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BERBERICUS

Vues et vécus en Algérie et ailleurs. Forum où au cours des jours et du temps j'essaierai de donner quelque chose de moi en quelques mots qui, j'espère, seront modestes, justes et élégants dans la mesure du possible. Bienvenue donc à qui accède à cet espace et bienvenue à ses commentaires. Abdelmalek SMARI

ENTRE LE CŒUR ET LA RAISON - Partie I – (4)

 

 

« La vie d’Ivan [Ilitch] avait été des plus simples et des plus ordinaires – et par conséquent, des plus atroces. »

Lev Tolstoï

 

 

 

Combien est profonde et longue notre bougnoulite !

L’on voit dans la position de Kamel Daoud envers l’enseignement de l’arabe standard (arabe officiel de tous les peuples dits arabes) ni plus ni moins une insulte aux peuples arabes et à leur culture, histoire et civilisation.

L’on sait que – à travers ses interview et ses chroniques – cet auteur prêche pour l’habilitation de la langue( ?) algérienne comme une langue à part entière.

Donc des enseignants avec les associations des parents d’élèves s’alarment-ils contre les agissements équivoques de la ministre de l’éducation nationale envers la langue arabe standard et s’organisent-ils - par grèves et manifestations interposées - pour dénoncer de tels agissements ?

Daoud les voit mal ; et certains internautes sur les réseaux sociaux - et pas seulement eux - disent qu’il a insulté les enseignants grévistes, toujours selon eux, pour qu’il soit béni par la Reine, c’est-à-dire par la France !

En fait, les agissements de notre ministre de l’éducation (pas seulement l’actuelle administration de Mme Benghabrit) n’arrivent pas encore à atteindre la sérénité nécessaire et suffisante pour couper le cordon ombilical avec l’hégémonie de cette langue « royale » sur l’éducation et l’instruction algériennes.

C’est dire combien est profonde et longue notre bougnoulite !

Et si tu trouves quelqu’un qui, avec sévérité, croit et prétend de s’en débarrasser, c’est pour se lancer dans le bras de l’anglais !

Que voulez-vous, notre destin de bougnoules est ainsi scellé saecula saeculorum : dalla padella alle brace ! (هرب من الموت طاح في سلّال القلوب) !

De l’extrême à l’extrême !

Là-aussi, la bougnoulite chronique ne nous laisse, à nous autres algériens, aucun répit, aucune planche de salut : au lieu de considérer une langue connue - n’importe laquelle - comme une plus value de richesse spirituelle et poétique et une fenêtre sur d’autres rivages et d’autres horizons, les Algériens ont tendance à n’y voir qu’un instrument d’aliénation et de servitude !

Connaitre une langue, c’est vivre une vie, mais bi-dimensionnellement ; en connaitre plus c’est vivre plus et plus intensément.

Et ma foi, il y a du vrai dans cette ambigüité problématique, fâcheuse, dangereuse, voire mortelle, envers les langues des autres qu’on voit chez l’Algérien.

Il y a de quoi de s’en méfier, si l’on sait que des écrivains qui ont la tête bien posée, bien enracinée, sur leurs épaules, comme Boudjedra et avant lui Kateb Yacine considèrent la francophonie comme un lâche et hypocrite système d’aliénation et de domination.

Et ce n’est ni un hasard (cette bête n’est d’ailleurs qu’un sphinx) ni une vue de l’esprit, mais la conséquence directe des tribulations historiques de notre pays ; un calvaire inauguré un certain jour de 1515 quand les maudits ottomans avaient foulé nos rivages, pour ne plus s’interrompre qu’à l’aube d’un certain 1er Novembre 1954.

Depuis cette date, et pour cinq longs siècles d’affilée, l’Algérien n’avait pas eu le droit ni l’opportunité de se servir de sa langue (le berbère pour les berbérophones, et l’arabe pour les arabophones), si ce n’est pour compter ses maigres chèvres et ses chétives bêtes de somme,

pour nommer ses rejetons,

pour dire ses prières,

pour chanter ses misérables joies

et enfin pour pleurer ses misères et ses morts.

La langue de l’Algérien était considérée comme étrangère, absurde, nulle ou en tous les cas obsolète et inutile !

Mais la raison vraie et le vrai sens d’un tel mépris et d’une telle exclusion est que la langue de l’Algérien était considérée comme dangereuse puisqu’elle aurait conduit fatalement et inexorablement ses gens à prendre conscience de leur condition de damnés de la terre et à organiser donc une résistance qui les aurait mené inexorablement à la libération.

Les langues qui comptaient – et qui devraient compter pour les Algériens – furent les deux langues des occupants (l’ottomane d’abord pour trois siècles, et la française ensuite pour un autre siècle et plus d’un quart).

Et c’est d’ailleurs avec ces deux langues que l’acte de concession de l’Algérie à la France par les ottomans avait été rédigé !

Voilà pourquoi, même un astre levant, comme Daoud, n’a pas manqué de suivre le diktat de ces cinq siècles d’éducation à la haine - chez l’Algérien – pour sa propre langue, pour sa propre personne !

Voilà pourquoi Daoud peut être un astre tout en continuant (sans gêne, sans science, sans responsabilité) de faire le bougnoul, quand il déclare de « faire la guerre à la guerre de l’Algérie (la Révolution de Novembre ’54) ».

Cette même guerre qui nous a permis - ainsi qu’à lui – de pouvoir être enfin dignes et libres après cinq siècles de servitude, de massacre, d’humiliation, bref d’usure et d’anéantissement.

C’est dire combien est profonde et longue notre bougnoulite qui parait-il n’épargne personne meme les plus malins, les plus Daoud, parmi nous !

 

Cet âpre plaisir d’agacer cons et couillons…

A cause de cette position d’aversion artificielle pour la langue arabe - Daoud connait bien cette langue qu’il rejette ! –, les philistins, et en Algérie on en a plein les mezoueds et les outres, ont déduit qu’il est un nul en cette langue !

On en a dit : (عربيّته ركيكة للغاية).

Ses détracteurs se réfèrent à un post que l’auteur avait publié sur les réseaux sociaux et qui contenaient quelques fautes, mais des fautes de frappes, comme on disait autrefois.

Ça se voit qu’il avait écrit son post par un software inadapté... peut-être à partir d’un téléphone ou d’un pc qui ne lient pas bien les lettres...

Ça arrive... et puis, l’on sait qu’un ex ou néo-fisiste, s’il n’est pas principalement arabisant, il l’est par vocation.

Quant à son message - hormis ces fautes de graphie - il est bien arabe et bien compréhensible. Personnellement je l’avais relu, il est bien écrit.

Et je connais bien la langue arabe... A moins qu’on veuille qu’il se taise ou qu’il cesse d’écrire en arabe ! 

Ou bien considère-t-on la langue arabe comme la propriété privée de certaines gens ?!

Soyons sérieux, il existe bien une différence entre la vexation (qui est injuste, qui est un mal) et la critique, cet âpre plaisir d’agacer les cons et les couillons, qui est un droit légitime tant qu’elle se basera sur la justice et le respect des personnes.

Kamel Daoud, qu’on le veuille ou non, est consacré comme l’un des grands intellectuels algériens à l’heure actuelle.

Anyway…

Retournant à Erdogane/Macron et leur viste/pas-visite en Algérie, nous pouvons dire que les mots de Daoud parviendraient au mercenaire Erdogane, le massacreur des Syriens, comme du fly tox, toujours est-il qu’il ait vraiment une dignité !!!

Et tant mieux pour lui, l’erdogane.

Et à ceux qui reprochent à Daoud de ne pas avoir osé faire de même avec Macron et ses bombardements et massacres maliano-afghano-syro-irakiennes (et pas seulement) et le passé français non moins immoral que celui des ottomans... à ceux-là, je dirais de coucher une belle lettre ouverte, comme celle de Daoud, convaincante et de la consigner au macron, s’il retournera à visiter l’Algérie).

Mais, est-ce bien une manière de traiter nos hôtes étatiques, fussent-ils des Eerdogane et des Macron ?!!!

Et puis, une lettre ouverte, on pourrait la faire sans attendre le « Hu-coco! » des occasions et des provocations des Daoud et compagnie, non ?

Désolé, si les hommes peuvent juger les artistes et les intellectuels (dont les outils se résument  aux seuls mots et symboles) pour les apprécier ou les déprécier, ils n’ont aucun droit à les stigmatiser et à les lyncher.

Daoud est fils d’Algérie, comme autres Algériens, comme toi, moi, l’Emir, le colonel bendaoud, le bachagha bengana…  et tous les autres. Et en tant que tel, il a droit de dire ce qu’il pense de notre Algérie et, bien entendu, le devoir de la respecter, de ne pas lui faire de guerre, aucune guerre.

Si, critiquant, agaçant les cons et les autres C., Daoud a raison, il aura deux récompenses.

S’il se trompe de cible et a tort, il aura quand même la récompense de l’ijtihad. Car un con n’est pas toujours con ni toujours identifiable.

Je l’ai entendu parler. Il maniait bien la langue arabe et connait mieux que certains autoproclamés théologues la pâte religion, y compris l’Islam.

Ne soyons pas exclusivistes ou chauvinistes, car nul n’est indispensable et nul n’est futile tout le temps et pour toujours dans ce monde que dieu fait.

Ceci dit, il n’y a pas homme (pas seulement les géants) qui n’ait pas des pieds d’argile : en effet, pourquoi Daoud n’utilise pas la langue algérienne (c’est aussi la langue de Malte) alors qu’il ne cesse de la proposer pour la seule langue de l’Algérie ?

Notre problème de toujours, nous les Algériens, c’est la langue : on n’a jamais réussi à hisser notre langue propre au rang d’une langue civilisationnelle. Apulée et Saint Augustin écrivaient en latin (Apulée, peut-être en grec).

Ibn Rachiq écrivait en arabe, Daoud, Kateb et autres Boudjedra en français aussi...

Notre problème c’est ça, n’est-ce pas ?

La solution ?

Etre un peu indulgents les uns par rapport aux autres, les uns envers les autres. Et ça vaut pour tous les Algériens… bien entendu.

Daoud aussi est concerné par ce conseil.

 

Abdlmalek Smari

 

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