Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

BERBERICUS

Vues et vécus en Algérie et ailleurs. Forum où au cours des jours et du temps j'essaierai de donner quelque chose de moi en quelques mots qui, j'espère, seront modestes, justes et élégants dans la mesure du possible. Bienvenue donc à qui accède à cet espace et bienvenue à ses commentaires. Abdelmalek SMARI

De l’aliénation ou la ridicule vendetta des vaincus - 5 -

« Alors voilà, Mary Beton cesse de parler. Elle vous a raconté comment elle en est venue à la conclusion - une conclusion prosaïque - que si vous devez écrire des romans ou de la poésie, vous devez disposer de 500 livres par an et d’une pièce avec une serrure à la porte. (...)

Personne n’aurait pu exprimer un tel concept plus clairement [comme l’a fait] votre professeur de littérature, qui sait mieux que moi ce qu’il faut pour faire un poète. Sir Arthur Quiller-Couch écrit [dans son oeuvre, "The Art of Writing"]:

"Le poète pauvre, aujourd’hui comme durant ces derniers deux cents ans, n’a pas eu la moindre chance ... un garçon pauvre en Angleterre a peu d’espoir en plus de ce que pouvait avoir le fils d’un esclave de l’ancienne Athènes de pouvoir s’émanciper pour accéder à cette liberté intellectuelle de laquelle naissent les grandes œuvres." »

 

 

L’âne porteur de livres

8_Comment évaluez-vous la recevabilité des idées sur les Algériens dans vos écritures en Italie et en Europe ?

Et pourquoi, à votre avis, on trouve d’autres écrivains qui sont "très bien accompagnés par la presse et les intellectuels étrangers" à l’instar de Kamel Daoud, Boualem Sansal … etc?

 

Si j’ai bien compris la première tranche de ta question, tu voulais dire : comment reçoit-on ou, mieux, comment les Italiens accueillent-ils nos écrits sur nous, Algériens ? 

En d’autres termes, apprécient-ils nos personnages et les valeurs éthiques et esthétiques que nos œuvres d’étrangers véhiculent et proposent ?

Cette question serait l’ombre d’une autre plus concrète et plus ample : comment les Italiens perçoivent-ils les étrangers en général vivants sur leur terre, mêlés à leurs gens dans leur société, et quels rôles citoyens leur assignent-ils ?

Pour répondre à une telle question, il faut d’abord savoir ce qu’est vraiment l’Italie, comment les Italiens se perçoivent-ils eux-mêmes, quelle idée et quelle image ont d’eux-mêmes et des autres gens qui les côtoient ?

Il faut savoir que ce pays est le produit et le terrain de plusieurs grandes civilisations universelles, qui ne déclinent que pour en inventer une nouvelle, encore plus grandiose et plus vivante et plus fertile (Etrusque, romaine, vaticane, ‘‘renaissantale’’ de la Renaissance, et enfin moderne à laquelle les Italiens contribuent activement, abondamment et ardemment).

C’est aussi un pays riche économiquement, bien développé industriellement, cultivé et bien à jour en matière de technologie de pointe.

Ce pays a une très longue tradition artistique précieusement cotée : la musique, la sculpture, l’architecture et la peinture. Un minuscule échantillon du génie des Italiens en est qu’ils ont même contribué à la construction du divin Alhambra !

Aux 15 et 16ème siècles, la langue des cours européennes, celle de la musique, du théâtre, de la science et de la philosophie fut l’italien.

Aujourd’hui Rome est une des capitales du cinéma et Milan de la mode et du football. La Ferrari et Formula 1 sont ses poulets, comme disent ces mêmes Italiens. Et, cerise sur le gâteau, on compte parmi ses gens une constellation de prix Nobel…

Enfin la civilisation moderne, elle est encore fondamentalement italienne… et c’est ce que j’ai fait dire à Samir, protagoniste du roman « Le juge et spectre ».

Pour l’histoire, ce roman a pour intitulé original « L’occidentalista », c’est-à-dire l’ethnologue expert en culture et civilisation dites occidentales.

De plus - et c’est ce que caractérise une nation vive par rapport à une autre qui à peine si elle arrive à vivoter ! -  les Italiens ont pleine conscience de ce patrimoine et de ce prestige.

En tous les cas, pas comme nous, pourtant inventeurs de la fête de la Saint Valentin… à notre insu !!!

En effet, face à certains pans non indifférents de notre longue et riche histoire, nous nous comportons comme cet âne dont parle le Coran qu’on charge de livres… inutiles pour lui !

Selon Tahar Lamri, un écrivain algérien vivant en Italie, ce fut le Pape Gélase, un parmi les nombreux enfants de l’Algérie - illustres anonymes ! -,  qui avait instituée en 496 de notre ère cette fête qu’on nous présente comme une fête complètement étrangère à notre histoire, à notre culture et à notre sensibilité.

Bien sûr tous les peuples – qui plus, qui moins ; qui tôt, qui tard ou dans un proche ou lointain futur – ont contribué ou contribueront à ce long processus d’humanisation, à cette grandiose entreprise humaine, qu’on appelle la civilisation humaine.

Mais la différence fondamentale entre lesdites grandes nations et celles dites futiles, les imperfectibles comme disait l’arrogant Renan, réside principalement dans l’attitude et la conscience que chacune de ces nations a face à son propre apport civilisationnel.

Ajoutée à ça cette attitude d’auto-méprise des vaincus analysée par Ibn Khaldoun : il est presque naturel que les âmes vaincues (aliénables ou aliénabilisées, vulnérables ou vulnérabilisées) quand elles s’aperçoivent d’un tel prestige, se sentent plus petites encore, sans valeur et plus coupables.

Donc les grands peuples sont grands non seulement parce qu’ils contribuent d’une manière active à la construction de la civilisation, mais parce qu’ils en sont surtout conscients et fiers.

Deux attitudes qui requièrent des efforts intellectuels, du courage, des sacrifices, de la dignité et de l’amour de soi… des qualités non moins grandioses et qui sont néanmoins un peu trop hautes pour que les rejoignent les âmes qui se pensent encore naines, encore sans valeur, encore viles et inutiles, des sansals enfin (il nous convient de mettre un s à ce pluriel car il est commun et essaimant).

 

Sansaleries

Sansal, du nom de cet écrivain le plus représentatif – il en est l’emblème même ! – de ces intellectuels algériens atteints de cette curieuse aliénabilité béate comme le sourire des imbéciles, incurable, que j’appellerais la bougnoulite chronique.

Mais, pour la justice, il faut reconnaitre que ces sansals sont plus à plaindre qu’à reprendre, et cela pour des raisons historiques évidentes : cinq siècles de domination turco-française nous ont sortis de l’Histoire, nous ont déshumanisés, nous ont réduits – aux dires de nos bourreaux – à des êtres à mi-chemin entre les macaques et l’homme !

Cinq siècles d’oppression et de spoliation systématique et à outrance qui ont fait de nous des bougnoules chroniques et chroniquement heureux.

Donc, retournant aux Italiens, il est tout à fait naturel qu’un peuple qui jouit de toutes ces prouesses historiques et de tout ce prestige civilisationnel se pose en peuple élu… du moins il s’en donne les airs, il s’en « lalde » comme dit leur Leonardo… il s’en enivre en somme.

Cette attitude de grande fierté souvent ostentatoire, mais non moins objective et compréhensible, a rendu nécessaire un certain snobisme anthropologique chez ce peuple dépositaire de ce colossal trésor culturel : avoir la puanteur sous le nez, comme ils disent eux-mêmes, prendre la vie avec des pinces non pas par précaution ma par préciosité, par snobisme.

Cette attitude a fait en sorte que les Italiens (une forte proportion parmi eux) sont devenus presque tous des techniciens, tous des dirigeants, tous des experts, tous des cols blancs affectés aux secteurs tertiaires, tous des bourgeois férus consommateurs de serfs et de boniches.

Et même les plus idiots parmi eux, même les illettrés qui peinent à écrire leur nom et qui mettent des majuscules à tous les mots qu’il leur arrive d’écrire, n’échappent pas à ce snobisme, à cet orgueil !

Il n’est pas étonnant donc que tous les sales boulots, les lourdes tâches, les ennuyeuses et dangereuses entreprises sont évités par eux et réservés, cédés presque magnanimement( !), à d’autres, moins nobles qu’eux, moins précieux.

Tous les travaux forcés et tous les travaux de nègres - où l’individualité est niée au vrai travailleur, où le nom propre cher aux âmes libres et dignes, cher aux Kamel Daoud (de la Contre-enquête), inconnu pour les sansals et les khadra des ténèbres et les autres Bennabi, … - tous ces travaux dégradants et nauséabonds, les Italiens les réservent aux damnés de la terre.

Il faut ensuite savoir que face à cette condition de pays de cocagne, pays rose bonbon comme les appelait notre Kateb Yacine, et en présence des milles et une opportunité de travail (grâce à l’aise économique) - que l’Italie présente et offre à quiconque puisse en profiter - des centaines de milliers d’étrangers y passent ou y résident pour tenter leur chance.

Mais puisque le monde des étrangers est divisé en deux grandes catégories fondamentales (la catégorie des nantis et celle des damnés de la terre réels ou présumés), il y en a parmi eux, ceux qui - grâce à leur provenance d’un autre pays rose bonbon - réussissent à faire de la concurrence aux Italiens… mais étant de la même étoffe, ces « étrangers nobles » sont tolérés et restent quand même une minorité (si on exclut les ressortissants américains très nombreux des bases militaires très nombreuses des States en terre italienne).

La majorité des étrangers est donc constituée des gens provenant des pays pauvres ou des pays dits en développement ou, dernièrement, des pays assoiffés de démocratie offerte sur les bouches des canons de l’OTAN.

Tous les métiers refusés et vomis par les Italiens reviennent donc à ces misérables : concierges, dog-sitters (chieurs de chiens), manœuvres, veilleurs de nuit, assistants croquemitaines (qui accompagnent les vieillards à leurs dernières demeures et qui, en attendant ce voyage imminent, leur nettoient le cul et la verge), gigolos pour pédés et vieilles zitelles et autres précieuses séduites et abandonnées, faiseurs d’enfants à leurs femmes et à leur Etat, travailleurs pour renflouer les caisses de retraite et d’assurance, et enfin mercenaires pour créer dans les pays d’origine ces chefs-d’œuvre de ruine et d’enfer auxquels, sans vergogne, on donne le nom de printemps arabe.

Les enfants de ces étrangers et eux-mêmes servent comme cobayes de laboratoire, servent comme pourvoyeurs d’organes de change, comme des filles ou fils à joie pour ces ménages qui snobent l’enfantement pour préserver leur beauté, l’étroitesse de leur sexe et leurs mines rose bonbon… et vivre jusqu’à 100 ans et s’en vanter !!!

Et leurs écrivains ?

Ils sont là en foules denses dans l’attente d’être sansalisés ou écrasés, mis à l’écart, aux oubliettes de l’histoire.

Ils sont là, les sansalisables ou candidats sansals, dans cet espoir fou, déjà à chanter les louanges à leurs bienfaiteurs pour leurs bienfaits, à demander pitié à leurs bourreaux, à battre leurs maximas cuplas, à s’auto-accuser pour innocenter leurs maitres, à se plaindre d’eux-mêmes et de leur impuissance, à s’auto-haïr, à demander pardon d’avoir osé exister, de s’etre trouvés sur le chemin des dieux et de les avoir contraints à les sodomiser et à faire donc du mal, à apparaitre méchants, malgré leurs consciences « immaculées » d’innocents présumés.  

Ils sont déjà là, ces minables vaincus, à médire leurs peuples, leurs cultures et leurs dignité… autrement ils ne seront point des écrivains…

Des écrivains, que dis-je ?! puisqu’ils versent volontiers et sans gêne dans la nouvelle forme de cette exécrable littérature qu’est l’imamologie.

C’est quoi l’imamologie ?

C'est cet effort colossal pour produire des discours laids, ridicules et inutiles.

Des discours qui annulent un milliard et quelques centaines de millions de sensibilités et de conceptions de la vie, toutes différentes les unes des autres comme ciel et terre, toutes originales et intéressantes aussi bien les unes que les autres, chacune avec son identité sui generis,… des discours  qui réduisent cette richesse inestimable à une minuscule identité entomologique unique : Homo ISLAMICUS.
Les révolutions progressistes (à ne pas confondre avec cette obscénité appelée printemps arabe) gênent justement l’impérialisme américain et les troupeaux de ses janissaires (l’Europe au passé immoral), parce qu’elles nous enseignent que ces milliards et quelques centaines de millions de sensibilités et conceptions de la vie sont irréductibles à cet essaim de stupides insectes ennuyeux et ridicules.
Et c’est pour cette raison que ces révolutions sont étouffées dans l’œuf et détruites sans délai, et les peuples qui y croient sont sodomisés et pénétrés avec l’aide de cette vaseline que sont les mercenaires bédouins (homo islamicus, par excellence), leurs pétrodollars et leur élite de génie, les sansals et autres infâmes imamolgues. Alors qu’ils devraient se battre pour faire reconnaitre leur statut de vrais hommes et femmes de lettres.

Or ce qu’ils font est tout sauf de la littérature.

Bien sûr, il y en a des exceptions, peut-être sont-ils la majorité, mais on ne les voit pas car cette ivraie, cette mauvaise graine, avec l’aide des puissants bourreaux, arrive toujours à les éclipser et à en tuer les œuvres.

Les criminels ! Au lieu de se battre pour une littérature digne et authentique, dépouillée de tout folklore et de tout vil exotisme orientalisant, privée de tout pittoresque ridicule, ils avilissent la littérature.

L’on peut être des sansals par service commandé, par mercenariat, par mendicité, par prostitution.

L’on peut être des sansals par chantage aussi. Mais ce procédé n’a de prise que sur les âmes déjà corrompues … le prix à payer par les opportunistes.

On peut l’être enfin par récupération ; procédé par le fromage (du corbeau de la fable) qui n’afflige que les ignorants et les idiots arrivistes, et même les Daoud de Berlin.

Dans les trois cas, il n’y a pas que de l’encensement démesuré des œuvres par boostages basés sur les banalités et les lieux communs comme les enfants soldats, les quatre femmes troquées contre des chameaux, la raison et la sensibilité essentiellement islamiques de l’être, l’obsession sexuelle innée chez homo islamicus et autres idioties courantes…

Un avilissement de l’esprit, quoi.

Mais l’esprit est esprit justement, il craint le vide, les vacuités… il les combat et les dénonce…

Voilà, groso modo ce qu’on est dans les yeux des autres ou ce qu’on devrait être. Nous ne sommes pas seulement en quelques sortes, mais voulument, incompréhensibles pour le monde soi-disant occidental, excluables, indésirables, interdits d’entrée dans l’olympe de l’humanité.

Si tu veux être un écrivain génial, un grand sansal, et même un Zaoui (autre fromagier, bien que minuscule), apprends à avaler ces vomis, et surtout apprends à les vendre, comme s’ils étaient des aliments frais, bio, génuines.

 

Abdelmalek Smari

Article précédent Article suivant
Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article