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BERBERICUS

Vues et vécus en Algérie et ailleurs. Forum où au cours des jours et du temps j'essaierai de donner quelque chose de moi en quelques mots qui, j'espère, seront modestes, justes et élégants dans la mesure du possible. Bienvenue donc à qui accède à cet espace et bienvenue à ses commentaires. Abdelmalek SMARI

L’architecte et le flâneur (3-b)

 

 Quand on cherche un livre à lire...

Quand on cherche un livre à lire on est toujours harcelé par cette question : trouvera-t-on du plaisir à le lire ?

En d’autres termes, est-il intéressant ? Ne nous fera-t-il pas perdre notre temps inutilement ? Ne nous ennuiera-t-il point ?

C’est la question que je me pose toujours face à un livre qui attire mon attention, même s’il s’agit des livres de Svevo, Dostoïevski ou Naguib Mahfouz.

Et c’est la même question que je me suis posée face à la proposition de monsieur Habbati tandis qu’il m’offrait son recueil de nouvelles : L’OVNI (en arabe).

Je tiens à préciser que l’auteur les avait d’abord écrites pour lui-même et confiées à son tiroir. Donc, je présume, qu’il les a écrites sans grande envie de vouloir plaire à un lecteur (autre que lui-même) au détriment du plaisir d’écrire…

Nouvelles que j’ai décidé de lire volontiers. Car je les ai trouvées d’emblée belles et valides, puisque il les a écrites d’abord pour lui-même, et c’est là un bon signe, le signe d’une caractéristique de valeur chez l’artiste authentique. 

Je crois que Sami est déjà écrivain, dans ce sens qu’il en a tous les atouts… talent, capacité, une conception, des tentatives valables, une langue riche que j’apprécie, des connaissances et des intuitions dans l’art d’écrire et surtout l’amour d’écrire, de lire et l’admiration pour ses « frères » ainés parmi les écrivains et les poètes de valeur.

Et, cela va de soi, ce ne sera pas en tous les cas ma critique qui donnera vie à son œuvre, mais ce sera son œuvre - si elle tend toujours vers la perfection – qui donnera vie à la critique, toute critique qui s’en approche.

J’ajoute à ses qualités déjà mures et opérantes, la conscienciosité. Ainsi donc s’est-il agité à la remarque de l’un des ses amis – à qui il avait donné un texte à évaluer – qui a trouvé ou, mieux, aux dire même de l’auteur : « a senti que mon texte est très "dénudé", pourtant il n'a pas caché son appréciation sincère de la nouvelle. »

Il n’arrête pas de penser à ce mot "dénudé".

Il cherche à se l’expliquer par le fait d’avoir "des idées qui vont très loin" et « des phrases "trop" longues pour ce que la langue arabe peut supporter. »

Sa langue est simple, et des fois il la trouve très simple (banale ?!). Mais il s’en est fait toutefois une raison.

N’est-ce pas la langue qu’il connait et qu’il utilise pour s’exprimer et dire les choses ?

« Pour ces raisons – ajoute-t-il - je n’aime pas la littérature fondée sur le réalisme et le symbolisme, et j’ai trouvé un grand refuge dans le réalisme magique des Latinos tels Borges, Llosa et Marquez que je lis sans aucun préalable...

Des écrivains algériens comme Boudjedra, Sansal et autres sont des exemples concrets de l’écrivain complice avec la médiocrité sociale, de l’écrivain qui ne peut faire plus que dessiner la réalité par des mots au détriment de la dimension artistique. »

Le monde de l’écrivain est toujours irréel, disait Nabokov et ajoutait : « Un chef-d’œuvre romanesque est un univers inédit qui, en tant que tel, n’a guère de chance de cadrer avec l’univers du lecteur. (…) par conséquent, moins une œuvre romanesque participe du général, moins on peut la situer en termes de ‘‘réalité’’ ».

Rien que ça ! 

Je dois reconnaitre que j’étais content que dans une lettre personnelle, Sami avait enfin parlé de soi... et ce n’est pas étonnant, car un écrivain authentique est un scribe qui réfléchit sur l’écriture... et lui, Sami, il s’est bien interrogé sur son art...

Je ne connais pas son ami, le critique « dénudeur », mais son jugement a attiré ma curiosité !

Qu’entend-il par "dénudé" ?

Le lui a-t-il expliqué ?

Est-ce un défaut ?

Si oui, est-il corrigible ?

Est-ce une qualité ? et alors où en réside la valeur ?

Souvent, les gens ont tendance à dire quelque chose seulement pour dire quelque chose...

Sur ma demande, l’auteur m’a confessé : « Je ne lui ai pas demandé de m’expliquer ce qu’il en entendait, mais j’ai pris en compte que quand on est débutants, les gens trouvent l’audace de dire des choses qui ressemblent à de la critique, par contre si on est "anciens" [écrivains endurcis] ils se taisent ou s’il leur arrive de se prononcer, ils peuvent prendre nos défauts pour des qualités littéraires ! »

Il m’a rappelé ce qu’avait dit Proust « Il faut être célèbre pour publier ».

De toute façon son ami s’est contenté de répondre par le silence et un sourire non moins générique, par une vacuité, quoi.

Peut être que l’auteur y ait vu un remerciement…

Sami a démontré qu’il recèle d’une autre qualité rare est précieuse, mais combien harassante et fort ennuyante : la relecture de ses écrits pour la énième fois !

En plus il est allé relire ce qu’avaient écrit de grands écrivains comme Tewfik Elhakim et d’autres et essayer de le comparer à ses écrits tout en ayant présent à l’esprit, comme une obsession, cette remarque de dénudation, dénudante !

Il parait que rien, dans ce monde, ne soit inutile, même les vacuités !

Notre jeune écrivain, après sa recherche et ses comparaisons, a découvert le principe d’or du « Show, don’t tell ».

Et il a constaté, en plein désarroi de conscienciosité qu’il y avait des explications inutiles dans ses textes dont il pouvait s’en passer, les « débarrasser [des pléonasmes]sans toucher aux squelettes de ses textes. »

D’ailleurs qu’a-t-il à expliquer ou à donner des leçons si, en plus,  il écrit à soi-même avant tout ?!

« Le plus intéressant, pour moi, est de poser des questions sur moi-même. » 

Qui dit mieux ?!

Enfin, et ce ne sera pas une ultime qualité d’un écrivain authentique : la modestie ou la gentillesse.

Sami a non seulement du plaisir à écrire, non seulement celui de faire lire aux autres ce qu’il écrit, mais il trouve un très grand plaisir si quelqu’un jette un coup d’œil critique « sur mes nouvelles ».

Le point de vue des autres est pour lui d’une grande valeur. 

Cette confiance dans l’avis des autres n’est pas cependant une confiance aveugle ou hypocrite.

Il est conscient que « bien que la critique soit un travail artistique qui peut aussi donner [ou contribuer à donner] une autre vie [ou une visibilité meilleures] à l’œuvre, il faut aussi se méfier de beaucoup de ce qui est dit, car peu de critiques sachent lire un texte avec bonne foi – c’est-à-dire sans le "traduire" au bloc opératoire pour autopsie et le laisser comme un corps mort - et en extraire la force et la beauté. »

Il abhorre ces vacuités que sont les formules prêt-à-porter de certaines études dites critiques qui ont des titres comme "Boudjedra et le complexe d’Oedipe" ou "L’intertextualité chez Boudjedra" et ce genre de charlatanisme au nom de l’art et des autres académismes.

Convenons que ces prêt-à-porter, des banalités exprimées par des mots usés (Nabokov), sont une faillite, et quelle faillite ! 

L’orgueil enfin ou plutôt la cohérence de ses positions, une énième qualité utile et nécessaire à tout écrivain qui se respecte. Sami refuse de demander à un grand auteur de lire ses textes tout simplement parce que déjà il ne voit pas de "flamme créatrice" dans ses écrits (ceux dudit grand écrivain).

Ecrits qui n’ont de cesse de ruminer toujours le même refrain des mêmes jérémiades ou, faute de mieux, d’improviser des contes stupides, quand ils ne versent pas dans un sentimentalisme à la Mostaghanmi… ce qu’il a appelé -أدب الآه -من الآهات … sans omettre de s’en moquer bien sûr.

J’admire ce monsieur.

Il est vraiment un vrai journaliste et plus encore (artiste et intellectuel)... des qualités et compétences qui peinent à se rassembler chez une même personne, dans la médiocrité et la routine de nos douars.

Je suis fier et chanceux d’avoir fait sa connaissance. Il est l’expression d’un espoir et d’un vœu (réalisés) pour notre pays...

Et, croyez-moi, ce sont ces petites grandes choses qui font d’un peuple faible un peuple civilisé et fort.

Je suis content de ce type de citoyens, avis rara, un oiseau – comme il le dit lui-même - emporté par la canicule.

Malheureusement, notre pays n’a pas encore appris à sourire à tous ses enfants.

Mais, et cela va de soi, il revient à nous, artistes et intellectuels, à prendre soin de l’art, du savoir et du monde de la culture...

Il ne faut pas trop compter sur les politiques ni trop en attendre, car les politiques, eux, justement et heureusement, font leur travail : la politique.

 

Abdelmalek Smari  

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