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BERBERICUS

Vues et vécus en Algérie et ailleurs. Forum où au cours des jours et du temps j'essaierai de donner quelque chose de moi en quelques mots qui, j'espère, seront modestes, justes et élégants dans la mesure du possible. Bienvenue donc à qui accède à cet espace et bienvenue à ses commentaires. Abdelmalek SMARI

L’architecte et le flâneur (3-a)

 

« Nature red in tooth and claw » ?

Certes, voyons ! Mais cela ne vaut que chez cette merveilleuse créature : l’espèce humaine !

 

 

L’homme, est-il bon ?

Ce genre de considérations nous mène à une formulation d’ordre éthique et moral non-indifférente : comment est-il possible à une créature humaine, qu’une saloperie ontogénétique caractérise, prétendre à une bonté morale angélique, sans scandale ni sourcillement aucuns ?!

Le fait, à mon avis, est qu’il y a deux sphères qui constituent l’éther de notre ethos dans le sens biologique du terme : une sphère agressivo-solidaire et une autre foncièrement indifférente à ce qui remplit la première, c’est-à-dire une sphère qui ne regarde pas les autres, comme l’idée d’un ciel couleur fauve dans une nuit d’hiver à Lima ou à Kouscou en 2100 ou le fait que le nom de Jules César auraient pu arriver jusqu’aux oreilles de ma mère ou du fils ainé de Noé ou d’Adam… et autres masturbations mentales.

La première sphère intéresse les dieux et les hommes, peu importe si elle nous se présente sous forme d’image de l’esprit, de mot ou d’acte : s’imaginer en train de tuer quelqu’un, en formuler le concept ou passer à l’acte sont tous aux yeux de la morale - et de notre conscience enfouie dans nos abysses - négatifs, car même l’impression ou l’idée peuvent être des projets de mal, et peuvent nous banaliser ce mal ou nous conditionner à l’actualiser, à le commettre ou à le susciter chez l’autre et l’accepter !!!

Ce serait ce type de petitetés (صغيرة من الصّغائر), péchés mineurs, qu’on peut comparer au petit caillou du près qui nous pique au dos tandis que nous faisons nos exercices abdominaux…

Donc, pour moi, l’homme naturel en général ou celui que les écrivains dépeignent en particulier est ce qu’il est.

Il est normal, s’il arrive à passer à travers l’ouverture du moule que nous lui proposons (en ayant décidé que sa normalité soit le fait de pouvoir passer à travers cette ouverture).

Il est anormal, s’il n’arrive pas à se plier aux courbes d’un tel moule.

Dire des personnages de ces nouvelles (et de ceux de toutes les autres histoires) qu’ils sont marginaux, donc anormaux, c’est s’étendre sur le terrain d’un jardin et prétendre ne pas en sentir la piqûre des insectes ou l’enfoncement des cailloux dans notre peau.

Sont-ils donc normaux ?

Je pense que oui, car on ne pourrait jamais trouver dans la vie – et dans la littérature surtout – des hommes qui n’aient pas quelques défauts, des hommes sans défauts qui ne répondent que favorablement aux présumés canons de la normalité.

Je viens juste de terminer la lecture de l’un des romans de Naguib Mahfouz (Bidayia oua nihayia) qui raconte l’histoire de cinq destins d’une famille du peuple (cela dépend des points de vues) similaire en tous points, par ses hauts et ses bas, par ses misères et ses douceurs, par ses bassesses et ses grandeurs, et commune à toutes les histoires que vivent toutes les autres familles de leur classe.

Mais voilà qu’en s’y approchant de plus près, on y note un cas, Hassan, d’abord atypique, puis anormal et enfin en marge de la société.

En s’y approchant plus près encore, c’est la mère qui au nom du sacrifice et de la misère se détache du normal pour rejoindre – d’une autre manière – la rive de la marginalité, puis encore c’est au tour de sa fille qui, dans un crescendo inexorable, devient une grisette…

Ensuite c’est le cadet qui, au nom de l’ambition, souhaite la mort de son frère baltaghi, Hassan, et porte sa sœur dans un taxi au pont Ambabi sur le Nil à se suicider, pour laver l’honneur de la famille souillé par elle.

Enfin le puiné, celui qui semble avoir la tête sur ses épaules, normal, n’hésite pas un seul instant de demander la main de la fiancée de son petit frère, à peine avait-il entendu celui-ci annoncer l’annulation de ses fiançailles…

Et c’est la même image des personnages secondaires qui se répète et se reproduit d’une manière spéculaire : la fiancée, Bahia ou Bahija (erreur d’impression classique et fort agaçante, dans l’édition arabe !!!) avec sa famille qui accepte la proposition sans même attendre que leurs larmes se séchassent et que le calme retournât à leurs poitrines secoués par leurs sanglots… et tous ces clients pervers de Nafissa, la couturière et grisette…

C’est à cette sorte de caractères qu’on a à faire, non seulement dans la vie des personnages de Dostoïevski, de Nabokov lui-même( !), de Mahfouz et dans ceux des nouvelles de Habbati, mais dans la vie entière tout court.

Ces personnages dits marginaux, nous faisons partie d’eux…

Ce sont eux qu’on salue matin et soir et ce sont eux avec qui on échange des sourires et d’autres gentillesses.

C’est encore avec eux qu’on se fâche ou qu’on se bagarre et qu’on mène notre commerce et nos affaires.

Ce sont eux les êtres chéris et tendres ou hostiles qu’on aime ou qu’on hait, qu’on plaint ou qu’on déride, qu’on défend ou dont on se protège…

Enfin ce sont ce type de gens qui peuplent la terre et notre vie…

Je ne vois pas pourquoi Nabokov s’était énervé que ces gens eussent osé peupler l’univers de la littérature, et plus particulièrement celui de Dostoïevski… comme si Humbert Humbert dans sa « pédophilie » (lire Lolita) était normal par rapport à Raskolnikov ou au prince Mychkine !

Faut-il déduire de ça que les valeurs auxquelles on croit n’existent pas ou qu’elles sont des anti-valeurs, dans le sens qu’elles aient été inventées comme une poudre à lancer dans les yeux de notre orgueil afin qu’il ne voie plus ce que nous sommes vraiment et ce que nous valons ?

Peut-être, fort probable, même…

Cela étant dit, il n’y a pas de valeurs divines (Dieu s’en passe éperdument)... donc il n’y a point lieu de concurrence entre l’homme et dieu.

Il n’y a que des valeurs humaines qui sont de deux sortes :

1) celles où l’homme prétend en être l’auteur, pour en tirer une gloriole et donc persuader ses semblables de sa marchandise (en la présentant comme œuvre de son propre génie).

2) et celles où un autre homme prétend (en faisant le modeste, mais toujours en faux ou en auto-leurré) que ce sont les dieux qui les lui ont léguées, car il est bon et il est proche d’eux, et donc lui aussi peut persuader ses potentiels clients de la divinité de sa marchandise.

En tous les cas l’un et l’autre porteur de l’un ou de l’autre type ne sont que de simples commerçants, bien qu’ils se croient malins.

Voilà...

 

 

Abdelmalek Smari

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