaise.

 

Homo niger et homo berbericus

En plus elles font sourire d'innocence! Car il y a de l’ironie, une espèce d’ironie algéroise (Pierre est fils de Ben Aknoun) : le raffinement joint à l’estime de soi et à la critique franche et déterminée…

J'espère qu'un jour, ces chroniques grandiront pour devenir un très beau livre de voyage! Après tout il s'agit d'un voyage et des écrits sur ce voyage, n'est-ce pas?

Toutes ces chroniques sont belles, sans exception, et... belles tout simplement. Toutefois "Dimanche à Dakar" a piqué ma curiosité plus que toutes les autres: si nous algérianisions la "sénégalité" des lieux et des comportements, nous aurions un tableau sans retouches des mœurs de Berbericus! Et c'est pour cette raison que j'ai demandé à Pierre l'autorisation de la traduire en arabe.

Merci à ce fils de l'Algérie, même si l'un de ses/nos frères n'a pas hésité à lui vendre « une paire de fausses Adidas" qui lui avait laissé un mauvais souvenir. »

Ah, ces frères! Et les frères, il faut savoir être indulgents avec eux et leur pardonner... mais bien sûr pas au détriment de notre dignité.

L’auteur regrette d’avoir formulé à la hâte un jugement négatif sur la fameuse statue du Renouveau africain. Et c’est preuve que Pierre jouit non seulement d'honnêteté intellectuelle mais aussi et surtout de dignité intellectuelle.

Car il aurait pu faire comme font souvent les touristes malades d'exotisme et ignorer avec superficialité et arrogance ce que peuvent penser les Sénégalais de comment on juge l'un des monuments qui fait leur fierté.

Chers amis je vous présente donc une petite chronique sénégalaise, presque un conte de fée, un peu de Daudet de Tarascon… oui c'est ça, un peu de Daudet aux prises avec ses "Tartarin" et ses Tarasconnais.

Tout comme Daudet qui parlait de ses Tarasconnais en Algérie, Pierre Fréha, lui aussi, parle de ses compatriotes au Sénégal, qu'il appelle tantôt Toubabs, tantôt Sénégaulois.

Mais Pierre parle aussi du Sénégal et des Sénégalais et je crois qu'avec son fin don d'observateur actif et compréhensif, avec son ironie légère mais pertinente, avec sa sensibilité douce mais courageuse, il réussit avec simplicité à rendre compte des réalités qu'un bon nombre de touristes, improvisés en experts ethnographes, n'arrivent même pas à imaginer.

J'ai choisi cette chronique parce qu'elle nous montre un phénomène absurde, stupide et avilissant que les Algériens subissent et pratiquent avec une rare nonchalance: le transport public comme lieu et occasion où les dominés exercent enfin un pouvoir et se vengent sur les autres… dominés !

A part ceux, déjà mentionnés, consacrés à l’Algérie, Pierre Fréha a publié d’autres ouvrages :

- Anglo-lunaire - Mercure de France, 1980

-L’Ombrelle des sentiments –Mercure de France, 1981

- The family Boulin - in formations, Usa (en anglais), 1986

- Monsieur flagel speaks in terms of old francs - in formations, usa (en anglais), 1988

- Monsieur Flagel parle en anciens francs : France-Culture, grand prix Paul Gilson 1989, radiodiffusé en France, Canada, Belgique et Suisse

- Tournesol - Orizons, 2001

- La diva des ménages - Orizons, juillet 2004

- Sahib – Orizons, septembre 2006

- Journal d’Algérie,  Actes-sud, mai 2010  (dans traces, désir de savoir et volonté d’être. l’après-colonie au Maghreb : retour vers le pays perdu)

 

 " الأحد في دكار" للكاتب بيار فريحة

 

 

بدون سيارة خاصّة ، حياة المواطن السنغالي تدور حول تحرّكات سيارة الأجرة الجماعيّة . كيف لنا أن نشير إلى السائق ؟ بإشارة يد ؟ لا . نخفضها كأنّنا نشير إلى شخص بأن يسكت . هذي الإشارة تعني : توقّف . إنّها جدّ عمليّة ، سهلة التعلّم والأداء .

أمس صباحًا - على أمل أن أقنع  سائق التاكسي ذي السّبعة ركّاب أن ينطلق بسرعة نحو داكار- اقترحتُ عليه أن أدفع ثمن المكانين الأماميّين . رفض الانطلاق . كان المسافرون يصعدون لكن سرعان ما كانوا ينصرفون ما أن يروا تاكسي بأربعة ركّاب يسهل ملؤه .

توسّلَ إليّ السائق : "لا تنزلْ ." يا لها من معضلة . هنا تدخّلتْ مسافرةٌ حذرةٌ ملاحِظةً بقسوة : "إنّه لن ينطلق أبدًا . سيأتي المساء ونحن لا نزال هنا . يجب أن نأخذ سيارة أخرى . ما رأيكم ؟ "

كنت في البداية قرّرت أن أبقى وفيًّا له . مرّت خمس دقائق . وفي النّهاية وجدت نفسي وحيدًا مع مكانيّ الأماميّين . ماذا إذا كان السائق يغشّني حتّى أبقى له زبونًا ؟

 " تعالوا " صاحت تلك الّتي زرعتْ النّميمة في الوقت الّذي لم يبق فيه لسيّارتنا إلاّ راكب واحد لتنطلق . حينها أيقنتُ أنّه لم يعُد لي هناك أيّ خيار . خنتُ الرّجل المسكين وصعدتُ في سيارة أخرى 7 أمكنة ، أقلّ إراحة من سابقتها لكنّها ، و من دون تفسير منطقيّ ، كانت امتلأت في رمشة عين من دون أيّ نزيف .

وفي ظرف ساعة وبعض السّاعة وصلتُ إلى داكار ، طريق غبراء متربة لكنّها شاغرة ، إنّه يوم الأحد !

وعلى الرّغم من عدم إراحتها الواضح ، أحيانا قد يكون من الضّروري أن نشدّ أبواب هذه السّيّارات بكلتا اليدين ، نَفْعُ التّاكسيات الجماعيّة أكثر من ضرّها .

قد يحدث لنا أيضًا أن ننشئ صداقة . وهكذا تعرّفتُ أوّل أمس على امرأة تسكن "مبور" ، كنّا كما السّردين داخل التّاكسي ، صُنعَة  ُهذي السّيّدة تربية الدّجاج ، تقدّمتُ لها بطلبيّة : فرخة لعيد "نوّال" ؛ المشكلة الوحيدة : أنّها لم تكن مختصّة في بيع الدّجاج الطّبيعيّ السّارح ، خسارة .

ما أن صعدتْ إلى السّيّارة حتّى قامت برشم صليب ، لكنّها لم تزعجني أكثر من ذلك . بعدها راحتْ ترسم لوحة أخروية لطرقات السّنغال .

المرأة هذه من إقليم الكازامانس ، كثيرا ما تحجّ إلى فرنسا ، إلى "ليزيو" أو "لورد" . كانت دردشتنا دردشة إكزوتيكيّة خاصّة ، دارت حول مواقع مريميّة في إفريقيا الغربيّة ووصفات الطّبخ الفرنسيّة .

لقد جعلتُها تصيح من شدّة الضّحك لمّا وصفتُ لها مواطنييَّ المقيمين في مدينة "سالي" . "آه ، آه ، أتظنّ أنّهم كذلك ؟ لكن مادُمتَ متأكّدًا ، قالت وهي تقهقه ، لقد قيل لي ذلك ولكنّي لم أصدّق ."

عندما اقتربنا من داكار رأيت كتابة حائطيّة دلّتني على الهيئة النّفسيّة لآهالي المدينة الّذين لم يعُدْ يفصلهم عن الانتخابات الرّئاسيّة سوى سنة : " لا لتمليك السّنغال ! "

العداء للرّئيس "وادي" ولابنه كريم ، وارثه المحتمل ، مستمرّ لا يفتر .

يمكننا تعريف داكار كَوَرْشَة واسعة مهملة رغم الملايير المستثمرة . لقد عبرتُ مناطق شاسعة بالحافلة حيث لا شيء يبدو كامل الإنجاز .

تأسّيتُ حين رأيتُ تمثال النّهضة الإفريقية الّتي يقول عنها بعض الألسنة الشّرّيرة أنّها من كوريا الشّماليّة . أمْمْمْممْ . لا غرابة هناك إذن . ليستْ هناك كلمة قادرة على وصف مثل ذلك المسخ العِمْرانِيّ ماعدا قدرتها على الإضحاك .

ما أكثر الأشياء الّتي يُبدأ في إنجازها من غير أن تتمّ ! تساءلتُ : أين كانت دكار ؟

ركبتُ هذه الحافلة في "يوف" ، من منطقة غير بعيدة عن المطار ، قطعنا كثيرًا من الأحياء قبل أن نبلغ المركز . يجب أن أَكُفَّ عن الأسى والتّأثّر .

" أنت في داكار – قلتُ لنفسي - ، فلماذا تُعقّد الأشياء ؟ أنظر : أليست هي المدينة الّتي أنشأها الفرنسيّون ؟ آه نعمْ ، صحيح ، فَلْنَرَ لنتحقّق . آه ميدان الاستقلال مؤثّر ! هل الفرنسيّون هم الّذين أقاموه ؟ نعم . وها هو معهد ليوبولد سينغور الشّيّق . يكاد المرء يحسّ بنفسه في فرنسا ! "

 لكن أنا أحسستُ بأنّي من أهل داكار لمّا بدأتُ ... أَتيهُ . وليس ذلك بصعبٍ ذاتَ يومِ أحدٍ بعد الزّوال ، بين الكورنيش ونهج الجمهوريّة ...

حدث وأن حضرتُ لتغيير الحرس أمام القصر الجمهوري ، منظر غريب كنتُ أنا شاهِدَهُ الوحيدَ . لكن ياللأسف صوّارتي رَاَتْ أن تخُونَني .

يتمتّع وسط مدينة داكار ، المسمّى بْلاطو ، بالكثير من الجمال . شيء من "نيس" ، نزيده لمسةً من "باريس" ، تُضاف إليهما نفحة من "ديجون" وهاكم تحوزون على الكوكتيل .

بقي لي أن أكتشف أحياء أخرى مثل جزيرة "نغور" ، " ليزالمادي " ، باختصار كلّ ما يُسمّى بِ داكار الكبرى .

بلدة "يوف" أعجبتني هي كذلك بشواطئها الشّاسعة المطلّة على مُحيطٍ لا يَشبهُهُ هذا الّذي أراه هنا في " سالي " . على أيّ حال لقد اتّخذتُ قرارًا : سوف أبحث عن شقّة في " داكار " . أريد أن أستقصي الأمر أكثر ...

لقد صاحبني أحد المارّة على متن طفطافته حتّى محطّة الحافلات الّتي يسمّونها هنا "غراج" ، حيث يبدأ عالم الطاّكسيات الجماعيّة .

ضربة حظّ : أطلب طريقي (لم تكن لي أيّة خريطة ) ، حَارِسُ نَزْلٍ يدعوني على شاي وموظّف يترك عمله في نفس الوقت ، يحيّ الجمع . أطلب منه أن يُوَصِّلّني بطفطافته من دون خوذة .

هانا نجري في طرقات "داكار " ، عظيم !

في المحطّة ، بعد إذنه ، أستغلّه ، أعرِبُ له عن رغباتي : طاكسي 7 أمكنة لكن مكان مخصّص في الأمام ومن الأفضل باب يمكن غلقه . لكنّه لم يحصل لي إلاّعلى سلّة زبل المصلحة ، سلّة من أقبح السّلل الّتي عرفتُ في حياتي السّنغاليّة الفتيّة ، واعدًا أيّاي أن يزورني في " سالي " .

 

ترجمة : عبد الملك سماري 

 

 

Dimanche à Dakar de Pierre Fréha

Sans voiture particulière, la vie sénégalaise s’organise autour des déplacements en taxis collectifs. Comment fait-on signe au chauffeur ? En levant la main ? Non. On la baisse comme si vous disiez à quelqu’un de se taire. Ça veut dire : Arrêtez-vous. On s’y fait très bien.

Hier matin, avec l’espoir de faire partir plus vite le taxi de sept places à destination de Dakar, j’ai proposé au chauffeur de payer deux places à l’avant. Rien n’y a fait.

Au fur et à mesure que les voyageurs s’installaient, ils s’empressaient aussitôt de redescendre à la vue d’un taxi quatre places plus facile à remplir. Le chauffeur me supplia : « Ne partez pas. » Quel dilemme.

Une voyageuse avertie remarqua cruellement : « Il ne partira jamais. Ce soir, on y est encore. Nous, on prend une autre voiture. Que faites-vous ? »

Dans un premier temps je décidai de lui rester fidèle. Cinq minutes passèrent. Je finis par me retrouver tout seul avec mes deux places à l’avant. Et si le chauffeur me bernait en me retenant ? « Venez », cria celle qui avait semé la zizanie alors qu’il ne nous manquait qu’une seule personne pour être au complet.

Je compris que je n’avais plus le choix et trahis le pauvre homme en montant à bord d’un autre véhicule 7 places, bien moins confortable que le précédent, mais qui, sans explication logique, se remplit en un éclair de temps sans aucune hémorragie.

En un peu plus d’une heure j’étais rendu à Dakar, routé poussiéreuse mais dégagée, on est dimanche !

Malgré leur inconfort notoire, leurs portières qu’il faut parfois retenir des deux mains, les taxis collectifs valent le coup.

On s’y fait même des amis. L’autre jour, j’ai sympathisé avec une habitante de M’Bour contre laquelle j’étais collé, éleveuse de poulets de son état, à qui j’ai passé commande pour Noël. Seul hic : elle n’élève pas de poulets bicyclette, tant pis.

Quand elle est montée à bord, elle a aussitôt fait un signe de croix, ce qui ne m’a pas inquiété plus que ça. Elle a toutefois dressé un tableau apocalyptique des routes sénégalaises.

Originaire de Casamance, elle fait de fréquents pèlerinages en France, à Lisieux ou à Lourdes. Notre conversation a été particulièrement exotique, entre sites mariaux en Afrique de l’Ouest et recettes de cuisine hexagonales.

Je l’ai fait hurler de rire en décrivant mes compatriotes installés à Saly. « Oh, oh, ils sont comme ça, vous croyez ? Puisque vous le dites, a-t-elle repris en gloussant. On me l’avait déjà dit, je ne voulais pas le croire. »

A l’approche de l’agglomération de Dakar, un graffiti me renseigna sur l’état d’esprit de la population à un an des élections présidentielles : « Non à la monarchisation du Sénégal ! ». L’hostilité au président Wade et à son fils Karim, susceptible de lui succéder, ne faiblit pas.

On pourrait définir l’agglomération de Dakar comme un vaste chantier à l’abandon, malgré les milliards investis.

J’ai traversé en bus d’immenses zones où rien ne semble achevé. Consolation, j’ai aperçu la statue de la Renaissance Africaine dont les mauvaises langues disent qu’elle serait de fabrication nord-coréenne. Hmmm. Tout s’explique. Il n’y a pas de mot pour décrire une telle monstruosité, sauf qu’elle donne envie de rire.

A force de voir tant de choses inachevées, je me suis demandé où était Dakar. Monté à bord de ce bus à Yoff, non loin de l’aéroport, on a traversé plusieurs quartiers avant de rejoindre le centre.

Il faut que j’arrête de faire ma mauvaise tête. Tu es à Dakar, qu’est-ce que tu compliques ? Regarde, c’est la ville que les Français ont construite. Ah oui, c’est vrai, voyons un peu. Oh la place de l’Indépendance est impressionnante ! C’est les Français qui ont fait le coup ? Oui. Et voilà le charmant Institut Leopold Senghor. Mais c’est qu’on se sentirait en France !

Je me suis toutefois senti dakarois quand j’ai commencé… à me perdre. Pas difficile un dimanche après-midi, entre Corniche et avenue de la République… Je suis tombé sur la relève de la garde devant le palais présidentiel, curieux spectacle que j’ai été tout seul à découvrir. Hélas mon appareil photo a choisi de me lâcher.

Le centre ville de Dakar, qu’on appelle Plateau, a du charme à revendre. Un petit air de Nice, ajoutez une touche de Paris, rajoutez un peu de Dijon là-dessus, vous avez le cocktail.

Il me reste à découvrir d’autres quartiers, l’île de N’Gor, les Almadies, bref tout ce qu’on appelle le Grand Dakar.

Le village de Yoff aussi m’a plu, avec ses plages immenses sur un océan qui ne ressemble pas à celui que j’ai sous les yeux à Saly. Bref, ma décision est prise. Je vais chercher un appartement à Dakar. J’ai envie d’en savoir plus…

J’ai été raccompagné en scooter à la gare routière appelée ici « Garage », là où le monde des taxis collectifs commence.

Coup de chance, je demande mon chemin (je n’ai pas de carte), un gardien d’hôtel m’offre du thé, un employé quitte son boulot au même moment, salue la compagnie. Je lui demande s’il veut bien me déposer avec son deux-roues non casqué.

Et nous voilà roulant dans les rues de Dakar, exaltant ! A la gare routière, avec son accord, je me sers de lui, j’exprime mes desiderata : un taxi sept places, mais une place à l’avant exclusivement, et de préférence une portière qui ferme.

Il me trouve la poubelle de service, une des pires de ma jeune carrière sénégalaise, en promettant de passer me rendre visite à Saly !

 

 

 

Par Malik - Publié dans : rencontres algériennes - Communauté : Points d'appui
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 1 janvier 2011 6 01 /01 /Jan /2011 11:46

baba nouel

 

 

 

« Visitez la plus grande crèche de tout Milan

réalisée entièrement avec du chocolat !

Près l’église des SS. Faustino e Giovit all'Ortica ! »

Une réclame de Noël

 

 

 

Joyeux Noël donc à nos amis qui ont fêté Noël, et bonne année aussi !

A propos de ces fêtes de fin d’année, il faut dire d’abord que l’Italie les fête toutes les deux. Il faut dire aussi qu’il y en a une multitude et chaque fête se distingue des autres par le nom, l’importance, la date, la nature du rite, le comportement (des fêtards), les communautés ou pays qui y sont liés, le marché (eh oui!) qu’elles créent et enfin par d’autres particularités encore que seule une minutieuse observation de type ethno, psycho ou sociologique peut en rendre compte.

Donc ce qui m’intéresse ici ce n’est pas écrire une monographie sur les fêtes chrétiennes mais essayer de présenter en quelque manière à un Berbericus lambda quelques unes de ces fêtes vues d'un œil "étranger".

Personnellement je ne connaissais de ces fêtes que ce que les vacances scolaires, d’hiver ou de printemps, me permettaient de connaître : il n’y avait pour moi que Noël/Bonne année et Pâques.

Les premiers (Noël/Bonne année), c'est la pluie ou la neige, c'est le froid qui s'ensuit, c'est la réunion le soir de toute la famille (nombreuse) autour d'un kanoune ou d'une tabona où ardaient avec joie des morceaux de charbon, les patates qui se laissaient griller sur ces mêmes braises et enfin le répit que nous accordaient l'école et nos maîtres...

De Pâques par contre je me souviens des tendres et lumineuses averses du printemps, des éclaircies d’or et d’azur, des étendues de champs de fleurs et de narcisse, des pique-niques à Kef Salah, de nos premières cigarettes clandestines, de nos interminables bavardages secrets et de nos rêves futurs et lointains…

A travers mes lectures, je ne me souviens pas de m'être arrêté sur le nom de l'une ou de l'autre de ces fêtes si non sur celles dont je suis déjà familier; car pour moi il n'y avait que deux fêtes et elles ne devraient être que deux!

Et puis notre cher taleb français de l'école primaire ne s'était pas arrêté, lui non plus, sur ces fêtes pour nous les présenter et nous les faire connaître!

Ou peut-être l'avait-il fait mais nous n'avions compris que ce que nous avions dans la tête: nouel et Pâques ou plutôt, les jeux du premier et les vacances des secondes.

Et s'il était arrivé à notre taleb, M. Hendricks, de s'absenter pour en fêter quelques unes, la joie de nous libérer de la contrainte de l'école et de nous livrer à la liberté de jeu et de paresse nous aveuglaient et ne nous permettaient pas d'en demander à chaque absence du taleb la raison de son absence.

Enfin il y avait nos deux Aids ; ils, les Rouama, avaient les leurs (deux comme chez nous)! Mais alors le problème qui se posait pour nous, fut : laquelle des deux fêtes correspondait à notre Aid el kebir et laquelle au petit ? « Eux aussi, abattent-ils le mouton, pour eux le porc ? » Probable.

Ou bien le taleb s'abstenait-il de nous parler des mœurs des ses concitoyens de peur de passer pour quelque religieux qui s'adonnait au prosélytisme au lieu de nous enseigner calcul, grammaire et orthographe?

 

Une vie de cloîtrés, comment en sortir ?

Ce n’est qu’en allant vivre plus tard à Milan que j’ai appris à connaître les grandes fêtes de nos frères en monothéisme, à les distinguer, à savoir en quoi elles consistent, ces fêtes chrétiennes, comment on les célèbre, si elles sont les mêmes pour les différentes villes ou régions d’Italie, si elles sont les mêmes qu’on célèbre en France, par exemple, en Europe, en Amérique et dans tout le monde dit chrétien ou si elles étaient différentes selon les pays et les continents ?

Et je pense qu’une bonne part des Algériens se trouvent aujourd'hui même dans cette confusion. Et ce n’est pas une erreur grave (comme on dit des fautes légères de l’orthographe) car chacun a ses fêtes.

Et nous ne sommes pas tenus donc d’aller savoir tout sur toutes les habitudes et traditions culturelles de tous les peuples qui nous entourent de près ou de loin.

« Pourquoi me dois-je compliquer l’existence ? - peut-on entendre dire - Mes traditions et mes habitudes ne me suffisent-elles déjà plus ? »

Il est peut-être temps pour nous, Algériens, de commencer à sortir de cette vie de cloitrés et s’ouvrir aux autres, à nos semblables différents, car les distances entre les peuples et les cultures de ces peuples sont en train, si non de fusionner, au moins de se rapprocher les unes des autres très intimement et à un rythme aussi ample et rapide que les flux d'internet dans les fibres optiques.

Donc, volens nolens, nous aurons dans un avenir proche la nécessité de faire le compte avec les "affaires" qui ne nous "concernent" pas, de nous mêler des affaires qui ne nous regardent pas. Et alors ou l’on se précipite activement à accueillir et stocker, pour les consommer, ces informations sur les autres, à les connaître, à les respecter et respecter leurs gens, ou bien on nous écarterait du monde civil et on nous cantonnerait dans le coin des mal élevés et des mufles et nous irions mourir, alors, dans la totale indifférence, dans l’archaïsme et dans la désuétude de l’histoire et de la civilisation...

A y bien voir, avec la seconde guerre mondiale, Walt Disney et l'invincible force militaire, économique et de propagande des States, les Américains ont fait de Noël une fête planétaire, tout comme la coca cola. Et ce n'est donc pas un hasard si parmi les habitudes de père Noël les plus fidèles et les plus collées à son image garibaline on trouve la grande la déesse: Sa Majesté la coca-cola...

Fêter quelques fois, c’est sain et c’est indispensable.

Fêter c’est exprimer la joie de vivre, c’est chanter pour la vie comme chantent les oiseaux. Et quel est l’oiseau qui ne chante pas ; d’abord le matin pour accueillir le jour et ensuite le soir, avant de retourner à son nid, à soi, pour contempler les exploits du jour écoulé et espérer en un jour nouveau ?

Fêter devrait être un rite, et c’en est un - ma foi ! - mais ce devrait être un rite gai. Gai comme est la prière des dévots qui prient matin et soir pour fêter la vie et louer le donneur généreux de cette vie même et la joie de la vivre.

Pourquoi devrions-nous faire les vœux, nous qui ne fêtons pas Noël, à ceux qui le fêtent ? Personnellement je ne suis pas italien et encore moins chrétien, mais ça ne m’empêche pas de faire comme les oiseaux : chanter ma joie de vivre et celle de mes semblables, les êtres vivants.

 

Les pères de Père Noël

Ce fut -  écrit Giovanna Gabrielli au “Il fatto quotidiano” du 19-12-10 - "Dickens, l’homme qui inventa Noël. Alias, comme on dit, la mythologie de Noël, avec ses atmosphères de joie, le cliché d’une douceur recueillie autour des flocons de neige, aux branches de houx, à la fumée des marrons chauds, aux chauds internes précieux des maisons. Tout fut déjà dépeint dans la fable "A Christmas Carol", le chant de Noël, que Dickens envoya en librairie le 19 décembre 1843, en édition de luxe, reliée en or et velours rouge et illustrée par le grand John Leech, dessinateur humoristique du magazine satirique Punch."

Si Dickens a donné un aspect particulier à la fête de Noël, Thomas Nast, le père du père Noel que nous connaissons, lui a donné un visage et en a fait le symbole d'une grande tradition culturelle et, ça va de soi, religieuse.

Thomas Nast "... fut un illustrateur et caricaturiste américain très connu du XVIII° siècle: il inventa non seulement les symboles actuels des partis politiques américains - l'éléphant pour les républicains et l'âne pour les démocrates - mais aussi Père Noël gras et barbu que nous connaissons encore aujourd'hui...

En 1860 Nast s'unit aux "Garibaldini" en Sicile et il les suivit jusqu'à Naples... Il dessina toute la campagne pour l' "illustrated London News"; réimprimés aux Usa, ses dessins le rendirent populaire et avec lui Garibaldi."

Et ce sont justement les traits physionomiques du général Garibaldi que Nast avait conférés au personnage de père Noël.

Mais que signifie le mot Noël? Selon Wikipedia, apparu au début du XIIe siècle, Noël est, à l’origine, un attribut qui spécifie l’évènement de la naissance de Jésus Christ. Classiquement, on en fait remonter l’étymologie au mot latin natalis « relatif à la naissance », lequel aurait donné nael en ancien français, (ce terme est maintenu presque tel quel par la langue italienne : Natale).

Il y a cependant des gens qui, comme Daniel Baril, le voudrait grecque : le terme « viendrait plutôt des racines neos « nouveau » et helios « soleil » par l’intermédiaire du gaulois ou du francique ; il s’agit en effet de la fête qui célèbre le retour du soleil après le solstice d’hiver ! »

Il ne faut pas s’étonner de cette hétérodoxie ; car il est de bon ton se réclamer de la grécité, de cette origine de grand et combien raffiné et exclusif prestige !

Comme il est de bon ton aussi souligner le paganisme de ses propres mœurs même si elles ont acquis désormais la piété d’un Saint François d’Assise ou d’une mère Thérèse dite de Calcutta !

On sait que les fêtes religieuses n’avaient pas pour seule origine la religion mais elles s’étendent bien au-delà, dans le brouillard des âges, enfonçant leurs racines dans des fêtes païennes, archaïques, oubliées mais pas complètement mortes.

Et, ayez patience, chers lecteurs, si des gens comme Daniel Baril insistent pour qu'ils nous apprennent cette vérité élémentaire et nous la rappellent !

 

Noèl et Berbericus

Ce que le mot Noël me fait venir en esprit c'est d'abord un amas de neige qui figurait le tronc d'un petit bonhomme, tronqué de membres (ou ces membres se confondaient avec le tronc), une boule moins grande en représentait la tête, un bout de buchette de la dimension du petit orteil d'un bambin qui épointait au beau milieu de ce que nous pouvons appeler visage, deux petits morceaux de charbon faisaient les yeux.

Quant à la bouche je ne me souviens pas de comment elle était faite: peut-être qu'elle n'y était pas du tout; et ce qui comptait c'était plutôt la gestalt, la silhouette de bonhomme et l'esquisse d'un visage joufflu et gai.

Quelques deux ou trois années plus tard, on avait commencé à le traiter un peu différemment. Après son acceptation presque naturelle, nous voici à le malmener, le pauvre! Nous le sculptions pour le lapider ensuite avec des rafales de boules de neige!

Cet acharnement contre lui était peut-être le signe de notre éloignement, de notre prise des distances, vis à vis de sa figure. Une telle figure devenait chaque année de plus en plus non grata, à répudier, à faire disparaitre, à oublier.

C’était ma tante, une enfant qui avait à peine trois ans plus que moi, qui sculptait cette forme de neige, avec l'aide de mon père parfois. Elle la sculptait au beau milieu d'une espèce de patio protégé par un mur sur lequel on lisait Vive le FLN, A bas l'OAS.

Ces deux slogans tracés avec de la chaux et du charbon restaient à nous faire compagnie longtemps après que eussions chassé définitivement Père Noël de notre environnement physique et de notre imaginaire.

J'entendais une autre tante et mon grand-père aussi qui répondaient à la question "Quand?" avec "Après il bounani!" Je ne savais pas que c'était une fête. Pour moi c'était un simple repère temporel, comme hier, tout à l'heure ou demain...

Plus tard Noël et nouvel an firent fusion dans ma tête et je ne pouvais plus me débarrasser de cette notion juste, incontestable, acquise, bien établie.

Noël alias baba nouel, nouvel an, l'arbre, Pâques, tout ça était devenu des traditions étrangères à moi, à la plupart des Algériens. C’étaient des fêtes des Rouama, des Français..., et alors en quoi devraient-elles nous concerner?! Je ne savais pas qu'il y avait d'autres peuples et d'autres communautés qui les fêtaient de par le monde.

Et je ne savais pas non plus que ces fêtes étaient bien plus distinctes et différentes entre elles les unes des autres. Il y la Toussaint, l’immaculée, Noël, nouvel an/Réveillon, Épiphanie, Pâques et d'autres célébrations régionales et locales à ne pas finir!

Chaque époque invente ses grandeurs et ses misères aussi. Après avoir joui et joué innocemment avec baba nouel, après lui avoir lancé des ambigües boules de neige, après nous en être lassés et de ce jeu et de cette jouissance, après l’avoir tué et enseveli, nous sommes allés l'exhumer pour lui coller quelques unes de nos cochonneries !

En fait plus tard on avait oui dire directement des bouches des "on-dit" que dans les pays de père Noël rien ne va comme le veut la bonne et droite morale du pays de Berbericus.

« Heureusement que nous nous sommes débarrassés de lui à temps! Autrement adieu à nos bonnes mœurs et à nos valeurs authentiques! »

 

Le délicieux conte des Messieurs "Ouaqila-On-dit"

Les Messieurs "On-dit" ou si vous voulez, les « Ouaqila » - qui nous revenaient chaque année une fois ou deux du pays de père Noël par excellence, les immigrés facansiya -, nous racontaient que la fête du jour de l'an/Noël se déroulait comme suit: d'abord on boit et pas seulement du vin mais de very strong liqueurs aussi.

On mange bien sûr et pas seulement de la chair mais du hallouf surtout et en toutes les sauces. Puis on s'invite entre amis. Et que la compagnie soit mixte, maaza ou atrouss!

Ensuite on se met à danser, à danser et rien que danser, toute la soirée et quand minuit arrive, alors là, c'est la débandade, les gars!

On éteint les lumières et c'est l'apothéose de la confusion. Les couples se défont pour se reformer et c'est de l'échangisme avant le terme. Un échangisme toléré, légitimisé puisque l’on est dans la totale obscurité.

Et qui peut alors distinguer les silhouettes, reconnaître les visages, ne pas "prendre la femme de l'autre" ou même risquer d’incestuer dans cette mêlée, dans cette orgie aveugle, folle et obscure?

Par la force des choses, on ne peut que se tromper. On fait des fautes. L'ami prend la femme de l'ami qui prend celle de l'autre ami qui à son tour prend celle de l'autre jusqu'à boucler la boucle. Et les femmes ? Elles aussi font de même, ça va de soi.

Faut-il s'étonner donc que tous se trompent? Non, pas du tout: puisqu'on est en pleine nuit, la nuit de la faute (l'erreur s'entend), Leilat-el-ghaltah.

Peut-être que nos preux Prométhées de facansiya, exclus par choix ou par contrainte de l'univers de l'intimité de mère France, avaient-ils mal interprété la frénésie de ces fêtes serrées, qui se talonnaient les unes les autres dans un espace et dans un temps si réduits. Et alors ils y voyaient une longue préparation qui devrait aboutir à la nuit de la faute.

Ou - qui sait ? - ayant une très mauvaise connaissance de la culture de l'autre - absence du sens et de la curiosité ethnographiques -, nos éclaireurs de facanciya confondaient les données de la réalité et faisaient une espèce de condensation/déplacement à la freudienne à partir des bribes de connaissances qu’ils croyaient avoir.

En fait ils ne faisaient que projeter leurs grandes et concrètes frustrations sexuelles et économiques, leur besoin de dignité et de reconnaissance, leur désir de savoir...

Nos facansiya ont été amenés à confondre les bals masqués, les carnavals et autres bizarreries personnelles vraies ou imaginées ou inventées par le cinéma ou la tv avec le déroulement tout à fait normal et décent des fêtes aussi importantes comme Noël ou le Réveillon.

Et puis il ne fallait, surtout, pas se laisser contaminer par cette dissolution morale, par cette flagrante bestialité; serait-ce le principe de "tu me veux, je te veux et si tu me rejettes, je te rejette"...

 

Pourtant c’est simple de décrire ces grandes et fameuses fêtes dites chrétiennes :

- La Toussaint d'abord qui tombe chaque 1er novembre : elle est, comme son nom l’indique, un jour de mémoire de tous les saints. Et des saints dans le monde chrétien, il y en a. Il y en a plus que les jours de l’année !

De cette appellation découle ce qui suit : si tu t’appelles Jean, tu as droit à une petite fête personnelle (une espèce de second anniversaire, religieux celui-ci) qui coïncide avec le jour de mémoire du saint du même nom. On te fait des vœux et peut-être quelque petit cadeau.

Si le nom que tu portes n’as pas encore été "sanctifié" (s'il n'y a pas de saint qui le porte encore), tu auras toujours droit toi aussi à ta fête sanctifiée, à ton second anniversaire, seulement tu dois attendre la Toussaint !

- La fête des morts : le 2 novembre c’est la Journée des morts. Elle a pour fonction : le recueillement sur l’âme des morts. Les vivants ont ce devoir envers leurs morts. A cette occasion on se déplace parfois de loin, juste pour se rendre au cimetière où est inhumée la chère personne défunte pour lui porter des fleurs fraiches et méditer un peu sur la vie et sur la mort.

- La fête de l’immaculée conception, le 08 décembre, est la date de naissance de Marie la Vierge. C'est une fête catholique. Il y a une messe, certes. Mais pour la plupart des Italiens, ceux du nord au moins, elle est  bonne surtout parce qu'elle leur procure une journée de vacance où ils peuvent à loisir aller visiter des musées dans les villes lointaines, aller faire des randonnées dans les forêts et dans les monts, aller skier, se reposer ou faire d'autres choses...

- Noël : commence le 24 décembre, le soir car c’est encore un jour ouvrable. C'est une grande fête pour tous les Chrétiens du globe (celui des orthodoxe se fête le 07 janvier).

Il y a la messe de minuit. Les gens y tiennent: il m'est arrivé d'y assister une fois dans ma vie. J'ai vu des communistes, des enfants, des vieillards, des hommes et des femmes bien sûr et même un grand chien! Un chien à écouter la messe de minuit à l'Eglise de Saint Ambroise à Milan avec moi, le musulman, les quelques amis communistes et qui sait ce qu'il y avait encore cette nuit-là dans cette église-là!!

Il y a le dîner de la veille et le déjeuner du 25 décembre. On mange et on boit à la nausée, à la toukhma, car à cette occasion la fièvre de cuisiner s'empare de tous et de toutes !

C'est l'occasion aussi, où l'on bénit les demeures et les famille ; les prêtres sillonnent la ville et la bénissent dar b'dar. Mais cette bénédiction relève du rite ambrosien et seule Milan « en a droit ». Dans le reste de l’Italie c’est Pâques qui se charge de cette bénédiction.

 

"Natale con i tuoi, Pasqua con chi vuoi"

Ici ce n’est plus la visite des morts mais c'est celle des vivants. C’est très important, personne ne se soustrait à cette khislah hamida de silatou errahimi.

Quelques jours avant Noël, parfois dès le début de novembre les gens commencent à décorer les rues les vitrines, les balcons. On commence à préparer les arbres. Mais un rameau peut en faire l’office.

Et quand il ne reste qu’une ou deux semaines à Noël, on s’attaque aux crèches, qui sont une sorte de maquettes mettant en scène l’ambiance à la veille de la naissance de Jésus Christ.

Il y en a des grandes et des petites, des traditionnelles et des excentriques ou technologiques et on peut les admirer dans les églises, dans les maisons et même dans des galléries d’art !

Il y a des gens (comme les Témoins de Jehova) qui contestent le 24 décembre comme date de naissance). Mais comme il arrive souvent à la race humaine, la vérité est avec le nombre, tant qu’il sera écrasant, c'est sa vérité qui comptera.

Bref, après le dîner long et copieux, après les chauds et tendres bavardages, après la jouissance de cette intimité familiale, le moment d'échanger les cadeaux arrive; un moment qui fait la joie de tous, petits et grands.

Les petits doivent déroger pour une fois à l'habitude (très disciplinée et très rigoureuse) d’aller dormir à 9 heures du soir, au plus tard. Mais ce jour-là ils ont la licence de faire attendre le sommeil et ses habitudes. Et alors ils jouent et ils gazouillent et pleurent et rient jusqu’à l’arrivée des cadeaux. Ces cadeaux sont le fruit d’un choix longuement médité.

On offre des choses utiles, des billets de voyages, des livres surtout, des cd, des vêtements, des chéchias, des bons à dépenser dans les grands magasins…

La tredecisima, le treizième mois, c'est un salaire cadeau(?) de l'employeur. Et il tombe à point nommé pour les gens afin d'obtempérer à l’impératif de s'échanger dons et cadeaux. Un impératif qui, malgré le coût, cultive et renforce le lien familial et social entre les membres de la communauté.

Cette fête va diminuant pour laisser la place, une semaine plus tard, à celle du Réveillon ou nouvel an. Là aussi on mange bien mais cette fois non pas dans l’intimité des familles mais dans l’ambiance non moins chaleureuse de l’amitié…

On danse partout puisque à chaque grande place importante on organise un concert. Et en attendant minuit, on fait le compte à rebours et quand on arrive à zéro, c’est un toast général et bruyant levé à la santé de tous, c'est l’explosion de la joie, des pétards et des feux d’artifice, des vœux, des baisers et des sms...

Toutefois ce qui reste discret, ce qui se dérobe volontiers aux regards de ceux qui ne sont pas de la tradition, c’est que en ce moment-là, il est de bon ton d’avoir des chaussettes et surtout des slips rouges ! Ne m’en demandez pas la raison.

Je peux seulement vous dire que filles et garçons, cette nuit-là, pourraient de bon droit exiger les uns des autres et vice versa de faire voir les slips, pour voir s’ils « respectent » la tradition ; car il ne faut absolument pas enfreindre la loi de mettre pour une telle occasion des slips rouges…

Que reste-t-il après? L’Epiphanie, le 6 janvier, ou la venue de la sorcière la Béfana chevauchant une monture de l’air, un balai. Contrairement à Père Noël, elle porte des confiseries et des bonbons dans une chaussette pour les enfants qui se seraient comportés bien et des gousses d'ail ou du charbon pour les enfant qui s’avèreraient vilains, paresseux ou morveux.

Il reste aussi, un peu plus loin, la fête de Pâques avec sa messe et ses vœux. Mais elle est surtout l'occasion de faire des mini vacances et des voyages à l'étranger et de faire peut-être les premières baignades à la mer.

Cette fête est consacrée à la mémoire du salut de Moïse qui s’était enfui de l’Egypte, à la résurrection de Jésus.

Elle est considérée la plus importante fête chrétienne et elle correspond à notre Achoura.

Dernière remarque : nos fêtes religieuses suivent le calendrier lunaire et elles sont de ce fait nomades et ne cessent de tourner en rond sur l’ellipse de l'étendue des jours et des saisons.

Les fêtes chrétiennes, quant à elles, suivent le calendrier solaire et sont donc caractérisées par une certaine stabilité.

Mais il ne faut pas en conclure quoi que ce soit car il ne devrait y avoir ici aucune place pour des extrapolations d’ordre ethnocentrique…

Enfin, on peut sortir de ces fêtes sans le sou, mais on reste après tout stoïque puisqu'on dépense plus par choix que par contrainte, non comme chez nous, en tout cas…

 

Smari Abdelmalek

 

 

 

 

Par Malik - Publié dans : rencontres algériennes - Communauté : Points d'appui
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mercredi 29 décembre 2010 3 29 /12 /Déc /2010 22:35

Avant tout, je m’incline sur la mémoire d’un jeune Algérien que les circonstances défavorables de l’existence avaient porté un peu au delà de la vie dite normale, vers la solitude et la marginalité. Une solitude et une marginalité qui étaient cruelles, fatales.

Il y a à peine quinze jours, ce jeune homme, « ami » et voisin, trouva la mort dans le commissariat de police à Constantine !

Que la police algérienne, sensée protéger les Algériens, laisse mourir un Algérien dans le sanctuaire même de la sécurité et de l’assurance, voilà ce qui relève du scandale et de l’amertume.

J’espère qu’à cette négligence ou légèreté (ou délit si les agents qui avaient arrêté la victime s’avéreront coupables de sa mort), notre Police saura remédier et dans les meilleurs délais.

Car n’oublions pas : même si nous ne sommes que des Algériens, nous vivons de toute façon, et depuis déjà une décade, en plein XXIème siècle, le siècle du respect des hommes, des animaux, de l’environnement et de la vie.

La police doit donc accepter l’ingrate et ardue mission d’éduquer les gens. Il ne faut pas qu’elle continue à confondre le mot Autorité avec celui de Violence.

Elle doit avoir de l’autorité, certes, mais elle n’a aucun droit à exercer la violence sur qui que ce soit de leurs concitoyens et des hôtes de l’Algérie.

Et s’il se trouve quelque agent qui n’est pas d’accord avec cette mission et cette conception modernes de la police, qu’il se retire du corps de la sûreté. Ainsi rendrait-il un grand service à son employeur direct (la Police) et indirect (le citoyen. Oui le citoyen !)

La police, que quelque langue accuse d’avoir commis ce meurtre, nie toute responsabilité dans cette affaire et présente le cas tout simplement comme un suicide. Et si le directeur général de la Sûreté nationale épouse cette thèse, il ne ménage pas pour autant ses hommes et parle, lui, de négligences dans la professionnalité.

De leur côté, les parents et les amis du défunt accusent les agents de l’avoir frappée (la victime) à mort. Ils réclament, pour ça, que justice soit rendue aux citoyens.

Et c’est tout à fait légitime que les citoyens demandent des comptes à la police qui est sensée les protéger et veiller sur leurs intérêts.

Toutefois nos citoyens doivent savoir ceci : à s’occuper de ce volet il n’y a que la Justice. C’est la seule instance compétente. Elle seule peut légitimement et objectivement déterminer les responsabilités dans cette mort suspecte : ou est suicide et le dossier serait classé ; ou est homicide volontaire (ou involontaire) et le ou les coupables devraient alors répondre de leur acte.

Malheureusement aux parents et aux amis du défunt il ne reste que pleurer, attendre et prier pour la victime qui s’appelait Kamel.

Quand j’avais connu Sisour (ainsi le surnommait-on), il était encore enfant et déjà orphelin. Il était beau garçon, fort et trop fier… un lionceau ! Mais souvent le destin réserve à ce genre de caractère fougueux et indomptable assez de surprises graves, souvent tragiques !

Son cas me fait penser au célèbre film « La fureur de vivre » interprété par le non moins fougueux James Dean. Lui aussi fut victime de cette fureur… de vouloir vivre.

Donc si nos concitoyens de Hamma, qui étaient sortis pour brûler les pneus en guise de protestation, s’étaient donné un moment de réflexion, avec calme et objectivité, ils auraient pu découvrir qu’eux aussi sont en quelque sorte responsables, pas pénalement bien sûr, mais moralement.

Ils auraient pu empêcher dès l’origine un tel incident : Hamma est une petite ville (si on peut l’appeler ville !) et les habitants se connaissent entre eux et ont encore cette timidité paysanne qui fait qu’on croit encore et qu'on accorde une pieuse importance aux conseils et à la sagesse des gens sincères et sages… ou du moins de ceux qui semblent tels.

Sisour n’était pas si bête ; il aurait écouté, compris et obéi, si une personne l’avait « prié » de ne pas commettre le méfait qui l’avait porté au commissariat.

Hélas il parait que les Hammais commencent déjà à s’éloigner de l’esprit de l’aide et de la solidarité qui les caractérisaient.

Bien sûr il y a aussi la responsabilité des autorités et des parents... d’accord mais ça ne nous exempte en rien de notre responsabilité.

A cet ami, auquel j’ai parlé une seule fois dans ma vie et qui était entré pour ne plus sortir de mon cœur, j’offre ce bouquet que j’ai cueilli dans un très joli poème de la poétesse de Sienne Liliana Valentini

 

Entre brume et voiles

J’essayais de  trouver

Le logo de la vie…

Mais d’imperceptibles

Mots et sens

Défient le récit,

Ou l’émotion

Obnubile l’esprit

Ou bien la parole manque

 

Smari Abdelmalek

Par Malik - Publié dans : rencontres algériennes - Communauté : Points d'appui
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 25 décembre 2010 6 25 /12 /Déc /2010 09:29

221030313_8542bc7386.jpg

 

Chères lectrices et chers lecteurs, il faut s’arrêter de temps de temps pour faire le bilan de nos actions et nos entreprise. Quant à moi, je saisis l’occasion du tout proche nouvel an pour faire un petit bilan, pour « interroger » mes écrits sur blog afin d’en vérifier la valeur et la pertinence.

Presqu'un lustre s’est écoulé depuis son lancement. Déjà! Et il résiste, bene o male!

Depuis, mon petit chou de blog n’a cessé de s'inventer, de grandir, de se frayer un chemin, de se perfectionner, de se créer une image et, j’espère, de se conquérir une identité...

Et sa vie, comme toutes les Vies qui sont dignes de ce nom, ne cesse de consommer temps et énergie, de pâtir l’angoisse de l’espace blanc, vide, inexistant qui doit sortir des ténèbres du néant au jour de l’existence.

Toutefois, moi, je ne me plains pas absolument d’y sacrifier mes jours et mes nuits, car c'est un honneur pour moi et c'est avec joie et plaisir, et c'est volontiers que je l'accompagne dans son parcours. Désormais il est à mes yeux la lumière grâce à laquelle j’appréhende le monde, je l’entends et le conçois.

S’arrêter donc, de temps en temps, pour examiner les actions et les idées que nous produisons, comme le médecin ausculte le patient dans une visite de routine, doit être une tache régulière, de routine et légitime si nous voulons évoluer, si nous voulons créer, donner forme à l’informe et nous perfectionner, si nous voulons être dignes de notre humanité. L’homme est homme, pour paraphraser Gramsci, car il évolue en se niant et en se dépassant continuellement. Et faire des bilans signifie prendre conscience de nous-mêmes et de notre valeur. Et puis c’est l'antidote de la paresse mentale.

Mon blog est entré dans ces derniers mois dans une phase de turbulence (publication sans échéances, sans respect du temps et de la parole donnée!)

Ce chamboulement est un peu voulu de ma part; je souhaite porter le lecteur avec graduation à cette forme de publication à la "au jour le jour" pour l’habituer avec douceur à ce qui peut sembler des sautes d’humeur...

J’aurais dû faire ce genre de choix, déjà depuis le jour où j’avais décidé de passer à une publication périodique plus ou moins stable et régulière qui devrait donner au lecteur un rendez-vous mensuel ; formule que j’avais adoptée jusqu'ici. Bref, aujourd'hui je me vois contraint à modifier certaines habitudes de mon blog.

N’oublions pas que, comme tout organisme vivant, mon blog continue à croître, à changer de physionomie, à s’enrichir de ses propres expériences et de celles des autres car il ne cesse jamais de lorgner ce que les autres font, de solliciter leurs critiques, de les observer pour apprendre d’eux comment ils soignent leurs blogs et pourquoi...

Je disais que j’aurais dû adopter cette forme de publication, celle de « sans échéances précises »; en fait si j’avais pensé, comme je pense aujourd’hui, à l’opportunité que le système de la newsletter pourrait présenter pour l’utilisateur du web, certainement j’aurais écarté l’idée de faire le fixe sclérosé, le clou, le sévère. Le monde des idées, lui, s’il reste sévère (rigoureux, s’entend), n’est pas du tout fixe, pour rien au monde.

Evidemment mon intention était justifiée: je voulais habituer les lecteurs à un temps et un rythme qui leur épargneraient de devoir se livrer aux caprices du hasard qui parfois donne quelque chose à lire, parfois non et parfois ignore complètement jusqu’au lecteur même en en frustrant les choix et en en décevant les attentes.

Mes écrits, force et temps me permettant, seront dorénavant publiés à échéances brèves et à contenus brefs (à l’image des courts souffles de la vie moderne de plus en plus assoifée de temps et d'essentialité) mais toujours au gré de l’inspiration et de la pertinence des faits.

Je ne vais pour autant renoncer aux longs écrits, s’ils me viennent bien entendu, si quelque sujet m'y inspire. Aux longs articles je réserverai l’ex place c’est à dire: l’échéance mensuelle.

J’invite donc les lectrices et les lecteurs à s’inscrire, librement ça va de soi, à la newsletter qui les avise à chaque fois qu’un nouvel article est publié. Ainsi, ils n’auront pas à devoir guetter dans la gêne et l’incertitude de l’attente un article qui pourrait aller frapper à leur porte comme il pourrait ne pas le faire, les laissant attendre inutilement et sans délai précis.

Il n’y a pas que le changement rapide et ininterrompu des évènements qui me dictent ces interventions plus serrées et plus variées, il y a aussi le souci de référencer mon blog et le rendre plus visible et donc plus visité. Et à cette nécessité, il n’y a pas commerce qui renonce ou se dérobe.

Référencement donc et visibilité, outre à la qualité et à la pertinence des écrits mêmes, décident de la vie ou de la mort de cet être vivant que je voudrais qu’il vive, au moins tant que je vivrai.

J’espère que vous me compreniez assez, chères lectrices et chers lecteurs, pour me pardonner une telle élasticité "adaptative" qui pourrait sembler de la "légèreté" mais qui légèreté n’est pas.

Du fond de mon cœur - et au nom de ceux qui partagent avec moi la même sensibilité mais qu’ils ne peuvent ou ne savent le faire - je souhaite les meilleurs vœux de Noël à nos amis qui fêtent Noël et les meilleurs vœux à ceux qui fêtent le nouvel an.

Merci et à bientôt !

 

Smari Abdelmalek

 

 

Par Malik - Publié dans : rencontres algériennes - Communauté : Points d'appui
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés