Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

BERBERICUS

Vues et vécus en Algérie et ailleurs. Forum où au cours des jours et du temps j'essaierai de donner quelque chose de moi en quelques mots qui, j'espère, seront modestes, justes et élégants dans la mesure du possible. Bienvenue donc à qui accède à cet espace et bienvenue à ses commentaires. Abdelmalek SMARI

De l’aliénation ou la ridicule vendetta des vaincus - 6 -

 

« Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde. »

Albert Camus (citation 100 - sur le web)
 

« Depuis des siècles, le colon étend sa fortune en donnant des noms à ce qu'il s'approprie et en les ôtant à ce qui le gêne. »

Kamel Daoud « Contre-enquête… »

 

Béats soient les sansals

Voilà donc  pourquoi, on trouve toujours d’autres écrivains qui sont "très bien accompagnés par la presse et les intellectuels étrangers" à l’instar de Sansal, sansal, sansal et encore sansal et beaucoup de sansal… et la liste est longue, interminable !

Comme tu peux noter, j’ai presque opposé Kamel Daoud à la multitude inutile des sansals, plus nocive à elle-même qu’à son propre peuple qu’elle pense humilier ou faire chanter en le « donnant à l’ennemi ».

De ce monsieur, auteur d’un authentique chef-d’œuvre dès presque le premier coup, je ne peux lui faire le grief d’être un sansal, même s’il a été obnubilé ou mieux ébloui par les lumières de la nuit berlinoise.

De ce monsieur, j'ai une idée un peu différente... je le trouve plutôt grand et intellectuellement honnête.

Les sansal, ça existe en Italie aussi... mais heureusement ils sont isolés par cette langue qui n'est pas répandue.

Les sansals sont des ratés gravement frustrés, snobés, éblouis, ignorés… ils s’envolent aux anges, pourvu qu’on parle d’eux, qu’on les tire de l’anonymat, qu’on leur fasse croire qu’ils sont importants, qu’on les daigne d’un regard, ne serait-ce que le regard d’un illettré qui peine à écrire son propre nom sinon en majuscules qui ne se tiennent que grâce à des béquilles… à condition que ce flatteur illettré vienne de l’Olympe de leurs maitres.

 

L’exécrable théorie justificationnelle du fatalisme

Kamel Daoud n’appartient pas à ce genre de laquais, à ces bougnoules chroniques, à ces foncièrement colonisables.

Il n’est pas un produit de Bennabi qui, avec sa théorie lâche, dite de la colonisabilité, se révéla un produit à l’état pur du défaitisme historique et civilisationnel.

Il se révéla un grand fataliste, et ce n’est pas honorifique pour un esprit qu’on veut un peu grand, un peu génie, un peu Ibn Khdoun (hachakoum !).

C’est plutôt une honte, une honte galactique pour des gens qui ont du respect pour eux-mêmes, pour leur peuple, pour la dignité des hommes, des victimes innocentes par-dessus le marché !!!

Ce fataliste, aliéné, cette créature réussie, raffinée, ce chef-d’œuvre de l’éternel colonisé, a projeté les affres qui tourmentaient sa pauvre âme de vaincu absolu, sur toute une galaxie de peuples libres !

Malheureusement, par son exécrable théorisation justificationnelle du fatalisme, du masochisme et de l’auto-accusation/mépris, Bennabi a réussi à séduire même des esprits lucides et dignes.

En tous les cas il a délié les langues des lâches, des masochistes, des ingrats parasites et des néo-goumiya, qui peuvent maintenant se vanter d’avoir été mi-responsables de la misère que l’immoral système colonial nous a infligée. 

Enfin, tel un Pape aux siècles des ténèbres, cet infâme, ce monstre, enfant de la colonisation, a absout tous ceux qui se sentaient coupables d’avoir incriminé ce système obscène.

 

Daoud n’est pas un sansal

Et ne vous étonnez pas de voir ces métastases - desdits francophiles, des ottomanophiles, des bédouiphiles et autres néogoumiya par opera pia - envoyer chaque jour avec davantage de vigueur et d’arrogance des mercenaires cracher sur nos chouhada, insulter nos moudjahidine, accuser de corruption nos gouvernants et réclamer le retour des colonisateurs, puisqu’on est foncièrement, physiologiquement colonisables !!!

Qui a lu ses Chroniques se rend bien compte que Daoud a toujours dit les choses qu’il dit... et surtout qu’il dit leurs vérités à tout le monde… même quand il semble louer l’abomination coloniale, il ne fait qu’en parler en passant… c’est comme lorsqu’on parle des œufs qu’il faut casser pour faire les omelettes, ou quand on montre la lune du doigt… là, vous en convenez vous aussi, seuls un taré grave se cramponne mordicus au sort de la coquille brisée ou regarde, plutôt que la lune, le doigt du montreur de la lune.

Daoud est très cohérent avec soi-même, et fort indépendant, ou mieux très jaloux de sa liberté. Et puisque ces gens (interviewers) n’ignorent pas ses écrits, ils lui demandent en quelque sorte de confirmer ce qu’il avait dit... et lu. Et lui, il n’a qu’à le répéter, par souci de cohérence intellectuelle. Mais il faut aussi l’écouter dire leurs vérité aux Français pour pouvoir se rendre compte combien il est loin d’être un vendu, un encore-colonisé, un sansal enfin.

Dans une table ronde sur le set d’une tv française, on lui avait demandé son avis sur la repentance…

Le journaliste qui l’interviewait pensait peut-être le coincer et lui faire dire des bêtises à la sansal, tel un borné opportuniste, chef de kasma du FLN des années ‘80 en plein rage électorale !

Le malin interviewer ne savait pas à qui il avait affaire.

Daoud avait répondu élégamment avec une idée originale et fort précieuse, aussi précieuse que la vérité dont elle procède : la repentance, avait-il dit, est un problème français pas algérien. En d’autres termes, la victime ne devrait pas attendre de son bourreau une consolation…

Sa génialité n’apparait pas seulement au niveau des idées qu’il développe, pas seulement au niveau du courage et de la justesse (de justice et d’honnêteté intellectuelle) avec lesquels il les exprime, mais au niveau de l’élégance de la langue qu’il utilise, au niveau des images qui emperlent son discours, de l’ironie poétique et constructive qui l’adoucissent et de la richesse de son thesaurus qui pique la curiosité du lecteur ou écouteur… et ce, que ce soit dans ses Chroniques ou dans son chef-d’œuvre « Meursault, Contre-enquête ».  

Une personne qui fait attention à s’acquitter honorablement de sa besogne d’art n’a sûrement pas assez de temps à perdre dans la médiocrité et autres sansaleries, à envoyer se prostituer son esprit.

Son roman même est une grande déflagration au visage des ex et néocolonialistes (français surtout).

 

Pourquoi la France tait « Meursault, Contre-enquête » ?

Moi, je fais l’hypothèse que c’est justement pour tuer ce roman (Contre-enquête) et les vérités que son auteur dit à cette France immorale, que les media français ont dévié les regards de ce grand livre.

Le même style de mystification réussi par l’autre régime au passé immoral, l’Angleterre. Souvenons-nous du « Versets sataniques », un véritable pamphlet adressé contre ce pays et ses « bienfaits » envers les Indiens.

Eh bien ce pays malin a réussi à faire - de ce roman-pamphlet contre l’hypocrisie et l’immoralité du régime raciste et colonial anglais - une interminable saga de « j’accuse les ayatollah », « j’accuse l’islam » « j’accuse homo islamicus »… et tous les mystificateurs et surtout les aliénés, y compris bien évidemment tous les sansals, les khadra, les qacemi, et même les daoud de « la nuit berlinoise » se sont tous mis à valser et tanguer sur le rythme du chef d’orchestre de tous les colonialismes.

Et ma foi, la France aussi y a réussi...

Personne, comme tu vois, ne parle plus de ce qui fait du « Meursaut, contre-enquête » une œuvre géniale, originale et surtout réhabilitant la dignité perdue des Algériens qu’un fonctionnaire colonial, l’expression même du système colonialiste (comme l’a défini Edward Said), avait foulée des pieds.

Une offense qui aurait pu durer toute l’éternité, si Kamel Daoud n’avait pas trouvé enfin le moyen, génial et artistique, de rendre justice vraiment au peuple algérien que l’ingrat Camus avait blessé à mort !

On ne parle que des autocritiques de notre Daoud, pas de ses allocritiques, des critiques son chef-d’œuvre adresse à la France et à son passé immoral.

Passé immorale par les crimes physiques et sémantiques commis sur notre terre et contre notre peuple.

Cette France immorale, n’a-t-elle pas essayé de nous effacer de l’histoire : physiquement par ses enfumades et ses napalms, et sémantiquement par omission de notre nom ?

Je dis ces choses, mais moi aussi j’en veux un peu à Kamel Daoud, surtout pour ses nuits berlinoises... mais il ne faut pas que ces petits forfaits nous cachent la grandeur de son chef-d’œuvre. Faute de quoi, on risque nous aussi de verser dans le ridicule de l’ingratitude et de l’injustice.

 

Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde

Moi, je suis sûr qu’on lui avait assigné des prix non pas pour un hypothétique plat-ventrisme de sa part, mais pour la validité de son œuvre.

Même Mammeri, même Yacine et Mouloud Feraoun et bien d’autres grands Algériens, même Jean El Mouhoub – pourtant ils étaient tous conscients du mépris camusien pour les Algériens – eh bien, tous ces grands Algériens n’avaient pas réussi à répondre à l’insulte de Camus par l’art comme l’a fait Kamel Daoud.

Sans nom la Personne que nous sommes est morte.

C’est Camus lui-même qui le dit : « Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde. »

Le nom est porteur non seulement de mémoire mais aussi de projet de vie. Il est donc vital. Il est la vie.

Le défendre c’est maintenir en vie la personne.

Le restituer à celui qui l’a perdu, c’est ressusciter cette personne avec toute sa liberté, son identité et sa dignité.

Y renoncer c’est abdiquer, c’est s’éclipser de la vie, c’est mourir… et mourir vilement.

En somme « C’est important de donner un nom à un mort, autant qu’à un nouveau-né. » dixit encore Kamel Daoud.

A présent, Daoud peut tout dire et n’importe quoi contre soi-même et ses compatriotes algériens, mais jamais il ne sera pris au sérieux (par les esprits intelligents et honnêtes), car il y aura toujours cette œuvre qui le démentira.

Alia jacta est !

 

Abdelmalek Smari

 

 

Article précédent Article suivant
Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article