Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

BERBERICUS

Vues et vécus en Algérie et ailleurs. Forum où au cours des jours et du temps j'essaierai de donner quelque chose de moi en quelques mots qui, j'espère, seront modestes, justes et élégants dans la mesure du possible. Bienvenue donc à qui accède à cet espace et bienvenue à ses commentaires. Abdelmalek SMARI

De l’aliénation ou la ridicule vendetta des vaincus - 3 -

 

 

 

« Avant d'écrire soyez célèbres. »

 

Marcel Proust

 

 

 

COUVERTURE de mon PROCHAIN ROMAN, sous peu, en LIBRAIRIES

 

 

 

4_ A  votre avis, pourquoi les Algériens (surtout critiques et journalistes culturels) vous ignorent-ils, pourtant vous avez été lauréat des prix en Italie ?

Est-ce qu'il s'agit d'un obstacle linguistique ou de "une paresse" de leur part (Le cas pourra être différent s'il s'agit de quelqu'un déjà connu et honoré) ?

 

Je ne sais pas si les Algériens m’aiment, me haïssent ou ne m’accordent aucune importance : ils ne me connaissent pas.

Là où je me suis fait connaitre, sur Face book par exemple, j’ai noté que malgré mes piqures critiques à leur encontre, il y a quand même parmi eux quelqu’un qui me trouve encore sympathique, hhhhhhh.

Non, les Algériens ne m’ignorent pas, dans le sens de me snober… Pour exactitude, ils n’ont pas entendu parler de moi. Et puis il y a bien évidemment leur propre ego à soigner. Toutefois ceci ne veut pas dire que s’ils me connaitront, ils vont s’enamourer de moi.

Bref, la réaction générale que les Algériens puissent avoir à mon égard, si je me présente à eux, serait une espèce de méfiance (ils me verraient en intrus) mélangée au ressentiment ; phénomène, du reste, bien connu et bien naturel en l’homme et en toute créature devant des situations ou des formes nouvelles et inédites .

Et puis, le Savoir est pouvoir, dit-on.

Tout comme l’argent, le pouvoir pur intimide ceux qui se trouvent en face de lui, aux prises avec lui.

A une question naïve d’un journaliste qui voulait savoir si le pouvoir n’usait pas enfin de parcours son détenteur, Giulio Andreotti, le grand politique italien disparu récemment, répondit : Le pouvoir use celui qui ne l’a pas (Il potere logora che non lo ha).

Juste ! – ajoute-je, moi – surtout par l’envie folle d’en avoir et l’espoir impossible de l’avoir.

Certains se rendent à l’empire de ce pouvoir et sourient quand même, faisant bon visage à méchant jeu, comme disent les Italiens.

D’autres, par sagesse (honnêteté intellectuelle) ou par modestie, reconnaissent volontiers l’Autre, le détenteur de ce pouvoir, et respectent ses libertés et ses dons, ses exploits et ses succès.

Des uns et des autres il y en a peu dans la société, de part et d’autre de cette cloche gaussienne. La normale est que la plupart des mortels, craignant le pouvoir qu’ils n’ont pas ou qu’ils pensent en manquer, se mettent sur la défensive. Certains parmi eux arrivent même à déclarer la guerre à celui qu’ils croient être un « pouvoireux », écrivain soit-il ou gargotier forts de leurs savoir-faire et de leurs possible, même apparente, suprématie !

Mais qui sont en réalité, en concret, ces gens de la normale gaussienne ?

Ce sont nos amis, proches, nos collègues, nos lecteurs, notre public, nos prédécesseurs, les gens des médias (les détenteurs des medias surtout et leurs délégués rédacteurs en chef et compagnia bella), les éditeurs et enfin et bien sûr les politiques fragiles…

Enfin toutes ces gens qui ont de la paille dans les entrailles et qui ont peur du feu et qui considèrent tout pouvoireux vrai ou présumé, comme des mèches allumées, comme du fuel inflammable au contact de la paille.

Mais l’adversaire le plus implacable reste, pour les écrivains, les éditeurs/distributeurs (détenteurs de pouvoir et nécessairement tyrans et jaloux de ce même pouvoir).

A ce sujet, et pour preuve de cette pourriture chez les éditeurs, France Inter raconte cette anecdote assez sérieuse quand même :

« L’écrivain Serge Volle – nous dit France Inter - a envoyé à dix-neuf maisons d'éditions - petites et grandes - 50 pages du roman "Le Palace",  écrit par Simon au début des années '60.
Six mois plus tard, douze d'entre elles ont refusé le texte, lui reprochant notamment des "phrases sans fin" et des personnages mal "dessinés". Sept éditeurs n'ont même pas répondu. » 
http://www.7sur7.be/7s7/fr/1531/Culture/article/detail/3324982/2017/12/11/Il-envoie-le-manuscrit-d-un-Prix-Nobel-a-19-maisons-d-edition-19-refus.dhtml

Toutefois aussi mesquine et lâche que cette attitude puisse être, elle peut donner l’illusion de consolation aux vrais incompris, ces malchanceux malgré l'heur et le génie… et je ne parle pas de moi !

Je crois que cette secte de néo-prêtres, ces jaloux farouches de leur pouvoir, ne lisent même pas les manuscrits qui leur tombent entre les mains ou qui leur sautent aux yeux ; ou du moins ils y voient tout sauf une œuvre digne d'être sérieusement examinée...

Mais ça reste quand même ahurissant : presque les mêmes réponses avec les mêmes termes... standards !!!

Tout écrivain, comme a recommandé Proust, doit d’abord être célèbre s’il veut vraiment publier ses œuvres !

Jusqu’ici, seuls peut-être quelques journalistes ou éditeurs (très peu d’ailleurs) m’ont snobé.

Et c’est légitime : si l’on considère par exemple l’absence d’une réputation suffisante, mon éloignement du pays, ma langue d’écriture (l’italien) qui est vraiment étrangère pour les Algériens, l’absence de quelque autorité de la critique qui « donnerait le Là ! » à l’intéressement général qui créerait l’évènement Smari ou Malik ou Le juge…

Ajoute à ça la paresse, la superficialité ou l’attitude liquidatrice qui caractérise souvent l’esprit de l’Algérien en général devant l’anonymat des choses et des personnes.

Tahar Djaout, dans une lettre-deuil à Mouloud Mammeri à peine décédé, faisait le procès à la télévision nationale – aux Algériens donc - qui n’avait parlé de lui que pour le mettre au pilori, lors dudit printemps kabyle - en 1980, quand une campagne honteusement diffamatoire a été déclenchée contre lui ; ou une deuxième fois lorsqu’elle avait annoncé sa mort !

Cette télévision n'avait aucun document à montrer sur ce grand écrivain algérien. Elle ne lui avait jamais donné la parole et elle ne l'avait jamais filmé, elle, qui ne manquait pas de pellicule. 

Cet intellectuel fut « peut-être le plus persécuté des intellectuels algériens ».

Pourtant il fut l'un des enfants les plus valeureux que cette nation ait jamais engendrés

Qui serais-je, moi, par rapport à lui ?

J'espère qu'enfin grâce à vous, journalistes et premiers lecteurs algériens, l'Algérie découvrira mon roman et l'appréciera... après tout, c'est pour l'Algérie que j'écris.

J'ai refusé la citoyenneté italienne pour que l'Italie ne ravît pas, n'usurpât pas un écrivain algérien à l'Algérie.

C’est là une manière personnelle, bien mienne celle-là, de lutter contre la fuite des cerveaux.

Je me souviens qu’une revue et un journal m’avaient interviewé, juste à la sortie de mon premier roman « Fiamme in paradiso », la revue est d’un publiciste algérien qui vivait à Padoue.

Le quotidien était national, dans sa version régionale. Je ne me souviens même pas du nom du journal algérien... c'était à Constantine... D’ailleurs je ne sais même pas s'ils avaient publié ces entretiens...

À présent, je suis en contact avec deux journalistes d'El Watan (Iddir Nadir et Fayçal Metaoui) qui m'ont promis de lire le livre « Le juge et le spectre » et d'en écrire quelque chose...

Une promesse que j'attends d'être concrétisée. Je l’attends avec un grand intérêt et une grande patience...

Nadir m'a dit qu'il était en train de le lire, bien qu’à un rythme de tortue... Fayçal ne m'en a plus dit mot après sa promesse...

En tous les cas je ne sais pas ce qu'ils vont en penser... ils ont leurs raisons, leur temps et leurs avis propres aussi...

 

 

5_Avez vous été invité à participer à des rencontres littéraires ou à publier ici dans votre pays, l'Algérie ?

 

Non, personne en Algérie ne m’a invité ni à participer à des rencontres littéraires ni à publier quoi ce soit, sauf une seule fois le CNFPH (centre national de formation du personnel pour la prise en charge des handicapés) de Constantine.

Son directeur, monsieur Kouadria – qui fut mon professeur de sociologie à l’université – m’avait invité à parler de la Médiation.

Mais – comme je le disais ci-dessus ? - j’ai noté qu’on invite des Italiens qu’on présente comme de grosses ‘‘tasses’’ de la culture et de la littérature, alors qu’ils ne savent pérorer que d’imamologie ou de cette discipline du savoir philistin flambant neuve : l’étude de homo islamicus, avec des sujets du type - حاشاكم - : médecine islamique, mathématiques islamiques, sexualité islamique, femme islamique, digestion islamique, flora islamique et autres crétineries du genre !

Bien sûr ces experts imamologues savent se présenter en donneurs de leçons en matière de littérature et de valeurs civilisationnelles.

Ils savent aussi, en excellents mercantiles des public-relations et en bons pères-éternels, présenter leur marchandise et leur « opera pia » fort rentables du reste sur les étals de ces supermarchés que sont l’impérialisme et le néocolonialisme…

Bien sûr, en sincères caritas urget qu’ils sont, ils savent aussi pleurer plus que nous-mêmes et mieux notre sort présumé misérable et notre inexpertise et les tant occasions manquées, à jamais ratées, de notre saut dans la modernité et, partant, dans la civilisation et dans l’histoire…

Enfin, si mes compatriotes m’ignorent, cela n’empêche personne d’exister, de travailler, d’avoir du succès ou de mourir de douleur ou d’échec.

Après tout, personne n’est indispensable.

 

Abdelmalek Smari

 

Article précédent Article suivant
Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article