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BERBERICUS

Vues et vécus en Algérie et ailleurs. Forum où au cours des jours et du temps j'essaierai de donner quelque chose de moi en quelques mots qui, j'espère, seront modestes, justes et élégants dans la mesure du possible. Bienvenue donc à qui accède à cet espace et bienvenue à ses commentaires. Abdelmalek SMARI

L’architecte et le flâneur - - - (4 et fin)

 

« La littérature n’est pas née le jour où un jeune garçon criant ‘‘au loup, au loup !’’ a jailli d’une vallée néanderthalienne, un grand loup gris sur ses talons : la littérature est née le jour où un jeune garçon a crié ‘‘au loup, au loup !’’ alors qu’il n’y avait aucun loup derrière lui. (…)

Alors, avec un plaisir tout à la fois sensuel et intellectuel, nous regarderons l’artiste bâtir son château de cartes, et regarderons le château de cartes devenir château de verre et d’acier étincelants. »

Vladimir Nabokov – Littératures.

 

 

 

 

Plaisir d’écrire

 

Il y a un suspens à telle enseigne que je cherchais de tromper le texte, le dilater, sans me presser, plutôt retarder le dénouement de l’histoire, faire durer le plaisir de lire… que la fin ne vînt pas !!!

La mort et les détails… un amour ? une passion ? ou un simple souci de réalisme ?

Pour un morceau de pain, on humilie l’enfant de l’homme et on le frappe comme on frappe les chiens errants.

Une belle et riche connaissance des mœurs de ces animaux… animaux – l’auteur parle d’êtres marginaux - parce que leurs comportements nous révèlent des créatures qui n’ont pas un sens moral ; on a plutôt affaire à des instincts déchaînés dans leur chaos féroce face à la démission de l’esprit conscience.

Esprit conscience qui semble avoir trahi la mission dont la fitra, l’instinct des instincts, l’a chargé.

Il y a de l’ironie aussi, et c’est tout à fait normal de la part d’un écrivain qui se révèle un espiègle observateur ; la dérision des croyances charlatanes crues avec une conviction à la hauteur de 100%, mais seulement dans le cas où ils (les charlatans) subodorent des bénéfices secondaires sûrs, gros et à leur égo garantis.

En lisant son recueil j’ai signé en vert toutes mes remarques (erreurs, ambigüités, ignorance - la mienne -, prouesses et bien sûr certains mots ou passages que j’ai trouvés un peu déplacés).

Les erreurs sont généralement des erreurs de frappe, où l’auteur a souvent, peut-être une dizaine de fois, omis de laisser l’espace entre un mot et celui qui le suit.

Il a usé un mot que n’ai pas compris (la faute est au manque de la vocalisation !!!) ...

Pour le reste, trois ou quatre omissions de lettres...

Il ne s’agit pas de changer quoi que ce soit à la forme, sauf seulement de corriger ce qu’il y a ... à part peut-être le final du Vélivole que j’ai trouvé personnellement un peu lourd ou lent... Et encore, car il se peut que c’est une question de préférence personnelle, mienne.

De toute façon cette critique ou cette préférence m’a rappelé une autre critique qu’un ami avait faite à l’encontre de mon dernier roman.

J’avoue qu’au départ je n’avais pas compris cet ami critique, mais malgré ça, j’avais modifié quand même mon texte selon son avis....

Je n’ai compris cette question de rythme qu’après avoir buté contre et réfléchi sur le final du Vélivole.

Cette nouvelle est très belle, mais sans ce final long ou lent.

La nouvelle du El hajar est riche elle aussi de voltefaces et de prologues, mais ils sont venus à point nommé, car contrairement à un personnage censé être de chair et de sang, être mortel, le caillou est immortel et on peut le poursuivre jusqu’à extinction de nos forces !

Donc le dernier pan du Vélivole est trop long et ralentit, jusqu’à la claudication, le rythme élégant de la nouvelle, justement parce qu’il est libre et déchainé comme le sont l’imagination et la fougue des deux jeunes.

L’auteur pourrait se contenter d’un paragraphe qui résume tout, tout en conservant le pan incongru ici pour l’utiliser ailleurs, dans une autre nouvelle, par exemple, ou dans un autre recueil.

Ce pan a surchargé cette nouvelle et a créé une espèce de déséquilibre enlaidissant ce beau corps et donnant l’impression que ce corps, pourtant, jeune et athlétique semble une âme presque morte dans une vieille carcasse.

Surchargé car le temps réel (vraisemblable) du vol ne pourrait équivaloir celui que dure le remue-ménage d’un tel monde.

Il y a une espèce de diversion décevante.

C’est un divertissement non seulement inutile, mais il est préjudiciable pour l’intérêt du lecteur : l’éparpillement ou mieux l’intrusion d’autres évènements nous mène à nous dessaisir du final logique et organique, légitime donc, au bénéfice de ces corps étrangers.

Et quand on retourne à ce qui aurait dû être l’apothéose, on se rend compte que notre émotion qui devrait éclater comme des feux d’artifice nous régalant ces frissons qui coulent dans la moelle épinière et de là vers sa cime, l’esprit ; ces frissons chers au lecteur Nabokov, on se rend compte qu’on n’en a plus affaire qu’à des pétards mouillés !

Le lecteur se sent comme trahi dans sa confiance, comme berné, et automatiquement il n’aura rien d’autre à faire que se détourner de la nouvelle en pâtissant, en s’ennuyant…

La pulsion de raconter est enracinée dans l’homme (cet imposteur brillant et inventeur de tous les mensonges et de tout l’art de créer des mensonges, continuellement et en streaming !) et est plus forte que la pulsion qu’ils ont l’âne ou le canard de chanter et de le faire même dans le moment tragique comme celui de leur trancher la gorge !!!

 

Plaisir de raconter

Un jour, après un naufrage, seules deux personnes ont pu survivre sur une île déserte, un homme (un jeune paysan anonyme et simple) et une modèle de la Mode (la célèbre Claudia Schiffer).

Après les premiers instants, mettons la première semaine, de l’orgueil des classes qui maintenaient distants le paysan et la VIP - ou par instinct de s’entraider, ou par celui de se trouver un palliatif contre l’horreur de la solitude extrême et mortelle -, les deux survivants commencèrent à se rapprocher l’un de l’autre ...

Toutefois l’ "instinct" social semble avoir eu le dessus sur celui( ?!) des classes, mais seulement pour environ un petit mois, puisque les relations ne tardèrent pas à devenir un peu plus élastiques, un peu plus tendres !

Et nos deux personnages ont commencé donc à se connaître.

Désormais ils se saluaient, se parlaient, papotaient et se racontaient même des blagues, mais des blagues pudiques.

Ils se conseillaient aussi, ils se partageaient de la nourriture et de l’eau, de toute façon ils ne se quittaient plus jamais ... sauf dans le cas des intimités les plus intimes.

Et puisque les jours étaient plus nombreux que les règles et les frontières de la pudeur et de la réserve et finissaient toujours par en avoir raison, les deux jeunes créatures finirent par devenir très intimes l’une pour l’autre.

Et un jour, toc ! ils eurent la surprise de se découvrir enlacés l’une dans les bras de l’autre, dans une flagrante et violente orgie de ces merveilleux plaisirs des sous-les-draps chers au Boccace.

Et jusqu’ici, que peut-il y avoir de bizarre ou d’anormal dans le fait qu’un jeune homme vigoureux se mette avec une belle jeune femme s’offrant avec cœur, pressée par l’appel de la forêt, sur une île déserte de tout souffle humain, sauf des leurs ?

Mais ont-ils vraiment d’autres choix ?

Pouvaient-ils tromper le vigilissime et hardant instinct de leurs corps enflammés des désirs les plus bestiaux ?

Non, il n’y a pas d’instinct social qui aurait pu tenir, car notre homme ne saura – semble-t-il – se contenter de ses vœux exaucés, fussent-ils un billet pour le paradis !

Il était avec cette cupidité semblable à celle de son premier ancêtre, Adam, comme les Écritures nous l’ont décrit.

Mais le paysan ne tarda pas à tomber dans un état d’ennui existentiel, malgré le fait qu’il possédait un royaume (toute l’île) et une reine toute pour lui seul, et personne ne les lui contestait !

Qui aurait pensé cela ... Un misérable anonyme et frustré qui s’ennuyait dans le giron d’une diva, dans les bras de la divine Schiffer !

Alors !!!

Même là, il a fallu du temps au paysan - encore inexpérimenté des femmes et de la vie - pour comprendre pourquoi.

Un jour, il a demandé à la femme : Peux-tu me faire la gentillesse de changer ton nom ?

Elle : Tu n’aimes plus mon nom ?!

Lui : Allez, tu me feras un grand plaisir ...

Elle (amusée) : Comment voudrais-tu m’appeler ?

Lui : Giuseppe.

Elle (agacée, bien sûr) : Alors là !

Lui: Daiii… je t’en supplie.

Elle : Fais comme tu veux, ... pervers, espèce de pédé !

Désormais il l’appelait Giuseppe, puis un jour il prit tout son courage et lui confessa : Tu sais, cher Giuseppe, cela fait des mois que je suis en train de baiser la Schiffer !

J’ai inséré cette anecdote pour parler un peu du grand plaisir que les nouvelles de Sami m’ont donné.

Oui, tutto sommato, c’est une bonne œuvre, et je suis curieux comment elle sera accueillie par les éditeurs et le public.

Je l’ai lue avec un grand intérêt et avec une intense curiosité de connaitre la fin de ses histoires et au même temps la crainte de les épuiser et me retrouver donc sans plaisir, sans belles histoires !!!

Si l’on sait comment je faisais pour ne pas gâcher le plaisir de la surprise que le suspense me créait, on me prendrait pour un fou.

Je cachais les lignes inférieures en n’en laissant voir à mes yeux que ceux que j’étais en train de lire ! Et c’était la même chose avec chaque histoire.

Procédure pour faire durer au maximum le plaisir de lire que j’ai toujours adoptée avec les belles œuvres.

 

Petite manie… ordinaire

Enfin, Sami, tel l’écrivain de Dostoïevski, s’est permis lui aussi une petite manie de persécution, en s’imaginant mal interprété par des gens atteints de la médiocrité chronique.

Il a peur que ses nouvelles tombent entre les mains d’un fanatique qui risquerait de l’accuser d’outrage à la religion.

Bien sûr, Sami n’a pas peur mais il ne veut pas se trouver dans des débats banals. D’ailleurs il y a quelques mois la police a convoqué un jeune écrivain à cause d’un roman… on lui a reproché entre autres, l’expression au contenu pornographique : « la montagne qui pénètre la mer comme un pénis » !

Une manie qui ne tardera pas à lui passer.

Personnellement, moi, j’ai trouvé son recueil avec "la tête bien sur les épaules" comme on dit en Italie...

Et puis, tant mieux, si on lui donnera un peu d’ennui, car cela prouve que ses nouvelles ne laissent pas indifférents ceux qui les lisent...

Y aurait-il une meilleure publicité, gratuite par-dessus le marché ?

Scherzi a parte, peut-être que l’écrivain « pornographe » ait été vulgaire en insistant sur le mot pénis, un pléonasme, inutile donc, puisqu’il ne sert à expliquer plus rien de ce que le verbe pénétrer a déjà dit et expliqué.

Je ne pense pas que la langue des nouvelles de Sami s’abaisse jusqu’à cette vulgarité.

Bien au contraire, il y avait dans son recueil plein de "spunti" comme disent les italiens, plein de bourgeons d’idées... mais je n’ai pas hélas les forces nécessaires de traiter de toutes ces idées, bien que j’espère les traiter toutes !!!

Bref, cette fois, l’auteur ne trouvera pas de vraies critiques mais seulement la gratitude d’un lecteur qui a vraiment aimé ses nouvelles.

De toute façon, mon avis personnel est que je les ai lues sans avoir éprouvé, à aucun moment, de l’ennui ou de la lassitude.

Je dirais plus : j’avais au même moment sous la dent un très joli, génial, roman de Naguib Mahfoud qui ne m’en avait pas détourné !

 

 

 

Abdelmalek Smari 

Milan 07-09-2018

 

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