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BERBERICUS

Vues et vécus en Algérie et ailleurs. Forum où au cours des jours et du temps j'essaierai de donner quelque chose de moi en quelques mots qui, j'espère, seront modestes, justes et élégants dans la mesure du possible. Bienvenue donc à qui accède à cet espace et bienvenue à ses commentaires. Abdelmalek SMARI

ENTRE LE CŒUR ET LA RAISON – Partie I – (8 et FIN)

 

 

أَسُكوتٌ والكَونُ جَمُّ المَعانِي

 وسُكونٌ والنَّفسُ فِي ثَوَرَانِ ؟

أحمد رامي

 

...  

وَيا نفسُ جَدِّي فَإنَّ دَهْرَكِ هَازِلُ

أبو العلاء المعرّي

 

Jalousie de grisettes, de concubines ?

Si Daoud, est là, sur le New York Times ou sur le Magazine Littéraire, c’est grâce à sa cohérence d’idées, à son art, à sa conviction et à son talent de parleur (ne l’avez-vous pas entendu parler, répondre ? écoutez-le).

« Qu’est-ce que ça veut dire être cité par un journal, fussent-ils le New York Times, Il corriere della sera ou le Magazine Littéraire ? »

Certes nous pouvons trouver dans le New York Times ou dans le Magazine Littéraire des sagas de stupidités et des cohortes d’idiots et de médiocres qui parlent des choses et des hommes non moins stupides et futiles ; mais cela ne va rien enlever ni au prestige de ces organes ni au talent de notre écrivain... ni y rajouter quelque mérite, bien entendu.

Daoud s’est fait connaître et on a cherché à le soutenir moralement. On l’a soutenu avec des mots bien sûr, car les armes et la violence sont de la prérogative exclusive de la seule Loi en vigueur dans la Cité, à moins qu’il s’agisse de ces misérables écervelés qui sont encore en état de nature.

Notre rôle de société civile n’est pas de nous ériger en juges, mais de sensibiliser les gens sur les cas qui nous posent problèmes.

S’ils répondent par l’affirmative, mabrouk !

S’ils ne répondent pas, ils sont libres : après tout il n’y a que la Loi qui a le droit et le devoir de défendre les intellectuels et pas seulement les intellectuels.

Quant à la solidarité des autres citoyens, elle est bonne, certes, voire elle est requise, mais personne n’est obligé d’être solidaire par la force, par le caritas urget ou par le chantage.

Le texte/harangue d’un Merdaci, universitaire et lui-même écrivain, serait d’une grande importance critique, s’il comptait d’attirer l’attention de notre jeune oiseau, Daoud, sur le risque mortel « de la chute » qu’il court en ayant gagné, de manière fulgurante, en peu de temps ( ?!) de telles altitudes dans l’Olympe de la littérature.

Et personnellement je crois que de toute façon ce bel article soit plus un bon conseil - bien qu’un peu algérien et un peu cru (comme Daoud, n’est-ce pas) – de la part d’un amant et ‘‘studioso’’ de la bonne littérature à un autre amant de cette littérature, qu’une sorte de leçon de morale ou d’admonition dictées par une jalousie de grisettes ou de concubines.

Indirectement, l’article reconnaît quand même à Daoud le mérite d’avoir su saisir au vol, en les exploitant savamment, des opportunités politiques et littéraires, aussi, pour promouvoir son œuvre ; opportunités qui ne manquent aucunement de pertinence et d’originalité.

Quant au langage avec laquelle cette opération promotionnelle a été présentée au public, il peut plaire ou ne pas plaire aux lecteurs, mais « Meursault, contre enquête » reste un repère lumineux dans la littérature algérienne et un mérite louable.

Qu’on pense à Camus, lui-même, qui avait réécrit (en l’adaptant au théâtre) « Crime et châtiment » de Dostoïevski, sans que jamais personne n’eût crié au plagiat ou à la banalité de la photocopie.

L’une des preuves que l’œuvre de Daoud est bien une œuvre littéraire fructueuse, digne de ce nom, est qu’elle est et continue de susciter moult écrits, les uns pourraient ne pas nous plaire, les autres par contre oui (comme le présent article du Dr Merdaci).

Restent deux, trois, choses qui semblent être des problèmes mais qui ne les sont qu’en apparence :

Le problème du passé « islamiste, ou fisiste » de Daoud, sa position vis à vis de la question palestinienne et sa critique acerbe, qui frôle parfois le délire paranoïaque, de nos gouvernants et des symboles qu’ils représentent.

Concernant son passé, je peux dire qu’on ne devrait absolument pas lui en tenir rigueur pour trois petites mais combien évidentes raisons :

a - Daoud ne cache pas son passé de militant islamiste, il l’assume. On peut même arguer que ce passé (malheureux ?!) peut jouer en sa faveur : il lui permet de parler et vilipender en connaissance de causes ces pseudo-fanatiques, mais vrais mercenaires et néogoumiya, privés du sens de la dignité et du sens de l’état.

b - On est contraint de changer avec le temps, c’est une loi à l’empire de laquelle personne ne pourrait se soustraire.

c - On ne peut – on ne doit – plus, au XXI° siècle, obliger une personne majeure et responsable à opter pour une telle ou telle autre position politique ou philosophique, figurez-vous lui demander d’y rester fixé ad aeternam ou d’en rendre compte.

Quant à sa position vis à vis de la question palestinienne, comme je l’ai dit ci-haut, Daoud voudrait justement que les Algériens ne soient pas paternalistes en jouant aux plus-palestiniens-que-les-palestiniens, en fermant les yeux sur nos propres problèmes plus près de notre vie, plus urgents que la solution des problèmes des tierces (fussent-ils des Palestiniens), plus importants et dont la solution nous incombe comme un impératif moral catégorique, ''indérogeable''.

Et, ma foi, il a raison en ça, surtout que nos problèmes sont non seulement nombreux et compliqués, mais ils constituent pour nous, Algériens, une question de vie ou de mort.

Qu’on pense par exemple à ce fléau mortel, le divorce entre le citoyen et ses administrateurs (l’un des avatars de cette malédiction, héritage colonial et unique vrai bienfait( !) de la colonisation génialement analysé par Fanon ou Memi)… à ce fléau que Daoud lui-même décrit comme méprise de soi, qui semble collé organiquement aux Algériens nouveaux… à ce fléau que les réseaux sociaux n’omettent pas une seconde de mettre en exergue le rappelant au monde entier, et dont ces aliénés parmi les Algériens nouveaux vont orgueilleux…

Ce fléau, pourtant, quasi biblique semble ne pas alarmer du tout ces Algériens nouveaux. Non, ils ont en trouvé de plus catastrophique encore et de plus urgent : le problème de la Palestine. Ils ont en fait leur cause des causes ! les inconscients !

Donc Daoud a raison aussi de nous dire de laisser la Palestine aux Palestiniens, quand on sait que l’un de ses fils illustres Edward Said prônait la solution d’un seul état pour deux peuples. Solution que nos plus-palestiniens-que-les-palestiniens n’accepteraient jamais.

 

Comme un Halladj, comme un Savonarole ?

Enfin le fait d’être pour ou contre Bouteflika, pour ou contre la langue arabe/dialecte arabe, pour ou contre dieu et l’islam, la zatlah ou le whisky, … tout cela ne concerne que lui-même.

L’important est qu’il n’empoigne pas le glaive ou le fusil et vienne me les imposer.

D’ailleurs il n’est pas unique à briller dans ce puéril sport de caprices et de provocations (prouesses de nains) : même des boulangers ou des prétendus coiffeurs de nos douars les plus reculés, même certains parmi nos cavés et nos gargotiers en ont, chacun, une idée particulière et des plus extravagantes.

Je dirais plus : les idées de certains parmi ces cavés, gargotiers et prétendus coiffeurs sont encore plus osées et plus iconoclastes envers les mêmes sujets (Allah, Bouteflika, la langue berbère/arabe/dialecte, l’islam, la zatlah ou le whisky…) et il n’y a plus dans leur univers de sacré ou de profane qui tiennent ou que leurs langues de vipères épargnent.

Ou bien a-t-on peur que, vu son importance médiatique, Daoud rassemble les masses et menace le pouvoir de la Cité, comme un Halladj, comme un Savonarole ?

C’est possible, mais ce n’est point évident.

Mais, quand même ! soutenons-le nous avant que ce seront les autres, nos ennemis et BHL, à le soutenir et à l’utiliser, s’ils peuvent (bien que Daoud ne soit pas homme à se laisser faire), contre nous.

 

La force de l’ironie

Mais ceux qui en veulent tant à Daoud, ne se sentent-ils pas un peu censeurs ? Et alors, ils ne doivent pas se scandaliser si leurs censurés leur rendront des pièces de la même monnaie.

Je reconnais que lutter contre la médiocrité est un problème vrai et très délicat aussi : faut-il pour cela censurer, et alors la censure deviendrait un ogre qui finirait par nous dévorer nous-mêmes quand il aurait dévoré toute la médiocrité réelle et apparente ?

N’y-t-il pas un autre moyen plus sûr, comme par exemple le fait d’apprendre l’art de l’ironie - qui incombe justement à l’art et à la littérature -, art qui est un antidote - dit-on - très efficace contre la médiocrité, l’autosuffisance, voire même contre la violence brute et physique des tyrans et des génies pervertis.

Pour casser certain aventurisme et casse-couillisme des jeunes et des étourdis eternels adolescents, un réalisateur de cinéma italien a dans les années 90 du siècle écoulé fait le remake d’une scène puisée dans « Les frères Karamazov » ; la scène de quelques gamins qui défient le train en se couchant sur les rails sous le train en passage !

Le réalisateur italien ouvre son film avec un monsieur gros et gras. On le voit ouvrir sa schiscetta  et en tirer tutt un ben di dio.après quoi il se met à manger et à boire de tout, « un quintale di roba » aurait mangé, le monsieur gros et gras.

Les secousses du train et le temps passant, aidant, la digestion ne se fait pas prier : ce gentil voyageur court alors aux toilettes ; et alors ce sont les cataractes et autres sphincters de ses entrailles et ses panses qui se déchainent.

Il se trouve que les frères Karamazov « relookés » se trouvent, en ce moment clou de la grande vidange, sous le train qui passe, sous le trou de cul du gentil voyageur et sous le trou de la tasse du cabinet des toilettes.

C’est dire la force de l’ironie.

Il faut donc être forts pour passer, pour vaincre l’insolence des iconoclastes.

Seuls les faibles pensent de compenser leur faiblesse, non pas en se fortifiant, mais en affaiblissant les autres !

Les ridicules !

Sans démagogie, moi aussi, je poserai une petite question (qui ne sera pas une insulte, j’espère) à Daoud, s’il lui arrive de lire cet écrit :

Vous parlez du peuple algérien comme un peuple parasite. Vous considérez-vous un de ces parasites dont certaines de vos chroniques définissent bien les contours ?

Si oui, je ne demanderais pas d’explications.

Si par contre la réponse est Non, j’aimerais bien savoir comment avez-vous fait pour ne pas verser dans le parasitisme, pour vous distinguer donc de vos semblables les Algériens, élevés dans et par ce système qui prône le parasitisme (sic dixis!), pour pouvoir humilier et faire chanter par la suite ces dits parasites ?

Ceci étant dit, je trouve intéressante comme analyse et surtout comme dénonciation, puisqu’elle démonte la présomption qui veut nous faire croire que le mal algérien est dû seulement et exclusivement à ses houkkam, et que ledit peuple n’est qu’une victime absolue, leur Victime !

Comme si le peuple était faits de moutons seulement !!!

 

Comment effacer le passé ?!

Certes, Daoud est désormais un écrivain qui promet grand et gros aussi (n’est-il pas devenu l’invité des présidents séniles – qu’il abhorre pourtant ! – et jeunes et frais – dont il va matto !), mais il reste quand même toujours un homme avec ses hauts et ses bas.

Il était fisiste - donc, selon ses propres critères, exécrable - et maintenant il ne l’est plus, rédempté donc.

Mais étant un homme de conscience et de cohérence, un tel passé – contrairement au fumier pour la rose – continue à lui faire mal (voir un article sur Algérie patriotique paru début décembre)… lui qui a tant envie de se débarrasser d'un tel fumier pour accéder au monde des pures roses… toutefois synthétiques de plastique, pas bio, sans dépendance aucune du fétide fumier.

Seulement, comment oublier ce passé ?

Comment tuer cette partie immonde de lui-même, sinon crier au monde entier "Mea culpa, mea maxima Culpa" ?!

Et surtout comment le faire oublier, le rayer de la conscience des autres ?!

C’est là où réside sa tragédie, son désespoir… du moins son malaise.

Mais si c’est vraiment ça qui le met dans tout ce mal existentiel (civilisationnel ?), pourquoi tant  s’en faire, alors que c’est justement en vertu de cette chute qu’il a pu rebondir de cette façon spectaculaire, sublime ?

Et tant pis si c’est justement là que ses propos trouvent ce sens et cette fougue, cet acharnement apte à le dresser contre mezzo-mondo, contre les centaines de millions desdits musulmans, que comptent nos pays avec notre planète.

Laissons-le se défouler, donc.

Après tout, qu’il le veuille ou qu'il le nie, il est lui-même partie intégrante de ce monde de frustrés qu’il décrit et décrie....

Glissons, quant à nous : il est encore jeune et il apprendra, quand il expiera sa faute originelle, la faute d’avoir été lui aussi un FIS, quand il deviendra père.

À ce point, l’on peut dire que Daoud est en train de payer non pas pour un mais bien pour deux péchés originels :

- l’un c’est pour avoir quitté le giron du Fis.

- l’autre, surtout l’autre, celui d’avoir déconstruit, désacralisé, voire ridiculisé, le chef d’œuvre d’Albert CAMUS, « L’étranger ».

Et dans ce désespoir - matrice du ridicule et de l’absurde - il cherche à couvrir l’un avec l’autre ! ou ce qui revient au même, une certaine France est en train de le récupérer pour qu’il lève sa main, pour qu’il cesse de cogner sur l’idole Camus, l’idole en chute et en lambeaux, par opera de Daoud, en fait.

Voici un cas où daoud a péché

« Au lieu de chercher une compréhension politique des faits survenus, au lieu de mettre les capitales occidentales devant leurs responsabilités, puisque les auteurs des agressions sont des Occidentaux, fussent-ils d’origine arabe ou africaine, Daoud focalise sur leur prétendue identité de musulmans, alors qu’il sera prouvé que même des allemands de souche ont pris part à ces viols. »

« Et pourquoi Cologne ?

N’est-il pas légitime de se demander si ces viols collectifs n’ont pas été commandés en vue de renforcer un sentiment antimusulman pour des visées à court, moyen ou long terme de l’impérialisme ? Car il n’y a pas de doute que ce sont les mêmes qui, dans un même but et une même stratégie, manipulent un auteur et de jeunes écervelés des quartiers de Cologne. »

https://internationalinfos.wordpress.com/2016/03/09/kamel-daoud-mensonges-et-reniements-pour-plaire-a-loccident/

 

Un écrivain malgré toutes les fatwas et tous les Hamadache

Reste ce fait incontestable - et Rira bien celui qui rira le dernier -, Kamel Daoud est un vrai écrivain malgré toutes les fatwas et tous les Hamadache.

Avec une unique œuvre, il a déconstruit toute la colonisation des siècles et des nobelisés mieux que toute la légion des œuvres des Boudjedra et les prêches des Hamadache.

Il est fort probable qu’un demain ses détracteurs viendront miauler, le dos rond et la queue entre les pattes, pour se réclamer de ce grand météorite (qui se révélera un astre lumineux) dans le ciel de l'Algérie obscurci par la médiocrité de l’esprit et par l’ingratitude.

Il faut soutenir notre écrivain, si nous sommes honnêtes et nobles...

Connaissons-le mieux et nous l’aimerons sans aucun doute.

Connaissons-le d’abord et jugeons-le ensuite, s’il nous restera encore un brin de notre conviction, perverse, de notre doute.

Je défie les sceptiques.

Lisons bien sa géniale œuvre et nous verrons qui va rire en dernier.

 

Abdelmalek Smari

 

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