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BERBERICUS

Vues et vécus en Algérie et ailleurs. Forum où au cours des jours et du temps j'essaierai de donner quelque chose de moi en quelques mots qui, j'espère, seront modestes, justes et élégants dans la mesure du possible. Bienvenue donc à qui accède à cet espace et bienvenue à ses commentaires. Abdelmalek SMARI

ENTRE LE CŒUR ET LA RAISON – Partie II – (4)

« Syndrome de l’enfant gâté. Le petit Omar qui courait derrière un morceau de pain, dans le roman de Dib, est devenu l’adulte qui marche avec sa semelle sur la baguette et hurle que c’est son droit légitime. » http://www.impact24.info/gratuite-tue-prix-de-lalgerie-2/

                                                                         

 

Que je me perde au mieux, puisque je me perds ! 

 

Dans cette troisième et dernière partie, je vais essayer de saisir, avec des citations à l’appui, ce que l’auteur de « Meursault, contre-enquête » ou l’œuvre, elle-même, dit vraiment.

C’est important de faire cette précision, car le roman de Daoud, comme toute œuvre artistique digne de ce nom, vogue dans l’ambigüité ou si l’on veut dans la polysémie.

En plus de cette ambigüité inhérente à l’œuvre d’art, certains esprits lâchement intéressés ou stupidement ignorants tendent à interpréter l’œuvre selon leurs velléités et leurs désirs. Ce qui ajoute à la noble ambigüité une confusion qui relève du chaos.

Les ignorants fauchent à tort et à travers pour sortir avec des lieux communs et des fatwas et jeter l’anathème non seulement sur l’œuvre et son auteur, mais sur tout l’art de la littérature et de la culture en général. On a vu ça avec Salman, Mahfuz et d’autres écrivains encore, pour arriver - last but not least – à Daoud avec les gendarmes de sa conscience, les Hamadache.

Bien sûr, ces gendrames de la conscience ne font que faucher le vent… mais leur apparente innocuité ne devrait pas nous leurrer, car ils ont, à leur avantage, le nombre malheureusement.

Et puis, de toute façon l’ignorance est à combattre jusque dans son dernier retrait, jusque dans le dernier ignorant.

Quant aux esprits lâchement intéressés, esprits intelligents et cultivés – cela va sans dire - mais méchants et mystificateurs, ils cherchent à « re-directionner » le sens de l’œuvre et à récupérer son auteur, pour en faire un des leurs, pour en faire – au lieu du défenseur de sa propre cause – un défenseur de leur cause, c’est-à-dire un serviteur des bas intérêts de ses adversaires.

Ne pouvant pas intervenir sur l’œuvre (abjection qu’ils commettraient fort volontiers, si seulement ils le pouvaient sans défigurer l’œuvre. Et puis ces snobés, ces ombres de Camus, les Algériens, ont désormais des noms), ces méchants mystificateurs se sont tournés vers son auteur. Contrairement à l’œuvre qui, elle, reste immuable et transcende le pouvoir des hommes et du temps, l’auteur, tant qu’il sera vivant il sera labile, manipulable, remodelable.

En fait Daoud continue à écrire Chroniques et romans… et c’est justement là qu’il puisse changer d’idéologie, corriger le tir ou retourner la veste. Et là, dans ses chroniques, face à l’aut aut devant lequel ses récupérateurs l’ont mis, Daoud se résigne et semble répéter ces mots de Bernold, l’un des personnages de Jeanne Bourin : « Que je me perde au mieux, puisque je me perds ! ».

En témoignent l’écrit de Cologne et autres crachats d'indics et imameries. Et c’est justement là que ces mystificateurs sont allés puiser leurs preuves que Daoud n'est en fait que le continuateur/suiveur sans originalité de Camus, puisqu’il n’écrit que pour mépriser l’Arabe, c’est-à-dire soi-même !

Cette mystification par l’ignorance des ignorants et l’intérêt des esprits intéressés est devenue une culture qui domine notre époque : qu’on pense au dit scandale de Salman Rushdie des « Versets sataniques » qui, d’un pourfendeur de l’Angleterre xénophobe et raciste, est devenu un iconoclaste du Coran et des cultures musulmanes !

Qu’on pense aussi à la bangladaise Taslima Nasreen ou à l’égyptien Hamed Abou Zaid qui, de libres penseurs qui contribuent à l’éveil de leurs sociétés respectives, sont devenus des Salman Rushdie à leurs tours !

Idem pour Daoud, car son œuvre si elle a un thème à débattre, ce thème est la remise en question ou plutôt le démantèlement du thème philo-colonial de son prédécesseur Camus de Meursault.

Presque chaque ligne de l’ouvrage de Daoud est centrée sur la critique du héro de « L’étranger », mais ce que ces esprits mystificateurs en ont retenu ce sont ces rares passages qui parlent de certains tabous ou préceptes de l’islam !

C’est comme si le roman de Daoud était un pamphlet contre l’islam, alors qu’il était une œuvre d’art réparatrice de la dérive d’une autre œuvre d’art… une œuvre d’art contre l’esprit colonialiste de Camus et de sa France avec son cache-vergogne des droits de l’homme.

C’est comme si Daoud était un simple imam qui ne sait traiter ni entretenir que des tabous et préceptes de l’islam !

Dans ses interviews et ses chroniques qui ont trait à sa Contre-enquête il n’y a presque rien de cette critique fondamentale, car fondamentalement artistique et littéraire. Rien, presque.

Mais même dans ses Chroniques, Daoud ne manque pas de critiquer la médiocrité des médiocres, d’où qu’elle vienne, et de rendre justice aux justes, bien que la sélectivité des mystificateurs, qui ne dorment point, cherchent à nous donner l’image d’un Daoud obsédé par l’islam, ledit régime algérien et ses dits dignitaires.

Voyons cette citation : « Syndrome de l’enfant gâté. Le petit Omar qui courait derrière un morceau de pain, dans le roman de Dib, est devenu l’adulte qui marche avec sa semelle sur la baguette et hurle que c’est son droit légitime. » http://www.impact24.info/gratuite-tue-prix-de-lalgerie-2/

"Dans le roman de Dib", c’est-à-lire "dans l’Algérie de l’époque coloniale". Le même Omar est devenu à l’époque de l’Algérie indépendante l’adulte qui marche avec sa semelle sur la baguette et hurle que c’est son droit légitime.

Cette critique nous montre le contraste abyssal entre la misère extrême où vivaient les Algériens de l’ère coloniale et l’arrogante opulence des Algériens dans l’Algérie indépendante. Une critique qui ne manque pas de jeter une lumière sur les bienfaits de l’indépendance où le pain est assuré et même le droit d’expression est revendiqué comme légitime et désormais à portée de main.

Mais les ignorants et les mystificateurs sont comme les mouches, ils ne se posent que sur les tas de fumier et de merde, et veulent de nous qu’on se comporte de même !

 

Abdelmalek Smari

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