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BERBERICUS

Vues et vécus en Algérie et ailleurs. Forum où au cours des jours et du temps j'essaierai de donner quelque chose de moi en quelques mots qui, j'espère, seront modestes, justes et élégants dans la mesure du possible. Bienvenue donc à qui accède à cet espace et bienvenue à ses commentaires. Abdelmalek SMARI

De l’aliénation ou La ridicule vendetta des vaincus - 2 -

3 - Que pensent les autres (critiques, journalistes, lecteurs), selon les échos qui vous parviennent, de l’Algérien ou de l’Arabe en général dans vos textes et dans ceux des autres écrivains qui parlent de l’Arabe et de l’Algérien ?

Existe-t-il ou non une volonté de se débarrasser des images-clichés et des stéréotypes ?

Et est ce que vous pensez que le cas est différent pour quelqu'un qui vit à l’étranger par apport a ceux qui ont utilisé une langue d’écriture étrangère ici dans leur pays, à l’instar de Kateb Yacine, Mohamed Dib, Yasmina Khadra …etc ?

 

Si quelqu’un dit que tous les Algériens sont des bourricots, et si quelqu’un lui répond que ce n’est pas vrai et qu’il a connu des Algériens qui savent bien lire et écrire… Penses-tu que l’objection du second personnage soit plus respectueuse, plus juste (de justice, pas de justesse) que celle du premier ?

Personnellement j’y verrais une autre insulte, plus masquée celle-là et plus cynique, mais surement non moins grave et non moins humiliante.

Ce que les autres pensent de nous, ici en Italie (réalité que je connais mieux) ?

Généralement cela dépend de la personne. Comme l’on dit chez nous :

وين تحط روحك تلقى روحك

Tendanciellement les gens aiment ou du moins préfèrent ceux qui leur inspirent sécurité et confiance. Mais puisqu’il y a toujours quelqu’un qui t’est hostile par vocation (esprit de croisade) ou par aliénation (par médias interposés), l’on peut dire que ce type de fléau existe aussi en Italie.

Et cela part de l’hostilité extrême et ostentatoire d’une Oriana Fallaci et de sa ‘‘Colère et indignation’’, en passant par le savant ‘‘fascistoïde’’ qui se réjouit que sa langue possède le verbe Etre et le verbe Toquer ( !) et la tienne non, jusqu’à l’attitude adverse du simple balayeur qui - tout en peinant à écrire son propre nom en son propre caractère – te dira : « Nous, on a le Valser et via Dante Alighieri, et vous, qu’avez-vous, à part les tentes et les chameaux ? » qui te dira en d’autres termes : « Nous, Italiens - seigneurs du monde, descendants de César, Dante et Léonard, concitoyens de Scrosese et de Madonna Ciccone - sommes bien par rapport à vous, damnés de la terre, fanatiques et terroristes incivils… colonisables ! »

Une telle attitude plait beaucoup à certains de leurs hommes et femmes politiques ; et c’est pourquoi d’ailleurs, ces ‘‘vaniteux’’ ont tendance à la claironner encore plus fort pour justement dévier les regards de leurs administrés sur leurs bêtises, leurs magouilles et leurs incompétences.

Et, ma foi, haïr l’autre peut très bien être un véritable antidote, presque second-naturel, contre les stress et les dépressions des psychés malades des frustrés.

Quand Oriana Fallaci avait écrit ses insultes contre les Arabes, contre les musulmans et autres damnés de la terre, elle souffrait du cancer qui l’avait emportée. Elle vivait à New York et souffrait des avatars de la haine que les WASP (White Anglo-Saxon and Protestants) ont encore contre les Italiens, les Guido et autres Oriana et leurs american little Italies.

En plus elle n’arrivait pas encore pu oublier le traitement humiliant que lui avait infligé un amour iranien avorté, mort-né… séduite et abandonnée, comme elle était, telle une vieille chaussure ou une vieille ghirba sèche et chagrinée, elle avait trouvé la misérable consolation de projeter ses amertumes et ses déceptions existentielles sur le monde des damnés de la terre.

Le pseudo-savant avec ses verbes ‘‘Etre’’ et ‘‘Toquer à la porte’’ n’a rien d’autre à vanter dans son inutile existence que ces deux impostures.

Et tant mieux pour ces trois types de minables, si leurs lieux communs suffisent assez pour les consoler et leur hausser le moral.

Le savant ignore la langue arabe, il peut même bien la parler ou écrire des romans avec et des poèmes, mais il restera toujours sur la touche de son vaste terrain, ignorant ses joyaux poétiques que sont les mou3allaqate, le Coran et les chefs-d’œuvre d’El-Moutanabbi, Khayam, Taha Hussein…

Quant aux éboueurs, ils ne sont rien. Il vaut mieux que nous glissions dessus : peut-on s’offusquer pour des riens ?!

Ceci étant dit, à les voir de près, ces prétendus occidentaux (moi je préfère parler des Italiens, les Occidentaux n’ayant point d’existence pour moi) ressemblent plutôt à des gens de chez nous qui - ayant un peu d’instruction, un orgueil prononcé et un peu plus d’argent que peuvent en avoir ou montrer leurs voisins - ils se mettent à s’en vanter grossièrement et sans pudeur. Aussi misérables qu’inutiles !

C’est tout...

Voilà ce que sont de près ces dits occidentaux. Et à les voir cette petite diostance, ces dits occidentaux sont ridicules comme tous les mortels et grands aussi comme tous les mortels... Le présent roman « Le juge et le spectre » en est justement une moquerie.

En fait foi l’ironie qui suinte du titre original « L’occidentalista » ou l’expert qui étudie les occidentaux, comme l’entomologiste ses insectes.

Le vrai malheur toutefois, c’est quand ces haïsseurs arrivent à convaincre de leurs thèses bidon et crapules leurs victimes, en les portant à se haïr eux-mêmes plus encore que l’autre les puisse haïr !

Je connais certains noms parmi ces masochistes : un certain magdi allam (ex musulman et ex égyptien), un certain fouad khaled allam (ex marocain qui se faisait passer pou ex algérien et ex mortel)…

Je ne citerais pas notre sansal que je ne connais pas – même s’il m’avait insulté quand il insulta un jour sur un magazine français ce qui est cher pour moi, ma fierté d’être Algérien. D’ailleurs je ne veux pas le connaitre.

Pire que des serpillières, ces lâches masochistes, ces aliénés infâmes, ces êtres exécrables, sont l’ordure attachée à ces chaussures mêmes qui vont s’essuyer sur ces serpillières.

Bien sûr, il y a à partir de cet extrême de lâcheté et de masochisme, une ligne droite qui mène vers une autre espèce pire qui réclament l’enfer pour leurs propres gens et leurs propres terres. Enfer qu’on appelle, par imposture sémantique, printemps arabe !!!

Cependant, le fait qu’on ne te haïsse pas ouvertement ne signifie pas qu’on va t’apprécier à ta juste valeur.

Le respect de soi, cela va de soi, ne se donne point en cadeau, mais il s’arrache toujours dans l’effort, dans la solitude, dans la peine, dans l’hostilité...

D’abord il y a tes compatriotes qui vont te trahir : a-t-on surpris un Mohamed (ou un italien qui lui ressemble de près ou de loin) avec des cheveux en fil barbelé, sale, en loques, mendiant, trainant des sacs d’ordure, ivre ou qui fourre effrontément les doigts dans le sac à main d’une vieille dame ou d’une jeune fille, ou qui se bagarre avec son cousin ou avec un « gentil-et-bien-élevé » autochtone, qui pisse là où ça le prend, qui laisse ses ordures par terre, … ?

Toi, tu as beau être instruit, propre, honnête, digne, avec des yeux bleu pétrole, un costume trois-pièces et une longue cravate de soie rouge sur une chemise blanche, un blanc cassé en bleu… n’oublie pas que tu n’es pas Italien ni même pas un soi-disant occidental.

Si ensuite tu as le teint basané, la confession et le nom de Mohamed, si tu viens d’Arabie ou d’Algérie, tu auras toujours un poste, à toi réservé, avec l’étiquette et le fardeau d’être ce que tu as osé être : le clone du clochard supra décrit.

Idem si tu es un écrivain et s’il te passe par l’esprit de te vanter de tes œuvres et de tes créatures, ne t’attend pas qu’on aille t’applaudir ou te critiquer pour ton art, car tu es considéré un écrivain de série B, tout comme ta personne, ta citoyenneté, ton origine et ton peuple.

Et si on daigne te regarder, c’est pour te jauger, tester ta loyauté ou non-loyauté envers ces seigneurs du monde…

La valeur des personnages dans l’œuvre d’un écrivain périphérique, de série B, pour ne pas dire exclu - périphérique par rapport à ce monde qui se prend encore pour l’ombilic du monde, ce monde qu’on appelle occident - dépend de la capacité de ces personnages et de leur poétique à être fidèles au statut de leur auteur (sa case et son étiquette), à renvoyer toujours l’image exacte de ce qu’on attend de lui.

Et ce n’est qu’alors que ce dernier aurait un semblant de succès, un succès de l’infamie, un succès du type de ces deux allam, de notre sansal et de tous les béats aliénés, re di una notte…

Que faire ?

Etre fort dans la justice, être soi-même malgré tout, être averti… inaliénable justement.

Bien que l’on ne puisse mesurer la connaissance linguistique des grands écrivains comme ces sommités, surtout les vétérans parmi eux (Yacine, Mameri, Amrouche, Feraoun, Djebar,…), je peux seulement imaginer cette connaissance relativement à mon expérience propre (je n’ai rien lu sur le sujet) : ils pourraient avoir une langue (leur français) plus ou moins équivalente à mon italien. En tout cas leur situation est un peu analogue à la mienne.

Après tout, eux aussi étaient partis d’une langue mère - qui le berbère, qui l’arabe (dans leurs versions standard ou dialectale) - en vertu de laquelle d’ailleurs ils avaient conçu et réalisé leurs projets littéraires et culturels en général.

Ainsi avaient-ils donné hospitalité à la nouvelle langue, leur langue d’écriture :

instrument ou langue-pain pour Mameri et Djebar,

langue d’insupportable aliénation pour Malek Haddad,

butin de guerre pour Kateb Yacine,

une aliénation assumée ou forcée, de toute façon historiquement nécessaire pour un Bennabi,

seule vie possible pour un Amrouche,…

ou l’une ou les autres pour les autres écrivains de cette Algérie violée et dénaturée.

On ne peut exclure de cet hypothétique éventail de possibilités, le choix libre et réfléchi, par calcul stratégique (n’oublions pas que notre révolution a été possible grâce à la connaissance de la langue française par nos révolutionnaires), par pragmatisme ou par opportunisme mercantile d’un Zaoui ou par aventurisme explorateur d’un Boudjedra.

Est-ce une faute ?

Bien sûr que non : après tout on est libres de choisir l’instrument de notre connaissance, si l’on veut et si l’on peut.

Qui m’empêcherait d’écrire en italien ou en français ou en arabe, si je décidais de le faire ?

Personne.

Je veux dire par là que toutes ces gens dont j’ai parlé ici et ceux qui recourent à une autre langue pour dire leur propre monde et se rapporter à ceux des autres, le faisant par choix ou par nécessité, ont tout à fait le droit légitime de le faire.

Mais un compte est le faire par amour et par choix, en seigneurs souverain, un autre est le faire en aliénés, en laquais, en sans-dignité.

L’aliénation est la lâcheté érigée en doctrine. L’aliéné est cette victime qui se complait dans les souffrances qu’un malin bourreau lui inflige.

Il est cette victime qui tend à s’identifier à son bourreau, à s’effacer devant lui, en lui ; croyant ou espérant, non seulement échapper à ce traitement avilissant, mais pouvoir l’infliger à son tour, par la vendetta des vaincus, à quelqu’un d’autre (son semblable !) et cela va paradoxalement (absurdement) le consoler.

L’aliénation, quand elle est imposée par le bourreau – pour des fins pratiques – elle est assimilation. Pensons au décret Crémieux qui avait dénaturé à moitié les Juifs d’Algérie ou à celui avorté, ourdi contre leurs compatriotes musulmans, le projet dit Blum-Violette.

L’aliéné doit payer un prix pour démontrer sa bonne foi, sa sincérité, sa loyauté. Ce prix consiste à trouver des excuses et des justificatifs pour le compte du bourreau.

En essayant d’absoudre son seigneur et bourreau, il imputera une bonne part, si ce n’est la totalité, de la responsabilité à la classe des victimes.

Malheureusement c’est ce que certains parmi nous (le Daoud de la nuit berlinoise, le Sansal du Village et de tous les jours, le Khadra de la Nuit et de ses ténèbres, le Bennabi de la colonisabilité… et d’autres encore de la même espèce) tendent à faire à d’autres parmi nous : fouler des pieds notre dignité, souiller notre mémoire !!!

Bennabi (un pur produit de l’aliénation, un aliéné parfait), avec son infernale et idiote théorie de la prétendue colonisabilité des colonisés, avait ouvert le grand bal de ces lâches litanies (cette lacrimarum valle d’infâmes mea-maxima-culpa) à toute une armée d’intellectuels auto-proclamés lucides, raisonnables, indispensables, représentatifs et sine qui non...

Et l’on sait combien l’Algérien se révèle pudique et réservé à entamer de son propre gré une danse… mais à peine trouve-t-il une main invitante qui l’entraine dans la piste, le voilà qui se déchaine comme un damné.

Et du coup il n’a plus envie de quitter la partie qu’une fois fatigué mort. Non seulement, il cherche en plus à faire du prosélytisme !!!

Je ne veux pas dire que sans la théorie de Bennabi, les Algériens ne seraient point arrivés à cet état scandaleux, immonde, de s’auto-accuser, de s’auto-mépriser avec une joie béate (sansal du village et de tous les jours et, dernièrement, dit-on, Khadra avec son jour de ténèbres, « Ce que le jour doit à la nuit ») de s’auto-infliger tous les torts de leurs propres bourreaux et les tortionnaires de leur propre peuple.

Non, je ne veux pas dire ça.

Je dis tout simplement que Bennabi leur avait donné l’assise théorique de réclamer haut et fort, béatement orgueilleux, qu’ils sont JUSTEMENT méprisables « per omnia sæcula sæculorum » !

Et l’on sait combien cet homme, ce Bennabi, est invincible… puisqu’il avait su – par opportunisme – chevaucher l’onde des puissants et imbattables (mercenaires) islamistes.

Par rapport à ses idées, les idées de sansal (s’il en a) mourront en tous les cas avant lui… mais cette théorie infernale, la théorie de Bennabi prêchant le fatalisme et le défaitisme, continue encore à sévir et à faire des ravages.

Bien sûr, parfois il y a des voltefaces spectaculaires, comme on en voit chez ces poètes qui - une fois l’âge de la paix des sens atteint, et après avoir tant chanté les louanges aux orgies et à la débauche - se repentent et se mettent à faire les sages et à prêcher aux pauvres encore-égarés leur sagesse et leur repentance.

Bien entendu la victime est, elle aussi, responsable de son propre destin.  Mais il ne faut pas oublier que tout destin se produit et s’accomplit nécessairement dans un cadre historique de toute la communauté.

Lequel cadre, s’il est détourné, usurpé, vexé, humilié… le destin de l’individu, par inclusion, ne peut être que pareil à celui de la moyenne des individus de la communauté.

Car face à l’injustice du plus fort (le colonialisme), face à l’oppression et à l’écrasement de tout un monde (les colonisés) on ne peut faire l’hypothèse de l’existence d’une telle complicité, d’un tel masochisme endémiques, planétaires presque !

La perversion est un mal individuel, certes. Mais le groupe, lui, ne saurait être pervers. Il ne peut être que victime car il est vaincu, objectivement vaincu, malgré Bennabi, sa parfaite aliénation ou ses présumés lois obnubilées, tordues et stupides…

 

Abdelmalek Smari

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