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BERBERICUS

Vues et vécus en Algérie et ailleurs. Forum où au cours des jours et du temps j'essaierai de donner quelque chose de moi en quelques mots qui, j'espère, seront modestes, justes et élégants dans la mesure du possible. Bienvenue donc à qui accède à cet espace et bienvenue à ses commentaires. Abdelmalek SMARI

Du pathétique au comique, à l’humain quoi ! (2 et fin)

 

- Samir parle de l’école algérienne qui consacre un des grands auteurs de la littérature italienne, Dante. La discussion engagée avec les étudiants sur la Divine Comédie permet de mesurer le fossé entre les deux pays de la Méditerranéen, et au-delà entre l’Occident et les pays musulmans… - Quelle réaction vous inspire la gestion par le nouveau gouvernement italien de la crise migratoire? -Les auteurs algériens et leurs compatriotes ne sont pas nombreux au pays de Pirandello.

Des rencontres sont-elles fréquentes ? –

Des projets en vue ?

 

Un programme de vie…

Samir ou, si vous voulez, l’auteur de Samir, ne fait plus « l’occidentaliste »… après sépulture, il est retourné complètement à sa terre natale, sain, sauf et gratifié pour avoir complété sa mission existentielle, une mission que seuls lui et sa fin ultime en connaissent ou connaitront les tenants et les aboutissants.

Il ne faut pas comprendre par cela que je me suis démis de ma mission de connaitre et de combattre, d’apprendre et d’enseigner à mon tour et de contribuer à l’enrichissement de la culture.

Je ne suis pas un parasite, non, pas même un parasite de l’esprit.

J’entends seulement dire que la vie des Italiens ne m’intéresse pas tant… ce qui m’intéresse par contre c’est l’Algérie.

Si je devais savoir gré à ma ghorba en Italie, c’est que, paradoxalement, elle m’a indiqué l’être que je dois chérir, l’Algérie et comment le chérir : la politique.

Je n’entends pas la politique des institutions et des chancelleries, mais celle simple qui est toutefois non moins indispensable, grandiose, fatigante et gratifiante que celle officielle : la citoyenneté. Et c’est ça ma politique, c’est-à-dire que je me suis engagé à savoir gré à la terre qui m’a donné la vie et m’a nourri et chérit. Et c’est tout un programme de vie.

Comme vous pouvez déduire, les autres migrants, ceux des boat-peoples et des photoshop des caritas urget, ne m’intéressent point.

Ils ne m’intéressent pas car ils ne sont pas algériens, et puis franchement je ne suis pas Jésus-Christ. Je ne suis pas fait pour aimer plus que je peux.

Je suis un individualiste, engagé, certes, mais je me refuse absolument d’être ou de passer pour être un caritas urget.

Les autres malheureux – mes frères semblables - sont  eux aussi capables de tisser eux-mêmes leur propre destin. Et personne ne le fera mieux qu’eux à leur place.

Moi, j’ai d’autres chats à fouetter : dénoncer le mensonge et la mystification que l’empire de tour n’a de cesse de secréter pour abattre nos états et livrer nos pays au chaos et pouvoir enfin sucer à tête reposée nos richesses et asservir nos peuples et les cravacher pour sa perverse libido dominandi...

C’est pourquoi je vois dans cette histoire de migrants/pas-migrants (toute montée dans les studios tv et récitée sur les plateaux tv) une poudre que l’empire jette dans les yeux de ses proies pour détourner la conscience des justes de ce monde (ou ce qui en reste) de ses desseins.

Si ces tv et les médias dominants, avec leurs têtes pensantes et leurs vassaux de caritas urget, disent qu’il y a 13 000 migrants subsahariens interceptés par l’armée algérienne et dispersés dans le désert en les laissant mourir de soif, de faim et d’exténuement… moi je comprends ceci :

Il faut insister sur ce mensonge pour en faire une réalité.

 

Misère sur mesure pour les Caritas urget ou le faux fardeau de Kipling

Une fois ce mensonge sera bu comme une exquise réalité, alors il faudra en punir les responsables. Et l’on sait qui seraient ces responsables : l’état algérien !

La punition serait un déluge de bombes et de destruction de l’Algérie.

Ou bien, quand j’entends parler du dit Etat Islamique, moi je comprends par ce tandem sémantique,

un Corps de Mercenaires, à la solde des régimes néocolonialistes, ces régimes au passé immoral des nations dites civilisées et civilisatrices.

Bien sûr il ne manquera pas un qui ne me vienne à m’intimer l’ordre d’arrêter avec le traumatisme des colonisés et de tout ramener à ce traumatisme.

Et c’est ainsi, par ce chantage subtil, que cet Un croit me faire taire.

Et c’est ainsi  qu’il compte défendre ses régimes criminels, arrogants et mystificateurs.

Voilà pourquoi je ne crois pas à cette histoire de misères montées de ces présumés migrants. Je ne crois pas non plus et surtout à l’histoire de leurs prétendus protecteurs, ces imposteurs auto-appelés hommes blancs, « qui se croient blancs »  (comme dit l’écrivain Ta-Nehisi Coates) et leur dit fardeau, fardeau de Kipling…

 

Le juge et le spectre

Donc, étant donné que les Algériens sont en petit nombre en Italie, la providence m’a épargné une sale besogne : celle de fourrer mon nez dans ce fumier de la propagande et de la présomption.

Si Fiamme in paradiso, mon premier roman, s’interrogeait indistinctement sur le destin présumé malheureux de ces migrants, mon second roman « Le juge et le spectre » s’attaque aux autochtones (cette fois-ci avec la nette distinction que je ne veux parler – et je ne parle – que des Italiens que j’ai désormais fréquenté pour plus d’un quart de siècle environ).

Dans ce roman (Le juge et le spectre) je m’attaque à ces autochtones qui – comme tous les peuples du monde – ne sont pleins que d’eux-mêmes, qui se prennent pour l’ombilic du monde.

Leur liberté est la Liberté.

Leur justice est la Justice.

Leur littérature est la Littérature.

Enfin leurs mœurs sont les Mœurs !!!

Alors que leur histoire, leur état actuel, leurs douceurs et leurs misères ne se sont pas générés spontanément et ne « campent » nullement de l’air.

La civilisation qu’ils usurpent sans avoir trop honte est une entreprise humaine. Elle est le fruit d’échanges et de contacts entre les peuples et les époques, d’emprunts et de contaminations, de vols et de dons, d’honnêteté et de bassesses…

L’auteur de « Dante et l’Islam », Miguel Asin Palcios, m’a fait dire que sans la légende de l’ascension nocturne du prophète de l’islam, Dante aurait passé à l’histoire comme un poète  de talent, certes, voire de génie, mais jamais de divin !

Il aurait été un autre Cavalcante, son ainé et contemporain, ou l’équivalent d’un Pétrarque qui s’était perdu dans la haine des infidèles, les musulmans.

Dante est l’emblème de cette entreprise humaine dont j’ai parlé.

Ses vers, d’abord, sont vraiment divins. Leur profondeur est inaccessible. Il est l’architecte qui a donné ses lettres de noblesse non seulement à la langue italienne, mais à la christianité de l’occident européen comme on la connait aujourd’hui : il a donné une nation aux Italiens et une « oumma » à la christianité.

Voilà.

 

Un peuple de génies

Ceci étant dit, je ne nie aucun mérite aux Italiens dans leur grand apport plurimillénaire à la civilisation humaine.

C’est un peuple de génies.

Mais, à l’instar de tous les peuples du monde, les Italiens ne sont que des mortels, des faillibles, comme moi, comme tout le monde et comme toutes les « unités carbone » sur notre planète.

شخصيًّا ما يخلعونيش  

Point.

Abdelmalek Smari

 

Milan, le 08/08/2018 pour le quotidien El Watan.

 

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