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BERBERICUS

Vues et vécus en Algérie et ailleurs. Forum où au cours des jours et du temps j'essaierai de donner quelque chose de moi en quelques mots qui, j'espère, seront modestes, justes et élégants dans la mesure du possible. Bienvenue donc à qui accède à cet espace et bienvenue à ses commentaires. Abdelmalek SMARI

ENTRE LE CŒUR ET LA RAISON – Partie I – (7)

ENTRE LE CŒUR ET LA RAISON – Partie I – (7)

« Mais, patatras Daoud, par le contenu de son opus, atteint un objectif imprévu. Preuve à l’appui – l’existence de son livre –, il démontre que la censure qu’il prétend combattre n’existe pas en Algérie. En effet, comment publier impunément (et c’est tant mieux) autant d’ignominies sur un peuple et un pays «qui manquaient de la liberté de dire, de lire ou de regarder» ? Sacré Daoud, ce Daoud sacré. » Boualem Snaoui

 

Ce qui est littérature et ce qui ne l’est pas

On ne peut demander à un romancier de nous dire 2 et 2 font 4, s’il dit qu’ils font 6 ou qu’ils font Toutankhamon, Jupiter ou le néant.

Mais à un chroniqueur, essayiste, on est en droit et devoir de lui tirer les oreilles ou même la langue (surtout cette dernière !) s’il ne dit pas 2 et 2 font 4 et seulement 4.

S’il ose y ajouter ou en retrancher ne serait-ce qu’un 0,000000000000000000000000000000001, on doit le corriger ou à la rigueur le plaindre en pauvre malheureux.

C’est, peut-être, compliquée comme exigence, mais ce n’est point indéfendable.

Ainsi, si on doit poursuivre Daoud en justice, ce ne doit absolument pas être pour son Meursault - contre-enquête, mais pour ses calomnies dont regorgent ses Chroniques.

« Mais, patatras Daoud – ironise boualem Snaoui -, par le contenu de son opus, atteint un objectif imprévu. Preuve à l’appui – l’existence de son livre –, il démontre que la censure qu’il prétend combattre n’existe pas en Algérie. En effet, comment publier impunément (et c’est tant mieux) autant d’ignominies sur un peuple et un pays «qui manquaient de la liberté de dire, de lire ou de regarder» ? Sacré Daoud, ce Daoud sacré. » https://www.algeriepatriotique.com/2018/12/11/a-quoi-sert-kamel-daoud/?fbclid=IwAR26TkGIMdQAVD8QI64ej2xEeBUxQ8OGzHA5YDw2v-tLIQVg6CNgWwl54rM

En fait l’auteur de la citation ridiculise l’œuvre « qui n’est pas de la littérature », c’est-à-dire cette partie des près de 2 000 Chroniques de Daoud, écrites entre 2010 et 2016 (464 pages de chroniques) et publiées chez Actes Sud.

Oui, Daoud a dégénéré... malheureusement pour lui... surtout avec ses dernières chroniques et déclarations.

Toutefois, son « Meursault » le contredit, le rachète... et c’est plus fort que ses sottises de chroniques, plus fort que son opportunisme de serpent, d’AZREM.

De toute façon ce monsieur, bien qu’il soit écrivain, n'est qu'un simple mortel : un malheureux parmi les malheureux enfants de l’homme, ou si l'on veut un génie parmi les génies...
Et ce ne sont que des mots.
Vous avez compris, il est critiquable... il est admirable...
Moi, je le critique et je l’admire, suis-je pour autant un con, une innocente et admirable et gentille alouette ?
Et puis, est-il la propriété privée de quelqu’un, ce monsieur ?
Non,  Daoud est devenu un homme public, et en tant que tel, il a exposé lui-même ses flancs, certes en responsable, aux flèches de la gêne d'être admiré par tous et bien sûr d’être critiqué par tous. Critiqué pour ne pas dire insulté. D’ailleurs lui-même s'est gagné une bonne part de l’admiration dont il jouit, et que ses admirateurs exercent avec un zèle militant, en insultant mezzo mondo (voir ente autres articles celui de Boualem Snaoui).
Le comble est qu’il se trouve dans les parages des idiots, qui se prennent pour ses protecteurs et « sponsors », qui lui témoignent une espèce de vénération et en parlent béatement.
Ce monsieur, je l’avais fait pleurer de confusion une fois par une critique dont il n’avait pas su se défendre ni en nier la pertinence.
Ce monsieur, je l’avais défendu aussi et plusieurs fois contre les cons qui le mettaient au piloris et contre, surtout, les gens qui l’admiraient comme des pauvres dindons.
Ce monsieur n’est qu’un homme qui se plait souvent à m’insulter, quand il insulte mes semblables... et si je l’insulte, je ne fais que lui rendre le reste de sa monnaie...
Bien entendu, et malgré la plaidoirie de ses sponsors, il ne m’est jamais arrivé de l’insulter, si ce n’est rarement pour lui montrer combien c’est facile insulter les autres, ça fait mal aussi, et de se croire plus malin que les autres (seulement parce qu'on est divo médiatiquement, l’espace d’une soirée de gala ?!).
Ce monsieur, enfin, je l’ai honoré en parlant de lui, en écrivant de lui.

Quant au litige qui a opposé dernièrement Boudjedra et Daoud (pour mémoire, Boudjedra l’a traité avec d’autres de contrebandiers de l’histoire ; Daoud le menaça de l’attaquer en justice, comme avait fait lui, Daoud, avec Hamadache), je peux seulement dire que si Daoud est haut (il n’est en tout cas pas bas), il honore les Algériens et Boudjedra (un Tab jnanou mélancolique ? un lion de la littérature algérienne tout de même) en les illuminant de ses phares, allumés dernièrement grâce au grand succès de son « Contre-enquête ».

S’il est bas (je ne crois pas qu’un esprit indépendant, lucide, honnête et courageux comme Daoud, le soit par vocation), il aurait réussi à trainer en bas le vieux et hautain lion.

Entre Boudjedra et le faux imam, le seul et plus vil reste quand même cet imam.

A bien y penser, je crois que Boudjedra craigne le feu car il a de la paille dans son ventre : n’a-t-il pas tiré à boulets rouges sur Kateb Yacine, avec la préméditation de le tuer en tant que « père » de la littérature algérienne (francophone bien entendu moderne) ?

Daoud est un lionceau, il finira un jour ou l’autre par tuer ce nouveau « père » de la même littérature (mais pas seulement francophone).

C’est pour ça qu’il attaque le nouveau prétendant avec cette virulence, la virulence d’un désespéré.

A Daoud doit aller notre soutien, de toute façon.

A Boudjedra, notre estime.

Quant à l’imam, l’égout de l’histoire l’engloutira sûrement.

Certes, en tant qu’homme et Algérien, Daoud est un peu nerveux, et son langage est un peu dur et cru.

De ses relations intimes avec les autres, je n’en sais bribe. Il ne me l’a jamais dit. Et puis cela ne m’intéresse point.

De son art d’écrire, même si ce n’est pas à moi de le juger, je crois qu’il a du talent. Et selon moi, avoir été nominé au prix Goncourt est un mérite, car dans cette France-là, la France « efficiente », si l’on accepte de payer la servilité, on ne saurait récompenser la médiocrité.

Il est à noter que je nie pas l’existence de l’intérêt stratégique (néo-colonialiste) perpétuellement poursuivi par les puissances, au passé et au présent immoraux, puissances qui n’ont de cesse de chercher des moyens et des personnages pour faire chanter les damnés de la terre et nuire à leurs pays et à leur dignité.

La preuve en est qu’il y en a eu et il y a des milliers d’hommes et de femmes de Plume et de Lettres, tous et toutes des prétendants traitres, mais qui ne reçoivent rien, pas même un poil – pas même ech3ar, comme on dit chez nous.

Daoud, est-il critiquable ?

Certes !

Peut-il se tromper ?

Certes !

Les errements de ses chroniques – admettons qu’ils soient graves et impardonnables - nous ouvrent-ils le droit d’éclabousser de fange et de merde son génial Contre-enquête ?

Mais face à l’injustice (éthiquement et épistémologiquement) que certaines de ses chroniques ne cessent de distiller contre les Arabes – tous ! - et les Musulmans - tous ! – et contre leur mémoire et leur histoire… les lésés doivent agir. Et c’est pourquoi certains esprits ne puissent point se retenir de lui rendre insulte par indignation et mensonge par démenti et arrogance par une plus-value d’arrogance.

Daoud doit apprendre que les humains qu’il n’a de cesse d’insulter et d’humilier ne sont pas faits de mots, d’encre ou de vent comme les personnages de ses fictions. Ils sont bien de chairs et de nerfs, de liberté et de dignité.

Cependant, malgré ces dépassements de l’auteur, on n’a pas le droit de toucher à l’artiste qui est en lui, et qui en fait ce nouvel grand esprit pour notre pays.

Daoud est un intellectuel, journaliste et homme de lettres (auteur principalement du génial « Contre-enquête »), et tant pis s’il est très critique, aigrement critique dans la plupart de ses autres écrits (les Chroniques surtout).

Il est comme tous les humains : un tandem langue-cul.

Et heureusement qu’il est critique et c’est justement en ça que consiste la grandeur et la raison d’être de l’art et de l’esprit.

Abdallah Laroui disait que le Savoir n’est que de la critique.

Cela, quand la critique est juste et constructive, quand elle ne vise pas les personnes, mais leurs mœurs (écrites ou agies) pour en chasser la médiocrité et la laideur.

Avec des erreurs et des dépassements, tout à fait humains - Daoud de la génuinité (le Daoud originel, avant que les pères éternels, les propriétaires privés et exclusifs, de la liberté d’expression et de la démocratie le découvrissent, le domptassent et le récupérassent) faisait partie de ces critiques constructifs.

En fait ses flèches n’épargnaient aucun médiocre, que ce soit au niveau du pouvoir (tous pouvoirs confondus), au niveau des ses propres confrères ou au niveau du dit bas et innocent peuple.

Un homme de cette sincérité, de ce courage (courage d’être sincère), de cette liberté, ne peut jamais se laisser mettre la laisse et trainer par quiconque, ni par un néo-goumi, comme ce bougnoul chronique de BHL et ses employeurs, ni par le victimisme du bas peuple ni par la force des pouvoirs d’ici ou d’ailleurs.

Jusqu’à récemment, avant ses nuits « colognales » et sa guerre à la guerre d’Algérie, il ne nous a montré que ce qu’il a, en toute sincérité et en toute liberté, à savoir ses qualités d’un vrai homme dans une époque où les hommes sont rares, dans un monde où les plus doués se laissent prendre par leur amour-propre et deviennent vils, se vendant à bas prix.

Et les prix ainsi que les reconnaissances qu’il a eus ne sont que mérités.

Il faut donc être justes, accepter le verdict des jurys et croire en leur sincérité, sinon l’on risque de verser dans le ridicule.

Arrivé où il est arrivé, Daoud est à considérer malgré tout comme un lauréat du Goncourt pour 2014. Notre consolation est que l’histoire du Goncourt ne va plus – et jamais elle ne pourra – rayer son nom et celui de son œuvre de ses annales.

Et puis il est encore jeune, et son talent n’est plus à démontrer : il a tout l’avenir devant lui, pour lui…

Qu’il persévère et basta.

Donc il ne faut pas faire les Torquemada et il faut surtout éviter le pessimisme qui nous porte à crier au complot ; une théorie que le même Daoud condamne et ridiculise.

Congratulations à lui !

C’est tout ce qu’il nous reste à dire, c’est tout ce que nous devons dire à présent.

Et on se trompe beaucoup - et je crois qu’on va tant le décevoir - si l’on pense rendre hommage à Daoud, en dénigrant et nanisant d’autres écrivains, en se comportant dans le sens contraire de l’une des grandes valeurs que lui-même ne cesse de « prêcher » et de défendre à longueur de discours, de chroniques et de livres…

Les mots méchants à l’encontre de Sansal ou de Khadra dénotent une certaine attitude hostile envers une partie de nous-mêmes (si nous sommes Algériens... et si non, de toute façon nous sommes hommes), et c’est justement ce genre d’auto-méprise que Daoud ne cesse de dénoncer aussi.

Il est arrogant avec les médiocres arrogants, modestes avec les grands et modestes, logique et cohérent avec sa sensibilité et ce qu’il croit et jaloux de sa liberté et de sa dignité et tant pis s’il est un peu impatient de voir son pays, notre pays, mieux portant.

C’est tout.

Quant à Khadra et Sansal, ils n’appartiennent qu’à Khadra ou Sansal, et puis nous, nous ne devons point être des collectionneurs d’idoles.

J’entends dire que Khadra, Daoud et Sansal sont des écrivains et ils sont tous des richesses pour eux-mêmes d’abord, puis pour leur pays (pour ceux parmi eux qui y croient) et certainement pour cet océan qu’est l’humanité entière, même s’ils n’en constituent qu’une infime goutte...

Seul celui qui n’a pas été à l’école ose nier ce genre de réalités.

Du moins c’est ce que, moi, je pense.

De grâce ne m’en voulez pas, ne criez pas au pathétisme de ma part : car c’est là mon mode d’être reconnaissant à mes semblables.

Je cherche toujours à répondre avec sens, même aux non-sens (bêtises) ... mais puisque humain je suis, il est normal que je n’y arrive pas au but à tous les coups.

Enfin, ceci étant dit, sachons que ce n’est pas le prix qui détermine l’écrivain, mais c’est ce dernier qui force le premier.

 

Abdelmalek Smari

 

 

 

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