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BERBERICUS

Vues et vécus en Algérie et ailleurs. Forum où au cours des jours et du temps j'essaierai de donner quelque chose de moi en quelques mots qui, j'espère, seront modestes, justes et élégants dans la mesure du possible. Bienvenue donc à qui accède à cet espace et bienvenue à ses commentaires. Abdelmalek SMARI

L’architecte et le flâneur (1)

Chers amis,

Je vous salue et vous souhaite une bonne rentrée sociale, de grands projets, de labeurs utiles et agréables et de beaux succès.

Je vous propose, quant à moi, cette lecture à bâtons rompus de l’œuvre à sortir dans ce mois de sptembre, le recueil de nouvelles du jeune écrivain Sami Habbati.

OVNI ( جسم طائر غير معرّف ) est le titre de ce recueil écrit en arabe et publié avec « Dar Bohemia »  

(دار بوهيما للنشر والتوزيع) 

 

 

« Un bel morir tutta la vita onora. »

Petrarca 

 

 

Wonderful word!!!

Cher Sami, 

elhamdoullah que tu t’es aperçu par toi-même de cette arnaque (vacuité) critique (je passerai sous peu à la troisième personne) !

Je vais un peu te raconter mon expérience personnelle, concernant cette question de style où je te dirai mon avis personnel modestement, qui n’engage que moi, bien entendu, et qui ne vaut – s’il vaut – que pour moi-même. Et ce n’est pas parce que j’en suis jaloux ou avare, mais parce que la réalité des choses de l’art exige de nous que nous faisons en sorte que nos œuvres (celles qui valent esthétiquement) soient originales, c’est-à-dire le plus possible personnelles.

Dans l’une de mes rêveries sur l’art et l’artiste, l’œuvre et l’auteur, j’ai comparé le critique face à l’écrivain/artiste à une espèce de flâneur ennuyé qui se trouve devant une bâtisse déjà faite et construite.

L’herbe du voisin est toujours verte, dit-on pour cacher l’envie ou repousser le mauvais œil. On aurait pu dire sèche au lieu de verte, mais cela n’aurait changé rien dans les lois qui régissent notre psychologie fondamentalement égoïste et agressive. Et puis la flatterie n’est qu’une insulte fardée.

Il est alors normal, qu’en ouvrant le robinet (comme ce qui est arrivé dernièrement au wali d’Alger, M. Zoukh), le flâneur puisse avoir la surprise de voir, au lieu de l’eau,  jaillir de l’air, du jus d’orange de pomme( !), des boules de patates ou de la keftah ! hhhhhh… enfin tout sauf de l’eau.

Et alors notre flâneur ne manquera pas de plaindre le pauvre incompétent d’architecte qui a fait mal les choses, de le clouer au pilori, d’en rire, de le mépriser et, pis encore, de le considérer comme éboueur, gargotier, grand stupide bureaucrate, fils du commandant Azzeddine… enfin le considérer capable de tout sauf faire l’architecte !!!

Le style c’est le parcours lui-même d’un artiste authentique (le qualificatif Authentique est si important dans mon analyse).

Donc, ne t’encombre pas l’esprit avec cette question (ce souci) inutile. Inutile, dans le sens que le jaillissement d’un style propre à un artiste donné est une nécessité qui ne sait que faire de notre volonté ou de notre intervention pour lui imprimer une identité ou une direction hors de la substance (l’œuvre qu’on empile).

Le style est une réalité in progress, une réalité inexorable, comme la marche du temps, comme la course de la vie dont il prend d’ailleurs substance et sens. 

Le jeune auteur ne doit pas perdre son temps à contempler l’élégance ou la gaucherie de son évolution dans le monde de l’art et de la création.

Il doit seulement penser à l’œuvre, la construire, l’orner, l’exposer, et veiller à ce que ce soit l’eau qui doive sortir du robinet, au lieu du jus de la patate ou du poulet…

Et si par hasard il se trouve (et il y en aura nécessairement) qu’un détail le trahisse, eh bien que le critique le corrige.

Et si le critique ne peut pas – et il ne pourra jamais faire mieux que l’auteur – qu’il réédifie la même bâtisse ou une autre meilleure, et laisse l’auteur à sa sérénité et à ses oignons.

Ça, si le critique est un esprit honnête et sain… mais s’il est du type des gens dérangés qui raisonnent par les formules des autres, par des platitudes et des idiots ouï-dire idées prêt-à-porter sans en entendre le sens ni en voir la portée… mon avis est que, dans ce cas, l’auteur – s’il n’est pas un masochiste - se doit de l’envoyer à le chercher à Hamma Bouziane, s’il est à Constantine, ou vice-versa… sans oublier d’en pouffer.

Je suis un grand admirateur de Dostoïevski.

Quand je l’avais découvert, je suis tombé amoureux des villes et des personnages qui peuplent ses écrits ; villes et personnages avec cette auréole de mystères profonds qui les embellissent.

Quand je me mis à écrire, c’était le modèle de ses personnages et le mystère de leurs univers que je me mis à imiter.

Et ce n’est pas tout : j’ai appliqué ce modèle du mystère à ma propre vie !!!

La vie de la ghorba aidant, je me suis trouvé libre, anonyme, heureux, débauché, immoral, penseur, ne rendant compte à personne même pas à dieu, sans souci des lendemains, seul avec mon intimité, inutile mais pas futile, extra bosseur, insolent, interrogateur et digne bien entendu… en somme un caractère issu fresco fresco de l’un des romans de Dostoïevski !

Quand j’avais publié mon deuxième roman, une lectrice est venue me voir pour me parler de mes personnages et de leurs univers magiques.

Il me semblait entendre parler des personnages et des univers de Dostoïevski !!!

 

Beati i principianti !

Bénis soient les « débutants » !!!

Oui, ils sont bénis, d’abord parce qu’ils sont jeunes et donc pleins de force, d’audace, d’imagination et de temps !

Mais le plus beau est que leurs productions (étant premières) sont toujours originales, génuines et, pour cela même, belles à rendre fous les entendeurs... et même les profanes !

Tu vois, cher lecteur, les débutants ont une valeur inestimable, même si on ne peut hélas rester des eternels débutants, des Dorian Gray !

La vie va de l’avant et elle nous force à changer de carapace, une fois la minute, pour ne pas dire une fois la seconde (l’image est de Abdelhamid Benbadis !).

Et du coup on n’est plus débutants, car notre échine accumulera entre temps des charges sur des charges (la vie et ses traces que sont nos œuvres), et ces fardeaux nous éreintent et nous usent et finissent par nous tuer !…

Un jour j’ai rencontré Assia Djebar à Milan.

J’avais profité de son passage pour participer à une manifestation culturelle estive (appelée la Milanisiana), pour lui demander son avis sur un problème que l’éditeur m’avait créé alors autour du choix du titre de mon premier roman.

Je n’aimais pas déjà cet éditeur qui m’avait tranché le roman en deux !!!

Et maintenant le voilà qui voulait me changer le titre que j’avais créé et élaboré avec soin et poésie ! Au lieu de « Fiamme in paradiso » il me proposait un titre horrible, derwichien (non du poète Mahmoud Derwiche mais des مشعوذين !), « Sette inferni e Otto paradisi » !!!

L’éditeur m’expliqua que c’est là le vers d’un poète iranien !

Je m’étais expliqué son caprice par le fait qu’il avait pour amant un iranien, et qu’il voulait peut-être lui faire cadeau d’une gentillesse en « valorisant » sa culture !

Mais moi, je voulais « mon » titre !

Je ne suis pas quand même moindre par rapport à un derviche, fût-il un poète profond !!!

Pour le problème de la tronque du roman, j’avais appris que c’était courant dans la vie de la publication non seulement littéraire, mais scientifique surtout !

Qu’on pense, en guise d’exemples avérés, à ces écrivains et artistes italiens qui devaient anglo-saxonnisé leurs noms pour donner l’impression aux WASP qu’ils étaient en train de se lire eux-mêmes, de lire leurs propres œuvres et surtout qu’ils n’étaient point des parasites consommateurs, c’est-à-dire qu’ils consommaient plutôt ce qu’ils produisaient (ils consommaient anglo-saxon puisqu’il s’agit de produits anglo-saxons !)...

Ainsi avait-on eu Frank (au lieu de Franco) Sinatra, Dean (au lieu de Dino) et Martin (au lieu de Martino), et tant d’autres … aliénés et vaincus…

J’avais même lu que « Le fils du pauvre » avait subi une amputation plus ample et plus atroce que mon pauvre Fiamme.

Pour le titre j’avais pensé et j’étais prêt à refuser l’aubaine de la publication. Aubaine, car peu de personnes comme moi, étrangers et du tiers-monde, ont eu la chance de publier avec une maison milanaise aussi prestigieuse comme celle qui était sur le point de me publier.

Bref, avisée et gentille comme elle fut, Assia Djebar m’avait conseillé de ne pas commettre l’irréparable… de ne pas trop m’en soucier… après tout je n’étais qu’un jeune chalutier à voiles dans une mer de vieux bateaux à propulsion nucléaire … elle m’avait conseillé qu’il fallait d’abord apprendre à écrire et penser ensuite au reste, à la forme et au style.

Heureusement pour moi, l’éditeur avait compris (face à mon attitude farouche ?) que mon avis était meilleur et il l’avait adopté.

A mon avis cher Sami (ici je retourne à la seconde personne), ton ami, le critique improvisé, a voulu te « dénuder », te mettre en désarroi, te faire chanter, te faire sentir que ton art doive beaucoup à sa maitrise (de maitre pour toi), à son expertise, à son génie, qu’à ton labeur et à ta sueur !!! hhhhhhhh

Souviens-toi toujours de ça : Savoir c’est Pouvoir…

Et le pouvoir, ça fait peur à ceux d’en-face.

De toute façon, tu as bien fait de prendre au sérieux cette alarme (même fausse, puisque inexpliquée et donc comme inexistante). Car l’artiste authentique est celui qui se sait faillible… celui qui sait surtout qu’il est - et qu’il ne peut être que - perfectible, avec ou sans critique.

 

Abdelmalek Smari

 

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