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BERBERICUS

Vues et vécus en Algérie et ailleurs. Forum où au cours des jours et du temps j'essaierai de donner quelque chose de moi en quelques mots qui, j'espère, seront modestes, justes et élégants dans la mesure du possible. Bienvenue donc à qui accède à cet espace et bienvenue à ses commentaires. Abdelmalek SMARI

Du pathétique au comique, à l’humain quoi ! (1)

 

Le SINGE-GRAMMAIRIEN - par l'auteur

 

Je poursuis, mes chers lecteurs, mes écrits avec cette autre interview accordée l’année dernière au journaliste du quotidien algérien El Watan, Iddir Nadir.

Elle commence du même point où la dernière interview (accordée à M. Habbati) avait terminé : le lien entre l’auteur, l’œuvre et le lieu.

Et ce n’est pas étrange du moment que l’une et l’autre de ces interviews (les réponses) furent prononcées par la même personne (l’auteur), autour du même sujet (le roman Le juge et le spectre) et enfin dans plus ou moins la même période de temps (il y a presque deux années).

Donc je poursuis ou je récidive avec cette autre interview mon propos pour parler de mon ego ( ?)… Non, plutôt de mon intention de parler de la Littérature ou, du moins, de son pan qui m’habite ou me couvre et fait de ma vie d’écrivain une source de sens et de plaisir.

Sens et plaisir que je compte sincèrement partager avec vous, mes chers lecteurs.

 

 

-Vous plantez le décor de votre roman Le Juge et le Spectre, à Milan, ville du nord de l’Italie. Un des protagonistes, Samir, un Algérien, vit la vie de tous ses autres compatriotes malgré l’éloignement.

Votre attachement à votre pays d’origine est perceptible alors que vous l’avez quitté au début des années 1990…

 

En effet le décor de ce roman est Milan. Certains critiques ont parlé d’un roman dont le protagoniste principal est Milan.

Rien ne manque de cette ville, dans mon roman : d’abord ses Italiens avec leurs classes, leurs femmes, leurs chiens, leurs modes de vie, leurs mœurs, leurs fêtes, leurs misères et leurs douceurs.

Puis il y a les jardins de cette ville, ses fontaines, ses brouillards, ses rues, ses bâtisses, ses vitrines, ses bars, ses panini, ses capuccinos…

Ensuite il y a ses étrangers, les étrangers à cette ville, avec – eux aussi !!! – leurs classes, leurs stranieri (expates issus des pays nantis) et leurs extracommunitari (le reste, la lie, des autres peuples, les expates  issus des pays du tiers-monde).

Les stranieri sont à respecter, à émuler, à prendre en exemples, à imiter et à contenter…

Les extracommunitari sont à redouter, à dompter, à asservir, à écarter, à mettre dans un même sac, à éduquer, à civiliser, à chouchouter aussi – caritas christi oblige ! – ou à vexer et stigmatiser (ce qui revient au même) et, pour certains politiques, en faire le bouc-émissaire des fléaux qui s’abattent sur ce peuple élu.

Moi, par contre, j’y vois un roman du retour romancé. C’est comme le songe récurrent d’un déporté !

Et c’est tout à fait normal, car en quittant mon pays, je me suis trouvé à troquer non seulement ma vie sûre et familière, mais aussi ma dignité, contre des chimères, contre un boulot chimère, contre une liberté chimère, contre des atouts chimères… contre de l’incertitude et de l’hostilité.

C’est là, dans cette ville même - capitale de la mode et de l’élégance, capitale des finances et de la richesse, capitale de la culture et de l’esprit,… - que j’ai connu l’humiliation extrême, la faim extrême et la solitude extrême !

Y a-t-il place, après une telle déchéance, à la liberté, à la justice, à la dignité ?

Paradoxalement, oui ! à condition que le protagoniste, moi, en assume les conséquences de ses choix (les chants des sirènes qui m’y avaient conduit).

J’ai confié tout ce fumier d’existence à mon premier roman qui en a fait naitre et épanouir une fleur pleine de vie, pleine de beauté, pleine d’esprit, à mon premier roman : « Fiamme in paradiso ».

Quant à moi, j’ai assumé les conséquences de mon choix, de ma décision et de mes tromperies.

J’ai fait en quelque sorte, bon visage à mauvais sort.

Une chose cependant est sûre : là, dans cette ville cruellement hautaine, cruellement indifférente,  j’ai appris à aimer mon pays, à m’aimer, à m’apprécier, à me respecter, à aimer la vie.

Un amour de mon pays qui ne m’a plus quitté et qui ne me quittera plus jamais.

J’en suis sûr.

 

 

-Vous abordez plusieurs thèmes, comme l’exil, l’injustice, les privations.

Vos personnages sont pris dans les rets d’une réalité étouffante. Cela n’empêche toutefois pas le rêve, l’évasion…

 

Sur la lancée de « Fiamme in paradiso », donc, j’ai réussi à coucher noir sur blanc des milliers de kilomètres de lettres…

Sur la volée, j’avais écrit un ensemble de nouvelles que j’avais intitulé « La ragazza dell’Atlantide ».

Je croyais alors au mythe des êtres marginaux, comme si les hommes étaient des clones, des entités qui se répétaient et se reproduisaient toujours égaux, toujours identiques, toujours heureux et sans problèmes,… Normaux enfin !

Or il suffit de s’approcher de n’importe qui parmi ces mortels (qui sont la majorité !), pour voir que de si près, personne n’est normal… comme on dit ici, en Italie.

L’un des fondateurs de l’éthologie, un certain Heinroth, maitre de Konrad Lorenz, disait qu’un chimpanzé n’est pas un chimpanzé… figurons-nous l’homme.

Alors ma naïveté m’avait amené à croire qu’être écrivain, artiste, c’est être la voix de quelqu’un qui n’a pas de voix.

Mais, a opera compiuta, je m’étais rendu compte que l’unique être sans-voix, c’était moi-même !

En effet les créatures de l’artiste, ses personnages, leurs mines, leurs errements, leurs questions et leurs manies, ne sont que des attrapes-soucis pour l’auteur lui-même, l’une de ses ininterrompues tentatives d’objectiver ses monstres, de voir clair en lui et, partant, dans le monde qui l’entoure et l’intrigue.

Quant à la forme, j’avais beau faire mine d’avoir diversifié le genre, d’être passé du roman aux nouvelles, mais c’est un autre roman qui avait pris forme !

En effet il n’y avait pas que l’unité des thèmes, des évènements et des personnages qui m’avaient convaincu d’une telle conversion ou reconversion : il y avait aussi les maisons d’édition qui voyaient, justement, dans l’écriture des nouvelles, un art pour les écrivains rodés, de vente sûres.

Du coup, ces éditeurs me conseillèrent de me faire d’abord la main dans le roman, puis ensuite de penser au style et à la poétique…

Ils me le disaient pour tester mon souffle ou pour le roder, pour créer un nouveau cheval frais de sang et d’énergie sur lequel ils pourraient miser et parier ?

Non, je ne crois pas : c’était plutôt qu’il fallait d’abord me faire un nom (n’attribue-t-on pas à Proust ce dit : pour publier, il faut être célèbre ?!), car l’art des nouvelles a besoin de talent, certes, mais surtout d’expérience scripturale.

Certes, il y a eu plusieurs thèmes abordés, comme vous l’avez pu remarquer et signaler, mais le thème des thèmes reste cependant la sempiternelle lutte entre l’individu et le groupe.

D’où, ces âmes - pas-mortes, heureusement -, ces personnages, qui traitent chacun un aspect de cette tête de gorgone, cette réalité « étouffante », matrice de toutes les tragédies de l’homme dans sa vie organique existentielle ou dans sa vie artistique fictionnelle, vie de « rêve, d’évasion ».

Le titre originel n’a pas su résister devant l’hégémonie de la nouvelle direction de cet écrit : il devint « L’occidentalista », l’occidentaliste, l’érudit qui étudie les populations dudit Occident, comme un dit occidental étudie lesdites populations dudit Orient.

Ironique, n’est-ce pas ?

Le roman a adouci le recueil : « La fille de l’Atlantide » m’était venue avec des tragédies, « L’occidentaliste » (Alias Le juge et le spectre) ne sut pas retenir un roulement de rire comme un tonnerre à sa face, comme le juge face à Adra ?!

De pathétique qu’elle fut à l’origine, l’œuvre, « L’occidentaliste », est devenue comique, ludique, authentique, humaine quoi…

 

Abdelmalek Smari

 

 

 

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